Christophe Auguin, né le à Granville (Manche), est un navigateur français, spécialiste des courses autour du monde en solitaire.

Parallèlement à son activité de professeur de technologie dans un lycée cherbourgeois, Christophe Auguin remporte la Solitaire du Figaro en 1986 et se tourne, à partir de 1989, vers la navigation autour du monde en solitaire. Avec les architectes Jean-Marie Finot et Pascal Conq, il fait construire un voilier de pour le BOC Challenge 1990-1991, qu'il remporte devant Alain Gautier. Devenu un marin connu et reconnu, il défend son titre avec succès en 1995 avant de s'engager victorieusement dans le Vendée Globe 1996-1997 dont il est le grand favori. Il est ainsi le seul marin à avoir remporté trois victoires dans des courses à la voile en solitaire autour du monde.

Désireux de courir en équipage, il lance la Route de l'Or en 1998 et essaie en vain à plusieurs reprises de monter un projet viable pour la , tour du monde en escale et en équipage. Il participe à ses dernières courses en 2001 et devient chef d'une petite entreprise, avant de vivre en Terre de Feu. Installé désormais en Uruguay, il s'est reconverti dans l'élevage de bovins et d'ovins.

Biographie Apprentissage Christophe Auguin naît à Granville, en Normandie, le 10 décembre 1959. Il est le second fils de Paul Auguin, professeur de gymnastique, et de Michèle Auguin. Il découvre la voile enfant sur le Muscadet familial entre Granville et Chausey. et court de nombreuses régates en 420.. Champion régional à , il effectue un stage à l'école nationale de voile de Quiberon, avec Philippe Poupon pour professeur, stage au cours duquel il dit avoir eu la . Remarqué par les marins normands, il participe à la 1979. Au cours de cette course, la flotte connaît une des plus violentes tempêtes jamais enregistrées dans la région – 15 marins disparaissent ; Auguin, âgé de , impressionne ses équipiers par son sang-froid et sa maîtrise du voilier dans le mauvais temps.. En 1981, Christophe Auguin termine deuxième des championnats du monde de la classe Micro, épreuve réservée aux petites unités.

Titulaire d'un BTS en fabrication mécanique, Auguin enseigne à partir de 1984 la technologie au collège public Raymond-Lecorre d'Equeurdreville-Hainneville, près de Cherbourg.. Formé aux courses du RORC., il découvre le plateau Figaro la même année. Comme de nombreux marins de sa génération, il tire son inspiration des récits de Bernard Moitessier et d'Éric Tabarly et se tourne naturellement vers la navigation en solitaire.. Pour sa troisième participation, Christophe Auguin remporte la Solitaire du Figaro en 1986 en enlevant l'ultime étape entre La Corogne et Pornic, sur Normerel.. Avec l'appui de Gérard Petipas et de Jean-Louis Monneron, président de la Fédération française de voile, cette victoire lui permet d'obtenir le soutien durable du groupe de transport français Sceta – futur Geodis – et ainsi de se consacrer uniquement à la navigation.

En 1987, il fonde l'entreprise Mer et Communication, une société de communication événementielle destinée à faire découvrir le monde de la voile aux entreprises. La même année, il participe avec le Dunkerquois Pascal Leys au championnat de Formule 40, nouvelle classe de multicoques. Ils terminent à la du classement général.. Auguin retrouve le Figaro et son Normerel – devenu Sceta – pour les Solitaires 1988 et 1989.

Trois victoires autour du monde en solitaire BOC Challenge

Après cinq participations au Figaro, Auguin donne une nouvelle orientation à sa carrière en solitaire en se consacrant à la circumnavigation.

Première victoire

En 1989, il contacte les architectes navals Jean-Marie Finot et Pascal Conq en vue de la conception d'un Open – monocoque de – pour la troisième édition du BOC Challenge, course en solitaire autour du monde en quatre étapes. Limités par un faible budget, Auguin, Finot et Conq réalisent une version allégée de deux tonnes du Générali-Concorde d'Alain Gautier en utilisant le polyester et la fibre de verre au lieu de l'aluminium. et le dotent de deux safrans au lieu d'un seul.. Groupe Sceta est construit par le chantier de Marc Pinta à La Rochelle et lancé en juillet 1990..

Le BOC, dont les favoris sont le double vainqueur Philippe Jeantot, le Sud-Africain John ou le Français Alain Gautier, part le 15 septembre 1990 de , sur la côte Est des États-Unis.. Les escales sont Le Cap en Afrique-du-Sud, Sydney en Australie et en Uruguay.

Auguin remporte la première étape et termine deuxième des deuxième et troisième étapes. Dans la deuxième étape, il entre en collision à deux reprises avec des baleines, sans gravité. En revanche, dans la troisième étape entre Sydney et Punta del Este, Groupe Sceta heurte, cette fois-ci, un growler qui endommage sa coque et son skipper manque d'être emporté par une vague, le blessant sérieusement.. Longtemps aux prises avec Gautier pour la victoire finale, Christophe Auguin fait la différence en s'adjugeant la quatrième et dernière étape., notamment grâce à une nouvelle grand-voile et de meilleurs choix météo.. En , , et , Christophe Auguin et Groupe Sceta établissent le nouveau record de l'épreuve.

Après cette nouvelle victoire en solitaire, il participe à plusieurs régates, parfois en tant qu'équipier comme lors des championnats de monde de match-racing 1991 ou la Mini-Fastnet 1993 avec Pascal Leys., et remporte le Trophée Clairefontaine en 1992. et le championnat de France de X99 en 1993.. En 1991, il fonde avec Isabelle Autissier, Alain Gautier, Yves Parlier et Jean-Luc Van Den Heede l'association IMOCA., chargée de coordonner l'action de tous les acteurs de la course au large en monocoque : navigateurs, organisateurs de courses, architectes, constructeurs, etc.

Une « nouvelle bombe »

thumb|upright|left|alt=voilier amarré dans une marina|Le 60 pieds construit par Auguin en 1994 a successivement porté le nom de Sceta-Calberson (1994-1996), Geodis (1996-2000), Voila.fr (Bernard Gallay – 2000-2004), UUDS (Hervé Laurent – 2004-2006) et Adriana Karembeu Paris (Philippe Fiston – 2006). Son grand projet est de participer à la , course autour du monde en équipage. Pour cela, il rachète l' du skipper finlandais Ludde Ingvall, un voilier de , de la précédente .. Auguin réunit 60 % des de francs nécessaires mais ne parvient pas à rassembler l'intégralité de la somme, malgré le soutien de Sceta-Calberson. Le Granvillais — désormais résident à Pleudihen-sur-Rance — se prépare alors pour un nouveau BOC Challenge, dont le départ a lieu en septembre 1994. Dans ce sens, Sceta-Calberson lui fournit un budget de deux millions de francs par an sur quatre ans.

Il vend Groupe Sceta à l'Aquitain Yves Parlier et, avec le duo Finot-Conq, il met au point pendant deux ans. un nouveau en carbone et en nomex afin de gagner en légèreté tout en permettant de porter 15 % de voile en plus par rapport à Groupe Sceta.. Alors que le déplacement officiel annoncé est de , le nouveau Sceta-Calberson ne pèse en réalité que .. Les pilotes automatiques Autohelm sont contrôlés depuis la table à cartes par un joystick.. La construction est confiée au chantier cherbourgeois JMV Industries, qui lance Sceta-Calberson en juin 1994..

Avec sa carène radicale, sa légèreté et ses équipements, le sloop est considéré par la presse française — le magazine Bateaux titre « La nouvelle bombe d'Auguin » — et internationale. comme le monocoque océanique le plus performant de sa génération, avec un potentiel supérieur de 3 à 6 % sur ses concurrents.. Auguin estime que Sceta-Calberson lui permet de parcourir aux allures portantes — les plus fréquentes sur un tour du monde d'ouest en est — 20 à de plus quotidiennement que les autres voiliers engagés dans le BOC.

Le doublé Christophe Auguin prépare son second BOC plus intensément que le premier ; il a notamment recours aux conseils du météorologue et routeur Jean-Yves Bernot.. Alors qu'il connaît encore peu son bateau, Auguin surprend en décidant de prendre trois semaines de vacances dans l'Idaho, ne rentrant que quelques jours avant le départ du BOC Challenge, le 18 septembre 1994. Le départ et l'arrivée sont désormais fixés à Charleston, sur la côte Est des États-Unis, mais les escales restent Le Cap, Sydney et Punta del Este.

Lors de la première étape, connaissant mal son voilier., Christophe Auguin se fait surprendre par les choix météo judicieux d'Isabelle Autissier et arrive troisième au Cap avec plus de six jours de retard sur la navigatrice française... Privé d'électronique jusqu'au Cap., il a dû barrer plus de vingt heures par jour dans les dernières semaines.. Dans la deuxième étape, il prend la pleine mesure de la puissance de son , battant le record de la distance parcourue en solitaire en avec 349,7 puis franchis entre le 13 et le 14 décembre.. Malgré de fortes tempêtes qui le font chavirer à deux reprises., il rallie Sydney en vainqueur en moins de , battant le record de l'étape de plus d'une journée.. Dans la troisième étape, il perd son radar dans une zone où des icebergs ont été vus et met le cap plein nord, vers une route plus sûre, . Le 20 février 1995, Auguin double le premier le cap Horn, avec d'avance sur Jean-Luc Van Den Heede.. Il arrive à Punta del Este une semaine plus tard, battant le record de l'étape de trente-cinq heures..

Vainqueur de trois étapes sur quatre, il est accueilli triomphalement à Charleston le 27 avril 1995, après un tour du monde en , , et , marqué par la disparition en mer du Britannique Harry Mitchell lors de la troisième étape.. Il devance son dauphin Steve Pettengill de près de sept jours. Pour cette nouvelle victoire sur le BOC, Auguin est récompensé par le trophée « Aile noire » de l'Union nationale pour la course au large. et est nommé parmi les marins de l'année ISAF.. Nouvelle preuve que son Sceta-Calberson est l'un des monocoques les plus rapides, il bat le record de la distance parcourue en monocoque en équipage, franchissant sur le retour des États-Unis entre le 13 et le 14 juin 1995, soit une moyenne de ..

Vendée Globe

Préparation

Dès son arrivée victorieuse à Charleston, Christophe Auguin annonce sa participation au Vendée Globe 1996-1997, autre course autour du monde en solitaire mais sans escale ni assistance. À la différence du BOC, qu'Auguin affectionne particulièrement, le marin n'aime pas le Vendée Globe. et a longtemps refusé de le courir. Cette course lui fait peur, en raison du double isolement extrême qu'elle induit : l'isolement géographique qui peut résulter d'une dispersion de la flotte, là où les escales du BOC la conservent relativement groupée, et l'isolement psychologique dû aux trois mois passés absolument seul..