L'histoire de la prévention du risque d'inondation en France relate l'évolution de l'attitude de l'homme et des autorités publiques françaises ainsi que des mesures prises pour face au risque d'inondation sur le territoire national.

Dès l'Antiquité et au cours du Moyen Âge, une approche fataliste prédomine même si des travaux sont entrepris pour faire face à ces calamités, puis la période moderne et contemporaine est caractérisée par un rationalisme scientifique (il faut connaître les crues pour mieux les maîtriser) et un volontarisme d'État (c'est toute puissance des ingénieurs d'État).

Un tournant apparaît dans les années 1980 avec la décentralisation de l'urbanisme et la prise en compte de la gestion du risque d'inondation dans les documents d'urbanisme. Avec les années 1990, l'ère des grands travaux s'achève au profit d'une prise en compte globale de l'eau et des contextes socio-économiques et environnementaux.

Enfin différentes grandes catastrophes des tant au niveau européen que sur le territoire national (Xynthia ou sud-est en 2010) conduisent à changer d'échelle. Le risque d'inondation est désormais appréhendé de manière cohérente à l'échelle européenne (directive inondation de 2007) et une stratégie nationale de gestion du risque inondation, intégrant tant les approches socio-économiques qu'environnementales et faisant appel à une prévention tant collective (mobilisant tous les échelons de la société) qu'individuelle, est publiée en 2014. Phasage historique de l'attitude de l'homme face aux risques Mark Pelling, un géographe contemporain britannique qui a travaillé sur la gestion des risques au Royaume-Uni et en Amérique du Sud, distingue en 2003 trois phases dans l’interprétation du risque naturel. D'abord une vision « classique », centrée sur la nature jusqu’à la fin des années 1970 au moins dans la littérature anglo-saxonne. Le risque est alors perçu comme la probabilité de l'occurrence d'un phénomène naturel destructeur dont les origines sont extérieures à l'homme. Dans cette perception, la société, agressée par un agent naturel doit se défendre et mettre en place coûte que coûte des moyens pour se défendre. Au début des années 1980, il apparaît que le risque n'est pas le simple fruit de la perturbation de la société par un agent naturel extérieur, mais que, du fait de sa vulnérabilité, la société porte en elle les germes de ce risque. Enfin la troisième, à partir des années 1990, développe une vision intégrée des risques naturels et de leur gestion associant la relation réciproque nature et société, la complexité des relations causales et une contextualisation des risques dans le système social tout entier, , ..

Cette évolution se retrouve en France dans l'approche de la gestion du risque d'inondation. Pendant l'Antiquité et au cours du Moyen Âge, une approche fataliste prédomine même si des travaux sont entrepris pour faire face à ces calamités, puis la période moderne et contemporaine est caractérisée par un rationalisme scientifique (il faut connaître les crues pour mieux les maîtriser) et un volontarisme d'État (c'est la toute puissance des ingénieurs d'État). Pour réduire l'impact des grandes inondations et se protéger et mais aussi protéger ses activités agricoles et industrielles, l’homme moderne apprend à innover, cherche des solutions, construit des barrages, des levées, des canaux. La mise en place de systèmes de digues toujours plus perfectionnés y contribue également, même si des catastrophes viennent rappeler au cours des siècles que la protection peut toujours être insuffisante. Si ceci est accepté, cela conduit aussi à la recherche d’une plus grande efficacité, à une plus grande maîtrise des phénomènes et de leurs conséquences, .

Un tournant apparaît dans les années 1980 avec la décentralisation de l'urbanisme et la prise en compte de la gestion du risque d'inondation dans les documents d'urbanisme. Avec les années 1990, l'ère des grands travaux s'achève au profit d'une prise en compte globale de l'eau et de l'environnement. Enfin plus récemment une approche globale européenne et une stratégie nationale de gestion du risque inondation intégrant tant les approches socio-économique qu'environnementales et faisant appel à une prévention tant collective (mobilisant tous les échelons de la société) qu'individuelle, .

Antiquité, entre résignation et activisme protecteur Dès les débuts de la sédentarisation, les populations s’installent le long des fleuves, qui leur offrent un accès à la ressource en eau, leur permettent de développer l'agriculture grâce aux étendues fertiles et les transports et échanges. Les crues étaient des phénomènes connus, à défaut d’être compris et maîtrisés. Cependant, les crues dévastatrices étaient souvent interprétées comme des punitions divines visant le village entier. Ces considérations doivent toutefois être nuancées par les travaux menés ces dernières années en archéologie sur les villes fluviales romaines qui remettent en question l’image traditionnelle qu’on se faisait de sociétés antiques soumises à leur environnement, . Des vestiges archéologiques révèlent des situations de prise de risque qui amènent à réfléchir sur la perception du danger à l’époque romaine et la définition d’une culture du risque spécifique à cette époque.

La société romaine savait s’affranchir des contraintes du fleuve, même si sa connaissance du fonctionnement fluvial se limitait à une approche empirique qui interdisait toute prévention sur le long terme. La plupart des agglomérations romaines importantes, dont les grandes villes actuelles comme Lyon, Bordeaux, Orléans, Strasbourg sont ainsi à l’origine des sites fluviaux implantés au moins partiellement dans la zone inondable. Au regard des deux mille dernières années, on peut considérer que les moyens mis en œuvre pour lutter contre l’inondation étaient efficaces puisqu’ils ont assuré la pérennité de l’occupation sur des sites très contraignants, comme Rome. Des différences s’observent cependant entre les sites en fonction de leur taille et de leur importance économique et politique.

Les risques d’inondation liés aux débordements des rivières, des plans d’eau ou à la remontée des nappes phréatiques étaient reconnus et pris en compte dans l’aménagement de certains sites. Le choix des systèmes mis en œuvre diffère cependant en fonction de la taille et de l’importance économique et politique des établissements. Il dépend donc plus des moyens dont disposent les agglomérations que de la dangerosité du cours d’eau.

Plusieurs ensembles de techniques ont été développés afin de limiter les conséquences des crues : l'intervention sur le tracé des lits fluviaux, l'aménagement du chenal et des berges (l’endiguement spectaculaire des rives de l’Ouvèze à Vaison-la-Romaine (Vaucluse), effectué à la fin du , constitue un exemple de programme monumental d’aménagement des cours d’eau), la construction de ponts (permettant de s'affranchir des crues mais aussi cause possible de l’aggravation du risque), la construction d'ouvrages de défense des agglomérations, les enceintes, souvent considérées comme des moyens de protection efficaces contre les crues mais aussi diverses autres techniques de défense ou de construction (digues, surélévations des sols, constructions sur pieux, drains, vides sanitaires). Toutefois, malgré la connaissance de ces techniques, de nombreuses fouilles ne mettent pas en évidence la présence de moyens de protection dans des lieux où le risque est avéré. À Arles, par exemple, aucun système de défense contre les crues n'a été mis en évidence pour les nécropoles implantées dans des zones basses de la ville, sujettes à des inondations récurrentes, alors même que le choix des structures funéraires (tombes à incinération, inhumations en cercueil ou en amphore) n'assurait aucune conservation des sépultures en cas d’inondation.

Moyen Âge, plus fataliste Des processions pour faire cesser les désastres L’idée de la crue comme punition et fléau divin semble dominer le Moyen Âge. Il existe peu de moyens de s’en protéger, sauf à obtenir la clémence du ciel. Des messes et processions sont organisées en l’honneur de saints protecteurs des inondations, comme Saint Frigdien. ou saint Romain à Rouen, Saint Félix à Nantes. La procession pour que les , est la réaction habituelle d'un peuple réuni sous la bannière de Dieu. Ce mouvement de masse est tantôt l'acte d'une population désespérée, tantôt celle d'un peuple reconnaissant d'avoir échappé à la mort. Y participent des milliers de citadins, des ruraux des paroisses voisines dont les sanctuaires peuvent être visités, des étrangers de passage, . La durée des processions est très variable. Certaines durent plusieurs jours de suite, si la pluie ne s'arrête pas.

D'autres œuvres sont accomplies pour se réconcilier avec Dieu. La célébration de messes, les dons, les legs permettent de restaurer des églises endommagées ou détruites, de construire de nouvelles chapelles, d'ériger des croix, de faire l'acquisition d'objets de culte, d'une provision de cire pour le luminaire. Quand une inondation menace Troyes en , l'évêque Louis Raguier accorde des indulgences à tous ceux qui communieront pour apaiser la colère de Dieu. Des croix sculptées ou peintes, des statues avec inscriptions gardent souvent le souvenir du danger puis du secours, .

Premiers travaux d'endiguement Turcies et levées de Loire Malgré tout, très tôt le besoin de défendre les terrains cultivés et habités contre les inondations de la Loire, alors premier fleuve navigable de France et dont le bassin était en même temps le plus naturellement fertile, est apparu, . À l'origine, probablement antérieurement au capitulaire de Louis le Débonnaire, De aggeribus juxta Ligerim fadendis, en l'an 816, dans lequel elles sont mentionnées de petites digues appelées turcies, , . À la demande des propriétaires terriens qui tiraient leurs revenus de l'agriculture de la vallée et avaient tout intérêt à ce que les turcies soient parfaitement entretenues, Henri II Plantagenêt fait installer en Anjou, dès 1160, des « hôtes », issus de la population locale, chargés d'entretenir ces digues et de les habiter. Commence alors, sous l’impulsion d’une population nouvellement établie par le roi la construction de puissantes et hautes digues censées résister à de grandes crues, .

En 1482, Louis exprime une opinion communément répandue selon laquelle les turcies sont capables de résister aux plus fortes crues, si elles sont bien entretenues. De nouvelles digues sont élevées entre l’élargissement orléanais et Tours. De turcies, ces levées modernes deviennent d’uniformes remblais limitant les divagations naturelles du fleuve. Une course poursuite s'engage alors entre un fleuve au lit rétréci et la surélévation de levées toujours plus hautes, mais qui finissent toujours par être submergées par les grandes crues. En Loire supérieure, ce processus est toutefois moins sensible, les premières digues n'apparaissant réellement qu'au cours du , .

Rhône Les bords du Rhône présentent deux aspects distincts. Au sud de Beaucaire, le fleuve évolue entre des bourrelets alluviaux capables de contenir les crues ordinaires, mais laissant passer les grandes crues qui se répandent alors sur toute l'étendue du champ d'inondation compris entre l'étang du Galéjon et la plaine d'Aigues-Mortes. L'idée d'exhausser et consolider ces bourrelets de façon à permettre une occupation stable était logique, et l'organisation d'un système de digues continues et réputées insubmersibles, remonte loin dans le passé. Entre Lyon et Beaucaire, la géographie est nettement plus contrastée. Selon la disposition topographique des plaines et bassins successifs par rapport au fleuve, certains secteurs sont exposés aux moindres crues, d'autres ne le sont pas du tout, .