Abu Muhammad Hasan al-Kharrat ( 1861-) fut l'un des principaux chefs rebelles syriens au cours de la grande révolte syrienne (1925-1927) contre le mandat français. Ses principales zones d'activité étaient Damas et la campagne du Ghouta. Il fut tué au combat et est considéré comme un héros par les SyriensProvence 2005, ..

En tant que qabaday (responsable local des jeunes) du quartier al-Shaghour de Damas, al-Kharrat était en relation avec Nasib al-Bakri, un nationaliste de la famille la plus influente du quartier. À la demande d'Al-Bakri, al-Kharrat rejoint la révolte en , et forma un groupe de combattants d'al-Shaghour et d'autres quartiers environnants. Il dirigea l'assaut des rebelles contre Damas, s'empara brièvement de la résidence du haut-commissaire Maurice Sarrail avant de se retirer au milieu des bombardements français.

Après l'échec de son opération à Damas, al-Kharrat continua à mener des incursions contre les forces françaises dans et autour de la ville. Vers la fin de 1925, les relations se tendirent entre al-Kharrat et d'autres chefs rebelles, en particulier Sa'id al-'as et Ramadan al-Shallash, s'accusant mutuellement de piller les villages ou d'extorquer les habitants. Al-Kharrat fut tué dans une embuscade dans la Ghouta et la révolte se termina en 1927, mais il avait acquis une réputation comme martyr de la résistance syrienne à la domination française.

Biographie Jeunesse alt=From left to right: A boy staring out from a store's window sill beneath which a lamb is walking by; three fully veiled women are conversing on the street; beneath an olive grove jutting out of a large stone archway and beside a fountain, a man is walking, a woman is collecting water from the fountain, and two young boys are standing and smiling; a young girl walking on the street|droite|vignette|Une scène de rue à al-Shaghour quartier de Damas, 1910. Al-Kharrat vécut dans al-Shaghour et servit comme qabaday (responsable des jeunesses locales) et veilleur de nuit dans les vergers. Al-Kharrat est né en 1861 dans une famille musulmane sunnite de Damas, en Syrie ottomaneMoubayed 2006, .. Il travailla comme veilleur de nuit du quartier d'al-Shaghour ainsi que comme gardien de nuit dans les vergersBatatu 1999, .Neep 2012, ..

Pendant la Première Guerre mondiale au Levant, les insurgés arabes s'emparèrent de Damas, évacuée par l'armée ottomane lors de la bataille de Damas en . Par la suite, le Club arabe, une organisation nationaliste arabe fut constituée dans la ville afin de mettre en place un soutien pour les rebellesGelvin 1998, .. Le Club aida le chef rebelle, l'émir Fayçal, à former un gouvernement rudimentaire. Al-Kharrat fut membre du Club et soutint Fayçal dans le quartier d'al-ShaghourGelvin 1998, .. En , le gouvernement de Fayçal s'effondra après que ses forces hétéroclites eurent été défaites par les Français à la bataille de MaysalunKhoury 1987, .. Ce fut le début de la domination française dans le cadre du mandat français en Syrie et au Liban.

Dans les premières années de la domination française, al-Kharrat était le qabaday (pl. qabadayat)Khoury 2006, . d'al-ShaghourKhoury 2006, .. Le qabaday était officieusement chargé de gérer les griefs et l'honneur d'un quartier vis-à-vis des criminels locaux ou les empiétements de qabadayat d'autres quartiers. Il avait une réputation d'homme d'honneur, reconnu pour sa force personnelle, et sa capacité à protéger le pauvres et les minoritésKhoury 2006, .. Le qabaday était considéré comme un « défenseur des Arabes, des traditions et des coutumes, le gardien de la culture populaire », selon l'historien Philip S. Khoury. Khoury affirme qu'al-Kharrat était « probablement le plus respecté et estimé des qabaday de son époque ». Les qabadayat étaient souvent des gens sans éducation formelle et l'historien Michael Provence soutient qu'al-Kharrat était probablement analphabèteProvence 2005, .. Les qabadayat étaient souvent liés avec les notables de la ville et leur assuraient le soutien politique dans leurs quartiers. Al-Kharrat était allié avec Nasib al-Bakri, un homme politique et propriétaire foncier damascène. La famille al-Bakri était la plus influente d'al-Shaghour, et al-Kharrat était leur principal relais dans le quartierProvence 2005, ..

Commandant dans la grande révolte syrienne Le recrutement et le début des affrontements Une révolte contre la domination française fut lancée au milieu de l'été de 1925, par le sheikh druze Sultan Pacha al-Atrash, dans le sud des montagnes de la région de Jabal al-Druze. Les hommes d'al-Atash marquèrent rapidement des victoires importantes contre les forces françaises de l'Armée du Levant. Les nationalistes Syriens, inspirés par cette révolte, décidèrent d'en profiter et se soulevèrent, à Damas et dans les environs. Al-Bakri était le relais entre Al-Atrash et la mouvance rebelle émergente de Damas et du Ghouta. Le Goutha étant la plaine fertile qui entoure DamasNeep 2012, .. Son verger d'oliviers et son vaste réseau de voies navigables fournit une couverture pour les rebelles et une base à partir de laquelle ils pouvaient conduire des raids sur Damas. En août, al-Bakri convainquit al-Kharrat de se joindre à l'insurrection. Selon Provence, al-Kharrat était "idéal" pour l'emploi, possédant "une aura sur la jeunesse locale, une notoriété à l'extérieur du quartier, de bonnes relations et une réputation de robustesse." Le groupe de combattants qu'il commandait était connu en tant que 'isabat al-Shawaghirah (la bande d'al-Shaghour). Bien que portant le nom d'un quartier le groupe comprenait vingt qabadayat et leurs troupes provenant d'autres quartiers de Damas et des villages environnantsKhoury 1987, .. Ses principaux domaines d'action furent les environs d'al-Shaghour et la forêt d'al-Zur dans l'est du Ghouta. Grâce à son alliance avec un Soufi (chef religieux), al-Kharrat apporta une dimension de guerre sainte islamique à cette révolte laïque, ce qui ne fut pas bien vu par tous. alt=A group of rebels in traditional Arab dress posing with rifles with date palms in the background|vignette|Les rebelles du Ghouta commandés par le cheikh druze Izz al-Din al-Halabi (debout cinquième à partir de la gauche), 1925. Les rebelles d'al-khairat opéraient fréquemment dans le Ghouta.

Al-Kharrat initia ses opérations de guérilla en septembre, en ciblant les forces françaises stationnées dans l'est et le sud du Ghouta. Son importance grandit au fur et à mesure qu'il dirigeait des raids nocturnes contre les Français à Damas, raids au cours desquels ils désarme des patrouilles et prit des soldats en otage. Dans al-Shaghour, Souk Saruja et Jazmatiyya, al-Kharrat et ses hommes brulèrent tous les bâtiments des Français. Au cours de la première semaine d'octobre, une soixantaine de gendarmes français furent envoyés au Ghouta pour arrêter al-Kharrat et ses combattantsProvence 2005, .. Les gendarmes étaient logés dans la maison d' al-Malihah's Moukhtar (chef de village). Dans la soirée, les rebelles attaquèrent la résidence, tuant un gendarme et capturant les autres qui furent, plus tard, tous libérés.

Le , les troupes françaises, appuyées par des chars, de l'artillerie et un soutien aérien lancèrent une opération pour cerner et éliminer al-Kharrat et ses hommes dans la forêt d'al-surProvence 2005, .. Les troupes d''al-Kharrat hommes avaient été avertis à l'avance du déploiement des troupes par les paysans d'al-Malihah. Ils avaient posté des tireurs embusqués dans les arbres qui prenaient à partie les troupes françaises. Ces dernières, incapable de prendre le dessus, se replièrent.

Pendant leur repli vers al-Malihah, les soldats français pillèrent le village et le brûlèrent. Les autorités françaises justifièrent cette punition collective à titre de représailles pour la défaite de la bataille et l'humiliation des gendarmes français la semaine précédente. Ils invoquèrent aussi le fait qu'un jeune du village avait prévenu les rebelles de leur présenceProvence 2005, .. Dans l'incapacité de prendre le dessus sur les troupes d'al-Kharrat, les troupes françaises exécutèrent une centaine de civils des villages du Ghouta. Les cadavres furent conduits à Damas et les corps de 16 d'entre eux, exposés comme étant des "brigands".

La bataille de Damas et les opérations du Ghouta alt=a close up of French High Commissioner of Syria, Maurice Sarrail|droite|vignette|Général Maurice Sarrail, Haut-Commissaire du mandat français en Syrie Motivé par les exactions des troupes françaises al-Bakri planifia de s'emparer de la Citadelle de Damas, où les forces françaises étaient stationnées, ainsi que du palais Azm, où le Général Maurice Sarrail, haut-commissaire de la Syrie, devait résider les 17 et (Sarrail était généralement basé à Beyrouth). Le haut-commissaire était l'administrateur de l'ensemble de la Syrie et, au nom de la France, exerçait un pouvoir quasi-absolu. Les troupes rebelles actives à Damas étaient à l'époque l'isabat d'al-Kharrat et une force mixte de combattants druzes et de rebelles du quartier al-Midan et du GhoutaProvence 2005, .. Afin de compenser le manque de forces rebelles, al-Bakri envoya une lettre au Sultan el-Atrache demandant des renforts. Al-Atrash répondit qu'il était actuellement occupé par ses opérations dans le Hauran, mais qu'il enverrait toutes ses troupes renforcer les rebelles de Damas dès qu'il le pourrait. Avant de recevoir la réponse d'al-Atrash, al-Bakri avait décidé de lancer son opération.

Le , al-Kharrat conduisit une quarantaine de rebelles dans al-Shaghour par le vieux cimetière, adjacent à la porte sud de la ville, en annonçant que les Druzes étaient arrivés libérer la ville de l'occupation. Une foule d'habitants les accueillirent avec enthousiasme et beaucoup prirent les armes avec eux. Les hommes d'al-khairat s'emparèrent du poste de police du quartier et désarmèrent sa garnison. Ils furent alors rejoints par Ramadan al-Shallash, un commandant rebelle de Deir ez-Zor, et une vingtaine de ses combattants bédouins. Les forces marchèrent alors sur le marché Hamidiyya et s'emparèrent du palais AzmMoubayed 2006, .. Mais Sarrail n'était pas présent, ayant déjà quitté les lieux afin d'assister à une réunion dans la ville de Daraa dans le Hauran. Les rebelles pillèrent le palais et y mirent le feu. Provence affirme que la capture du palais sans Sarrail "n'avait pas d'importance tactique", mais était très symbolique, d'autant que le palais Azm était une importante place historique, économique et politique occupé par les Français.

Alors qu'al-khairat s'était emparé du Palais Azm, al-Bakri et 200 rebelles traversaient la ville et étaient rejoints par des civils en nombre croissant. Après avoir encerclé la Vieille Ville, pour empêcher l'entrée des renforts ennemis, al-Kharrat donna l'ordre de tuer quiconque était lié à l'armée française. Environ 180 soldats français furent assassinés. Sarrail ordonna alors de bombarder la ville, à l'aide de l'artillerie et de l'aviation. Environ 1 500 personnes furent tuées pendant ce bombardement qui dura deux joursProvence 2005, .. Un chaos général s'ensuivit et les combats firent rage, rasant les différents bâtiments, y compris mosquées et églises. Les forces françaises réussirent à reprendre la ville, tuant et arrêtant de nombreux combattants, dont le fils d'al-Kharrat, Fakhri. Ce dernier fut capturé le , au cours d'un raid nocturne des rebelles contre les Français qui avaient repris Damas. Les autorités proposèrent à Al-Kharrat de libérer son fils contre sa reddition, mais il refusa.