Un octosyllabe est un vers composé de huit syllabes. Il est avec l'alexandrin, vers de douze syllabes, et le décasyllabe, vers de dix syllabes, l'un des mètres les plus anciens et les plus utilisés dans la poésie classique de langue française, qui privilégia longtemps l'emploi des vers pairs (vers dans lesquels le nombre de syllabes est pair) au détriment des vers impairs (vers dans lesquels le nombre de syllabes est impair). On retrouve très souvent l'octosyllabe dans certains poèmes à forme fixe comme les rondeaux et les ballades. Il est aussi le vers du lai.

Usage L'octosyllabe (en grec, oktô = « huit ») est le vers de huit syllabes.

Il est le plus ancien des vers français. On situe son apparition au .

L'octosyllabe est fréquemment employé au Moyen Âge, dans les grands genres narratifs, les fabliaux et le théâtre. Il est d'une très grande souplesse d'utilisation car c'est le vers courant le plus long qui n'a pas de césure obligatoire. Il n’a donc qu’un seul accent en fin de vers, par exemple :L'octosyllabe est un vers particulièrement musical, du fait du retour fréquent de la rime, et permet ainsi une grande harmonie.

Du fait de sa très grande souplesse, l'octosyllabe peut être employé dans tous les genres poétiques.

Historique L'octosyllabe apparaît dans la Vie de saint Léger au et est largement utilisé tout au long du Moyen Âge : lais de Marie de France, Le Roman de la Rose, Lai et Testament de François Villon, romans de Chrétien de Troyes, branches du Roman de Renart, dans la littérature dramatique (Le Mystère d'Adam), dans des fabliaux, farces et même des tragédies. Jusqu'au , c'est le vers favori, et notamment le préféré de Villon.

Au , il est moins courant. Il prend une allure légère chez Ronsard, qui l'emploie fréquemment dans ses Odes, notamment dans Mignonne, allons voir si la rose. Par exemple :Au , il redevient en vogue, particulièrement dans les genres dits « mineurs », mais également dans des passages lyriques de Corneille. La Fontaine l'utilise soit en isométrie (les 9 quatrains de Le statuaire et la statue de Jupiter)Fables, livre IX, fable VI., soit en hétérométrie dans les Fables.

:Oh ! que j'aime la solitude ! Que ces lieux sacrés à la nuit, Éloignés du monde et du bruit, Plaisent à mon inquiétude ! Mon Dieu ! que mes yeux sont contents De voir ces bois, qui se trouvèrent À la nativité du temps, Et que tous les siècles rêvèrent, Être encore aussi beaux et verts Qu'aux premiers jours de l'univers ! extrait de « La solitude » de Marc-Antoine de Saint-Amant ()Source : Georges Pompidou, Anthologie de la poésie française, Paris, Le livre de poche, 1961, .Lire sur Wikisource.

Au , l'octosyllabe est réservé aux courts poèmes ou à des épîtres.

Au , il réapparaît dans la grande poésie lyrique, chez Baudelaire et Verlaine. Par exemple :Théophile Gautier y a recours presque exclusivement dans Émaux et Camées. Paul-Jean Toulet l'emploie en hétérométrie dans Les Contrerimes.

Guillaume Apollinaire l'utilise en isométrie pour La Chanson du mal-aimé :À l'époque moderne, l'octosyllabe reste le vers le plus utilisé après l'alexandrin.

Après dix siècles d'usage, des poètes contemporains l'utilisent toujours, quelquefois en « vers libérés »Un « vers libéré » est « libéré » des règles classiques, mais garde le compte des syllabes et la rime, qui est, rigoureusement, une homophonie (Léon Warnant, Dictionnaire des rimes orales et écrites, Larousse, 1973, p. ?? :

:La nuit noire de tes cheveux Des licornes viennent y boire Neigent nagent dans cette moire (...) Luc Bérimont, extrait de Amoureuse, in L'Herbe à Tonnerre, Seghers 1958.

:Frappé par un direct du droit Dans un combat contre Jo King, Le nez en sang, les bras en croix, Armstrong s'est couché sur le ring (...) René Varennes, Marbres et fontaines, premier quatrain, 1973, Éditions Saint-Germain-des-près, .Dans le registre de la chanson, l'octosyllabe est également prisé, notamment par Jacques Brel et Georges Brassens.

Structure Dans Théorie du vers, Benoît de Cornulier expose sa « loi des 8 syllabes », . Cela explique le découpage en hémistiche des vers de plus de huit syllabes et le fait que l'octosyllabe n'ait pas de césure fixe.

On trouve ainsi divers systèmes :

En 4//4. Par exemple :

En 5//3. Par exemple :

En 3//5. Par exemple :

L'octosyllabe peut aussi être analysé en trois mesures avec deux coupes, comme avec le premier de ces deux vers de La Fontaine (2/3/3) :

Bibliographie . . . .

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Tétramètre

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