La famille Lallemant est une famille de riches bourgeois de Bourges qui appartient à l’élite commerciale, politique et culturelle de son temps, la fin du et le début du . Ils font partie d'un milieu de marchands et financiers. En relation avec le pouvoir royal, ils exercent des charges municipales à Bourges et de receveurs de finances royales. Deux membres de la famille, les frères Jean Lallemant l'Aîné et Jean Lallemant le Jeune, sont surtout connus pour avoir fait édifier une demeure, l'hôtel Lallemant, qui est un exemple précoce de la Première Renaissance française. Acquis par la ville de Bourges en 1826, l'hôtel Lallemant abrite depuis 1951 le musée des arts décoratifs de Bourges.

Généalogie

L'arbre généalogique de la famille Lallemant est, à partir de Guillaume l'Aïeul, le suivant :

La famille Lallemant est probablement originaire d'Allemagne et serait arrivée à Bourges déjà au La Thaumassière, cité par .. Nicolas Catherinot les dit originaires de Nuremberg. Jean-Yves Ribault, en absence de sources vérifiable, est plus nuancé, mais signale l'existence d'un Oury (Ulrich) Lalemant à la fin du , Militaire de carrière, sergent d'armes du roi, mentionné en 1285 et 1286 dans les comptes de l’Écurie royale, Oury Lalemant loué pour ses faits de guerre dans des campagnes de Guyenne de 1297 et dans les Anciennes Chroniques de Flandres et la Branche des Royaux Lignages.. Le premier membre de la famille documenté à Bourges est Guillaume Lallemant. Guillaume Lallemant est documenté comme « marchand et bourgeois à Bourges » en 1436, il possède alors deux maisons rue Coursalon; il réapparaît comme possédant plusieurs maisons en 1444. Il entretient des relations amicales avec Jacques Cœur et lui achète son immeuble à la porte Gordaine. Il est marié avant 1448 avec Marie le Roy, fille (?) de Jacques II Le Roy, seigneur de Saint-Florent ; il est le beau-frère de Guillaume Leotier, médecin du futur Louis XI. Il meurt avant 1474. D'après Thaumassière, il est receveur général des finances de Normandie. Il habite rue Coursalon en 1458, maison qui brûle en . En 1468, il en fait construire une autre, brûlée dans le grand incendie qui a ravagé Bourges le . En plus de Jean, il a une fille Guillemette, mariée avec Guillaume Chambellan., maire de Bourges, et une autre fille, Colette, mariée avec Pierre Dubreuil. Jean Lallemant dit « le père » ou l'Ancien) pour le distinguer de ses enfants. Il est fils de Guillaume Lallemant. Il est receveur général des finances de Normandie de 1481 à 1484; il épouse Marie Petit, fille d'Étienne Petit, trésorier général du Languedoc. Il a entre autres enfants quatre fils dont deux Jean, à savoir Jean l'Aîné et Jean le Jeune, deux autres fils Guillaume et Étienne, et une fille Jeanne. Jean Lallemant l'Ancien est cité parmi les notables de la ville en lors de la rébellion populaire contre les officiers de Louis XI à propos des foires de Bourges. Il meurt le . Jean Lallemant l’Aîné seigneur du Préau (Cher) ; il succède à son père dans la charge de receveur général des finances de Normandie (1494-1497). Il est un le fondateur de l’ordre de la Table Ronde. Il est maire de Bourges en 1500; il épouse Jeanne Gaillard, fille de Michel Gaillard de Longjumeau, général des finances du Languedoc. Il est chargé de financer le transport d'œuvres d'art et le voyage de vingt-deux artistes italiens depuis Naples jusqu'au chantier royal d'Amboise lors de la première campagne d'Italie. Il meurt le . Jean Lallemant le jeune seigneur de Marmagne. Argentier de Louis XII, trésorier général de Languedoc (1505-1521), maire de Bourges en 1510, épouse Jeanne de Champanges. Il est arrêté en 1535 pour détournements, emprisonné deux ans avec une forte amende. Il obtient des lettres de rémission en 1537, et retrouve ensuite ses charges auprès du roi. Il devient contrôleur des finances du roi et, à ce titre, supervise encore en 1545 les rémunérations de Benvenuto Cellini pour ses travaux d'art. Il meurt en 1548. Guillaume Lallemant est grand archidiacre de Tours, de Bourges, doyen de Tournai, protonotaire du Saint-Siège, maître de requêtes.

Étienne Lallemant est chanoine de Tours et de la Sainte-Chapelle de Bourges, chancelier de la collégiale de Saint-Quentin en Vermandois.

Jeanne épouse Jean Rousselet le Jeune, échevin de Lyon en 1497, dont le père Jean, également échevin de Lyon, était trésorier général du LanguedocSa mort en 1505 laisse la place au frère de sa bru, Jean Lallemant le Jeune. et pour le Milanais

Les deux Jean ont, à eux deux, dix enfants. Les enfants de Jean le jeune sont trois fils et deux filles :

François, seigneur de Marmagne, notaire et secrétaire du roi, trésorier des Ligues, secrétaire de l'amiral Chabot de Brion, marié à Jacqueline Boudet; ils ont des enfants : Jean, Marie, Marguerite et Anne qui épouse en 1589 Louis de Clermont d'Amboise, marquis de Reynel, bailli et gouverneur de Chaumont en Bassigny, tué le . Étienne II, seigneur de Buy & de Vouzay, maître de requêtes, procureur de Charles de Guise, cardinal de Lorraine, conseiller au Grand Conseil, maire de Bourges en 1561. Marié avec Anne du Tillet, fille de Séraphin, président de la Chambre des comptes. Leur seul enfant Anne, dernière de la lignée, propriétaire de l'hôtel Lallemant, épouse en 1577 Jacques Viole d'Andrezel, président ès requêtes du Palais. Guillaume (dit Guillaume III), marchand en Flandres, seigneur de Marmagne, receveur général du taillon à Bourges. Françoise, mariée en 1526 avec Jacques Le Roy, seigneur de Saint-Caprais et de Saint-Florentin contrôleur général du Languedoc Suzanne, mariée avec Gonin Portier de Montifaut.

Une épitaphe, dans l'église Saint-Bonnet de Bourges, donne des indications sur la généalogie des frères Jean Lallemant qui confirment les informations :

L'ordre des chevaliers la Table Ronde

L'ordre des chevaliers de la Table Ronde de Bourges est une association de notables de Bourges créée en et active jusqu'au début (voire au milieu) du . Cette confrérie, dont les membres avaient leurs statuts et leurs armes, était dirigée par un chef élu par ses pairs, appelé « chef » ou « roi ». En , Jean de Cucharmoys, un jeune marchand de 21 ans né à Lyon dans une riche famille de marchands, est élu chef par six jeunes notables, membres fondateurs de l'ordre, parmi lesquels Jean Lallemant l'aînéLes six membres fondateurs étaient Jean de Cucharmois, Jean Lallemant l'aîné, Pierre Filzdefemme, Jean George, Claude Pichonnet et Vincent de Vielbourg .. Jean Lallemant le jeune est élu en . Jean Lallemant l'aîné, élu chef pendant dix mois en 1487, est réélu en 1490 pour un an, et est encore chef en 1533, année de sa mort. Les autres membres étaient marchands et officiers du roi. D'abord au nombre de quatorze, ils sont au total jusqu'à vingt-trois. Jean Lallemant le jeune est élu chevalier le . Le rôle de cette confrérie était économique et honorifique. Les statuts ont été rédigés en 1487 et réécrits en . L'ordre compte alors seize membres, tous membres de la haute bourgeoisie de Bourges. Ces statuts, les armoiries, ainsi que la liste des membres avec leurs dates d'admission - et, pour deux d'entre eux, leur date de radiation - et leurs dates de décès, ont été consignés dans un document sur parchemin d'une cinquantaine de feuillets intitulé Statuts et armoiries des chevaliers de la Table Ronde de Bourges, conservé à la British Library et décrit dans ou . Le document a probablement été composé à partir de 1486, date de création de l'ordre, et s'achève par la mention de la mort de Jean Lallemant l'aîné en 1533. Chaque membre a ses propres armoiries composées d'un blason et entourée d'une chaîne constituée de ; cinq gros grains d'or séparent les dizaines. La chaîne se termine par un pendentif représentant la Vierge et l'Enfant. Il est possible que la naissance de la confrérie, en , ait un rapport avec la lutte des marchands et bourgeois de Bourges pour le maintien des foires à Bourges. Ce lien est mentionné dans un article d'Alain Collas. Mais l'incendie de 1487 donne un premier coup aux foires, et Louis XII transfère les foires à Lyon en 1498. La confrérie périclite à partir de 1509, date de la dernière admission enregistrée. La taille de l’ordre diminue avec le décès de ses membres; en 1433, ils étaient huit.

Les Lallemant, amateurs de livres

upright=0.7|thumb|Remise du manuscrit du Boëce Lallemant. Sur le fronton, on lit la devise : . upright=0.7|thumb|Lion coiffé d'un livre. Livre d'heures Koninklijke Bibliotheek. upright=0.7|thumb|Flosculus Proverbiorum Solomonis, avec les armoiries Lallemant. upright=0.7|thumb|Crucifixion. Livre d'heures Koninklijke Bibliotheek. upright=0.7|thumb|Missel Morgan Manuscrit 495 upright=0.7|thumb|Armoiries Morgan Manuscrit 646. upright=0.7|thumb|Virgile Dijon Ms 493. Sur l'arbre, un targe aux armes des Lallemant. Jean l'aîné et Jean le jeune ont commandé un certain nombre de livres manuscrits, ouvrages religieux pour la plupart mais pas seulement. D'autres portent leurs armes ou devises, parmi lesquelles , que l'on peut traduire par , et également la devise « Quant sera-ce - Ce sera quant ». Le livre d'heures aux armes des Lallemant, aujourd'hui conservé à La Haye comporte une miniature réputée avec un lion rouge, coiffé d'un livre portant l'inscription , un casque et les armoiries de Jean Lallemant le jeune, semblables à celles de son écusson de chevalier de la Table Ronde. Dans le cadre, on peut lire une devise sur une banderole : Extrait du psaume 115. Devise que Michel Bulteau traduit par Seigneur, tu as rompu mes chaînes; je te sacrifierai l'hostie de la louange et j'invoquerai ton nom.. Le fond est tapissé de nœuds coupés.

Paul Chenu répartit la propriété des livres entre les membres de la famille : 1 à Jean Lallemant (père), époux de Marie Petit; 4 à Jean Lallemant l'aîné; 6 à Jean Lallemant le jeune, dont un Roman de la Rose; 2 à Guillaume Lallemant dont 1 « acheté à Bourges en 1493 »; le dernier à un Lallemant dont les armes n'ont pas été identifiées.

Les livres ont été dispersés ensuite dans des bibliothèques et même, comme un des livres d'heures, démembrés. La liste que voici contient des titres mentionnés, sous une forme ou une autre, dans un texte d'Émile-A. van Moé. Seymour de Ricci, Census of medieval and Renaissance manuscripts in the United States and Canada, mentionne d'autres manuscrits. Plusieurs de ces manuscrits sont illustrés par un enlumineur anonyme, de nom de convention maître du Boèce Lallemant. Virgile, bibliothèque municipale de Dijon, manuscrit 493Reproduction des miniatures sur la base enluminures. Le folio 193v contient, accroché à un arbre, une targe avec les armoiries : un chevron et trois fleurs percées. La notice de la bibliothèque met en doute l'interprétation comme armoiries de Lallemant. Enluminures de plusieurs mains, dont la principale est le Maître de Robert Gaguin. Livre d'heures de Jean Lallemant l'aîné. Encadrement et calendrier par le maître du Boèce Lallemant, en collaboration avec Jean Poyer. Démembré et dispersé, ancienne collection Rohan-Chabot, ancienne collection Firmin-Didot (vente du 10-, Manuscrit 24). Les parties sont aux Walters Art Gallery, Baltimore (W. 459)une feuille à la Walters Gallery, cote W.459.1R, attribuée à Jean Pichore., Fitzwilliam Museum, Cambridge (Ms. 375) et British Library (Add. 39641). Le calendrier, retrouvé par Frédéric Sailland dans une collection particulière et édité. dans son livre.

Roman de la rose. Exemplaire destiné à Jean Lallemant l'aîné, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, manuscrit Stieglitz 14045. Consolation de Philosophie, dit le Boèce Lallemant destiné à Jean Lallemant l'aîné, vers 1498, Bibliothèque nationale de France, Lat. 6643, contenant le De consolatione philosophiae de Boèce et sa traduction. Enluminures attribuées du maître du Boèce Lallemant. Présence de la devise : « Quant sera-ce ? » suivie de « Ce sera quant ».