Éric Rommeluère, né en 1960 à Paris, est un enseignant du bouddhisme zen, et plus précisément de l'école Sōtō (曹洞宗, en japonais sōtō-shū) d'une branche du sixième patriarche Huineng du Zen chinois. Il est l’auteur de livres, d’articles et d’essais où il explore le dharma , leur interprétation et leur adaptation en Occident.

Biographie

L'entrée dans le zen Dans un portrait publié par le quotidien La Croix en 2013, Éric Rommeluère explique qu'à l'âge de 12 ans il achète son premier livre, Hindouisme et bouddhisme, d'Ananda Coomaraswamy (1877-1947). À 17 ans, grâce à une émission télévisée, il découvre le dojo de la rue Pernety, créé en 1971 dans le de Paris par Taisen Deshimaru (1914-1982), enseignant zen dans la tradition japonaise de l'école Sōtō, disciple de Kōdō Sawaki (1880-1965) et fondateur en 1970 de l'Association zen d'Europe, qui deviendra ultérieurement l'Association zen internationale (AZI). Ses parents, d'origine modeste - sa mère est cuisinière de métier -, le laissent s'installer à demeure dans ce centre bouddhiste, qui intègre aussi une librairie et un restaurant. Il travaille à la plonge, avant d'être chargé de la cuisine six mois plus tard. « Devoir préparer, à 18 ans, une trentaine de repas quotidiens fait vite sortir de l'adolescence », observe-t-il dans ce même portrait. Et d'ajouter devant Catherine Dupeyron pour le magazine Clés : « C’est certainement un des meilleurs moments de ma vie. Il n’y a pas de plus beau cadeau que de donner à manger aux autres. »

En 1981, il reçoit l'ordination monastique et le nom de Jiun (慈雲, Maitramegha en sanskrit, Nuage de Bienveillance en français; Compassion, miséricorde est Karuṇā en sanscrit, 悲 bēi en chinois), de Taisen Deshimaru, quelques mois avant la mort de celui-ci, en avril 1982.

Après la disparition de Deshimaru, il poursuit durant dix ans la pratique et l'étude du zen aux côtés de l'enseignant Ryôtan Tokuda., moine de l'école Sōtō et lui aussi ancien élève de Kodo Sawaki, entre autres. Ryôtan Tokuda fut un temps missionnaire de l’école Zen Sôtô pour l’Amérique du Sud, puis de l’Europe. Toutefois, soucieux d'échapper à toute domination de maître à disciple, il refuse de transmettre à Éric Rommeluère le dharma qui l'autoriserait à devenir enseignant à son tour.

Sur le plan professionnel, Éric Rommeluère travaille, après la disparition de Taisen Deshimaru, comme chef cuisinier dans différents restaurants végétariens grâce à son savoir-faire de tenzo. acquis à l'AZI.. Dans les années 1990, il s'emploie dans l'industrie cinématographique comme administrateur (Paris s'éveille, d'Olivier Assayas, Border Line, de Danièle Dubroux), administrateur de la production (sur la série télévisée Une famille formidable..) ou encore producteur exécutif (Le huitième jour, de Jaco Van Dormael)..

Coudre le kesa Éric Rommeluère est également un spécialiste de l'étude et de la couture de l'habit traditionnel monastique bouddhiste, et plus particulièrement du kesa japonais. Il s'est beaucoup intéressé à l'art du kesa du moine Jiun Sonja.. En 1989, il co-fonde une association appelée Association pour l’étude et la diffusion du kesa nyohōe (« la robe conforme au Dharma »). Il participera à la rédaction du périodique de l'association, Musō Fukuden'e (litt. « L’habit du champ du bonheur sans forme »). Entre 1989 et 1996, l'association publie une vingtaine de fascicules. qui ont fait l'objet d'un dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France (BNF).. Éric Rommeluère anime également des fukudenkai, sessions d'étude et de couture du kesa.

Pour approcher au plus près l'œuvre de Dōgen, fondateur de l'école Sōtō du bouddhisme zen au Japon et auteur du monumental Shōbōgenzō, Éric Rommeluère verse dans l'étude du japonais classique (bungo) et du chinois classique afin d'accéder directement aux sources scripturaires originelles pour éviter le filtre des traductions. Son premier livre publié en 1995, un recueil de certaines de ses traductions réunies sous le titre Les Fleurs du vide. Anthologie du bouddhisme sōtō zen, livre les premiers fruits de cette démarche.

En 1997 et 1999, Éric Rommeluère participe à deux retraites à Auschwitz, animées par l'enseignant zen américain . Connu pour avoir ouvert à New York une boulangerie pour des personnes sans domicile fixe et lancé des « retraites de rue » (les participants étant invités à vivre sept jours sans un sou), Bernie Glassman a également créé le , association de bouddhisme engagé.

En 1999, Éric Rommeluère crée l'association « Un Zen occidental »Un Zen occidental destinée à promouvoir un enseignement du bouddhisme adapté à la culture occidentale.

La transmission du Dharma En octobre 2001, il reçoit à Tokyo la transmission du dharma de Gudō Wafu Nishijima (1919-2014), qui lui-même l'avait reçue de Niwa Zenji (1905-1993), supérieur du temple d'Eihei-ji et représentant la plus haute autorité du zen Sōtō au Japon. Gudō Nishijima était un commentateur reconnu des œuvres de Dōgen tant au Japon que dans le monde anglophone par le biais de sa traduction en anglais de l'œuvre maîtresse de celui-ci, le Shōbōgenzō. Éric Rommeluère a relaté de manière détaillée le rituel de sept jours et sept nuits..

En octobre 2006, Éric Rommeluère commence à tenir un blog personnel, intitulé « J'ai deux kōans à vous dire... »..

Bouddhisme engagé et dialogue interreligieux Dans la perspective d'un bouddhisme engagé, Éric Rommeluère anime un temps la commission Aumôneries en milieu carcéral, créée en 2011 au sein de l'Union bouddhiste de France (UBF). Sous l'égide de l'UBF, il coorganise la première formation pour aumôniers bouddhistes en prison et en hôpital, avec les interventions d'une avocate, d'un membre de l'Observatoire international des prisons - section française et d'un aumônier protestant. Le 24 janvier 2013, il participe au Sénat, à Paris, à un colloque sur la justice restaurative.. Le 25 mars 2013, les premiers aumôniers bouddhistes reçoivent leur agrément de l'administration pénitentiaire.. En septembre 2013, il participe à la naissance de la Plateforme française pour la justice restaurative., au sein de l'Institut français pour la justice restaurative., sous l’impulsion de l’Aumônerie des prisons de la Fédération Protestante de France.. S'il n'assure plus aujourd'hui la formation des aumôniers bouddhistes et s'il ne coordonne plus les aumôneries bouddhistes, il est toujours membre de la Plateforme française pour la justice restaurative.

Il participe également depuis plusieurs années à des groupes de dialogue interreligieux. L'occasion pour lui d'échanger régulièrement avec des universitaires comme Dennis Gira, théologien catholique spécialiste du bouddhisme, ou le dominicain Thierry-Marie Courau, doyen du Theologicum, la Faculté de théologie et de sciences religieuses de Paris, également spécialiste du bouddhisme.

Éric Rommeluère a été ou reste impliqué dans plusieurs organisations bouddhistes françaises et internationales. Il intervient ainsi à l'Université Bouddhique Européenne (UBE) fondée par le journaliste Dominique Trotignon, devenue depuis l'Institut d'études bouddhiques.. Indépendante et non confessionnelle, cette structure associative privée a pour vocation de rendre accessible et compréhensible la réalité du bouddhisme en Asie, depuis ses origines jusqu’à nos jours, ainsi que sa diffusion en Occident. Elle réunit des enseignants et chercheurs issus du monde universitaire, tels Philippe Cornu, Françoise Bonardel, Paul Magnin.... Par ailleurs, il est toujours membre du conseil de surveillance du Western Chan Fellowship., une association zen britannique, et membre du comité éditorial du Journal of Global Buddhism.. Il est également membre de S'Éveiller, un collectif de bouddhistes engagés, ayant rejoint le réseau plus large BASE (Bouddhisme Action Sociale et Engagement)..

Pensée et pratique à l'aune des principaux ouvrages publiés

Les Bouddhas naissent dans le feu (2007) Ce livre, d’inspiration zen, explore la transformation spirituelle par la métaphore du feu : ce qui « brûle » n’est pas le monde à fuir, mais l’attachement qui empêche de voir. Rommeluère décrit une pédagogie de la pratique où le corps-esprit est exposé à l’intensité du réel (zazen, attention, rencontres, épreuves) jusqu’à consumer les fixations identitaires. L’ouvrage alterne portraits de maîtres, scènes de pratique et méditations doctrinales (vacuité, non-dualité, « grand véhicule »), pour montrer que l’éveil n’est ni exceptionnalisme mystique ni performance psychotechnique, mais maturation d’une façon de vivre.

Sa thèse tient en trois points : (1) la pratique n’ajoute rien — elle dénude ; (2) l’éthique n’est pas un appendice — elle est la forme même d’une vision juste ; (3) la tradition n’est vivante que traversée : on hérite en laissant brûler ce qui n’est que coutume. Méthodologiquement, l’auteur privilégie une écriture expérientielle, nourrie d’exégèse sobre, refusant l’érudition pour elle-même. La contribution du livre est de réinscrire le zen dans une dynamique incarnée : ni romantisme de l’instant, ni ritualisme de l’appartenance, mais une pratique qui fait place à la vulnérabilité, à l’ordinaire, au non-savoir. Limite volontaire : l’analyse reste qualitative (pas d’appareil philologique lourd) ; elle vise la justesse plus que l’exhaustivité. Pour la recherche, l’ouvrage propose une phénoménologie de l’ascèse zen moderne : il documente comment se « fabrique » un sujet éthique par l’usage discipliné de l’attention, dans la tension entre héritage et invention.

Le Bouddhisme n'existe pas (2011) Le titre de l'ouvrage annonce la thèse : ce que l’Occident appelle « le bouddhisme » est une abstraction homogénéisante qui masque une pluralité de traditions, de langues, de rituels et de philosophies parfois incompatibles. Rommeluère mène une critique généalogique des essentialisations : ni « sagesse intemporelle », ni « philosophie athée » unifiée, le bouddhisme est un ensemble de configurations historiques. À l’encontre des portraits lissés (hyper-moralisation, psychologisation, « spiritualité laïque »), il réinstalle la diversité : écoles anciennes, mahāyāna, tantrisme, zen, modernismes réformateurs. L’argument est moins relativiste que méthodologique : pour comprendre, il faut décrire les usages concrets du Dharma, leurs contextes et leurs rationalités internes.

La démonstration s’appuie sur trois gestes : (1) déconstruction des catégories importées (religion/philosophie, « méditation » comme technique universelle, « nirvāṇa » comme paix psychologique) ; (2) relecture des concepts-noyaux (non-soi, vacuité, karma, voie) afin de montrer leurs variations d’accent et d’usage ; (3) repérage des modernisations (sélection textuelle, moralisation de l’ascèse, sécularisation) qui produisent un « bouddhisme pour nous ». Sa contribution principale est de substituer à l’ontologie (« qu’est LE bouddhisme ? ») une épistémologie des traditions : quels critères autorisent nos reconstructions ? quelles pertes entraînent nos simplifications ? Limite féconde : en refusant l’« essence », l’auteur n’offre pas un catéchisme de substitution ; il propose une méthode de lecture vigilante. Portée pratique : étudier et pratiquer sans fétichiser l’unité — accepter des bouddhismes au pluriel, avec leurs tensions ; c’est à cette condition seulement qu’un dialogue honnête avec la modernité peut s’inventer.

Le Bouddhisme engagé (2013)