Le risque d'effondrement environnemental et sociétal du monde industriel contemporain concerne la possibilité que des bouleversements majeurs affectent l'environnement et les sociétés humaines avant la fin du en raison notamment de l'extinction en cours de nombreuses espèces vivantes et du changement climatique. Ils participent à un processus de catastrophe potentielle à l'échelle de la vie sur Terre.

Les risques de catastrophes planétaires sont de nature systémique ; ils peuvent être dus en particulier à la consommation excessive des ressources naturelles, ce qui recouvre aussi bien l'exploitation d'énergies fossiles libérant des gaz à effet de serre que la destruction des milieux naturels, et à la pollution liée surtout à l'utilisation du pétrole et de ses nombreux dérivés. L'évaluation de leur degré de gravité repose sur des indices mesurables et des études documentées.

Alors que les effondrements de civilisations du passé ont été géographiquement limités à celles-ci, les analyses actuelles envisagent un bouleversement systémique qui pourrait être mondial. Elles n'envisagent pas nécessairement la fin de l'humanité mais plutôt celle de la société industrielle. Elles s'appuient sur des faits scientifiques dont la réalité est reconnue par des rapports et expertises scientifiques et institutionnels.

Définitions Il existe plusieurs définitions de l'effondrement. Les archéologues parlent d'effondrement lors d'une réduction rapide d'une population et/ou de la complexité politique/économique/sociale/institutionnelle, sur une zone significativement étendue et pour une durée importante..

L'anthropologue américain Joseph Tainter complète cette définition principalement par trois points. Selon lui, plus une société est complexe, plus elle requiert d'énergie (obtenue autrefois à partir de la biomasse)Joseph Tainter, L’Effondrement des sociétés complexes (The Collapse of Complex Societies).. Après avoir épuisé l'énergie bon marché et la dette abordable, une société complexe perd sa capacité à résoudre ses problèmes (économiques et autres). Pour Tainter, l'effondrement est la simplification rapide d'une société...

Enfin, le Journal officiel de la République française le définit comme ..

Causes Selon Dennis Meadows, professeur émérite américain de l'université du New Hampshire en gestion des systèmes, l'effondrement implique un processus de , c'est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque. Ce genre de processus, à l'origine des effondrements financiers, peut concerner des systèmes plus globaux..

Pour les collapsologues et autres défenseurs de ces théories, les facteurs qui contribuent à l'effondrement de la civilisation industrielle ont la particularité d'être interdépendants et globaux, d'où un risque de perturbations systémiques mondialisées et en cascade. Ces facteurs sont étudiés dans les champs environnementaux, économiques, sociaux et culturelshttps://www.ihemi.fr/sites/default/files/publications/files/2020-06/lirec_62_collapsologie_et_crise_systemique_inhesj_2020_v3.pdf.

, chercheuse à l'IRSEM distingue le « basculement » du système terre de l'« effondrement », qui désigne la .

Dégradation de la biosphère et de la biodiversité L'Anthropocène se caractérise par une transformation radicale de l'écosystème mondial (disparition des forêts primaires et de la faune sauvage). Ainsi, Anthony David Barnosky, spécialiste américain de biologie évolutive de l'université de Berkeley. analyse, dans la revue Nature, la possibilité du changement brusque et irréversible de l'écosystème mondial. Johan Rockström, professeur suédois en gestion des ressources naturelles au Stockholm Environment Institute établit en préambule de son article sur les limites planétaires que . Will Steffen, chimiste américain de l'université nationale australienne, conclut, dans la revue Science, que ; la destruction des écosystèmes et de la biodiversité ayant elle-même plusieurs origines.: besoin d'espace pour l'industrie agroalimentaire de masse, l'élevage intensif, les mines et les industries qui induisent des déforestations massives, surpêches et pollutions marines, déclins des pollinisateurs, fragmentations et dégradations des habitats naturels.. Cette perte de la biodiversité compromet les services écosystémiques essentiels à la vie (pollinisation, purification de l'eau, régulation du climat). L'effondrement en cours des populations d'insectes, par exemple, menace directement la production agricole et les chaînes alimentaireshttps://www.ipbes.net/system/files/2021-06/2020%20IPBES%20GLOBAL%20REPORT(FIRST%20PART)_V3_SINGLE.pdf. Ceci conduirait – en un temps très rapide mais difficile à évaluer – à un effondrement global dont la forme exacte reste à déterminer.

Changement climatique Le changement climatique et ses conséquences. : la fonte des calottes glaciaires., la disparition accélérée du pergélisol qui, en libérant de très grandes quantités de méthane et de dioxyde de carbone participe, par boucle de rétroaction, au changement climatique., la montée des eaux qui menace d'inondation de nombreuses villes et mégalopoles côtières., de multiples îles et îlots (certaines îles du Pacifique sont déjà englouties)., des régions entières et de grands bassins de vie.. Ces inondations entraîneront des déplacements massifs de population qui s'ajouteront aux millions de migrants contraints de quitter des terres devenues infertiles à cause de ce même réchauffement climatique.. Le dérèglement climatique est également à l'origine de manifestations naturelles de plus en plus fréquentes et intenses, comme la multiplication de tornades et cyclones tropicaux, de tempêtes et orages, d'incendies et de pluies torrentielles, de canicules, de sécheresses et également d'épisodes extrêmement froids...

Croissance démographique et pression sur les écosystèmes La croissance démographique, si elle se poursuivait de façon exponentielle, entraînerait une surpopulation. Cette surpopulation était déjà redoutée par Thomas Malthus au , qui la théorisa notamment en prônant la restriction démographique.. D'après l'Institut national d'études démographiques, la population mondiale devrait atteindre un maximum à d'habitants un peu après 2100.. Cette croissance de la population exerce une pression sur les ressources naturelles et combinée à des modes de consommations non durables accelère les risques d'effondrementhttps://faculty.washington.edu/stevehar/Ehrlich.pdf..

Inégalités sociales et économiques Des inégalités croissantes, combinées à une concentration des richesses et du pouvoir entre les mains d'une élite restreinte, peuvent affaiblir la cohésion sociale et la stabilité politique. Selon l'anthropologue Peter Turchin, l'appauvrissement des classes populaires conjugué à une « surproduction d'élites » accumulant richesses et pouvoir finit par engendrer un effondrementMarie Charrel, « L’appauvrissement des classes populaires conjugué à une “surproduction d’élites” accumulant richesses et pouvoir finit par engendrer un effondrement », lemonde.fr, 7 novembre 2024. En , une étude parrainée par le Goddard Space Flight Center, le principal centre de la NASA, soutient que les fortes inégalités économiques et une forte prédation des ressources naturelles sont deux causes-clés de l'effondrement d'une civilisation. À l'aide d'un modèle inventé par le mathématicien Safa Motesharrei et des chercheurs en sciences sociales, ceux-ci envisagent deux scénarios qui conduisent tous deux à l'effondrement de notre civilisation d'ici quelques décennies « A Minimal Model for Human and Nature Interaction »...

Intelligence artificielle générative et risques systémiques

Depuis le déploiement public massif de l'intelligence artificielle générative (comme ChatGPT) fin 2022, cette technologie est analysée comme un facteur de risque émergent, susceptible d'exacerber les dynamiques d'effondrement de la civilisation industrielle par ses impacts environnementaux et ses risques systémiques.

La croissance exponentielle de l'IA générative exerce une pression directe sur les ressources planétaires. Son empreinte environnementale est significative, principalement en raison d'une consommation d'énergie croissante (énergie, eau) pour l'entraînement et l'utilisation des modèles. La phase d'inférence, qui correspond à l'exécution des requêtes des utilisateurs, est devenue la principale source de consommation énergétique, représentant 60 à 70 % de l'énergie utilisée par ces modèles..

Au-delà de son impact physique, l'IA avancée est identifiée comme une source potentielle de risque catastrophique global. Le risque fondamental réside dans l'éventualité qu'une intelligence artificielle générale (IAG) échappe à tout contrôle humain, un problème connu sous le nom de défi de l'« alignement ».. Le scénario d'une « explosion d'intelligence », où une IAG s'auto-améliorerait de façon récursive et rapide, préoccupe une partie de la communauté de recherche. En , plus de 350 experts, dirigeants d'entreprises d'IA et chercheurs, dont les PDG d'OpenAI, de Google DeepMind et d'Anthropic, ont signé une déclaration publique affirmant que « l'atténuation du risque d'extinction dû à l'IA devrait être une priorité mondiale au même titre que d'autres risques sociétaux à grande échelle tels que les pandémies et la guerre nucléaire »..

Convergence de différentes causes Tous ces paramètres convergent et sont autant de causes d'un possible effondrement.. Ces facteurs ne provoquent pas les mêmes effets : la fin du pétrole affectera d'abord le monde industriel et les transports alors que le changement climatique affecte potentiellement toutes les espèces vivantes. C'est l'interconnexion de tous ces facteurs qui accrédite la théorie d’un possible effondrement systémique global.

Les causes considérées sont d'origine anthropique... Les phénomènes sous-jacents, qui selon ces théories pourraient conduire à un effondrement civilisationnel, s’appuient sur diverses études scientifiques Approaching a state shift in Earth's biosphere, Nature, 7 juin 2012. Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet, Science, 13 février 2015. Planetary Boundaries: Exploring the Safe Operating Space for Humanity, Ecology and society, vol. 14, , art. 32 (2009).. et dont la réalité et la gravité est prise en considération par de nombreux organismes publics, parmi lesquels le club de Rome, le GIECVoir sur developpementdurable.gouv.fr.., des autorités militaires internationales., la Banque mondiale. et le Forum de Davos..

Quelques auteurs attribuent les risques d'effondrement global au capitalisme mondial et ont proposé le terme de « capitalocène ».. à côté de celui d'Anthropocène.

Histoire L'effondrement met fin à de nombreuses sociétés et civilisations. Dès le des scientifiques ont douté de la pérennité de la civilisation industrielle (Jean-Baptiste de Lamarck par exemple.).

Cependant les premières études rigoureuses et vérifiables n'apparaissent qu'à partir des années 1970. La notion d'effondrement a été appliquée à la civilisation industrielle par le club de Rome. (), qui a commandé au professeur Dennis Meadows du Massachusetts Institute of Technology (MIT) une étude sur l'état des ressources naturelles dans le monde.. Le « rapport Meadows » publié par le club de Rome en 1972 sous le titre : The Limits To Growth, traduit en français par Les Limites à la croissance. est basé sur la « méthode de la dynamique des systèmes » et sur des modèles de simulation informatiques.. Le modèle World3 montrait que, sans inversion de tendance, un effondrement aurait lieu durant la première moitié du . Les révisions du rapport, en 1993 et en 2004, confirment ce pronostic.. En 2012, le chercheur australien Graham Turner du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO), en compilant de données de l'ONU, a montré que le modèle s'était avéré précis et robuste, confirmant ainsi l'imminence d'un effondrement, ainsi que l'apparition des premiers signes..