Une compositrice est une femme qui, comme le compositeur, pratique la composition musicale. La plupart des compositrices sont également instrumentistes, mais leurs conditions de vie les ont surtout poussées à pratiquer le chant, puis le clavecin, le luth et enfin le piano. La situation sociale des compositrices, du Moyen Âge à nos jours, a souvent évolué au cours des siècles, s'ouvrant notamment pendant la période baroque et le , tandis que des périodes comme le ont été beaucoup plus néfastes tant pour les droits des femmes de façon générale que pour l'accession des compositrices aux études musicales et la création de leurs œuvres, bien que certains de leurs collègues puissent les soutenir. Le développement depuis les années 1990 des études sur les compositrices permet de mieux comprendre l'évolution de leur statut et d'accroître la visibilité de leurs œuvres.

La possibilité d'avoir du temps pour soi, donc du temps pour composer, a été un élément important dans l'évolution du statut de compositrice. Cela a amené de nombreuses femmes de l'aristocratie, puis de la bourgeoisie, à se tourner vers cet art. L'accès à l'éducation, que ce soit grâce à des professeurs particuliers ou, plus tardivement, grâce aux institutions ayant ouvert leurs portes aux femmes, a aussi eu un rôle important. Ainsi, jusqu'au début du , beaucoup de compositrices sont soit aristocrates soit religieuses, tandis que le et le début du ont pu ouvrir la possibilité aux femmes de la bourgeoisie de composer. À partir du et dans le naissant, les institutions ont permis, en théorie, à toutes les femmes de composer. Mais un écart se fait toujours entre l'accessibilité théorique à la composition et la réalité des faits, puisque les compositrices sont encore peu nombreuses et leurs œuvres peu jouées.

Antiquité Sappho, poétesse mais aussi musicienne, est parfois surnommée la dixième muse. Son statut de poétesse et de musicienne lui donne un rang privilégié dans la société de la Grèce antique. Elle dirige une école, une thiase, qui sera nommée la et qui voue un culte à la déesse Aphrodite. En tant que musicienne, elle théorise cet art, et elle est notamment connue, selon Plutarque, comme ayant inventé le mode mixolydien. Plus tard, Cassienne de Constantinople, devenue higoumène, crée des hymnes religieux, des textes et des poèmes, lesquels ont été conservés. Pour la musicologue Diane Touliatos, il y a eu d'autres compositrices byzantines, mais les œuvres étant alors signées d'un titre, et non d'un nom, leur attribution demeure complexe. À cette époque, la musique repose intégralement sur les textes religieux. Cassienne de Constantinople est la seule compositrice citée par les hymnographes de l'Église byzantine. Si seules les œuvres de la compositrice ont été intégrées à la liturgie byzantine, il n'est pas impossible qu'il y ait eu d'autres compositrices à cette époque.

Moyen Âge La musique profane : le cas des trobaïritz et des trouveresses vignette|upright=0.7|gauche|Enluminure représentant hypothétiquement Beatritz de Dia, manuscrit de la BnF.|alt=Enluminure en couleurs représentant une femme debout, vêtue d'une robe verte et d'une cape rouge, regardant vers la gauche et tendant la main. En langue d'oc, le terme de troubadour est, dans sa version féminine, la trobaïritz. Ils décrivent tous deux la même fonction, de même qu'en langue d'oil, les termes trouvères et trouveresses. C'est parmi les trobaïritz que l'on trouve la première œuvre musicale composée par une femme : il s'agit de A chanter m'er de so q'ieu no volria de Beatritz de Dia. Grâce aux vidas et aux razos, on connaît quelques aspects des trobaïritz, et notamment de la comtesse de Die, puisqu'elle apparaît dans plusieurs vidas. Ainsi, on sait d'elle qu'elle était noble et suffisamment éduquée pour composer canso et tenço. DA chantar m'er de so q'ieu no volria, unique poésie de la compositrice dont on a trouvé à la fois le texte et la musique, on suppose qu'elle est destinée à son amant, Raimbaut d'Orange. Il est à noter qu'elle est équivalente en qualité aux cansos des troubadours de la même époque comme Bernard de Ventadour ou Raimbaut d'Orange. Si A chantar m'er de so q'ieu no volria est la seule œuvre dont on a texte et musique, il existe trois autres cansos dont on ne possède que le texte, ainsi qu'un tenço entre elle et Raimbaut d'Orange. Au cours des , une vingtaine de trobaïritz ont été identifiées et si elles sont bien moins nombreuses que les troubadours, leur musique compte parmi les plus anciennes à tradition écrite des femmes. De façon générale, elles s'intéressent plutôt à la question de la fidélité, et aspirent à la reconnaissance. Elles se battent aussi contre les rumeurs injustifiées tout en rappelant leurs amants à leurs devoirs. Dans les tensos conservés, on constate qu'elles sont souvent d'égale à égal avec les hommes. Mais les trobaïritz sont encore représentées comme étant des êtres maléfiques, des sorcières, voire l'incarnation même du diable, selon Angelica Rieger, spécialiste en littérature médiévale. Ainsi, les représentations de Na de Casteldoza, Beatritz de Dia ou Azalaïs de Porcairagues les présentent-elles dans une posture au mieux de pêcheresse repentie, au pire comme des créatures diaboliques. Pour le linguiste et philologue du Alfred Jeanroy, leurs œuvres sont un , car elles parlent librement d'amour. En effet, contrairement aux troubadours qui composent pour vivre, les trobaïritz, issues de la haute société, composent pour le plaisir.

Quelques décennies plus tard, ce sont les trouveresses qui émergent, avec notamment la figure d'Aliénor d'Aquitaine, mais aussi sa petite-fille Blanche de Castille. Au total, ce sont des œuvres de huit trouveresses qui nous sont parvenues, contre deux-cent cinquante-six trouvères. On peut citer ainsi les noms d'Agnès de Navarre ou Maroie de Diergnau. On peut ainsi citer un jeu parti entre elle et Dame Margot dont le sujet est le comportement des femmes vis-à-vis d'un amant trop réservé.

Musique populaire : jongleresses et ménestrelles Les jongleresses et ménestrelles sont, par excellence, ce que rejette l'Église au Moyen Âge. On a ainsi une opposition entre les figures de la nonne et de la jongleresse, qui sont alors les personnifications de Dieu et de Satan. Elles sont relativement acceptées dans l'Espagne musulmane et la région occitane, où elles peuvent alors être plus sédentaires et se rattacher aux divertissements d'une cour. Elles restent cependant assimilées aux prostituées et aux courtisanes par l'Église. Malgré ce rejet, elles sont souvent représentées dans des enluminures comme dans le recueil Cantigas de Santa Maria, commandé par Alphonse X. On les y voit avec des instruments à cordes, harpes, tympanon, psaltérion, rote, guiterne instruments sur lesquels elles improvisaient et probablement composaient. Ce répertoire profane et populaire a probablement influencé le style des trobaïritz et des trouveresses. On assiste aussi à la création des guildes mixtes comprenant jongleurs et jongleresses comme dans la Confrérie de Saint-Julien, où on retrouve vingt-neuf musiciens et huit musiciennes signataires.

Le rôle de la cantrix dans la musique sacrée vignette|Sculpture du retable de la chapelle Saint-Roch de Bingen, Allemagne, représentant Hildegarde de Bingen.|alt=Moniale portant un livre, dont la tenue est rehaussée d'or, dans un décors baroque. Si Sappho et Cassienne de Constantinople sont parmi les premières compositrices connues, la première compositrice à avoir un corpus d'œuvres musicales identifiées et propres est Hildegarde de Bingen. Cependant, pour ne pas froisser les hommes de son temps, elle déclare . La compositrice déclare encore que . Elle se dédouane ainsi de l'interdiction qui était faite aux femmes de composer de la musique. En effet, dans l'esprit de l'époque, le chant est relié à la sensualité et donc au diabolique, et les femmes musiciennes sont des séductrices associées au diable. Dans la tripartition musicale de Boèce qui sépare la musique en musica mundana, musica humana et musica instrumentalis, la pratique de la musique fait partie de la musica instrumentalis, qui est la musique la plus éloignée du divin. Cependant, le chant appartient à la musica humana, plus proche de Dieu que la musique instrumentale. Le chant fait partie du quotidien des moines et des moniales, avec une messe et huit offices quotidiens, donnant aux chanteurs et chanteuses une importance primordiale. La cantrix ou cantora a alors un rôle de haute responsabilité, puisqu'elle est chargée de choisir les chants, assurer les répétitions et gérer la bibliothèque du monastère. C'est ce rôle d'importance qui est confié à Hildegarde de Bingen, puis, après elle, à Gertrude de Helfta, Mechtilde de Hackeborn ou encore les treize cantoras du monastère de las Huelgas.

Exclusion des femmes par la pratique polyphonique La polyphonie se développe d'abord par l'improvisation au sein des chœurs, mais petit à petit, elle s'intègre directement aux œuvres lors de la composition. Ainsi, c'est à l'église Saint-Martial-de-Limoges au , puis à l'École de Notre-Dame à Paris et à l'université de Paris qu'elle se développe au début du . Or, les compositrices, qui ont moins de possibilité d'accéder à la lecture des partitions et aux connaissances techniques grandissantes et nécessaires se voient petit à petit écartées de la musique à tradition écrite de cette époque. Dans le même temps les aristocrates compositeurs du fin'amor disparaissent et sont remplacés par les clercs musiciens. La présence de chœurs mixtes à partir du montre tout de même que les femmes peuvent chanter dans les polyphonies, tout du moins dans le domaine de la musique profane. Cependant, dans le cadre religieux, des interdictions sont prononcées, comme celle de l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud, qui interdit aux moniales de l'abbaye de Montivilliers de chanter conduits et motets ou d'interpréter des farces, montrant qu'elle pratiquaient ce genre, bien qu'on ne sache pas si les auteurs étaient des hommes ou des femmes. Le nombre de manuscrits de chants liturgiques du au montrent qu'ils contiennent entre une et sept pièces polyphoniques. Le record étant celui des moniales de la Huelgas de Burgos qui possédait cent-trente-six pièces polyphoniques et où la pratique est alors avérée. On ne garde cependant pas de traces de polyphonies écrites par des compositrices.

De la Renaissance au classique Renaissance et début de l'impression Renaissance et humanisme