vignette|alt=photo d'un bâtiment en bordure de route arborée.|Siège social de SAP à Walldorf, en Allemagne, entreprise de conception et vente de logiciels pratiquant la discrimination positive en faveur des travailleurs autistes. L’emploi des personnes autistes est un sujet de société de plus en plus fréquemment traité. Ces personnes subissent l'un des taux d'emploi les plus bas parmi les travailleurs en situations de handicap, entre 76 et 90 % d'entre elles étant au chômage en Europe en 2014. La majorité des personnes diagnostiquées avec troubles du spectre de l'autisme (TSA) souhaitent un emploi et en ont les capacités, des exemples de carrières fructueuses ayant été médiatisés. Les autistes ont longtemps été maintenus en établissement spécialisé, la majorité d'entre eux restant dépendants de leur famille. Les adultes autistes sont en sous-emploi contraint, et accèdent généralement à des postes peu qualifiés, de façon discontinue et à temps partiel, en environnement dit « protégé », sans que soient pris en compte leurs souhaits et aspirations. Les perspectives les plus fermées concernent les personnes non-verbales avec des troubles du comportement.
Une grande variété de carrières et de postes sont potentiellement accessibles, bien que les postes nécessitant peu de relations humaines soient notoirement privilégiés, et associés à une plus grande réussite. Des secteurs tels que le renseignement et le traitement de l'information dans l'armée, les métiers de hôtellerie-restauration, de la traduction-rédaction, de l'informatique, de l'art, de l'artisanat, de la mécanique ou encore de la nature, de l'agriculture et de l'élevage, sont plus particulièrement recherchés, ainsi qu'adaptés.
Les problèmes rencontrés dans l'accès à l'emploi et dans l'emploi ont plusieurs explications. Généralement liés à une mauvaise communication entre employeurs et travailleurs autistes, ils découlent surtout des difficultés rencontrées par les personnes autistes pour comprendre les relations sociales et gérer leurs hypersensibilités sensorielles, et de l’intolérance des employeurs vis-à-vis de ces particularités, bien plus que de la déficience intellectuelle. De fréquentes discriminations à l'embauche ferment l'accès du marché du travail aux personnes autistes, par ailleurs souvent victimes d'une organisation du travail inadaptée. Différentes mesures peuvent être mises en place pour résoudre ces difficultés, notamment l'accompagnement à l'emploi, et l'adaptation des conditions de travail en termes de sensorialité et d'horaires. Certaines entreprises pratiquent une discrimination positive, en particulier dans l'informatique, un domaine dans lequel les personnes autistes dites « à haut niveau de fonctionnement » sont considérées comme un atout de compétitivité.
Histoire
thumb|alt=photo d'un homme âgé, assis, souriant, en chemise et cravate.|Donald Grey Triplett, première personne à avoir reçu un diagnostic d'autisme infantile formel, a travaillé en tant qu'employé dans une banque..
La problématique de l'emploi est très récente parmi les débats relatifs à l'autisme. Les personnes diagnostiquées avec un autisme infantile ont longtemps été tenues pour incapables de travailler. D'après le journaliste d'investigation américain Steve Silberman, lorsque le psychiatre américain Edward Ritvo et son équipe publient en 1988 un article suggérant que les adultes autistes sont capables d'avoir une vie de famille et un emploi., ils suscitent les moqueries de la plupart des spécialistes de l'époque.
À la fin du , les critères diagnostiques de l'autisme sont élargis, sa détection devenant meilleure et plus précoce. Cela entraîne une augmentation des diagnostics : l'autisme concerne environ 1 % de la population mondiale (en 2016), avec différents degrés de handicap. Voir aussi .. Les critères du DSM-5 permettent de poser le diagnostic sur la base de difficultés de communication et d'interactions sociales, et des comportements et intérêts restreints et répétitifs, avec un social, scolaire et professionnel. Ces symptômes sont présents dès la petite enfance, mais . Il existe ainsi une grande diversité de profils parmi les adultes autistes, en termes de compétences, de fonctionnement social et de centres d'intérêt.. Cette variabilité dépend de facteurs individuels tels que l'intelligence, les compétences langagières, la présence de comorbidités, et de facteurs environnementaux tels que le soutien de la famille, la mise en place d’interventions et de services adaptés, la qualité de vie et divers facteurs socio-émotionnels.
Aux États-Unis, et tout particulièrement en Californie, des associations et personnalités se mobilisent pour l'emploi des autistes au moins depuis 1999. Cette même année, la professeure Temple Grandin, elle-même autiste, publie un court article recommandant de s'appuyer sur les compétences des personnes autistes à l'emploi, en particulier la pensée visuelle. Fin 2000, la chercheuse Sophie Nesbitt étudie avec la National Autistic Society britannique (NAS) l'employabilité des personnes diagnostiquées avec un syndrome d'Asperger.. L'inclusion progressive de l'autisme dans le champ du handicap au niveau international se concrétise par la directive du du Conseil de l'Europe, prônant , qui s'applique aux travailleurs autistes. Sa version française est la Loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées de 2005, qui entraîne la création des maisons départementales des personnes handicapées.. Entre 2003 et 2008, le nombre d'adultes autistes américains suivis dans le cadre des Vocational Rehabilitation Services (Services de réadaptation professionnelle) a plus que triplé..
En 2015, le secrétaire des Nations unies Ban Ki-moon souligne que la majorité des adultes autistes dans le monde sont sans emploi. En , le premier rapport français consacré à l'emploi des adultes autistes est remis par Josef Schovanec, docteur en philosophie et sciences sociales (EHESS), lui-même autiste, précisant qu'. Au Royaume-Uni, la National Autistic Society (NAS) remet le une pétition au gouvernement britannique, signée par , demandant que l'emploi des adultes autistes devienne une priorité. La fondation Malakoff-Médéric ouvre un site français spécialisé fin 2018..
Littérature scientifique thumb|left|upright|alt=Photo noir et blanc d'un homme en costume et cravate.|Leo Kanner a suivi l'évolution des enfants qu'il a diagnostiqués en 1943. Leo Kanner, le pédopsychiatre découvreur de l'autisme infantile, a suivi l'évolution des onze enfants (généralement issus de milieux favorisés) qu'il a diagnostiqués pour la publication de son étude princeps de 1943. Plusieurs ont obtenu un emploi correct (en particulier le « patient 0 », Donald Grey Triplett), tandis que les personnes placées en institution étaient peu ou pas autonomes à l'âge adulte. La première étude identifiée du devenir socio-professionnel date de 1970, basée sur cinq à quinze ans de suivi de personnes diagnostiquées à l'époque avec une psychose infantile.. Des études spécifiques commencent à être menées aux États-Unis durant la seconde moitié des années 1980..
La psychiatre et chercheuse américaine Dawn Hendricks publie en 2010 l'article Employment and adults with autism spectrum disorders: Challenges and strategies for success (en français : Emploi et adultes avec troubles du spectre de l'autisme : Défis et stratégies de réussite). Soulignant un très faible taux d'emploi et le désir qu'ont les adultes autistes de travailler, elle plaide pour que l'option d'un accompagnement vers l'emploi puisse être proposée à tous. L'année suivante, l'article du chercheur et psychiatre franco-canadien Laurent Mottron paraît dans la revue scientifique Nature sous le titre « » (en français : « Changer les perceptions : le pouvoir de l'autisme »). Témoignant de son expérience de travail avec des chercheurs autistes, dont Michelle Dawson, parmi son équipe de l'université de Montréal, il souhaite que davantage d'autistes soient engagés dans des équipes de recherche :La première recension spécifiquement consacrée à la réhabilitation à l'emploi des adultes autistes, publiée en par David B. Nicholas et al., porte sur , et souligne le manque de littérature scientifique disponible. En paraît la recension de Yosheen Pillay et Charlotte Brownlow, consacrée aux facteurs prédictifs de réussite à l'emploi chez les adolescents autistes, et basée sur : Predictors of Successful Employment Outcomes for Adolescents with Autism Spectrum Disorders: a Systematic Literature Review.
En paraît une nouvelle recension de la littérature scientifique entièrement consacrée aux facteurs favorisant l'emploi des personnes autistes, réalisée par Melissa Scott et son équipe : elle porte sur des facteurs d'inclusion, dont 36 évaluent l'efficacité des interventions en faveur de l'emploi. La grande majorité de ces études ont été réalisées aux États-Unis.
Expérimentations d'embauches ciblées vignette|L'hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, rattaché à l'université de Montréal, emploie régulièrement des chercheurs autistes.|alt=Bâtiment en briques rouges Depuis la fin des années 2000, des plans d'embauches de personnes autistes sont lancés dans différents pays, non pas dans un objectif médico-social, mais par intérêt pour leurs compétences dans des tâches spécifiques... Le modèle d'entreprise des structures spécialisées dans le recrutement d'adultes autistes s'appuie sur la valorisation de ces compétences permises par la neuroatypie. L'autisme est généralement considéré comme un atout par les employeurs de la Silicon Valley... En Allemagne, au Danemark, aux États-Unis et en Inde, des entreprises du secteur informatique pratiquent une discrimination positive.. Le se développe, notamment en République tchèque, en Allemagne, aux États-Unis. et en Irlande. Les entreprises Meticulon au Canada, Auticon en Allemagne, et aux États-Unis, font appel à du avec un référent unique pour le salarié autiste. En Belgique, le dispositif « Passwerk », créé en 2008, repose sur un individuel et intensif des salariés autistes.
En 2008, le projet AQA () est lancé dans la banlieue de Tel Aviv, en vue de permettre l'inclusion professionnelle d'adultes autistes performants dans le domaine du test de logiciels, visant des postes de qualité dans des entreprises multinationales. L'entreprise de test et conseil logiciel Specialisterne, présente dans 16 pays et dont le siège est au Danemark, a été fondée par un père d'enfant autiste, et emploie 70 % de travailleurs autistes sur des postes adaptés. En 2012, deux agents du Mossad lancent le projet Ro'im Rachok, unité de renseignement de l'armée israélienne, qui recrute spécifiquement des adolescents autistes pour analyser des photographies aériennes et satellitaires.. En 2013, l'entreprise allemande éditrice de logiciels SAP annonce rechercher pour son secteur recherche et développement, jusqu'à arriver à un taux d'1 % de salariés autistes.. En 2015, l'entreprise Microsoft annonce le lancement d'un programme pour embaucher des collaborateurs autistes à temps plein, à son siège de Redmond.. En France, depuis 2014, le groupe Andros, soutenu par la Fondation Orange, accueille des salariés autistes dans son usine normande.. La plupart sont non-verbaux, et travaillent à mi-temps..
Ces embauches ciblées par discrimination positive restent des initiatives rares et isolées. Elles ne suffisent pas à remédier au sous-emploi des personnes autistes.
Effet générationnel et évolutions du marché du travail Les effets de génération doivent être pris en compte pour aborder cette problématique. Jusque dans les années 1990, le pronostic social et professionnel des autistes à l'âge adulte était généralement très pauvre, les trois-quarts d'entre eux environ étant placés en institution, ou dépendants de leurs parents. Josef Schovanec note que les :