L'affaire Adama Traoré est une affaire judiciaire française qui a pour origine la mort d'Adama Traoré, un homme de , le , à la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise), après son interpellation à Beaumont-sur-Oise, alors qu'il tentait de fuir un contrôle concernant son frère aîné. L'instruction s'oriente autour d'allégations d'homicide involontaire, d'entraves à l'enquête et de non-assistance à personne en danger. Dix expertises médicales sont réalisées au cours de l'instruction. Aucun des gendarmes mis en cause par la famille n'est mis en examen et l'instruction est définitivement close par un non lieu.

Dans les jours qui suivent l'annonce du décès, des manifestations se déroulent à Beaumont-sur-Oise et à Paris à l'initiative de la famille, pour demander de faire toute la lumière sur les circonstances de l'interpellation. Sa sœur, Assa Traoré, contribue à la naissance du Comité Vérité et Justice pour Adama, qui se mobilise pour faire reconnaître la responsabilité des gendarmes dans la mort de son frère et plus généralement contre les violences policières. Le comité Adama acquiert au fil des années une capacité de mobilisation et une notoriété importante.

La mort d'Adama Traoré suscite de nombreuses réactions politiques et les rebondissements judiciaires de l'affaire sont l'objet d'une importante couverture médiatique, relançant notamment un débat sur l'utilisation du plaquage ventral lors des interpellations policières. Plusieurs expertises ont lieu à l'initiative de l'autorité judiciaire et de la famille pour tenter de déterminer les causes du décès, et aboutissent à des conclusions diverses sur la responsabilité éventuelle des gendarmes et de possibles maladies cardio-respiratoires dont aurait souffert Adama Traoré. Une première ordonnance de clôture de l'instruction est envisagée par les juges à la fin de l'année , mais la procédure est finalement relancée en à la suite d'une nouvelle contre-expertise médicale initiée par la famille Traoré concluant à la responsabilité des gendarmes dans la mort d'Adama Traoré.

Une ordonnance de non-lieu est rendue en , puis confirmée en appel en , et à nouveau à la suite d'un pourvoi en cassation en 2026.

Éléments biographiques

Adama Traoré naît le dans le de Paris. Il a une sœur jumelle, Hawa, devenue aide-soignante... Originaire du Mali, leur père Mara Siré Traoré a immigré en France, où il a travaillé comme couvreur étancheur dans le secteur du bâtiment. Il a eu quatre compagnes, deux épouses françaises successivement, puis deux compagnes maliennes dans le cadre d'une union polygame.. De ces unions naissent , dont Adama. Assa Traoré, sœur d'Adama, décrit un contexte familial heureux : . Pour l'ainé Lassana, , rappelant la bonne entente des diverses compagnes. Le père d'Adama Traoré meurt en d'un cancer du poumon ( selon Lassana). Ses deux compagnes ne parlent et n'écrivent pas le français, c'est dès lors Assa Traoré qui dès ses joue un rôle de chef de famille.

Diplômé d'un CAP en électrotechnique, Adama commence à travailler dès l'âge de , notamment pour aider financièrement sa mère. Inscrit dans une agence d'intérim de Persan, il est apprécié de sa responsable ().. Il vit avec sa mère, Oumou, à Champagne-sur-Oise, commune voisine de Beaumont et de Persan. Il pratique assidument le football sur le terrain du quartier de Boyenval à Beaumont-sur-Oise, et au club de Champagne dans l'équipe de son frère Yssoufou, entraînée par son frère Samba. N'ayant pas le permis de conduire, il se déplace beaucoup en vélo tout-terrain qu'il avait au moment de l'interpellation en . Réservé et apprécié de son voisinage ( dit Lassana), il était cependant selon ses amis .

En 2016, Adama Traoré est déjà connu des gendarmes pour plusieurs délits. En particulier, il est inscrit dans les fichiers de police pour recel, extorsion avec violences, menaces de mort, conduite sans permis, usage de stupéfiants, vol à la roulotte, vol de véhicule avec violences, violences volontaires contre les forces de l'ordre et outrages à agent public. L'un de ses amis d'enfance confirme qu'.. Il est incarcéré de à ., puis est de nouveau en détention préventive à partir de à la maison d'arrêt du Val-d'Oise à Osny., avant d'être relaxé et libéré en . Selon sa sœur Assa, Adama devait reprendre son travail en intérim dans le secteur de la maçonnerie.

Il est en outre accusé de viol par un codétenu de la maison d'arrêt d'Osny âgé de , qui rapporte des fellations contraintes plusieurs fois par jour.. Sa plainte, déposée le et classée le ., est mentionnée dans la presse au début de l'année , plusieurs mois après la mort d'Adama Traoré. Aucun acte d'enquête n'avait eu lieu à la date de son décès., sa mort ayant mis fin à l'action pénale. Le , le plaignant étant sorti de prison, il est agressé par Yacouba Traoré, frère d'Adama, avec plusieurs complices en représailles de la plainte pour viol.. Passé à tabac, il souffrira de 7 jours d'ITT.

La victime est indemnisée à hauteur de par la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) le .., pour un cumul de en incluant l'indemnisation de l'agression de . La CIVI estime que . Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions précise sa mission en expliquant qu'..

Interpellation et mort vignette|Place Gabriel-Péri, près des lieux où Bagui et Adama Traoré croisent les gendarmes. Le vers , Adama Traoré et son frère Bagui se trouvent près des bars Le Balto et Le Paddock. à Beaumont-sur-Oise. Un véhicule du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie de L'Isle-Adam transportant trois gendarmes en civil s'arrête non loin de ces établissements, dans le dessein d'interpeler Bagui Traoré, visé par une enquête pour et dont la photo a été diffusée aux équipages.. Deux des gendarmes sont d'origine antillaise, ce qui selon Le Figaro, relativiserait la connotation raciste donnée à cette affaire.. Deux gendarmes en civil sortent du véhicule et interpellent les deux hommes. Les gendarmes les avertissent qu'il s'agit d'un contrôle d'identité. D'après le récit des gendarmes, .. Voyant qu'il ne va pas être assez rapide pour s'échapper, Adama lâche son vélo et continue en courant. Selon sa famille, parce qu'il n'avait pas de papiers sur lui : .. Les gendarmes considèrent a posteriori qu'il s'est enfui craignant d'être interrogé sur les en liquide et le sachet de cannabis qu’il transportait, trouvés par la suite sur son corps.

Selon les déclarations des gendarmes, deux d'entre eux se lancent alors à la poursuite d'Adama Traoré. Ce dernier est rattrapé, refuse de présenter sa carte d'identité, puis est maîtrisé et menotté. Selon les déclarations de leurs avocats, trois moments sont en fait à distinguer : Adama Traoré a une première fois pris la fuite. Deux gendarmes se sont mis à sa poursuite, mais l'un des deux seulement l'a rattrapé, l'autre s'étant tordu la cheville. Face au gendarme qui l'a rattrapé, Traoré fait mine de sortir ses papiers, mais le bouscule et reprend la fuite. Il est rattrapé une seconde fois, et est alors menotté. C’est là, selon les avocats, qu', et qu'Adama Traoré s'enfuit une troisième fois.. L'individu tiers ne sera pas identifié dans un premier temps mais sera finalement interrogé en . . Aussitôt, un appel radio est passé pour retrouver le fugitif..

Selon les rapports des différents gendarmes présents ce jour-là, cités par le quotidien Libération, une patrouille s'oriente vers une adresse proche des deux bars où les frères ont été interpelés, grâce aux indications d'un témoin. L'homme chez qui Adama Traoré s'est réfugié leur indique tout de suite qu'il est chez lui. Ils repèrent Adama Traoré, . Ils s'aperçoivent qu'il n'est plus menotté. À trois, ils le maîtrisent en effectuant un plaquage ventral. L'un des gendarmes affirme et un autre : . mais en les avocats d'un autre gendarme démentent cette explication.. En effet, les gendarmes changent leur version des faits en expliquant qu'à .

Adama Traoré les aurait alors prévenus qu'il , selon les déclarations des gendarmes aux enquêteurs, et il n'opposait pas de résistance. Il se serait ensuite levé mais pour être emmené dans la voiture. Pendant le trajet, qui aurait duré entre trois et quatre minutes, Adama Traoré donne l'impression de faire un malaise. Arrivés dans la cour de la gendarmerie de Persan, les gendarmes remarquent qu'Adama Traoré a uriné sur lui pendant le trajet mais ils indiquent que l'homme respire encore. Les gendarmes disent l'avoir alors allongé sur le sol en position latérale de sécurité (PLS).. Étant toujours menotté, ils affirment le maintenir dans cette position.

À , les pompiers sont appelés. Le chef d'agrès indiquera dans son audition qu'à son arrivée il constate que , et se trouve, mains menottées dans le dos, face contre terre. L'avocat d'un des gendarmes relève que les autres pompiers qui sont intervenus donnent des versions différentes et notamment .. Les enquêteurs de l'inspection générale de la Gendarmerie nationale faisant remarquer que ce témoignage ne cadre pas avec celui des gendarmes, le chef d'équipe souligne , ne respirant plus. Les pompiers appellent le Samu dans les minutes qui suivent. Après plusieurs vaines tentatives de réanimation, qui durent environ une heure, Adama Traoré est déclaré mort à . Sa mère se rend à la gendarmerie : C'est au retour des frères d’Adama au commissariat à que la mort d'Adama est annoncée à des membres de sa famille..

Une autopsie d'Adama Traoré est réalisée le lendemain du décès à . La famille apprend à qu'elle peut récupérer le corps, mais celle-ci exige une seconde autopsie pratiquée le , ce qui fait que le corps n'est inhumé que le au Mali dans le cimetière de Kalabankoro, non loin de Bamako, dont sa mère était originaire..

L'homme chez qui Adama Traoré s'était dissimulé le décrit lors de sa première audition par les gendarmes en comme un homme au point de ne pas réussir à parler : . Ce témoin est entendu pour la première fois par les juges d'instruction le . Son audition était particulièrement attendue puisque c'est sur la base de cet unique témoignage et de la mention de l'essoufflement d'Adama Traoré que se fondait l'expertise médicale qui exonérait les gendarmes. Comme en , le témoin maintient qu'Adama Traoré avait pénétré chez lui menotté avec les mains dans le dos, fait pourtant invalidé par les caméras de vidéosurveillance dispersées dans la ville.. Il change cependant sa version des faits. et apporte de nouveaux éléments : il déclare qu' sortait de la bouche de la victime, alors que son appartement était plongé dans l'obscurité. Il indique aussi que Traoré aurait déclaré : .. Mais surtout, alors que l'essoufflement a été retenu comme élément dans les expertises médicales, le témoin revient sur cet aspect : . Il déplorait que les gendarmes lui aient attribués des propos qu'il n'avait pourtant pas tenus.. L'avocat de la famille Traoré porte plainte pour , estimant ses dépositions contradictoires..

Autopsies et expertises Au cours de l'instruction, dix expertises sont réalisées dont neuf sont versées au dossier. Les deux premières expertises sont réalisées par les médecins légistes sur la dépouille d'Adama, les suivantes n'ayant accès qu'aux prélèvements effectués avant son inhumation au Mali.