La fonction de domestique des Scholes (en grec ) est une fonction militaire élevée dans l'Empire byzantin, du . À l'origine simples commandants des Scholai, la plus élevée des tagmata d'élite, ces domestiques gagnent rapidement en importance : au milieu du , ils deviennent les commandants en chef de l'armée byzantine, juste après l'empereur. La fonction est toutefois éclipsée au par celle de grand domestique, et, à la période des Paléologues, elle est réduite à une dignité de cour purement honorifique de rang intermédiaire.
Histoire
Le premier détenteur de la charge apparaît dans les sources (la Chronique de Théophane le Confesseur) à l'année 767, peu après la création des tagmata. Ces dernières sont des régiments de cavalerie d'élite basés dans ou à proximité de la capitale, Constantinople, commandés par des officiers portant le titre de domestikos, et distincts des armées thématiques, dirigées par des stratēgoi. Les Scholes, la plus élevée des tagmata, trouvent leur origine dans les Scholæ palatinæ fondées par Constantin le Grand (r. 306–337) et placées à l'origine sous l'autorité du magister officiorum. L'historien John Bagnell Bury a mis en évidence une référence à un certain Anianos, « domestique du magister » dans le Chronicon Paschale à l'année 624, qu'il considère comme le prédécesseur du domestique des Scholes. Alors que le magister officiorum se voit progressivement privé de certaines de ses attributions aux , la fonction de domestique gagne visiblement en indépendance. Le Kletorologion de 899 énumère ses postes subalternes : son second le , son secrétaire le ), son messager principal le ) et ses autres messagers les , ainsi que les autres charges moins élevées du régimentCf. « Schole palatine »..
vignette|Les troupes du domestique des Scholes Nicéphore Phocas assiégeant Alep en 962, Skylitzès de Madrid, .
Au , le domesticat () des Scholes gagne en importance, son détenteur étant souvent désigné à la tête de l'armée en l'absence de l'empereur. Ce remplacement n'est toutefois pas encore systématique : il dépend plutôt des aptitudes du domestique concerné, et il arrive que des généraux de rang inférieur remplissent ce rôle. Le domestique des Scholes atteint néanmoins une telle importance que les sources décrivent fréquemment la fonction comme « le domestique » sans autre qualification, et sa puissance et son influence font qu'elle est souvent occupée par des personnes proches de l'empereur. À partir du règne de Michel III (r. 842–867), le domestique se range dans la hiérarchie impériale au-dessus de tous les commandants militaires, à l'exception du stratēgos du thème des Anatoliques. Dans les faits, il le surpasse rapidement, comme le montre le fait que des chefs militaires comme Nicéphore Phocas et Jean Tzimiskès ont été promus de stratège des Anatoliques à domestique.
Sous Romain II (r. 959–963), la fonction est scindée entre « domestique d'Occident » () et « domestique d'Orient » () pour les opérations en Europe et en AsiePour les variantes des titres chez les auteurs byzantins, cf. .. La cérémonie d'entrée en fonction du domestique est décrite dans le De ceremoniis (II.3), ainsi que ses devoirs et son rôle lors des cérémonies de cour.
À quelques exceptions près, comme avec Jean Kourkouas qui l'occupe pendant 22 ans, ou lors des périodes d'instabilité, la fonction est renouvelée tous les 3 ou 4 ans. Au , le domesticat des Scholes est dominé par les membres de la famille Phocas, dont sont issus 6 domestiques des Scholes. Leur tentative de monopoliser la fonction conduit plusieurs empereurs, inquiets du pouvoir de l'aristocratie militaire, à confier cette charge potentiellement trop puissante à des non-militaires, y compris – en particulier durant la première moitié du , avant que l'aristocratie militaire ne réaffirme son autorité – à des eunuques, bien que ce ne soit en théorie pas permis au vu de l'existence de la fonction parallèle de stratopedarchēs.
vignette|Sceau en plomb du « grand domestique d'Occident » Alexis Comnène.
Aux , la variante « grand domestique » () apparaît par endroits, utilisée en parallèle avec d'autres variantes comme « grand domestique des Scholes » ou « grand domestique d'Orient/Occident », pour la même personneCf. . Le byzantiniste Rodolphe Guilland considère la plupart de ces références précoces soit comme un anachronisme des auteurs du , soit comme des cas où megas est employé comme préfixe honorifique, comme pour d'autres fonctions élevées à cette période, comme le drongaire de la garde ou le domestique des Excubites. Guilland avance cependant qu'à partir d'Alexis Comnène (r. 1081–1118), la fonction de « grand domestique » devient distincte, supérieure à celle de « domestique des Scholes », et dans les faits le nouveau commandant en chef de l'armée derrière l'empereur. L'usage des titres n'est toutefois pas cohérent, et la division entre Orient et Occident semble parfois s'appliquer également au grand domesticat au , provoquant ainsi une certaine confusion quant à la nature de la fonction et à sa relation avec celle de domestique des Scholes. Mais au , les deux fonctions deviennent clairement distinctes : le grand domestique est le commandant en chef et une des plus hautes fonctions de l'État, alors que le domestique des Scholes est relégué au rang d'une simple dignité sans devoirs, accordée à des gouverneurs provinciaux et à d'autres officiels de rang intermédiaire. Selon le De officiis du pseudo-Kodinos (milieu du ), le domestique des Scholes, qui exerçait autrefois des fonctions similaires à celle du grand domestique, n'en exerce plus aucune.
Dans le même ouvrage, le domestique des Scholes occupe la dans la hiérarchie impériale, entre le mystikos et le grand drongaire de la flotte. Toujours selon le même ouvrage, sa tenue de cour est constituée d'un couvre-chef brodé d'or (skiadion), d'un de soie, et d'un bâton dikanikion d'argent avec un nœud au-dessus et un autre au milieu. Pour les cérémonies et les festivités, il porte la coiffe skaranikon de soie jaune brodée d'or, avec un portrait de l'empereur sur son trône à l'avant et un autre de l'empereur à cheval à l'arrière.
Titulaires
Note : la liste ne reprend pas les personnages uniquement connus par leur sceau ou non-identifiés.