Larabe tunisien ou tunisien (, soit ) est un continuum linguistique arabe rattaché à l'arabe maghrébin. Il est parlé principalement par les Tunisiens en tant que langue maternelle et vernaculaire, les quelque onze millions de personnes vivant en Tunisie, ainsi que par les Tunisiens établis à l'étranger.

Il est généralement connu de ses locuteurs sous les noms de « tounsi »M. Gibson, (2009). , 4, 563–71., ce qui signifie « tunisien »Written in Arabic script as or in Latin script (Arabizi) as ., ou encore de derja afin de le distinguer de l'arabe standard. Historiquement, le tunisien s’est développé sur des substrats libyque, punique et latino-grec (Roman africain), hérités de l’Antiquité, sur lesquels s’est greffé un superstrat arabe, puis a intégré des apports médiévaux et modernes (persan, arabe andalou, turc, italien, espagnol et français)Tilmatine Mohand, « Substrat et convergences : Le berbère et l'arabe nord-africain », Estudios de dialectologia norteaafricana y andalusi, , 1999, .. Tilmatine Mohand, Substrat et convergences: Le berbère et l'arabe nord-africain (1999), in Estudios de dialectologia norteafricana y andalusi 4, .S. Chaker, « Arabisation », Encyclopédie berbère, document A252, (lien)Zribi, I., Boujelbane, R., Masmoudi, A., Ellouze, M., Belguith, L., & Habash, N. (2014). . Plusieurs travaux signalent, notamment dans les domaines domestique, agricole et maritime, la persistance d’un fonds lexical d’origine latine/grecque (p. ex. furnu, tawla/tabla, barnous) et d’une toponymie d’origine punique/latine.

Sa morphologie, sa syntaxe, sa prononciation et son vocabulaire sont assez différents de l'arabe standard ou classique. C'est pourquoi il est difficilement intelligible par les locuteurs des parlers arabes orientaux, mais plus facilement compris par les arabophones du Maghreb, au prix d'un effort d'adaptation aux différences d'accent. Il est par ailleurs proche du maltaisAlbert J. Borg et Marie Azzopardi-Alexander, Maltese, éd. Routledge, New York, 1996, p. XIII : La source immédiate pour l'arabe vernaculaire parlé à Malte était la Sicile musulmane mais son origine ultime semble avoir été la Tunisie. En fait, le maltais possède quelques traits typiques de l'arabe maghrébin même si près de d'évolution l'ont quelque peu éloigné du tunisien.., qui n'est toutefois pas considéré comme un dialecte arabe pour des raisons sociolinguistiques.

En raison du multilinguisme en Tunisie et des multiples influences linguistiques présentes dans l'arabe tunisien, ainsi que de l'importance de la diaspora établie à l'étranger, il est fréquent que les Tunisiens recourent à l'alternance codique, mêlant tunisien, français, anglais, arabe classique et d'autres langues dans leur parler quotidienDaoud, M. (2001). , 2(1), 1–52..

En Tunisie, on distingue généralement deux grands ensembles dialectaux : les parlers pré-hilaliens et les parlers hilaliens. Les parlers pré-hilaliens, implantés depuis la conquête musulmane du Maghreb au VIIe siècle et façonnés par les dynasties arabo-musulmanes successives (notamment les Aghlabides), sont prédominants dans les régions de Kairouan, Tunis, Sousse, Mahdia, Sfax, Monastir, Bizerte et Nabeul. Quant aux parlers hilaliens, ils résultent de la migration de tribus originaires de la péninsule Arabique à partir du XIe siècle, telles que les Banu Hilal, les Banu Sulaym et les Banu Maqil, et sont parlés dans le reste du pays. La koinè urbaine tunisoise tend à être utilisée comme variante standardMaik Gibson, Tunis Arabic dans:..

Classification

L'arabe tunisien fait partie de la famille des dialectes arabes et est compris par cela dans la famille des langues chamito-sémitiques. Il fait partie, plus particulièrement, de la branche des langues sémitiques tunisien au site ethnologue.. De plus, il fait partie des dialectes de l'arabe maghrébin qui sont en grande partie inintelligible pour les locuteurs d'arabe standard ou moyen-oriental et ce tout comme l'algérien ou le marocain.

Faisant partie du continuum linguistique, il a été reporté que le tunisien est partiellement mutuellement intelligible avec l'arabe algérien, l'arabe libyen ainsi que le maltaisBorg, Albert J.; Azzopardi-Alexander, Marie (1997). Maltese. Routledge. .. Toutefois, le tunisien est faiblement, jusqu'à pas intelligible, avec l'arabe marocain, l'arabe égyptien, l'arabe levantin septentrional, l'arabe mésopotamien, et l'arabe du Golfe.

Historique

Débuts de la langue Situation linguistique de la Tunisie antique

Durant l'antiquité, les habitants de la Tunisie parlaient d'anciennes formes de berbères proches du libyqueMughal, M. (2012). Tunisia. in Danver, S. (ed.). Native Peoples of the World: An Encyclopedia of Groups, Cultures, and Contemporary Issues, Vol. 3. Armonk, NY: M. E. Sharpe, .. Des migrants venant de Phénicie, se sont établis en Tunisie, tout le long des jusqu'au , ont fondé Carthage et se sont progressivement mélangé avec la population locale. Ces migrants amenèrent avec eux leur culture et langue qui s'est progressivement répandue vers le reste des côtes Nord-Africaine, Hispanique et insulaire le long de la civilisation carthaginoise.

À partir du , une partie des habitants de la Tunisie, parlaient la langue punique, une variante du phénicien influencée par la langue libyque locale. Aussi déjà, à l'époque, dans les régions proches du peuplement punique (région de Carthage), le berbère utilisé évolue fortement. Dans des centres urbains de l'intérieur comme Dougga, Bulla Regia, Thuburnica ou Chemtou, le berbère se détache des intonations maghrébines tout en gardant l'essentiel de son vocabulaire. Le terme « Afrique », qui donne son nom au continent, est ainsi issu de la tribu berbère des Afridi qui est l'une des premières à être en contact avec Carthage Daniel Don Nanjira, African Foreign Policy and Diplomacy: From Antiquity to the 21st Century, éd. ABC-CLIO, Santa Barbara, 2010, . Également durant cette période jusqu'au , certains chercheurs pensent que l'alphabet Tifinagh pourrait s'être développé à partir l'alphabet phénicienPenchoen, T. G. (1973). Tamazight of the Ayt Ndhir (Vol. 1). Undena Pubns, .M. O’Connor, « The Berber Scripts » dans The world’s writing systems, , 1996., cependant la théorie est contestée par S. Chaker., qui conclut qu'il s'agit plus probablement d'une «émergence endogène, au contact d’une civilisation porteuse de l’écriture».

À l'arrivée des Romains, à la suite de la chute de Carthage en 146 av. J.-C.Appian_of_Alexandria (162). The Punic Wars. Roman HistoryAppian_of_Alexandria (162). "The Third Punic War. Roman History", toute l'élite était « punicisée » mais cette influence devait décroître au fur et à mesure que l'on s'éloignait de Carthage et du nord. De la période romaine jusqu'à la conquête arabe, le latin et le grec vont davantage influencer la langue qui sera alors appelé neo-punique pour la différencier de sa variante antérieure Lancel, S. (1992). Carthage. Paris: Fayard, .. Cela a aussi progressivement donné par la suite naissance à la langue romane d'Afrique, un dialecte latin, influencée par les autres langues du pays et utilisée avec eux.. Également, comme ce fut le cas pour les autres dialectes, le punique a probablement suvécu à la conquête arabe du Maghreb: Le géographe Al-Bakri, décrit au , des personnes parlant une langue qui n'était ni du berbère, ni du latin ou du copte dans l'Ifriqiya rurale, une région où le punique a survécu bien au-delà de son utilisation écriteJongeling, K., & Kerr, R.M. (2005). Introduction in Late Punic epigraphy: an introduction to the study of Neo-Punic and Latino- Punic inscriptions. Tübingen: Mohr Siebeck, .. Toutefois il se peut que l'existence du punique ait facilité la propagation de l'arabe dans la régionJongeling, K., & Kerr, R.M. (2005). Late Punic epigraphy: an introduction to the study of Neo-Punic and Latino- Punic inscriptions. Tübingen: Mohr Siebeck, , ., étant donné que le punique et l'arabe sont deux langues sémitiques qui partagent plusieurs racines communesAger, S. (1998). Punic. Omniglot Elimam, A. (2009). Du Punique au Maghribi: Trajectoires d’une langue sémito-méditerranéenne'. Synergies Tunisie, (1), 25-38..

Moyen Âge