La genèse des jeux sur ordinateur central s'étend du début des années 1960 au début des années 1970. Avant l'émergence dans les années 1970 des micro-ordinateurs (appelés plus tard ordinateurs personnels), les ordinateurs centraux sont les premiers ordinateurs utilisés, avec les mini-ordinateurs, qui sont plus petits et meilleur marché. Les ordinateurs centraux sont principalement utilisés à grande échelle par de grandes entreprises et beaucoup d'instituts de recherche universitaires. Durant la fin des années 1960, les premiers jeux vidéo sont programmés sur ces ordinateurs. Avant l'essor de l'industrie vidéoludique, les jeux sont développés par des étudiants ou des employés de grandes entreprises et ne peuvent en général fonctionner que sur les systèmes sur lesquels ils ont été développés. Bien que beaucoup de jeux soient perdus à cause de l'arrêt de la production des plates-formes, certains ont été portés sur des ordinateurs avec un langage de programmation de haut niveau tel que le BASIC, puis dans des versions améliorées pour ordinateurs personnels. Ils ont également été recréés des années plus tard pour les besoins de , et influencent des développeurs et des jeux sortis ultérieurement.
Les premiers jeux sur ordinateurs sont créés à partir de 1950 sur de gros ordinateurs primitifs. Au début des années 1960, la constante augmentation du nombre et des capacités des ordinateurs conduit à l'assouplissement progressif des limitations de l'accès aux ordinateurs centraux dans les établissements universitaires et des entreprises. Cette évolution permet la multiplication relative de petits jeux vidéo en mode texte sur ordinateurs centraux, avec une complexité grandissante à la fin de la décennie. Bien que les jeux continuent à être développés sur ordinateurs centraux et mini-ordinateurs dans les années 1970, ils sont le plus souvent destinés aux ordinateurs personnels, ceci notamment grâce à l'émergence des langages de programmation de haut niveau. Parmi ces premiers jeux figurent Hamurabi, un ancêtre des jeux vidéo de stratégie et du genre , ainsi que , qui inspirent beaucoup de jeux dans les années 1970 et 1980. Figurent également le jeu de simulation , le jeu , qui est largement repris, modifié et porté dans les décennies ultérieures, ainsi que , qui joue un rôle dans la création du système d'exploitation Unix et Baseball, le premier jeu de baseball permettant de contrôler directement le joueur durant le jeu.
Contexte vignette|Un ordinateur central IBM 360/30 au musée de l'histoire de l'ordinateur, en Californie.|alt=Ordinateur central IBM System 360/30.
Les ordinateurs centraux, mieux connus sous leur appellation anglaise , sont dotés d'une grande puissance de traitement et permettent de réaliser un travail de calcul, notamment destiné à un processus multi-utilisateurs et à grande échelle. Ils sont principalement utilisés par de grandes entreprises. Avant l'émergence des micro-ordinateurs dans les années 1970 , ils sont le premier type d'ordinateur utilisé et les premiers ordinateurs disponibles dans le commerce. Durant les années 1960 et 1970, il existe aussi les mini-ordinateurs, de plus petites machines meilleur marché, mais qui ne sont pas non plus destinées à un usage privé bien qu'elles soient très répandues. En 1970, une enquête parue dans définit de manière consensuelle un mini-ordinateur comme un système coûtant moins de dollars américains, alors qu'un ordinateur central coûte un million.
À la fin des années 1960, les ordinateurs centraux et les mini-ordinateurs sont utilisés aux États-Unis dans beaucoup d'instituts de recherche universitaires ou de grandes entreprises comme Bell Labs. Alors que l'industrie vidéoludique et le commerce du jeu vidéo n'existent pas encore, les programmeurs de certaines de ces entreprises créent plusieurs petits jeux fonctionnant sur ordinateur central. La plupart se sont propagés uniquement à d'autres utilisateurs du même type d'ordinateur et par conséquent, ils n'ont pas perduré, d'autant que la production des ordinateurs centraux les plus anciens a cessé. Cependant, plusieurs de ces petits jeux en inspirent d'autres par la suite, ou certains sont recréés dans des versions modifiées, ou sur un système plus moderne ou dans un autre langage de programmation. Ces premiers jeux sur ordinateurs centraux sont créés entre le début des années 1960 et le début des années 1970 et ne sont destinés au départ qu'à une petite audience, limitée au monde académique. Bien que les ordinateurs centraux soient encore développés tout au long des années 1970, l'émergence du marché du jeu vidéo, centré sur le jeu d'arcade et sur la console de salon, suivi par l'essor des ordinateurs personnels à la fin de la décennie, conduit les développeurs de jeux, comme le public, à se désintéresser des ordinateurs centraux et des mini-ordinateurs. D'un autre côté, la généralisation des langages de programmation de haut niveau tels que le BASIC permet aux jeux créés sur ordinateurs centraux de fonctionner sur des ordinateurs personnels moyennant de petites adaptations.
Premiers jeux Les tout premiers jeux vidéo sur ordinateur apparaissent au début des années 1950, d'abord avec , un jeu de tic-tac-toe construit par l'ingénieur Josef Kates en 1950 à l'occasion de l'Exposition nationale canadienne de la même année. Ces jeux simples sur ordinateur peuvent être assimilés à des jeux vidéo ou non en fonction de la définition retenue. Les jeux développés durant cette période fonctionnent sur de gros ordinateurs primitifs, ancêtres des ordinateurs centraux, à l'origine créés à des fins de recherches académiques ou en tant que vitrines de technologies informatiques. Comme ils appartiennent exclusivement à des universités et des instituts de recherche, tout développement de jeux à des fins de divertissement est empêché. Au fil de la décennie, la technologie informatique évolue jusqu'à la création de plus petits ordinateurs à transistors sur lesquels les programmes peuvent être exécutés en temps réel plutôt que par le biais d'opérations par lots, et les ordinateurs commencent à se répandre.
vignette|Composants d'un DEC PDP-1 présentés au musée des sciences et de l'industrie de Chicago.|alt=Composants d'un DEC PDP-1.
Durant les années 1960, les progrès réalisés dans le domaine de la technologie informatique et le développement des premiers ordinateurs relativement moins onéreux, plus tard appelés mini-ordinateurs, permettent un assouplissement des restrictions d'accès aux ordinateurs et à la programmation. Au Massachusetts Institute of Technology (MIT), les étudiants et les employés de l'université peuvent enfin accéder à l'ordinateur expérimental TX-0. Cette évolution mène au développement de programmes, qui, en plus de faire étalage des capacités des ordinateurs, possèdent un aspect divertissant. Les jeux créés pour le TX-0 par la petite communauté de développeurs du MIT sont notamment Tic-Tac-Toe, qui se joue, à l'aide d'un crayon optique permettant de réaliser des cercles et des croix, contre l'intelligence artificielle dirigée par l'ordinateur, et , dont le but consiste à construire un labyrinthe duquel doit s'échapper une souris. Lorsque l'ordinateur DEC PDP-1 est installé au MIT en 1961, la communauté de programmeurs développe un jeu pour démontrer ses capacités. Intitulé , il est copié et recréé sur d'autres systèmes PDP-1 et plus tard sur des ordinateurs centraux, et devient le premier jeu vidéo à se répandre sur de multiples ordinateurs.
Au cours de la décennie, alors qu'ils deviennent de plus en plus puissants, le nombre d'ordinateurs ne cesse de croître dans les entreprises et les institutions, passant selon les estimations de quelques douzaines d'ordinateurs avec moniteurs au début des années 1960 à plus de en 1971. Puisque les ordinateurs différents ne peuvent normalement pas faire fonctionner les mêmes programmes sans modifications significatives au niveau du code source (en raison notamment de différences matérielles et de différences de langages machine), l'essor de l'industrie de l'informatique conduit à la création de catalogues et de groupes d'utilisateurs dont le but est de partager les programmes réalisés sur une même série d'ordinateurs, notamment la gamme PDP de DEC. Ces magazines et ces groupes, comme le catalogue de programme IBM et le groupe d'utilisateurs (DECUS), partagent des logiciels mais aussi des petits jeux comme , , et des jeux de dés.
Durant la deuxième moitié des années 1960, des langages de programmation de haut niveau comme le BASIC, qui peuvent fonctionner sur plusieurs types d'ordinateurs, permettent d'augmenter le nombre de jeux développés. Même si la plupart sont des jeux en mode texte plutôt que des jeux avec graphismes comme , ils deviennent plus complexes et rejoignent plus de joueurs, notamment grâce des jeux de simulation de baseball et de basket-ball. L'accès aux ordinateurs est également étendu grâce à des systèmes comme le (DTSS), qui permet à plusieurs milliers de terminaux distants sur les campus de se connecter à des ordinateurs centraux. Durant l'année universitaire 1967-1968, la bibliothèque DTSS, qui compte quelque 500 programmes, comporte beaucoup de jeux, et à la même époque plus d'un quart des systèmes aux États-Unis sont utilisés pour la détente ou le divertissement.
et les jeux les plus notables vignette|upright=1.2|Un mini-ordinateur PDP-8 exposé au musée national d'histoire américaine.|alt=DEC PDP-8. En 1971, David H. Ahl, un employé de DEC, porte deux jeux appelés Hamurabi et sur mini-ordinateur, du langage FOCAL vers le langage BASIC, notamment dans le but de présenter ce dernier sur mini-ordinateur DEC PDP-8. Leur popularité conduit Ahl à inclure le code de nombreux jeux en BASIC dans une nommée EDU, laquelle comporte également beaucoup de programmes proposés par les lecteurs, principalement des étudiants. En 1973, il publie le livre , qui contient les descriptions et le code source de 101 jeux vidéo écrits en BASIC. Les jeux sont programmés par Ahl, ainsi que d'autres développeurs, et sont proposés en BASIC comme dans leur langage d'origine, par exemple en FOCAL. Beaucoup de ces portages sont à l'origine des jeux sur ordinateurs centraux. est un ouvrage incontournable dans l'univers de la programmation de jeux vidéo et devient un avec plus de copies vendues, c'est-à-dire plus que d'ordinateurs existants aux États-Unis à la même époque. La seconde édition intitulée est le premier livre consacré à l'informatique dépassant le million de copies. Les portages en BASIC des jeux sur ordinateurs centraux proposés dans le livre ont souvent mieux vieilli que les versions originales ou que les autres jeux sur ordinateurs centraux.
Hamurabi est réputé pour sa parution dans . Le jeu original, un jeu de stratégie en mode texte qui consiste à gérer un pays et ses ressources, est développé par Doug Dyment chez DEC et sort en 1968 sous le titre . Dyment le crée pour Richard Merrill, un collègue qui vient d'inventer le FOCAL. Le jeu, composé de dix manches, met en scène l'ancien roi babylonien Hammurabi, qui doit choisir la quantité de graines à attribuer aux cultures pour le prochain tour, nourrir la population, et gérer l'achat de terres supplémentaires, tout en maîtrisant des variables de rendements aléatoires et les fléaux agricoles. Plusieurs versions du jeu voient le jour, notamment en FOCAL et en FOCAL-69, mais une version améliorée, en BASIC, non créditée, est publiée dans sous le titre Hamurabi. D'autres versions postérieures en FOCAL sont intitulées Hamurabi. Hamurabi influence beaucoup de jeux vidéo de stratégie et de simulation, et est l'ancêtre du genre .