Lucia Elizabeth Vestris, née en et morte le , est une actrice et contralto d'opéra anglaise qui se produit dans des œuvres de Mozart et Rossini. Bien que populaire en son temps, elle est plus connue en tant que productrice et gestionnaire de théâtre. Après avoir accumulé une fortune avec ses représentations, elle loue le à Londres et produit une série de et extravaganzas, en particulier des pièces populaires de James Planché qui rendent sa maison célèbre. Elle produit également ses œuvres dans d'autres théâtres qu'elle dirige.

Jeunesse et éducation Elle naît Elizabetta Lucia Bartolozzi à Londres en 1797, aînée des deux filles de la pianiste allemande Therese Jansen Bartolozzi et du marchand d'art Gaetano Stefano Bartolozzi. Également musicien accompli, il est le fils d'un immigrant italien, Francesco Bartolozzi, artiste et graveur réputé, nommé « Royal Engraver » Pearce, et 29-31 (consulté le 20 mars 2016)Paul J. Buczkowski, Associates of James Planche, Buczkowski Personal Website, University of Michigan, consulté le 20 mars 2016.. Gaetano Bartolozzi est un marchand d'art reconnu et la famille voyage en Europe en 1798 quand il vend son entrepriseStephen C. Fisher, Jansen [Janson, Jansson; Bartolozzi], Therese, dans The Grove Dictionary of Music and Musicians, édition en ligne, Oxford University Press, 2010.. Ils passent un certain temps à Paris et Vienne (en Autriche) avant d'atteindre Venise où ils découvrent que leurs biens ont été pillés pendant l'intervention française. Ils vont à Londres pour refaire leur vie et Gaetano enseigne le dessinOliver Strunk, Notes on a Haydn autograph, Musical Quarterly 20, 1934, . Le couple se sépare à Londres et Therese donne des leçons de piano afin de pourvoir aux besoins de ses fillesDorothy de Val, Jansen, Therese, in David Wyn Jones, Oxford Composer Companions: Haydn, Oxford: Oxford University Press, 2009..

Lucia étudie la musique et se fait connaître pour sa voix et son aptitude à la danse. Elle est mariée à 16 ans au danseur français Auguste Armand Vestris, descendant d'une grande famille de danseurs d'origine florentine mais son mari la quitte quatre ans plus tard. Cependant, comme elle a commencé à chanter et se produire professionnellement sous le nom « Madame Vestris », elle conservera son nom de scène tout au long de sa carrière.

Carrière vignette|Madame Vestris en Don Giovanni dans Giovanni in London de W.T. MoncrieffGravure colorée à la main (NYPL - Billy Rose Theatre Division) En 1815, à l'âge de 18 ans, sa voix de contralto et son aspect attrayant valent à Madame Vestris son premier rôle important dans l'opéra italien dans le rôle-titre dII ratto di Proserpina de Peter von Winter au King's Theatre. Elle chante également en 1816 dans Una cosa rara de Martín y Soler et interprète les rôles de Dorabella et Susanna dans les opéras Così fan tutte et Le nozze di Figaro de MozartRaoul Meloncelli, Bartolozzi, Lucia Elisabeth, in Dizionario Biografico degli Italiani, volume 6, 1964 (accessible en ligne sur Treccani.it). Elle connaît immédiatement le succès, tant à Londres qu'à Paris. Elle paraît parfois à la Comédie-Italienne et divers autres théâtres de la capitale française. Une légende selon laquelle elle aurait joué en actrice tragique de la Comédie-Française comme Camille dans Horace de Corneille en face de François-Joseph Talma, s'est avérée être fausse. L'erreur provient d'une lecture erronée des Mémoires de Talma dans lesquels l'acteur raconte un épisode de 1790 quand une « Madame Vestris », non pas Eliza Lucia Vestris née quelques années plus tard, mais Françoise-Marie-Rosette Gourgaud, l'épouse d'Angiolo Vestris et donc grand-tante par alliance du mari d'Eliza Lucia, avait autrefois été scandalisée par Thelma montrant ses jambes nues sur scène dans un costume antique romain inhabituellement réaliste. Il s'agissait en fait d'une répétition du Brutus de Voltaire et non du Horace de Corneille. La légende naît en 1847, alors que Vestris est encore en vie, sous la plume de Thomas Marshall dans son livre sur les acteurs et actrices britanniquesMarshall, .. Après avoir été deja tournée en ridicule par en 1888Marston, II, ., elle est au contraire tenue pour véridique par le critique dans son article sur Madame Vestris paru dans le Dictionary of National BiographyNew York, Macmillan, 1894, volume 32, article Mathews, Lucia Elizabeth or Elizabetta (accessible en ligne sur Wikisource). et a depuis été régulièrement reprise par les principales sources encyclopédiques ultérieuresComme par exemple l'Encyclopædia Britannica, depuis sa onzième édition de 1911 (accessible en ligne sur Internet Archive), l Enciclopedia dello spettacolo, The New Grove Dictionary of Opera et le Dizionario Biografico degli Italiani. Finalement, la légende a été réfutée par les biographes modernes de Madame VestrisAppleton, ; Williams, ..

Ses premiers succès au théâtre anglais surviennent en 1820 alors qu'elle a 23 ans au Théâtre de Drury Lane dans The Siege of Belgrade de Stephen Storace et le burlesque Giovanni in London de Moncrieff où elle endosse le rôle-titre masculin de rien moins que Don Giovanni : le « succès de scandale » de son interprétation de ce rôle travesti à l'occasion de laquelle elle montre ses jambes fabuleusement parfaites, lance sa carrière comme beauté scandaleuseJacky Bratton, Vestris , Lucia Elizabeth (1797–1856) dans lOxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 (consulté en ligne sur Oxford DNB le 21 mars 2016). Dès lors, elle reste une des personnalités favorites extraordinaires à l'opéra, dans les farces musicales et les comédies jusqu'à sa retraite en 1854. Elle chante au King's Theatre lors des premières anglaises de nombre d'opéras de Rossini, parfois dirigés par le compositeur lui-même : La gazza ladra (en Pippo, 1821), La donna del lago (en Malcolm Groeme, 1823), Ricciardo e Zoraide (en Zomira, 1823), Matilde di Shabran (en Edoardo, 1823), Zelmira (en Emma, 1824) et Semiramide (en Arsace, 1824)Grove, . Elle excelle dans les rôles travestis et se produit également dans des opéras de Mozart tels que Die Entführung aus dem Serail (Blonde) en 1827 et plus tard en 1842 The Marriage of Figaro (Cherubino), dans une version complète spécialement conçue en anglais par James PlanchéPearce, p. 271.. Elle est créditée de la popularisation de chansons telles que , Meet Me by Moonlight Alone (écrite par Joseph Augustine Wade)Greatest Hits 1820-60, Library of Congress, consulté le 20 mars 2016, I've been roaming, etc. Elle participe également à des premières mondiales et crée le rôle de Félix dans l'opéra comique (comic opera) The Alcaid or The Secrets of Office d'Isaac Nathan, (au Petit Théâtre de Haymarket à Londres en 1824) et surtout, celui de Fatima dans Obéron ou le serment du roi des elfes, the Grand Romantic and Fairy Opera de Carl Maria von Weber, présenté au Theatre Royal de Covent Garden le Casaglia (consulté le 20 mars 2016); Grove, .

vignette|Madame Vestris en Félix dans The AlcaidGravure colorée, Londres 1824Victoria and Albert MuseumVoir V&A's website.. En 1830, ses prestations lui ayant apporté une fortune, elle loue le de John ScottPearce, . Elle commence à y faire représenter une série de et extravaganzas qui rendent célèbre son théâtre. Elle produit de nombreuses pièces du dramaturge contemporain James Planché avec qui elle entretient un partenariat fructueux qui implique de sa part l'apport d'idées pour la mise en scène et les costumes.

Deuxième mariage et carrière subséquente En 1838, elle se remarie avec l'acteur britannique juste avant de partir en tournée avec lui aux États-Unis. Ils coopèrent dans leurs entreprises de gestion ultérieures, y compris la gestion du Lyceum Theatre et du théâtre de Covent Garden.

Vestris et Mathews inaugurent leur direction de Covent Garden avec la première production connue depuis 1605 de Love's Labour's Lost dans laquelle Vestris interprète Rosaline. En 1840, elle met en scène l'une des premières productions relativement non abrégée de Le Songe d'une nuit d'été dans laquelle elle interprète Obéron. C'est le début d'une tradition d'Obéron féminins qui dure soixante-dix ans dans le théâtre britannique.

En 1841, Vestris produit la farce victorienne au très grand succès Le Bel Air de Londres de Dion Boucicault, avec peut-être le premier emploi d'une « scène dans la scène »Paul J. Buczkowski, Associates of James Planche, Buczkowski Personal Website, University of Michigan (consulté le 20 mars 2016). Selon l'Encyclopaedia Britannica (article: box set (theatre)), Cependant, l'événement remonte à 1832 lorsque Mme Vestris met en scèneThe Conquering Game de William Bayle Bernard au Olympic Theatre.. Restée populaire depuis, la dernière recréation de la pièce date de 2010 au National Theatre .

Elle introduit également la soprano Adelaide Kemble au théâtre dans Norma et La Sonnambula de Bellini. Fille de John Kemble, acteur-manageur et l'un des propriétaires du théâtre, ainsi que nièce de Sarah Siddons, Adelaide fait une carrière sensationnelle mais courte avant de quitter la scène après son mariage.

vignette|Lucia Elizabeth VestrisActrice britannique, accompagnée d'épagneulsLithographie Philadelphia Museum of Art À l'époque de sa direction du théâtre à Covent Garden, une note par l'acteur James Robertson Anderson Anderson était alors le seul survivant de la brillante compagnie qui avait créé London Assurance (Henry Saxe Wyndham, The annals of Covent Garden theatre from 1732 to 1897, Volume 2, London, Chatto & Windus, 1906, ) citée dans l'autobiographie de C.J. Mathews rapporte Mathews, II, :

George Vandenhoff, autre acteur contemporain, porte témoignage dans Dramatic Reminiscences du fait que

Elle donne sa dernière représentation en 1854 au profit de Mathews, dans une adaptation de La Joie fait peur de Madame de Girardin intitulée Sunshine through Clouds. Elle meurt à Londres en 1856.

Ses prestations et son éducation musicales ne sont pas suffisantes pour la distinguer dans le grand opéra et en comédie elle connaît seulement un succès modéré. Mais dans des pièces comme Loan of a Lover, Paul Pry, Naval Engagements etc. elle est « délicieuse et ensorcelante ». Cependant, de nombreux observateurs (dont ) « ne lui ont jamais complètement pardonné de n'être pas devenue la plus grande contralto d'opéra anglaise de son temps »Grove, .

À une époque où les femmes n'étaient pas autonomes mais au contraire amenées à croire qu'elles ne pouvaient gérer leur propre vie ni leur propre argent, et encore moins gérer une entreprise employant des centaines de personnes, tant hommes que femmes, Vestris était une femme d'affaires par excellence. Elle gérait les théâtres, emmenait les pièces en tournée avec une équipe hétéroclite d'acteurs, actrices et tout le personnel de soutien et, après sa première expérience désastreuse avec Vestris, uniquement remariée quand ils y furent contraints par les autorités américaines afin de lui permettre de faire sa tournée à travers leurs frontières. Lucia Elizabeth Vestris est une figure de premier plan dans l'histoire du théâtre et des coutumes britanniques au Pearce, passim

Elle est enterrée au Kensal Green Cemetery.

Notes et références

Bibliographie Chisholm, Hugh, ed. (1911). "Demochares". Encyclopædia Britannica. 8 (11th ed.). Cambridge University Press. p. 1.

William H. Appleton, Madame Vestris and the London Stage, New York: Columbia University Press, 1974 Gherardo Casaglia, Almanacco, sur Amadeusonline, Paragon s.r.l. F. E. Halliday, A Shakespeare Companion 1564-1964, Baltimore, Penguin, 1964. Thomas Marshall Lives of the most celebrated actors and actresses, London, Appleyard, s.d., but 1847 (accessible en ligne sur Internet Archive)