L’ouragan Georges est la septième tempête tropicale, le quatrième ouragan et le deuxième ouragan majeur durant la saison cyclonique 1998 dans l'océan Atlantique nord. Ce puissant ouragan capverdien de catégorie 4 a causé de graves destructions durant sa longue trajectoire qui a traversé les Caraïbes et le golfe du Mexique en , touchant terre pas moins de sept fois (Antigua-et-Barbuda, Saint-Christophe-et-Niévès, Haïti, République dominicaine, Cuba, Porto Rico et les États-Unis) avant de finir ses jours dans le nord de la Floride.
Georges est devenu la deuxième tempête la plus meurtrière de la saison, devancé par l'ouragan Mitch, et le plus coûteux ouragan dans l'Atlantique nord depuis l'ouragan Andrew en 1992 et jusqu'à l'ouragan Charley en 2004. Il a tué 615 personnes, principalement sur l'île d'Hispaniola, et a causé des dommages d'un peu moins de (dollars de 1998), principalement à Saint-Christophe-et-Niévès, Porto Rico et Hispaniola. Avec ses sept frappes, plus que tout autre ouragan depuis Inez de la saison 1966, et ses dégâts Georges a mené au retrait de ce nom des listes futures de noms d'ouragans.. Il a été remplacé par Gaston en 2004.
Évolution météorologique
Georges débuta comme une onde tropicale, observée par les données satellitaires et radiosondages, qui a traversé la côte ouest de l'Afrique tard le . le radiosondage de Dakar, au Sénégal, ont montré un courant-jet de d'est entre .. Le 14, l'imagerie satellite visible montra un grand système nuageux bien défini avec l'onde et les météorologues du National Hurricane Center (NHC) commencèrent à la classer le système selon la technique de Dvorak.
Tôt le 15, des rapports de navires montrèrent la présence d'une circulation de surface fermée et le NHC déclara que le système était devenu une dépression tropicale à UTC. Celle-ci était alors centrée autour de au sud-sud-ouest des îles du Cap-Vert. Au cours des 24 heures suivante, la dépression tropicale continua à mieux s'organiser et de la convection profonde s'est formée en son centre. Le système est devenu une tempête tropicale à UTC le à environ à l'ouest-sud-ouest des îles du Cap-Vert, se déplaçant vers l'ouest-nord-ouest au cours des dix jours suivants dans les vents de la crête subtropicale.
Georges continua son creusement progressif et atteignit l'intensité d'ouragan vers UTC le quand un œil est apparu sur l'imagerie par satellite. Le 19, l'ouragan commença à se développer plus rapidement, comme indiqué par le refroidissement du sommet des nuages sur les images satellites. Il augmenta également la symétrie de ses bandes orageuses, ainsi que le réchauffement et le resserrement de l’œil. En début d'après midi, le premier avion de reconnaissance de la réserve de l'US Air Force (USAFR) atteignit l'ouragan et mesura des vents maximum de niveau de vol de et une pression centrale de , confirmant la tendance de l'intensification noté dans l'imagerie par satellite. Les vents en surface de Georges augmentèrent à à UTC, ce qui en fait un ouragan de catégorie 4 sur l'échelle de Saffir-Simpson.
Plusieurs catasondes GPS furent lâchées dans le mur de l'œil de l'ouragan au cours de ces missions de reconnaissance. Près de la surface, à moins de , donna une estimation des vents maxima entre . Selon ces données, les vents de Georges à son pic d'intensité furent définis comme à UTC le alors qu'il était situé à environ à l'est de la Guadeloupe dans les Petites Antilles.
Peu après UTC le , l'ouragan a commencé à faiblir de l'œil est devenu indiscernable au satellite et une reconnaissance aérienne en après-mi ne l'a pas trouvé non plus. L'examen des images satellites du contenu en vapeur d'eau et des vents dérivés suggèrent qu'un facteur responsable de l'affaiblissement pouvait être une augmentation du cisaillement vertical du vent. Ce soir-là, la pression centrale augmenta de .
Georges effectua ensuite deux de ses sept entrées sur terre, d'abord à Antigua puis à Saint-Christophe-et-Niévès tôt le 21 alors que le vent soutenu maximum était de . En après-midi, le cisaillement de vent faibli mais Georges n'a jamais complètement récupéré son intensité, en partie parce qu'il toucha encore terre sur le sud-est de Porto Rico. L'ouragan a même légèrement affaibli en traversant l'île d'est en ouest, puis atteignit le Canal de la Mona tôt le 22. Après un certain renforcement, il toucha terre en République Dominicaine, environ est de Saint-Domingue avec des vents estimés à .
vignette|Georges le 22 septembre frappant la République dominicaine. Au cours des 21 heures suivante, Georges affaiblit en traversant lentement le relief montagneux de la République dominicaine et d'Haïti, où il donna des pluies abondantes qui causèrent des crues soudaines meurtrières et des coulées de boue. Le système émergea dans le Passage du Vent le matin du avec des vents maximaux de pour ensuite frapper l'est de Cuba plus tard en après-midi à environ à l'est de la Baie de Guantánamo. Le système resta un ouragan tout en se déplaçant lentement le long de la côte nord de Cuba, sortant dans le golfe du Mexique en fin d'après-midi du 24.
Une fois de retour en mer, l'ouragan a commencé à se ré-intensifier. Les images satellites montrère qu'une bande de convection profonde se développa à l'est de son centre tôt le et qu'elle s'élargit tout au long de la matinée. Georges a encore touché terre en milieu de matinée le 25, cette fois à Key West, en Floride. Sa pression centrale était de et ses vents maximaux de . Le système tourna ensuite au nord-ouest, puis au nord-nord-ouest, et ralentit.
L'ouragan a touché terre une dernière fois près de Biloxi, Mississippi, le matin du des vents soutenus de et une pression centrale de . Il serpenta ensuite sur le sud du Mississippi et fut rétrogradé à tempête tropicale en après-midi. Georges est ensuite devenu quasi-stationnaire au cours des 6 à 12 heures suivantes, sa trajectoire décrivant une boucle, puis vers le nord-est. Tôt le , la tempête fut rétrogradée en dépression tropicale au nord-est de Mobile, Alabama. Au début de la matinée du , le système se dissipa à proximité de la frontière entre la Floride et la Géorgie. La très faible circulation restante émergea sur l'Atlantique au cours de la journée et fut absorbée par une zone frontale.
Impact Statistiques météorologiques vignette|Accumulation de pluie aux États-Unis. L'onde de tempête générée par Georges fut estimée à près de à Fajardo (Porto Rico), tandis que les valeurs de furent typiques dans les Keys de Floride et de le long de côte de la Louisiane, du Mississippi, de l'Alabama et du nord-ouest de la Floride. Des maxima allant jusqu'à furent notés dans le comté de Baldwin (Alabama) et dans l'ouest de la baie de Mobile à Fort Morgan.
Les pluies associées à Georges furent substantielles dans les Antilles et la côte du centre-est du Mexique. Dans les îles Vierges américaines, les accumulations furent entre . À Porto Rico, le maximum sur deux jours fut de à Lago El Guinéo, près de Villalba, et de à Jayuya.. Aucune estimation des précipitations en surface sont disponibles à partir de la République Dominicaine et d'Haïti, deux des pays les plus durement touchés par les pluies mais les estimations par satellite suggèrent que jusqu'à de pluie sont tombés sur une période de 24 heures se terminant vers UTC le .
À Cuba, l'Instituto de Meteorologica signala un total maximal pour la tempête maximale de à Limonar. Les précipitations dans les Keys de Floride furent considérablement moindre avec à Key West. En revanche, les totaux le long de la côte du Golfe furent sensiblement plus élevés dus à la décélération de l'ouragan. Les accumulations moyennes varièrent de sur la plupart du sud du Mississippi, de l'Alabama et sur le Panhandle de Floride, donnant des maxima allant jusqu'à à Eglin Air Force Base dans le Panhandle de Floride, de à Bay Minette (Alabama) et à Munson (Floride).
La plupart des tornades rapportées avec Georges le furent en Floride et en Alabama avec 28 tornades, surtout dans le nord de la Floride, et aucun décès ne fut directement relié à celles-ci. Deux tornades furent également signalées à Porto Rico.
Dommages et pertes de vie + Impact par pays/région Pays État Décès Dommagesmillions $US (1998) RéférenceAntigua-et-Barbuda 3 .Guadeloupe 0 20 Saint-Christophe-et-Niévès 5 800 .Îles Vierges britanniques 0 République dominicaine 380 Haïti 209 179 .Bahamas 1 InconnuCuba 6 .États-Unis Îles Vierges des États-Unis 0.. Porto Rico 7 Alabama 1 Floride 0 Géorgie 0 Louisiane 3 Mississippi 0Total 615
Les 615 décès directs attribués à Georges en font le tropical le plus meurtrier dans le bassin de l'Atlantique nord au . La plupart des décès associés à l'ouragan eurent lieu en République dominicaine et en Haïti, principalement en raison des crues soudaines et des coulées de boue ultérieures en régions montagneuses. Le seul décès direct aux États-Unis est lié à l'inondation dans la région de Mobile, Alabama, et trois décès indirects se sont produits en Louisiane (deux par crise cardiaque et un autre dans un incendie)..
Cuba
Les pluies torrentielles et les inondations touchèrent en particulier les provinces de Guantánamo, Holguín, Las Tunas, Granma et Santiago de Cuba dans les régions de l'est de l'île qui avait souffert de la sécheresse provoquée par El Niño plus tôt dans l'année. L'évacuation de plus d'un demi-million de personnes a permis d'éviter de nombreuses pertes de vie. Des dégâts considérables furent cependant signalés aux logements et infrastructures, ainsi que pour certaines cultures importantes comme le plantain, un aliment de base dans l'alimentation de la population.
L'un des principaux centres de cette culture, situé dans la province de Ciego de Avila, constata des pertes potentielles allant jusqu'à 70 pour cent. La récolte commerciale vitale de la canne à sucre pour 1998/99 fut aussi gravement affectée, elle qui avait déjà été en 1997/98 la plus basse des 50 dernières années à cause d'une sécheresse. De plus, divers moulins à sucre furent endommagés. Les plantations de café souffrirent de l'ouragan et un grand nombre d'arbres furent déracinés. Des dommages aux plantations de cacao et d'autres cultures vivrières mineures furent également signalés.
Haïti Avant l'ouragan, Haïti se relevait de la sécheresse de 1997 mais presque l'ensemble du pays fut gravement touché par les pluies, les inondations et les glissements de terrain dans les zones montagneuses et dans les quartiers pauvres sur les collines près de la capitale. Une évaluation préliminaire des dégâts dans le secteur agricole indiqua que la deuxième récoltes de 1997/98 de sorgho, ainsi que la récolte de mil, principalement cultivé dans le plateau central et la vallée de l'Artibonite furent pratiquement détruit.
Dans les zones inondées, légumes, racines et tubercules et autres cultures vivrières mineures furent ruinées. Dans le sud-ouest, les estimations provisoires indiquent qu'environ 80 pour cent des plantations de bananes furent détruites. Des milliers de petits animaux de ferme périrent ou s'échappèrent.
République dominicaine vignette|Des arbres déracinés qui ont bloqué des centaines de rues de Saint-Domingue. Les routes et les ponts dans certaines régions furent emportés par les inondations et les bâtiments publics se sont effondrés sous la force des vents et des pluies. L'impact a été la pire dans les provinces de La Romana et San Pedro de Macorís, dans le sud-est, dans la province de la capitale de Saint-Domingue, et dans les provinces de San Juan, Baoruco et Barahona. Certaines des zones touchées sont parmi les principales zones de croissance des cultures dans le pays. L'évaluation initiale officielle des dommages au secteur agricole indique que 90 pour cent des cultures vivrières et d'exportation furent affectés à des degrés divers. Ces pluies diluviennes venaient exacerber les effets de la sécheresse de 1997.