200px|vignette|upright=0.7|Itinéraire de la marche jusqu'en 1985. A=Obins St, B=Garvaghy Rd, C=Tunnel sous la voie ferrée et Gare, D=Carlton St Orange Hall, E=Cocrain Orange Hall, F=Église paroissiale de Drumcree. La ligne rouge montre le parcours utilisé le dimanche précédant le 12 juillet et la ligne bleu celui des Orangistes le 12 juillet des Black men le 13. La confrontation de Drumcree est le nom d'un conflit non résolu concernant une marche orangiste se déroulant le dimanche précédant le 12 juillet à Portadown en Irlande du Nord. L'ordre d'Orange, une fraternité protestante, réclame le droit d'emprunter un itinéraire qui traverse le quartier nationaliste catholique, pour se rendre à l'église de Drumcree, droit que lui refuse la communauté catholique qui considère qu'il s'agit d'une marche sectaire. Les membres de l'ordre d'Orange locaux revendiquent, quant à eux, le droit d'organiser une marche qui emprunte le même itinéraire depuis 1807 et fait partie de leurs traditions. Le conflit autour de cette marche orangiste a provoqué de régulières poussées de violence dans les années 1980-1990, qui se sont apaisés dans les années 2000, cependant, cette journée reste un enjeu sectaire local.
Histoire Des violences intermittentes existent depuis l'origine, au , mais se sont intensifiés au moment des « Troubles » et durant les décennies suivantes. L'objet de la controverse était à ce moment-là la portion d'itinéraire qui traversait . Après d'importantes flambées de violence en lien avec ce tracé, la marche se vit interdire le passage par Obins Street, en 1986. Le conflit se déplaça alors sur l'itinéraire de retour de la marche, le long de la . Chaque année, au mois de juillet, la marche de Drumcree faisait l'objet d'une attention particulière en Irlande du Nord et sur le plan international, en lien avec les protestations et les épisodes de violence qui l'accompagnaient, et rendait nécessaire un déploiement massif de la police et de l'armée, le secteur tendant à devenir une zone de combat ou de siège durant quelques jours. Environ six civils catholiques ont été tués au cours de ces événements.
Les résidents réussirent à interdire la marche en 1995 et 1996, mais cela provoqua un affrontement entre des milliers de loyalistes et d'orangistes protestants, et les forces de maintien de l'ordre. La marche fut à nouveau autorisée en 1997, et les forces de l'ordre établirent des barrages autour du quartier, invoquant des menaces envers la population catholique. Ce bouclage provoqua en retour une flambée de violence de la part des catholiques. Aussi, à partir de 1998, la marche se vit interdire l'accès à et le quartier catholique fut bouclé par des panneaux métalliques, des blocs de ciment et des clôtures de barbelés. Chaque année, la perspective de la marche crée des crispations et une confrontation entre Orangistes, résidents catholiques de Garvaghy Road et forces de l'ordre. La situation s'est apaisée depuis 2001, mais le dialogue institutionnel entre l'association des résidents et l'Ordre d'Orange concernant l'itinéraire n'est toujours pas réalisé.
Contexte historique La ville de Portadown est une ville protestante, favorable aux idées unionistes ou loyalistes. Au pic du conflit, dans les années 1990, 70 % de la population était protestante et 30 % était catholiqueThe Rosemary Nelson Inquiry Report, “By the mid-1990s the population of Portadown was around 30,000, approximately 30% Catholic and 70% Protestant”, PDF .. Les crispations se faisaient surtout ressentir durant la « saison des marches ».
Cinq marches sont organisées durant la saison dans Portadown, la plus importante était celle qui empruntait un itinéraire passant successivement par Obins Street → → → et enfin Garvaghy Road. L'accès à Obins Street et Garvaghy Road est maintenant interdit lors de la marche du dimanche précédant le . D'autres marches, les 12 et , ont également été déroutées en raison de l'interdiction de passer par les deux rues catholiques : les marcheurs partaient du hall orangiste de Corcrain jusqu'au centre de Portadown, puis rejoignaient une marche du comté et faisaient l'itinéraire dans l'autre sens à leur retour.
L'Ordre d'Orange a été créé en 1795, à Loughgall (comté d'Armagh), non loin de Drumcree, après la bataille du Diamond.
En , un pasteur anglican fait un sermon de commémoration à l'église de Drumcree. L'historien catholique Francis Peter Plowden. met ce sermon en lien avec des bagarres dans lesquelles se sont engagés un certain nombre de paroissiens à l'issue du culte : . La première marche orangiste officielle à Drumcree a lieu en 1807, elle commémore alors la bataille de la Boyne et depuis, s'est déroulée chaque année. Le site était alors largement rural. Le premier incident rapporté est en 1935, le magistrat protestant William Hancock fait référence à des insultes de la part des orangistes visant les , à des coups de feu tirés en l'air et à des chants. Il indique également que les Orangistes s'étaient déroutés de leur itinéraire pour passer devant une chapelle catholique.
Du fait de l'évolution démographique et communautaire en Irlande du Nord, les routes traditionnellement empruntées par les marches orangistes furent délaissées : ce fut le cas à Dungiven (comté de Londonderry) à partir des années 1960, pour la route qui passait près de Holy Cross Roman Catholic Chapel, dans le quartier d'Ardoyne (Belfast) depuis les années 1970, ou dans Grosvenor Road pour le quartier protestant de depuis le début des années 1970Eric Kaufmann, The Orange Order. A contemporary Northern Irish History.. Des logements furent construits durant les années 1960 le long de . Durant la période des « Troubles » et après, la ségrégation communautaire augmenta, et ces logements furent de façon prédominante occupés par des résidents catholiques, tandis que les autres quartiers de Portadown devenaient presque exclusivement protestants.
L'autre élément à prendre en compte est le rapport de force politique : Since the 1960s, British pressure, Republican agitation, and IRA violence have led to […] resistance to Unionist parading through 'Nationalist' areas. (Eric P. Kaufmann, The Orange Order...).
En 1972, des loyalistes lancèrent une attaque sur le quartier d'Obins Street. En réponse, les catholiques du secteur formèrent une association de défense des résidents et exigèrent une modification de l'itinéraire des marches orangistes, pour qu'elles ne passent plus par leur rue. À son tour, l'Ulster Defence Association (UDA) avertit des conséquences possibles si la marche était empêchée d'emprunter son itinéraire habituel. La veille de la marche, les catholiques se barricadèrent dans leur quartier, puis le jour même, le dimanche , des troupes britanniques et la police anti-émeute s'efforcèrent de sécuriser les lieux, en enlevant les barricades. Ils furent la cible de pierres lancées depuis les barricades et répliquèrent en tirant des balles en caoutchouc et des gaz anti-émeute, puis autorisèrent les orangistes, qui étaient environ , à défiler, escortés par des loyalistes de l'UDA en uniforme, jusqu'à l'église de Drumcree et retour. Mais à nouveau, des incidents séparés se produisirent en ville, le , au cours desquels trois hommes trouvèrent la mort, deux protestants et un catholique. Malgré cela, la marche se déroula selon l'itinéraire historique.
En 1985, une marche catholique le jour de la Saint-Patrick () entraîna une nouvelle escalade de violence, et des protestants essayèrent de leur bloquer la route. La police exigea que la marche catholique fasse demi-tour, pour éviter de nouveaux incidents, mais les catholiques firent une nouvelle tentative le soir même, ce qui provoqua une nouvelle confrontation avec la police. , personnalité du SDLP, estime que ces incidents représentent un moment pivot en ce qui concerne l'escalade des conflits liés aux marches. Peu avant la parade du , des centaines de catholiques, soutenus par des personnalités comme Eunice Kennedy Shriver, organisèrent un mouvement de protestation assis dans Obins Street pour empêcher le passage de la marche orangiste. Des personnalités de l'Ordre d'Orange étaient présents, notamment Martin Smyth, grand maître de l'Ordre et maire de Portadown. La police anti-émeutes dispersa les manifestants et procéda à des arrestations. Malgré la protection établie sur toute la longueur de Garvaghy Road par l'armée et des véhicules blindés, des orangistes furent blessés par des jets de pierre. La police décida alors de dérouter les marches des 12 et pour empêcher leur passage dans Obins Street, mais des centaines de loyalistes des cortèges se rassemblèrent au hall orangiste de Corcrain et tentèrent de gagner le centre-ville en passant par Obins Street. Empêchés par la police, ils se réunirent aux deux extrémités de cette rue et décidèrent d'une attaque contre la police qui dura plusieurs heures. Durant ces deux jours, une cinquantaine de policiers et 28 émeutiers furent blessés, ainsi qu'une cinquantaine de résidents catholiques. Certains résidents formèrent une association de défense, People Again Injustice, renommée ensuite Drumcree Faith & Justice Group (DFJG), qui essaya d'améliorer les relations entre les deux communautés et avec la police.
En 1986, des membres de l'Association des Apprentis de Derry décidèrent de participer à une marche sur la Garvaghy Road, le lundi de Pâques (), mais la police interdit la marche la veille de ce jour, de peur que des loyalistes ne prennent le contrôle de la marche. Un appel à contester l'interdiction circula parmi les protestants de Portadown, et environ 3000 personnes se rassemblèrent dans le centre-ville puis se dirigèrent vers Garvaghy Road. Parmi eux, Ian Paisley, responsable du DUP et de la . Des échauffourées entre les résidents nationalistes, qui avaient dressé des barricades, et la police éclatèrent, tandis que les Apprentis de Derry tentaient de gagner le centre-ville pour leur marche. La police leur interdit le passage, et des violences éclatèrent là aussi. Après des négociations, le défilé put traverser le centre-ville, avec quelques restrictions dans le parcours. Cependant les loyalistes s'en prirent à la police qui protégeait Obins Street, et l'un d'entre eux mourut quelques jours après avoir reçu une balle en caoutchouc. La police décida que la marche le long d'Obins Street serait autorisée moyennant quelques restrictions, mais que les deux marches des 12 et seraient déroutées. Le , et policiers furent déployés dans la perspective de la marche de Drumcree. La police reprocha notamment aux orangistes de ne pas s'être conformé aux accords préalables, en laissant des agitateurs connus se joindre à la marche, notamment la personnalité très controversée de , ancien politicien et membre de l'UVF, qu'ils arrêtèrent lorsque la marche entra dans le quartier catholique, ainsi que plusieurs autres loyalistes. Cette arrestation déclencha une poussée de violence générale entre protestants, catholiques et membres de la police, au moins furent blessés. La marche du en centre-ville n'eut pas accès à Obins Street, mais la police escorta la marche le long de Garvaghy Road, sans musiciens et sans incidents, malgré quelques échauffourées avec les loyalistes dans le centre et sur les barrages d'Obins Street.