La prise de la Guadeloupe désigne une opération amphibie britannique pour s'emparer de l'île de la Guadeloupe, du au , durant les guerres napoléoniennes.

Supérieur en nombre, les Britanniques débarquent facilement sur l’île grâce à grand nombre de désertions de miliciens, chargés de défendre les forts côtiers. Ensuite, ils parviennent à encercler les forces françaises, avant de repousser une confrontation frontale, et ainsi, obliger l’ennemi à se rendre, le .

Contexte

Isolation de la Guadeloupe Pendant les guerres napoléoniennes, les colonies des Antilles françaises se retrouvent presque totalement isolées de la métropole à cause de la stratégie britannique du blocus rapproché. Des escadres de la Royal Navy patrouillent en permanence aussi bien au large des côtes françaises que devant les îles restées sous contrôle français. Cette politique coupe les communications, restreint fortement le commerce et empêche tout renfort des garnisons coloniales. Peu à peu, les effets se font sentir, les colonies souffrent de pénuries alimentaires, leurs économies s’enlisent et le moral, tant civil que militaire, s’effondre. Dans leur détresse, les commandants des principales possessions, la Martinique et la Guadeloupe, expédient durant l’été 1808 une série de messages dépendants le gouvernement impérial d’envoyer vivres et matériel militaire.

La France tente de répondre en expédiant frégates et petits bâtiments, envoyés isolément ou par petits groupes vers les Antilles. Quelques navires parviennent à destination, mais la plupart sont interceptés et capturés par les blocus britanniques, soit au départ des ports français, soit aux approches des îles. Ceux qui réussissent malgré tout à atteindre un port antillais s’y retrouvent piégés, incapables d’en repartir sans risquer la destruction face aux forces navales britanniques stationnées au large.

Opérations britanniques dans la région Les Britanniques interceptent une partie des messages envoyés en France et décident d’agir avant que des renforts importants n’atteignent les Antilles. Durant l’hiver 1808, une vaste concentration navale et terrestre s’organise à la Barbade : le vice-amiral Alexander Cochrane commande la flotte, tandis que le lieutenant-général George Beckwith dirige les troupes. Leur objectif est simple : envahir la Martinique au début de 1809, puis la Guadeloupe l’année suivante. En parallèle, une expédition plus réduite est envoyée contre Cayenne, qui tombe dès . À la fin du même mois, l’opération majeure débute : le débarquement en Martinique. Malgré une résistance acharnée dans les hautes terres du centre de l’île, la campagne est rapide. En vingt-cinq jours, la colonie passe sous contrôle britannique. Cochrane répartit alors ses forces : une partie est envoyée prêter main-forte aux Espagnols lors du siège de Saint-Domingue, tandis qu’il maintient un blocus serré dans les Petites Antilles. En , une importante escadre française, trois vaisseaux de ligne et deux frégates armées en flûte chargées de renforts et de ravitaillement, arrive aux Saintes, au sud de la Guadeloupe. Rapidement encerclée, elle reste bloquée jusqu’au , quand une force britannique dirigée par le major-général Frederick Maitland s’empare de l’archipel. Profitant de la nuit, l’escadre française tente alors de forcer le blocus. Les trois vaisseaux de ligne mettent cap au nord, poursuivis par les Britanniques. Après quelques jours de chasse au large de Porto Rico, le D'Hautpoul est capturé, tandis que les deux autres réussissent à rejoindre la France. Les deux frégates, elles, gagnent Basse-Terre avec leurs renforts, mais se retrouvent à leur tour enfermées dans le port. En juin, elles tentent de repartir pour l’Europe : une seule parvient à franchir la ligne britannique, mais elle est finalement interceptée et capturée dans l’Atlantique Nord le mois suivant. Les tentatives françaises pour ravitailler leur dernière possession des Antilles, la Guadeloupe, se révèlent vite dérisoires. La plupart des bricks dépêchés sont interceptés avant même d’atteindre l’île. Seule une opération plus ambitieuse, lancée en , semble d’abord prometteuse : le , les navires français parviennent à détruire la frégate britannique HMS Junon. Mais l’espoir est de courte durée. Le , les deux bâtiments de transport armés Loire et Seine tombent sur une escadre britannique au large de la côte sud de la Guadeloupe et sont anéantis.

À l’automne et durant l’hiver, les Britanniques regroupent alors leurs moyens pour l’assaut final. Des troupes et des navires sont rassemblés depuis tout le bassin caribéen à Fort-Royal, en Martinique, sous l’autorité de Cochrane et Beckwith, en vue de l’invasion de la Guadeloupe.

Forces en présence Beckwith rassemble 6 700 hommes provenant de diverses garnisons et sources, ses hommes appartenant aux 3ᵉ, 4ᵉ, 6ᵉ et 8ᵉ régiments des Indes occidentales, au 1st Foot, 15th Foot, 19th Foot, 25th Foot, 63rd Foot, 90th Foot et aux Royal York Rangers, ainsi qu’à 300 artilleurs de garnison et diverses forces de milice. Ces troupes sont divisées en deux divisions : la plus grande, 3 700 hommes sous Beckwith avec un commandement subordonné confié au major général Thomas Hislop, doit être déployée au Gosier sur la côte sud de l’île. La deuxième division, 2 450 hommes sous le brigadier général George Harcourt, reçoit d’abord l’ordre d’attendre aux Îles des Saintes avant d’être déployée après l’attaque principale à l’arrière de la garnison française. Une petite réserve sous le brigadier général Charles Wale suit l’assaut principal pour fournir un soutien si nécessaire. Comme les Français ne disposent d’aucune ressource navale significative sur l’île, la contribution de la Royal Navy est bien plus réduite que celle nécessaire pour l’invasion de la Martinique l’année précédente. Cochrane affecte des vaisseaux de ligne aux deux divisions : Beckwith navigue sur le navire amiral de Cochrane, le HMS Pompee, accompagné du HMS Abercrombie avec le commodore William Charles Fahie, tandis que Harcourt navigue avec le commodore Samuel James Ballard sur le HMS Sceptre. Ballard et Fahie sont responsables des transports et des plus petits bâtiments qui transportent les forces d’invasion et portent la responsabilité d’assurer le succès des débarquements amphibies ainsi que celle des unités navales qui participent à la campagne terrestre.

Bien que les troupes françaises disponibles comptent environ 4 000 hommes, une épidémie sévit sur l’île et une proportion importante de la garnison, composée principalement du 66e régiment d'infanterie, est inapte au service. En dehors de la capitale, le reste des défenses de l’île est tenu par une milice formée d’habitants locaux, parmi lesquels les désertions nombreuses. De plus, les réserves militaires et alimentaires de toutes sortes sont en pénurie.

Invasion Après une courte période de regroupement en Dominique, Cochrane et Beckwith mettent le cap sur la Guadeloupe le . Ils arrivent au large du Gosier dans la soirée et font débarquer la plus grande division à Sainte-Marie, sous le commandement de Hislop. Cette division se scinde en deux : une moitié marche vers le sud en direction de Basse-Terre, l’autre vers le nord. Aucune des deux colonnes ne rencontre de résistance sérieuse, les milices locales désertant massivement et abandonnant leurs fortifications à l’approche des Britanniques. Des messages sont également envoyés par les troupes en marche pour exiger la reddition des villes et des forts, cependant, la ville de Pointe-à-Pitre refuse, gardée par un corps formé à la hâte de 700 miliciens et commandé par le chef de bataillon Fournier. Les deux forces les contournent et progressent rapidement au cours des deux jours suivants. vignette|Carte des opérations au sud de l'île.|alt=Carte topographique de la partie sud de l’île, avec des indications rouges représentant les déplacements britanniques.Le , le gouverneur Ernouf se replie avec le reste de sa garnison dans les hauteurs de la crête de Beaupère—Saint-Louis, qui protègent les abords de Basse-Terre. Hislop déploie ses hommes face à cette position. Plus tard dans la journée, les troupes de Harcourt débarquent au nord de Basse-Terre, débordant les positions françaises les mieux fortifiées à Trois-Rivières et contraignant les défenseurs à se retirer sur Basse-Terre même. Alors que sa capitale est soumise au bombardement des batteries installées par des marins de la Royal Navy, le général Ernouf décide de marcher à la rencontre des Britanniques sur la plaine de Matabar, le . Déployant ses troupes, il lance l’attaque et parvient d’abord à repousser l’ennemi. Mais la supériorité numérique britannique finit par l’emporter, d’autant qu’Ernouf se retrouve débordé par la colonne du général Wale, qui attaque depuis le nord. Ce dernier est blessé durant l’action, au cours de laquelle ses hommes subissent quarante pertes.

Un témoin oculaire, marin irlandais embarqué sur le HMS Alfred, affirme qu’Ernouf avait disposé une vaste mine sur sa ligne de retraite, qu’il comptait faire exploser au moment de l’avance britannique. Beckwith, soupçonnant le piège, refuse cependant d’y engager ses hommes, ce qui empêche le plan de marcher. Pendant la retraite française, le commodore Fahie profite de l’occasion pour attaquer Basse-Terre, laissée sans défense. Il débarque avec un détachement de Marines, s’empare de la ville et coupe ainsi la route de repli d’Ernouf. Isolé et encerclé, le général français demande une trêve le à huit heures du matin afin d’enterrer les morts de la veille. La demande est acceptée, et dès le lendemain, Ernouf signe la capitulation.

Seule la ville de Point-à-Pître résiste encore pendant quelques jours avant de se rendre le , avec les honneurs de la guerre.

Conséquences

Pertes Les pertes britanniques dans l’opération s’élèvent à 52 tués, 250 blessés et 7 disparus. Les pertes françaises sont plus lourdes, estimées entre 500 et 600 victimes au cours de la campagne. En outre, le reste des soldats est capturé avec leurs officiers, leur artillerie et l’aigle de drapeau du 66e régiment d’infanterie de ligne. Près de 4 200 hommes sont faits prisonniers et envoyés en Grande-Bretagne dans les jours qui suivent, et pour plusieurs motifs, la majorité de ces captifs demeure entre les mains britanniques jusqu’en 1814.

Invasion britannique du reste de la région Dès le , les colonies néerlandaises voisines de Saint-Martin, Saint-Eustache et Saba se rendent sans combattre aux navires envoyés par la flotte de Cochrane. Les officiers britanniques sont récompensés pour leur succès : Beckwith reste aux Antilles jusqu’à sa retraite en 1814 pour raisons de santé, tandis que Cochrane et Hislop sont promus. Tous les officiers et soldats de l’expédition reçoivent les remerciements des deux Chambres du Parlement et, dix ans plus tard, les régiments ayant participé à l’opération se voient décerner la distinction Guadaloupe 1810. Quarante ans plus tard, l’action est également reconnue par une agrafe ajoutée à la Naval General Service Medal et à la Military General Service Medal, attribuées en 1847, sur demande, à tous les survivants britanniques de la campagne.

La chute de la Guadeloupe en 1810 marque la fin du dernier territoire français dans les Caraïbes : l’ensemble de la région passe désormais sous contrôle britannique ou espagnol, à l’exception de l’État indépendant d’Haïti. L’absence de corsaires et de navires de guerre français provoque un essor des échanges commerciaux, entraînant une reprise économique dans les îles antillaises. En revanche, elle entraîne un net recul du commerce international français, avec des répercussions sensibles sur l’économie métropolitaine. Enfin, la perte de cette dernière colonie française porte un coup décisif à la traite atlantique des esclaves, interdite par le gouvernement britannique en 1807 et activement réprimée par la Royal Navy. Sans débouché colonial français dans la région, le marché des esclaves disparaît progressivement.