Le pacte entre Ensemble pour le oui et la CUP est un accord politique conclu en , par lequel la coalition indépendantiste Ensemble pour le oui et la Candidature d'unité populaire s'entendent pour investir le gouvernement de Catalogne dirigé par Carles Puigdemont, et mettre en œuvre un programme de déconnexion avec l'Espagne qui doit conduire la Catalogne vers l'indépendance en dix-huit mois.
Les élections « plébiscitaires » du 27 septembre 2015 ont donné une majorité relative à la liste d'union indépendantiste Ensemble pour le oui (JxSí), qui est une coalition entre Convergence démocratique de Catalogne (CDC) et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC). Junts pel Sí dispose de 62 sièges au Parlement, et ne peut gouverner qu'avec l'appui de la Candidature d'unité populaire (CUP), parti indépendantiste de gauche radicale qui a obtenu 10 députés. Les deux groupes négocient pendant trois mois sans parvenir à conclure un accord de gouvernement, car la CUP refuse de voter l'investiture du président sortant et candidat d'Ensemble pour le oui, Artur Mas. Ils concluent en définitive un pacte de stabilité parlementaire le , qui prévoit l'investiture de Carles Puigdemont et l'engagement du processus de déconnexion avec l'Espagne.
Le pacte entre Ensemble pour le oui et la CUP permet la formation du gouvernement de Carles Puigdemont, investi le . La mésentente entre les deux formations est cependant apparente dès les premiers mois de gouvernement, et la majorité se rompt en , lorsque la CUP rejette le projet de budget du gouvernement. Carles Puigdemont soumet son gouvernement à une question de confiance, qu'il remporte en avec le soutien renouvelé de la CUP.
Contexte Situation politique Les élections au Parlement de Catalogne du 25 novembre 2012 ont donné pour la première fois une majorité parlementaire en faveur de l'indépendance. Les deux groupes indépendantistes, Convergence et Union (CiU) et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), ont conclu un accord de gouvernement, nommé Pacte pour la liberté, qui permet l'investiture du deuxième gouvernement d'Artur Mas. Le point central de leur programme commun est l'organisation d'une consultation d'autodétermination en 2014 « La Catalogne trace sa route vers l'indépendance », Le Figaro, 19 décembre 2012..
Ce projet se heurte au refus des autorités espagnoles. En , la demande du Parlement de Catalogne de pouvoir organiser un référendum sur l'indépendance est rejetée par le Congrès des députés espagnol à une large majorité « Indépendance de la Catalogne : le refus des députés espagnols », Le Monde, 9 avril 2014.. En septembre de la même année, la consultation d'autodétermination prévue par le gouvernement catalan le est suspendue par le Tribunal constitutionnel. Le gouvernement maintient la tenue d'un vote symbolique le , malgré l'interdiction réitérée du Tribunal constitutionnel « Le Tribunal constitutionnel interdit la tenue du référendum "symbolique" en Catalogne », La Tribune, 4 novembre 2014.. Deux millions d'électeurs participent au vote, dont 80 % s'expriment en faveur de l'indépendance « Les Catalans disent oui à l'indépendance », Le Figaro, 10 novembre 2014..
La consultation du a montré qu'une partie importante de la population catalane soutient l'indépendance, mais elle n'a pas de valeur juridique. Pour surmonter l'impossibilité d'organiser un vote contraignant, les partisans de l'indépendance projettent d'organiser des « élections plébiscitaires », c'est-à-dire des élections législatives dont le seul enjeu est de réunir une majorité en faveur de l'indépendance « Artur Mas persiste : la feuille de route de Barcelone vers l'indépendance », La Tribune, 26 novembre 2014..
La liste unitaire d'Ensemble pour le oui
Après la consultation du 9 novembre 2014, les deux partenaires de la majorité indépendantiste sont en désaccord sur la stratégie à adopter. Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) réclame la dissolution immédiate du Parlement et l'organisation d'élections anticipées. Le président Artur Mas conditionne la convocation des élections à la constitution d'une candidature commune indépendantiste, qui intégrerait CiU, ERC et des représentants de la société civile, et dont il serait le candidat à la présidence. Les discussions entre CiU et ERC aboutissent à un compromis conclu le : le président convoquera les élections plébiscitaires, mais à la date du ; les partis indépendantistes partageront un programme commun, mais présenteront des listes séparées. CiU et ERC s'entendent également pour poursuivre leur alliance de gouvernement jusqu'à la fin de la législature « Artur Mas anuncia elecciones anticipadas el 27 de septiembre » El Diario, 14 janvier 2015.. La feuille de route unitaire, qui constitue le programme commun des partisans de l'indépendance, est approuvée le suivant « Catalogne : les indépendantistes en ordre de marche pour les élections du 27 septembre », La Tribune, 31 mars 2015..
L'idée d'une liste d'union indépendantiste n'est cependant pas abandonnée, et revient au centre des débats dans les semaines précédant la convocation des élections du 27 septembre 2015. En juin, Convergence démocratique de Catalogne (CDC) rompt son alliance électorale de trente-sept ans avec l'Union démocratique de Catalogne (UDC), car cette dernière est opposée au programme indépendantiste accordé avec ERC « Convergència certifica el final «sense retorn» de la federació amb Unió », El Periódico, 19 juin 2015.. Le président Artur Mas propose à nouveau une coalition électorale, dont la tête de liste serait un candidat indépendant issu des associations indépendantistes « Mas, disposat a no liderar la llista única per guanyar-se el sobiranisme », El Periódico, 21 juin 2015.. Ces associations sont disposées à participer aux élections, mais demandent la constitution d'une liste exclusivement composée de candidats indépendants. ERC accepte de se ranger à cette option « Partidos y entidades independentistas negocian una lista unitaria "sin políticos" el 27-S », El Diario, 7 juillet 2015..
Le , la CDC et ERC s'entendent pour se présenter ensemble sur une liste unitaire à laquelle participeront également d'autres partis et organisations indépendantistes « «Principi d'acord» CDC-ERC, que Junqueras presenta amb matisos », Nació Digital, 13 juillet 2015.. La CUP refuse d'en faire partie « David Fernández: "La última propuesta imposibilitaba cualquier acuerdo" por la lista unitaria », La Vanguardia, 14 juillet 2015.. La candidature commune, nommée Junts pel Sí (littéralement « ensemble pour le oui »), est présentée le suivant par les cinq premiers candidats de la liste dans la circonscription de Barcelone : la tête de liste Raül Romeva (indépendant), ainsi que Carme Forcadell (ANC), Muriel Casals (Òmnium Cultural), Artur Mas (CDC) et Oriol Junqueras (ERC) « La lista unitaria soberanista se presentará como Junts pel Sí », La Vanguardia, 21 juillet 2015..
La Candidature d'unité populaire
La Candidature d'unité populaire (CUP) est un parti politique indépendantiste de gauche radicale, qui intègre plusieurs courants idéologiques dont l'anarchosyndicalisme et des mouvements marxistes, féministes et écologistes. C'est un petit parti en croissance depuis que l'indépendantisme est en progression, à partir de 2010. Elle se présente pour la première fois aux élections au Parlement de Catalogne en 2012, et obtient 3,2 % des suffrages et 3 députés. Aux élections municipales de 2015, elle réunit 7,12 % des voix et enregistre des scores élevés dans certaines municipalités « Catalogne : ce parti de gauche dont dépend le succès des Indépendantistes », La Tribune, 25 septembre 2015..
Pour les élections au Parlement de Catalogne du 27 septembre 2015, elle est en concurrence avec la coalition Catalunya Sí que es Pot (CSQP) : le choix des électeurs de la gauche radicale entre ces deux listes est déterminant pour le score total des partisans de l'indépendance. Elle peut également attirer certains électeurs d'Esquerra Republicana de Catalunya, qui seraient déçus de l'alliance avec Convergència au sein d'Ensemble pour le oui. Son programme prévoit une déclaration unilatérale d'indépendance, si l'indépendantisme est majoritaire en voix et en sièges. Elle refuse de participer à un gouvernement dirigé par Ensemble pour le oui, mais elle envisage de lui permettre de gouverner en s'abstenant lors du vote d'investiture, si Ensemble pour le oui dispose d'une majorité relative suffisante pour dépasser les voix de l'opposition unioniste.
Élections du 27 septembre 2015
Les élections législatives du 27 septembre 2015 sont remportées par Ensemble pour le oui, qui obtient une majorité relative de 39,6 % des voix et 62 sièges. La CUP obtient 8,2 % des voix et 10 sièges. Au total, les partisans de l'indépendance sont majoritaires en sièges, avec 72 députés, mais pas en voix, avec 47,8 % des suffrages. Cette victoire partielle ne permet pas de procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance, mais elle ouvre la voie à l'engagement du processus indépendantiste prévu par la feuille de route d'Ensemble pour le oui « Pourquoi les indépendantistes catalans vont utiliser leur majorité parlementaire », La Tribune, 27 septembre 2015..
Le soutien de la CUP est indispensable à Ensemble pour le oui pour pouvoir former un gouvernement. En effet, l'opposition non indépendantiste, composée de Ciutadans (C's), du Parti des socialistes de Catalogne (PSC), de Catalogne oui c'est possible (CSQP) et du Parti populaire catalan (PPC), détient un total de 63 députés, soit un de plus que Ensemble pour le oui, ce qui empêche cette dernière de pouvoir gouverner seule avec l'abstention de la CUP. La CUP est prête à participer à des négociations de coalition, mais elle réclame le départ du président sortant et candidat d'Ensemble pour le oui, Artur Mas « Junts pel Sí i la CUP inicien els primers contactes a partir d'avui, amb la investidura de Mas com a principal escull », 324, 29 septembre 2015..
Conclusion du pacte (septembre 2015-janvier 2016) Première phase de négociation Dans les jours qui suivent les élections législatives, les représentants de Ensemble pour le oui et de la CUP entament des négociations de coalition. Les deux formations partagent leur engagement en faveur de l'indépendance, mais leurs divergences idéologiques sont importantes. Surtout, le principal écueil est la question de l'investiture du président sortant, Artur Mas. Président de la Généralité depuis 2010, il a joué un grand rôle dans la progression de l'indépendantisme : il a converti son parti, Convergence démocratique de Catalogne, en faveur de l'indépendance, il a organisé la consultation sur l'indépendance du 9 novembre 2014, et convoqué les élections plébiscitaires. En s'alliant avec la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) au sein d'Ensemble pour le oui, il est devenu le candidat de la plus grande partie du camp indépendantiste. Mais la CUP, qui a fait campagne sur le rejet de la candidature d'Artur Mas, refuse de le maintenir à la présidence. Elle lui reproche la politique de coupes budgétaires et de privatisations que son gouvernement a pratiquée depuis 2011, ainsi que les scandales de corruption qui impliquent son parti « Catalogne : vers l'épreuve de force avec Madrid », La Tribune, 6 novembre 2015..