L'État islamique en Afrique de l'Ouest (EIAO) ou la Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique (PAOEI) (arabe : , Wilāyat al-Sūdān al-Gharbī), parfois désigné par son acronyme anglais ISWAP (), est un groupe armé salafiste djihadiste et une des « provinces » de l'État islamique.

Le groupe apparaît le avec la déclaration d'allégeance de Boko Haram à l'État islamique, qui est acceptée officiellement cinq jours plus tard. Cependant il se scinde en deux en août 2016, lorsque son commandant, Abubakar Shekau, est écarté par l'État islamique pour « extrémisme » et est remplacé par Abou Mosab al-Barnaoui. Opposé à cette décision, Shekau prend alors la tête d'une faction qui réadopte son ancien nom de « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad » — le nom officiel de Boko Haram — tout en maintenant son allégeance à l'État islamique. Les deux factions deviennent cependant rivales et s'affrontent occasionnellement.

Le groupe prend part à l'insurrection djihadiste dans le nord-est du Nigeria, le sud-est du Niger et l'extrême nord du Cameroun.

Organisation Commandement Le , Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, annonce prêter allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, calife de l'État islamiqueBoko Haram fait allégeance au groupe État islamique, RFI, 7 mars 2015.. Le , l'EI déclare accepter l'allégeance de Boko HaramL'État islamique accepte l'allégeance de Boko Haram, Le Monde, 12 mars 2015..

Mais en , le général , chef des forces américaines en Afrique, fait état d'une scission au sein du groupe en affirmant que la moitié des membres de Boko Haram n'obéissent plus à Abubakar Shekau. Ils reprocheraient à ce dernier de ne pas suivre les consignes de l'État islamique, notamment d'être resté sourd aux exigences de l'EI de mettre fin aux attentats-suicides commis par des enfants.Y-a-t-il une scission au sein du groupe Boko Haram?, RFI, 22 juin 2016..

Le , l'État islamique présente Abou Mosab al-Barnaoui, comme le Wali et chef de ses forces en Afrique de l'Ouest..

Shekau répond le dans un communiqué audio dans lequel il refuse sa destitution. S'il reconnaît toujours Abou Bakr al-Baghdadi comme le , il critique Abou Mosab al-Barnaoui qu'il qualifie de et affirme qu'il a été et qu'il ne veut plus certains émissaires de l'EI : Évincé par l'EI, le chef de Boko Haram Abubakar Shekau affirme être "toujours présent", France 24 avec AFP, 4 août 2016.Joan Tilouine, L’organisation État islamique tente de reprendre en main Boko Haram, Le Monde, 4 août 2016..

Selon Romain Caillet, l'État islamique en Afrique de l'Ouest s'est divisé en deux tendances : Jean-Jacques Louarn, Romain Caillet: les deux tendances de Boko Haram, Shekau et al-Barnawi, RFI, 5 août 2016..

Abou Mosab al-Barnaoui est secondé par Mamman Nour et parmi les autres chefs qui l'ont rallié figurent principalement Mallam Bako, Abubakar al-Nouké, Abubakar Mainoké et Adam Badri Mohammed Yusuf — le frère d'al-Barnaoui..

Au cours de l'année 2018, des purges internes auraient touché le commandement de l'État islamique en Afrique de l'Ouest selon des médias nigériansViolences au Nigeria: les plus radicaux pourraient avoir pris le contrôle de Boko Haram, lepoint.fr, 18 septembre 2018.. En , Mamman Nour, le numéro 2 de l'organisation, aurait été exécuté par d'autres membres de l'État islamique en Afrique de l'OuestNigeria: purges à la tête de Boko Haram, RFI, 2 octobre 2018..

Incarnant la tendance la moins radicale du groupe, il aurait été accusé par les plus extrémistes d'avoir libéré les jeunes filles enlevées à Dapchi sans obtenir de rançon ou bien de l'avoir détournée. En octobre, le numéro 3, Ali Gaga, aurait été exécuté à son tour, après avoir été suspecté d'avoir voulu se rendre aux autorités nigériannes.

Abou Mosab al-Barnaoui est destitué à son tour par l'État islamique en et remplacé par Abou Abdullah Ibn Umar Al-BarnaouiUn chef local de Boko Haram, al-Barnawi, aurait été destitué, RFI, 8 mars 2019..Matteo Puxton, État islamique au Nigeria: le nouveau champ de bataille des djihadistes, France Soir, 5 juin 2019.Matteo Puxton, Etat islamique au Nigéria: les djihadistes ont "tiré les leçons de l'expérience irako-syrienne", France Soir, 13 juin 2019..

Abou Moussab Al-Barnaoui n'est pas écartée totalement du commandement durant cette période. En 2021, l'État islamique replace Abou Moussab a la tête de l'ISWAP en tant que chef intérimaireL’EI en voie de supplanter Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, OLJ, 5 juin 2021..

Effectifs En , la CIA estime à le nombre des djihadistes de l'État islamique en Afrique de l'Ouest.

En 2018, le estime que la faction d'Abou Mosab al-Barnaoui compte à combattants et celle d'Abubakar Shekau environ combattants Nigeria : les jihadistes se déplacent librement autour du Lac Tchad, France 24, 26 novembre 2018... Début 2019, pour Vincent Foucher, chercheur au CNRS, indique que d'après des sources sécuritaires, la faction d'al-Barnaoui compterait à et celle de Shekau environ .. D'autres sources font état d'environ pour la faction de Barnaoui en 2019.

Selon des sources militaires françaises du Figaro, au moins une quinzaine d'Irakiens de l'État islamique auraient été envoyés en 2016 au Nigeria pendant six mois pour entraîner les combattants de Boko Haram ... Ils auraient été repérés dans la forêt de Sambisa et dans l'État d'Adamawa.

Entre 2015 et 2017, des groupes de combattants de l'État islamique en Afrique de l'Ouest partent en Libye afin de recevoir des formations militaires de la part de la branche libyenne de l'État islamique. Des djihadistes libyens partent également au Nigeria pour servir d'instructeurs.

Histoire Relations entre l'État islamique en Afrique de l'Ouest et Boko Haram

Après le scission de 2016, la faction de Shekau conserve comme fief la forêt de SambisaNigeria : 21 lycéennes de Chibok libérées par le groupe djihadiste Boko Haram, Le Monde, 13 octobre 2016., tandis que la faction de Barnaoui s'implante au nord-est de Maiduguri et dans la région du lac TchadNigeria/lycéennes: Boko Haram prêt à négocier, Le Figaro avec Reuters, 16 octobre 2016.Barnaoui à la tête de Boko Haram : le djihadisme de père en fils, lepoint.fr, 25 août 2016.Boko Haram perd du terrain au Nigeria, Le Monde, 28 décembre 2016.. La plupart des combattants de l'EI en Afrique de l'Ouest prennent le parti d'al-Barnaoui..

Le , Abubakar Shekau apparaît avec plusieurs de ses combattants dans une vidéo dans laquelle ils dénoncent le « dogme déviant » d'Abou Mosab al-Barnaoui mais affirment qu'ils ne le combattront pas. Shekau affirme qu'il continue la lutte contre les « mécréants » en menaçant les Nations unies, les États-Unis, la France et l'Allemagne. Il déclare faire .Nigeria : Shekau réaffirme sa volonté de se battre à la tête de Boko Haram, Le Point, 8 août 2016.Clarisse Martin, Boko Haram : pourquoi Abubakar Shekau a été destitué par Daesh, RTL, 8 août 2016....

Des combats entre l'État islamique et le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad sont cependant signalés, notamment en . et en Lutte contre Boko Haram. Le Tchad rapatrie ses troupes du Nigeria, Ouest-France, 4 janvier 2020..

En mai 2021, l'État islamique en Afrique de l'Ouest attaque les forces de Boko Haram dans la forêt de Sambisa.. Lors des combats qui suivent, Abubakar Shekau se retrouve cerné et se suicide après avoir refusé de se rendre..

En septembre 2021, Boko Haram prend l’île de Kirta Wulgo à l'ISWAP après des combats qui auraient fait une centaine de morts de part et d’autre, peu de temps après, ISWAP reprendra la localité.

Ralliement de l'État islamique dans le Grand Sahara En , l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), dirigé par Adnane Abou Walid al-Sahraoui, est intégré à l'État islamique en Afrique de l'Ouest... À partir de cette date, les attaques de l'État islamique dans le Grand Sahara sont désormais revendiquées sous le label de l'État islamique en Afrique de l'Ouest. Les deux branches demeurent séparées territorialement, mais des djihadistes nigérians auraient été envoyés dans la zone d'action de l'ex-EIGS.

Le , l'État islamique diffuse pour la première fois une vidéo de l'EIAO qui fait l'historique de la branche sahélienne, l'ex-EIGS.

En mars 2022, l'État islamique dans le Grand Sahara obtient grâce à des négociations avec l'État islamique central, l'obtention d'une wilayat à part entière.

Le 25 décembre 2025, des frappes de missiles de croisière Tomahawks de l'United States Navy ont lieu contre cette organisation dans l'État de Sokoto au Nigeria.

Gouvernance Contrairement aux agissements du groupe rival, Boko Haram, qui considère les musulmans vivant en dehors de son contrôle comme des apostats méritant la mort, l'ISWAP s'est distingué par son refus catégorique d'attaquer les populations civiles musulmanes https://www.crisisgroup.org/africa/west-africa/nigeria/b180-after-shekau-confronting-jihadists-nigerias-north-east .

L'État islamique a aussi pressé sa filiale africaine à créer un régime fiscal solide et rentable prenant compte des besoins des populations, préférant offrir des services pour se financer plutôt que de piller les villages et les marchés à la manière des hommes de Shekau.

L'ISWAP a maintenu une attitude accueillante envers les musulmans et s'est abstenu du type d'abus auxquels Shekau s'est livré, notamment les enlèvements et les mariages forcés de femmes et de fillettes et le recrutement forcé de garçons. L'ISWAP a l'habitude de punir les combattants qui ont commis des abus.

Dans son application de la charia, le groupe a pris l'habitude de couper la main aux voleurs n'étant pas dans le besoin, et de tuer les adultères.

Le groupe règle aussi les différends locaux notamment entre les éleveurs et les agriculteurs grâce à des tribunaux de la charia. Le groupe punit tout type de voleur, notamment ceux d'en ses propres rangs, ce qui valu au groupe selon Crisis Group, d'être accepté par les habitants.

En mai 2021, le chef de l'ISWAP a annoncé la création d'une commission chargée d'examiner les abus des membres de l'ISWAP contre les civils, allant jusqu'à limoger plusieurs dirigeants de l'ISWAP qu'il jugeait indûment durs envers les civils.

Un civil qui a pris contact avec cette commission a déclaré à Crisis Group qu'il avait été indemnisé après avoir été volé par des membres de l'ISWAP.

Le groupe grâce à son régime fiscal favorable a réussi à faire revenir une partie de la population dans son territoire pour se livrer à des activités socio-économiques. Les habitants voulant vivre de la pèche ou de l'élevage le peuvent s'ils s'acquittent des taxes imposées.

Un berger du nord de Borno déclare à Crisis Group : « Les villageois et les indigènes sont de retour (depuis la mort de Shekau), des places s'ouvrent. Ils [ISWAP] ne restreignent pas les zones ».

Un chef peul a déclaré que l'ISWAP tenait également à offrir une protection, invitant les éleveurs à emmener leurs animaux dans les zones contrôlées par l'ISWAP de Sambisa, qu'ils avaient désertées en raison des mauvais traitements infligés par le JAS. Avec la défaite de Shekau, a déclaré l'ISWAP, les éleveurs sont en sécurité tant qu'ils paient la taxe standard d'une tête de bétail sur 30 bêtes chaque an.

Le groupe tente de se concilier les populations civiles, fournit des aides aux agriculteurs, encourage le commerce, fait creuser des puits, donne l’aumône aux indigents, apporte des aides médicales et tolère les campagnes de vaccinations menées par des organisations humanitaires contre la polio.

Toujours selon Crisis Group selon un rapport de 2022, l'État islamique est en train de s'enraciner profondément dans les zones rurales du Borno, et cela beaucoup plus dangereusement depuis que le groupe a évincé Shekau. Selon plusieurs sources, entre et 3 millions de civils vivraient sous le contrôle total ou partiel de l'ISWAP.

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