Cet article présente l'histoire de la mode en France.
La mode vestimentaire convoque les mots « costume » et « habit », elle mêle coutumes, usages, et habitudes. Cependant, elle valorise moins les traditions, que la nouveauté, le « bon goût ». La mode (au sens latin de modus) est une question de posture, d'attitude et d'apparence et donc de codesRoland Barthes, Système de la mode, Le Seuil, 1967 — cf. le résumé sur Sartoria.org..
Déjà, durant l'Antiquité, le poète Ovide écrit qu'en son temps, on voit éclore chaque jour dans l'Empire romain de nouvelles modes. Le Moyen Âge et la Renaissance en sont férus, et ce, dès le . Il existe alors un nombre considérable de divers métiers qui lui sont liés. Chaque génération a ses nouvelles modes et ses élégant(e)s qui leur sont associés. Cet engouement est tel que, depuis au moins le Moyen Âge, des édits sont publiés afin d'en restreindre l'extravagance.
À la Cour à Versailles, où cette question est centrale, n'arrivant pas à réduire l'importation d'articles de luxe, Louis XIV, arbitre de l'élégance, et Jean-Baptiste Colbert décident de faire de la France le premier fabricant au monde d'articles et produits vestimentaires. De grands noms d'artisans d'art se détachent, comme la marchande de modes Rose Bertin, le perruquier Benoît Binet, des parfumeurs, etc.
Jusqu'au milieu du , on fait fabriquer sur-mesure ou confectionne soi-même ses vêtements. Le français voit naître le grand couturier, regardé comme un esthète, non le serviteur des codes de la petite bourgeoisie. Peu avant la Première Guerre mondiale, ces créateurs libèrent le corps féminin du corset. Après guerre, la jeunesse s'empare de la mode comme d'une affirmation émancipatrice. Avec les zazous, sous l'Occupation allemande, les adolescents s'inscrivent volontiers en rupture avec l'ordre social établi.
La France des années 1960 voit l'émergence du prêt-à-porter, d'une industrie du vêtement au service de la société de consommation en plein essor, qu'accompagnent des vecteurs de diffusion de masse, que sont les revues de mode, la photographie, le cinéma et la télévision.
Les histoires de la mode vignette|Une édition moderne (1860) du maître ouvrage de Vecellio orné de nouvelles gravures. Si dès le plusieurs livres, en particulier français et italiens, sont publiés sur la mode du temps, l'un des premiers ouvrages sur son histoire est peut-être celui de Cesare Vecellio (v.1521-1601), édité à Venise en 1590 et intitulé Habiti Antichi et Moderni di tutto il’Mondo. Au , des gravures représentent les modes anciennes, comme Le bransle des modes françoises. de Jean Moncornet (1642-1716), datant de 1696, répertoriant quelques-unes d'entre elles depuis François jusqu'à Louis XIV. Au Guillaume-François-Roger Molé écrit Histoire des Modes Françaises, ou Révolutions du costume en France, Depuis l’établissement de la Monarchie jusqu’à nos jours. Contenant tout ce qui concerne la tête des Français, avec des recherches sur l’usage des Chevelures artificielles chez les Anciens (1773). C'est surtout à partir du milieu du que la publication de tels ouvrages s’accroît, en commençant par Histoire de la mode en France (1858) d'Émile de La Bédollière (1812-1883), sans compter l'édition de nombreuses estampes en couleurs mettant en scène des silhouettes.
(baroque et classique)
thumb|right|230px|Deux jeunes filles vues par Louis Le Nain (avant 1648). vignette| Louis XIV en costume polonais (1664) vu par Joseph Werner, Norton Simon Museum. vignette|300 px|La mode du : deux gravures de Madame de Maintenon (à droite) et Madame de Pompadour (à gauche). À la cour de Versailles, il y avait une mode masculine et une mode féminine, organisées autour des attributs royaux.
Cotonnade et soierie Avec Jean-Baptiste Colbert vont naître les premières manufactures liées aux vêtements : face à l'invasion des produits flamands, anglais et italiens, est encouragé l'établissement d'unités de productions à grande échelle d'indiennes, de soieries (Balsan), de cuirs, etc..
Gravures de mode Au début du règne de Louis XIV, l'industrie du luxe est placée sous contrôle de la Couronne. . Au début des années 1670 les journaux de mode commencent à faire leur apparition, notamment grâce à Jean Donneau de Visé qui fonde la revue Mercure galant, dans laquelle il y a des gravures de mode. Cela permet de populariser les notions de saisons et de changement de styles, les tendances françaises, au-delà de la Cour royale. Les gravures utilisées représentent alors des hommes ou des femmes, de plain-pied, portant des toilettes répondant aux dernières tendances. Seules les silhouettes sont travaillées, aucun détail n'est apporté dans l'esthétique des visages.
Tendances Louis XIV introduit l'une des tendances majeures de l'époque : celle des perruques de cheveux bouclés portées par des hommes. Une croyance populaire veut que Louis XIV ait commencé à porter ce type de perruques à cause de sa calvitie. Le port de la perruque chez les hommes s'est poursuivi pendant près de 150 ans, passant par diverses modes, et cessera après la Révolution française et la vague romantique.
Des règlements qui existaient depuis le déterminaient la mode : rédigés dans les communes par des magistrats et des seigneurs, ils avaient pour but de veiller aux bonnes mœurs, de favoriser l'industrie locale, de se protéger des influences étrangères et de luxe inutile (les dépenses somptuaires), mais le but principal restait avant tout de maintenir les différences des classes à travers des codes vestimentaires stricts.
Les femmes portaient des cols plus effilés, car le décolleté était élargi jusqu’aux épaules. Elles portaient le plus souvent des jupes en forme de cloches et des corselets avec un grand décolleté. Les manches arrivaient jusqu’aux coudes au maximum. À la maison chaque femme portait un manteau de maison. Les femmes se protégeaient le visage avec un masque, et beaucoup plus tard avec un voile. Autour du cou, les femmes aimaient bien se mettre un col en four, qui était appelé « petit four aux puces », parce qu’on pensait qu’il était destiné à attirer les insectes. Contrairement aux Italiennes, les femmes françaises ne montraient jamais leurs vrais cheveux. La minceur générale des femmes était soulignée par les corselets, qui étaient munis de ressorts métalliques d’une longueur d’un demi-mètre. À la fin du les premières « mouches » apparurent sur les visages des femmes.
Le , du rococo au nouveau classicisme
vignette| Marie-Antoinette dans sa robe de mousseline (vers 1783), d'après Vigée Le Brun, National Gallery of Art. Le monde pré-industriel n'était pas indifférent à l'apparence, mais celle-ci avait pour fonction de théâtraliser la hiérarchie sociale. À l'opposé du rejet contemporain de l'uniforme, la coutume assignait à chacun son habit en même temps que son rang social. Jusqu'au , le vêtement de la femme change peu dans sa ligne générale, sauf lors du Directoire, mais les vêtements des courtisans frappent par leur splendeur. Le grand seigneur porte sur son dos sa richesse foncière, pour la montrer, au risque de la dilapider. L'indépendance d'esprit de l'aristocratie se manifeste à certaines époques par la mise en valeur libertine du corps.
En France, c'est au que commencent à se diffuser dans le pays les usages vestimentaires de la Cour. La haute couture parisienne sera l'héritière de ce phénomène. Mais la noblesse est protégée de toute véritable immixtion par ses privilèges, y compris celui de porter talons rouges. Peu avant la Révolution française, des almanachs de mode illustrés font connaître la mode de Paris aux lectrices de province et d'Europe. Le même phénomène s'était produit un peu plus tôt en Angleterre. C'est là l'apparition de la presse de mode, ce vecteur essentiel de la libéralisation de l'habit.
Les styles extravagants de la cour royale française ont conduit à d'immenses dettes, à charge des contribuables. Ces dépenses incommensurables ont d'ailleurs contribué à la mauvaise réputation de Marie-Antoinette, constituant même une des revendications à l'origine de la Révolution Française. Même longtemps après sa mort, Marie Antoinette demeure une icône culturelle majeure, associant glamour et richesses.
Avec les sans-culottes, le vêtement prend une signification politique. Rayures et pantalons pervertissent les codes vestimentaires de l'Ancien Régime, alors que le port de la soie et de vêtements prestigieux de l'Ancien régime est considéré comme contre-révolutionnaireTamani Suoh, conservateur du Kyoto Costume Institute, La mode du , Kyoto Costume Institue, Taschen, 2004, page 9.. Du côté royaliste, Muscadins à la chute de Robespierre, Incroyables et Merveilleuses sous le Directoire, préfigurent le dandysme, voire les futures tribus urbaines. Mais l'accent demeure évidemment mis sur l'appartenance à une élite aristocratique : le droit à l'excentricité est lui-même un privilège. Cependant, la loi du 8 brumaire de l'an 2 () proclame la liberté de s'habiller comme on le souhaite, ce qui préfigure la démocratisation dans l'habillementCatherine Örmen, Comment regarder la mode : histoire de la silhouette, Edition Hazan, 2009.
Le
vignette| Gustave Janet : « Toilette de ville », in: La Mode artistique, 51, 1873.
Dès les années 1830, la confection à façon est en pleine croissance. Elle alimente d'abord les magasins de nouveautés, puis les grands magasins. Elle sait populariser la mode, utiliser des imitations bon marché des matières nobles, pour satisfaire une population en plein essor, la bourgeoisie qui s'enrichit avec la première révolution industrielle en France.
La mode se constitue réellement avec l'invention de la haute couture qui, tout en recrutant sa clientèle parmi les classes sociales dominantes, n'a cessé de mettre en scène sa proximité avec les artistes. Le créateur de mode réussit à s'imposer comme un « artiste du luxe », selon l'expression de Gilles Lipovetsky. Sous le Second Empire, ce sont des Britanniques comme Charles Frederick Worth et plus tard Redfern, qui inventent à Paris les mannequins vivants et un nouvel usage de la crinoline. Voici donc le grand couturier, qui n'est plus un artisan au service de ses clients, mais qui fait partie de leur monde, un monde plus mélangé qui se constitue alors et se cherche une âme en même temps qu'une légitimité. Avec l'anglomanie et le dandysme, théorisé quelques années plus tôt, du temps de la bohème, par Baudelaire qui promeut l'art de Constantin Guys et sa capacité à saisir l'actuel, il les trouve. Paris devient alors la capitale de la mode, du bon goût, de l'élégance, et ce modèle s'exporte de par son rayonnementWalter Benjamin, Paris, capitale du . Le livre des passages [1924-1939], Éditions du Cerf, 1997, introduction.. Les couturiers français installés à l'étranger contribuent également à cette diffusion, comme Caroline Montagne Roux, amie de Jeanne Lanvin, à Barcelone.
Pour se diffuser, la mode a su faire alliance avec l'image, l'illustration et profite donc de l'invention de la presse illustrée à grand tirage et l'apparition de périodiques dédiés à la mode artistique. La mode fascine des écrivains français, qui comme Honoré de Balzac cherche à en décoder les signes, ou plus tard Stéphane Mallarmé dans L'Art de la modeBarbara Bohac, « La Dernière mode de Mallarmé sous les feux du drame solaire », in: Romantisme, 2006/2 (n° 132), — sur Cairn.info. et Octave Uzanne, l'un des premiers historiographes des modes du siècle précédent.
Dans le dernier tiers de ce siècle, apparaissent les premiers parfums de synthèse, que les couturiers vont associer à leurs lignes de vêtements, à leur maison. Le parfum était lié depuis le à la ganterieGantiers parfumeurs Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes, 1867..
1900-1930 : Belle Époque, Années folles et modernisme thumb|right|200px|Les variations du corset vues par les maisons de couture en 1912.