, née le et morte le Toutes les dates de cet article sont dans le calendrier julien, qui reste en vigueur en Grande-Bretagne jusqu'en 1752., est reine d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande de 1689 à sa mort aux côtés de son mari .

Marie est la fille aînée du duc d'York Jacques, le frère cadet du roi . Bien que son père se soit converti au catholicisme après sa naissance, elle est éduquée dans la foi anglicane suivant les instructions de son oncle. Elle se marie en 1677 avec son cousin germain, le prince Guillaume d'Orange-Nassau, et part vivre avec lui dans les Provinces-Unies. Ce mariage purement diplomatique la rend d'abord malheureuse, mais elle finit par développer une réelle affection pour son mari.

À la mort de Charles, en 1685, Jacques devient roi, mais il est déposé trois ans plus tard par le Parlement d'Angleterre dans le cadre de la Glorieuse Révolution, qui donne lieu à l'adoption de la Déclaration des droits et porte au pouvoir Marie et Guillaume. Ils règnent conjointement, mais Marie n'exerce réellement le pouvoir que lorsque son mari part faire campagne à l'étranger. Durant ses absences, elle fait preuve d'autorité et de compétence, ce qui incite Guillaume à se reposer beaucoup sur elle. Elle meurt à de la variole sans avoir eu d'enfants et Guillaume règne par la suite seul jusqu'à son décès, en 1702. La sœur cadette de Marie, Anne, accède alors au pouvoir.

Biographie

Enfance (1662-1677)

vignette|gauche|alt=Portrait d'un couple assis dont la femme est entourée de deux petites filles|La Famille de Jacques, duc d'York. Ce portrait du duc et de la duchesse d'York, réalisé par Peter Lely entre 1668 et 1670, a été retouché par Benedetto Gennari le Jeune en 1680 au plus tôt pour y ajouter leurs deux filles, Marie (à gauche) et Anne (à droite).

Marie naît le au palais St James de Londres. Elle est la fille aînée du duc d'York (1633-1701), le futur , et de sa première femme Anne Hyde (1637-1671). Son père est le frère cadet de , qui règne sur l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande depuis 1660, tandis que sa mère est la fille du comte de Clarendon Edward Hyde, qui occupe la charge de chancelier depuis 1658. Elle est baptisée dans la foi anglicane dans la chapelle royale du palais St James. Son parrain est le prince Rupert du Rhin, cousin de son père, tandis que les duchesses de Buckingham et d'Ormond lui servent de marraines. Des huit enfants du duc d'York et Anne Hyde, seules Marie et sa sœur cadette Anne, née en 1665, atteignent l'âge adulte. Comme le roi n'a pas d'enfants légitimes, Marie occupe la deuxième place dans l'ordre de succession au trône durant la majeure partie de son enfance, juste après son père.

Bien que leurs parents se soient convertis au catholicisme, Marie et Anne reçoivent une éducation religieuse protestante, en accord avec la volonté du roi. Cette éducation est assurée par trois grands prélats : l'évêque de Winchester George Morley, l'évêque de Londres Henry Compton et l' . Les deux sœurs grandissent dans leur propre résidence, le palais de Richmond, sous la tutelle de leur gouvernante Frances Villiers, femme du colonel Edward Villiers. Elles ne sortent de chez elles que pour de rares visites à leurs parents au palais St James ou à leur grand-père Clarendon à Twickenham. Marie réside brièvement à York entre 1665 et 1667 pour échapper à la grande peste de Londres. Les précepteurs de Marie lui enseignent la musique (elle joue du luth et du clavecin), la danse, le dessin, le français et la religion, et guère davantage. De l'âge de neuf ans environ et jusqu'à son mariage, elle entretient une correspondance passionnée avec une jeune fille plus âgée qu'elle, (1653 – 1727), la fille du courtisan . Ces échanges enflammés finissent par embarrasser Apsley, dont les réponses prennent un ton plus formel. La mère de Marie meurt en 1671 et son père se remarie deux ans plus tard avec la princesse catholique Marie de Modène, qui n'a que quatre ans de plus que sa fille aînée.

Marie a quinze ans lorsqu'elle est fiancée à son cousin germain, Guillaume d'Orange, le stathouder des Provinces-Unies. Ce prince protestant est le fils de Marie-Henriette Stuart, la sœur défunte de , à qui Marie doit son prénom. Il est ainsi quatrième dans l'ordre de succession, après le duc d'York et ses filles. Jacques est d'abord hostile à cette union, car il verrait plutôt Marie épouser le dauphin Louis pour se rapprocher de la France. Il consent au mariage avec Guillaume sous la pression de l'influent ministre Thomas Osborne et de son frère Charles, qui considèrent à tort qu'il rendra le duc plus populaire auprès des protestants. Edward Lake, devenu chapelain de Marie, rapporte que la princesse « pleur[e] toute l'après-midi et tout le lendemain » lorsque son père lui apprend qu'elle doit épouser Guillaume. La perspective d'épouser un homme de douze ans son aîné, aux dents noires et au nez crochu (Anne le surnomme « Caliban »), qui mesure dix bons centimètres de moins qu'elle (avec ses , Marie est une grande femme pour l'époque), n'a rien pour lui plaire.

Princesse d'Orange (1677-1688)

vignette|redresse|alt=Portrait d'une femme assise vue de trois quarts portant une robe bleue et un collier de perles|Portrait de Marie par Peter Lely (vers 1677-1680).

C'est une Marie en larmes qui épouse Guillaume d'Orange le au palais St James. La cérémonie est présidée par l'évêque Henry Compton. Elle se rend ensuite aux Provinces-Unies avec son mari. Le voyage est retardé de quinze jours à cause du mauvais temps, puis leur navire ne peut aborder à Rotterdam, le port étant pris par les glaces. Ils sont contraints de débarquer au petit village de Ter Heijde et de poursuivre à pied avant que des carrosses ne les rejoignent pour les conduire à , la résidence du stathouder. Ils font leur entrée formelle en grande pompe à La Haye le .

La personnalité animée et agréable de Marie la rend populaire auprès des Néerlandais, tandis que les Anglais voient d'un bon œil son mariage à un prince protestant. Elle se montre dévouée à son mari, pour lequel elle développe progressivement une véritable affection, mais celui-ci s'absente souvent pour mener ses troupes au combat, ce qui incite les membres de la famille de Marie à le trouver froid et négligeant lors de leurs visites à la princesse. Cette dernière mène une vie solitaire durant les absences de son époux, allant d'un palais à un autre sans jamais s'intégrer à la vie sociale des épouses des régents néerlandais. Elle est enceinte après quelques mois de mariage, mais elle fait une fausse couche en rendant visite à son mari dans la forteresse de Bréda. Il est possible qu'elle en soit restée stérile. Plusieurs périodes de maladie, à la mi-1678, au début de 1679 et de 1680, correspondent peut-être à d'autres fausses couches. Son incapacité à avoir des enfants constitue sa plus grande source de chagrin avec l'infidélité de son mari, qui la trompe avec sa dame de compagnie .

En , le duc de Monmouth James Scott, fils illégitime de , s'installe aux Pays-Bas où il est reçu avec les honneurs par Guillaume et Marie. Bien qu'il ne soit pas légitime, il est protestant, ce qui le fait considérer par certains comme un rival potentiel du duc d'York pour la succession. Guillaume ne partage pas cette opinion, estimant que Monmouth ne bénéficie pas de suffisamment d'appuis.

vignette|redresse|gauche|alt=Portrait d'une femme assise vue de face, portant une robe à dentelles, un manteau doublé d'hermine, avec une couronne posée près d'elle|Portrait de Marie par Willem Wissing (vers 1685).

meurt sans laisser d'enfants légitimes le et le duc d'York devient roi sous les noms de (en Angleterre et en Irlande) et (en Écosse). Marie apprend la mort de son oncle et son nouveau statut d'héritière présomptive de la bouche de son mari alors qu'elle joue aux cartes. L'un des premiers messages que le nouveau roi envoie à Marie est pour demander le renvoi du duc de Monmouth de sa cour. Lorsque le duc rassemble ses forces à Amsterdam avant de faire voile pour l'Angleterre, Guillaume en informe son beau-père et ordonne aux régiments anglais stationnés aux Pays-Bas de rentrer au pays. La rébellion de Monmouth se solde par la défaite et l'exécution du duc au mois de juillet. Le prince d'Orange est d'abord soulagé, mais les décisions prises par la suite par dans le domaine religieux consternent Guillaume et Marie. L'arrivée à leur cour du théologien écossais Gilbert Burnet, qui rappelle à Marie qu'elle est l'héritière présomptive du trône, incite la princesse à s'intéresser davantage aux affaires d'Angleterre.

Le roi s'efforce en effet d'accorder la liberté de religion à ses sujets non-anglicans en suspendant les décisions du Parlement par décret royal. Pour Marie, son père se place dans l'illégalité en agissant ainsi et son chapelain écrit à l'archevêque de Cantorbéry William Sancroft pour lui faire part de son opinion. Elle désapprouve tout autant le refus de Jacques de venir en aide aux huguenots de la principauté d'Orange lorsque y envoie ses armées. Afin de nuire à Guillaume, Jacques encourage les serviteurs de sa fille à répandre la rumeur de la relation entre le prince et Elizabeth Villiers. Marie surprend son mari quittant la chambre de sa maîtresse tard dans la soirée, mais Guillaume nie et elle semble l'avoir cru ou lui avoir pardonné. Il est cependant possible que la rencontre entre Guillaume et Villiers ait été d'ordre diplomatique plutôt qu'intime. Après cet incident, Marie congédie ses serviteurs et les renvoie en Angleterre.

La Glorieuse Révolution (1688-1689)

Dès 1686, des protestants anglais mécontents entrent en contact avec Guillaume d'Orange. Le crédit dont bénéficie Jacques auprès de ses sujets protestants diminue encore en , lorsqu'il contraint les prélats anglicans à donner lecture dans leurs églises de la Déclaration d'indulgence, qui accorde la liberté de religion aux catholiques et aux , les protestants qui n'appartiennent pas à l'Église d'Angleterre. Leur inquiétude atteint son paroxysme lorsque la reine donne naissance à un fils, Jacques François Stuart, susceptible de devenir un roi catholique. Des rumeurs entourant les circonstances de l'accouchement ne tardent pas à circuler, au point que Marie écrit à sa sœur Anne pour lui demander davantage d'informations. Leur correspondance conforte Marie dans ses soupçons : elle est persuadée que l'enfant n'est pas vraiment le fils de son père, mais un imposteur introduit dans la chambre de la reine pour remplacer un bébé mort-né dans le cadre d'un complot visant à assurer la présence d'un catholique sur le trône.

Le , sept grands personnages du royaume d'Angleterre, surnommés par la suite « les Sept Immortels », adressent en secret une invitation à Guillaume à venir déposer . Guillaume leur avait fait savoir auparavant qu'il n'interviendrait pas sans une telle invitation, bien qu'il ait déjà commencé à rassembler ses forces. Il reste réticent, craignant peut-être que sa femme devienne plus puissante que lui en sa qualité d'héritière de la couronne d'Angleterre. D'après Gilbert Burnet, Marie l'aurait convaincu de son absence d'ambition politique en s'engageant à lui obéir en tous points, en accord avec ses vœux de mariage.