La dynastie Jin de l'Ouest (ou Jin occidentaux, Xi Jin 西晋) est une dynastie chinoise fondée en 265 et destituée en 317. Elle constitue avec la dynastie Jin de l'Est (317-420) qui lui succéda une séquence de deux dynasties successives portant le nom de Jin (晋), que l'historiographie traditionnelle chinoise reconnaît parfois comme une seule dynastie Jin, fondées par des membres de la famille militaire des Sima (司马).

Les membres du clan Sima connurent une ascension rapide dans le royaume de Wei, un des Trois Royaumes de Chine du , dominant la Chine du Nord. Après plusieurs succès militaires, surtout la conquête du royaume de Shu en 263, Sima Yan organisa l'abdication du dernier empereur Wei et prit le titre impérial. En 280, par la conquête du royaume de Wu, il réunifiait la Chine et mettait fin à la période des Trois royaumes. La dynastie connut par la suite une dizaine d'années de prospérité, avant de s'enfoncer dans une crise profonde, marquée par des luttes pour le pouvoir au sein du clan Sima (la Guerre des huit princes). Ces troubles provoquèrent une perte d'autorité du pouvoir impérial, dont profitèrent plusieurs chefs militaires issus des peuples nomades originaires des régions situées au nord et à l'ouest de la Chine, notamment les Xiongnu et les Xianbei. Dans les années 300-310, ils achevèrent ce qui restait de la puissance militaire des Jin et fondèrent plusieurs dynasties, avant que la dynastie Jin ne soit renversée en 317. La Chine du Nord passait alors sous la domination des « Barbares », période connue sous le nom de Seize Royaumes. La dynastie Jin fut relevée dans le Sud de la Chine par un membre du clan Sima qui était un lointain cousin de la famille impériale, fondant avec l'appui d'anciens hauts dignitaires des Jin occidentaux émigrés dans le Sud la dynastie Jin de l'Est (317-420), inaugurant ainsi une longue période de séparation entre la Chine du Nord et la Chine du Sud, qui devait durer jusqu'à la réunification par la dynastie Sui en 589.

Seule dynastie à être parvenue à dominer la Chine unifiée entre la fin de la dynastie Han (années 184-220) et le début de la dynastie Sui (année 581-589), durant la longue période de division de la Chine, l'historiographie traditionnelle chinoise a loué de la dynastie des Jin occidentaux pour son succès à réunifier le pays et la période de prospérité qui s'ensuivit (ère Taikang, 280-289). Mais son déclin rapide et la situation catastrophique de la Chine au début du , suivie de la domination de dynasties non chinoises fit l'objet de critiques. Cette dynastie, dans la continuité de celles des Trois Royaumes et de la même manière que les dynasties du Nord et du Sud qui lui succédèrent, fut marquée par l'échec du clan militaire victorieux à instaurer un régime politique durable. Elle vit l'affirmation des grands lignages aristocratiques et des chefs de guerre « barbares » qui devaient occuper une place majeure dans l'histoire politique chinoise des siècles suivants. Du point de vue culturel, cette période marqua un retour en grâce des traditions confucéennes après une période d'essor des courants taoïsants, à contre-courant des tendances générales de la longue période de division, et fut marquée par l'activité de plusieurs poètes remarquables (Lu Ji, Pan Yue, Zuo Si) prolongeant les traditions de l'époque Han, mais victimes des troubles politiques de l'époque.

La fondation de la dynastie Jin +La période de désunion « Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans Chine du Nord : Wei à Luoyang (220-265) Chine du Sud-Ouest : Shu (221-263) ; Chine du Sud-Est : Wu (229-280) Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans (réunification : 280-316) nouvelles fragmentations au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans « Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »Wei du Nord 386-534 : 148 ans Song du Sud 420-479 : 59 ans Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi du Sud 479-502 : 23 ansWei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ansQi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ansZhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans

L'ascension du clan Sima

thumb|L'extension approximative des Trois royaumes vers 260, à la veille de la conquête de Shu par Wei.

Le clan Sima, fondateur de la dynastie Jin, était dirigé par une lignée d'administrateurs et de généraux ayant servi sous les Han postérieurs (9-220) et le royaume de Wei, un des Trois Royaumes (220-265). Sima Fang (149-219) fut ainsi un membre du censorat impérial à la fin de la dynastie Han, et participa à la promotion du général Cao Cao à des postes importants, ce qui semble expliquer pourquoi ce dernier, une fois devenu le maître de la cour impériale, prit en retour à son service les fils de Sima Fang, en premier lieu l'aîné Sima Liang (171-217) et le cadet Sima Yi (179-251). Sima Yi devint un ami proche du fils de Cao Cao, Cao Pi, fondateur du royaume de Wei en 220 après la destitution du dernier empereur Han. À la mort de Cao Pi en 226, son jeune fils Cao Rui n'était pas en âge de gouverneur, et on nomma plusieurs régents, parmi lesquels Sima Yi qui devint également le commandant militaire suprême de Wei. Son plus haut fait d'armes fut de vaincre en 238 le clan des Gongsun qui tenait la Mandchourie depuis plusieurs décennies. Cao Rui mourant à son tour en 238 avec un successeur, Cao Fang, trop jeune pour gouverner, le pouvoir de Sima Yi fut renforcé, puisqu'il partageait désormais la régence du royaume aux côtés du seul Cao Shuang, administrateur civil issu du clan au pouvoir. Fort de ses succès militaires et d'une stratégie d'alliances au sein de plusieurs des grandes familles de Wei, Sima Yi écarta finalement Cao Shuang (en 249), qu'il fit exécuter pour trahison avec nombre de ses partisans et plaça sous sa coupe l'empereur. Il fut dès lors le véritable maître du royaume, position dont il ne profita que deux années puisqu'il mourut en 251.

Le fils de Sima Yi, Sima Shi, hérita de la position dominante forgée par son père, mais ses premières campagnes militaires, contre le royaume méridional de Wu et contre les peuples du Nord, ne confortèrent pas sa position, menacée par plusieurs membres du clan Cao cherchant à récupérer la direction des affaires du royaume de Wei. Il fit ainsi régulièrement face à des conspirations visant à le renverser. Sima Shi réagit vigoureusement, en déposant en 254 l'empereur Cao Fang pour le remplacer par son cousin Cao Mao. L'année suivante, le général Guanqiu Jian se souleva avec les partisans des Cao, et fut difficilement vaincu. Sima Shi mourut peu après, et son frère cadet Sima Zhao lui succéda à la tête du clan, devant à son tour vaincre un général de Wei, Zhuge Dan. En 260, l'empereur Cao Mao tenta de renverser les Sima, mais fut vaincu, tué et remplacé par un autre membre du clan Cao, Cao Huan.

L'ascension du clan Sima et sa stabilisation au pouvoir se fit grâce aux talents militaires de ses chefs, mais également en ralliant les grandes familles du royaume de Wei. Cela se fit notamment par un ensemble d'alliances matrimoniales qui les lia à plusieurs grandes familles, mais aussi du point de vue idéologique en se présentant comme des confucéens modèles, les valeurs de ce courant étant partagées par les principales grandes familles chinoises de l'époque tandis que les Cao avaient une approche plus réaliste et autoritaire (« légiste ») et soutenaient par ailleurs les courants taoïstes. Cela les plaça de fait dans une position de primus inter pares qui pourrait expliquer pourquoi ils ne revendiquèrent pas le titre impérial alors qu'ils avaient de fait le pouvoir depuis 251.

La prise du titre impérial et la réunification

Après avoir essuyé pendant une dizaine d'années une série d'attaques sans lendemain de la part du royaume de Shu, alors dirigé de fait par le général Jiang Wei, transfuge du royaume de Wei, les troupes de Sima Zhao conduites par le général Zhong Hui menèrent à bien la conquête de Shu. J. W. Killigrew, « A case study of Chinese civil warfare: The Cao‐Wei conquest of Shu‐Han in AD 263 », dans Civil Wars 4/4, 2001, .. Après avoir réduit une tentative de Zhong Hui allié à Jiang Wei de restaurer l'indépendance de cette région en 264 puis pris le contrôle de la majeure partie de l'ancien territoire de Shu, le pouvoir de Sima Zhao fut incontesté. Il dirigeait de fait le royaume sans opposition et son récent succès militaire ouvrait la voie vers le changement dynastique. Il prit le titre de roi de Jin et reçut de la part de l'empereur les « Neuf distinctions », une série d'honneurs de premier ordre, premier pas vers la prise du titre impérial. À sa mort en 265, son fils et successeur Sima Yan ne jugea plus nécessaire de préserver la fiction de la détention du pouvoir par les Cao, et reçut l'abdication du dernier empereur de Wei en février 266, fondant la dynastie impériale des Jin. Il devait être connu sous son nom impérial (posthume) Wu des Jin.

La nouvelle dynastie Jin était en position de force pour dominer la Chine : elle avait récupéré les domaines riches, peuplés et bien administrés du royaume de Wei, et soumis le Sichuan après avoir vaincu Shu. Lui faisait encore face le royaume de Wu, qui était déchiré par des querelles internes et avait des capacités de mobilisation militaires au moins deux fois inférieures aux siennes, comme en témoignent les expéditions de faible ampleur et rapidement avortées qu'il lança contre Jin dans les années suivant la chute de Shu. Alors que plusieurs de ses conseillers le pressaient d'attaquer, Sima Yan/Wu ne se porta pas contre cet adversaire désigné et différa la campagne, dont les préparatifs furent pourtant amorcés dès 269 et confiés au général Yang Hu. Il fallut d'abord mener plusieurs campagnes au Nord, face aux peuples Xiongnu et surtout Xianbei établis dans le Gansu et conduits par le chef tribal Tufa Shujineng. Ce n'est qu'en 279 que les provinces du Nord furent pacifiées ; .

Malgré des capacités militaires bien moindres, le royaume de Wu restait un adversaire capable d'opposer une résistance redoutable en raison de sa position défensive sur le Yangzi. Le plan de conquête, établi par plusieurs généraux au service des Jin, consistait en deux attaques coordonnées : une offensive menée depuis le nord à travers les vallées de la Han et de la Huai par des troupes terrestres menées par Sima Zhou (divisées en cinq groupes), et une autre menée depuis le Sichuan par une flotte descendant le Yangzi, dirigée par le gouverneur Wang Jun de la province de Yi. Ce fut un succès total, permettant d'assiéger la capitale de Wu, Jianye (l'actuelle Nankin) au printemps 280. L'empereur de Wu, Sun Hao, fut abandonné par ses troupes, et dut capituler. Pour une étude détaillée de cette campagne : J. W. Killigrew, « The Reunification of China in AD 280: Jin's Conquest of Eastern Wu », dans Early Medieval China 1, 2003, .. Une révolte fomentée depuis les anciens pays de Wu l'année suivante fut rapidement matée. La Chine était donc réunifiée après environ un siècle de division de facto, et soixante années après la fin de la dynastie Han, marquant la fin définitive de l'époque des Trois Royaumes.

L'organisation de l'empire thumb|L'empire des Jin occidentaux et ses provinces après la réunification, dans les années 280, avec la localisation des principaux peuples non-Han établis dans l'empire où sur ses marges.

La décennie suivant la réunification, l'ère Taikang (280-289) fut idéalisée par les historiens postérieurs qui la considéraient comme une période de grande prospérité, longtemps désirée après un siècle de troubles et de division de fait, cette situation étant vue comme anormale dans l'optique d'un empire chinoise unifié ; .