Le ghetto et camp de concentration de Theresienstadt est un ghetto et un camp de concentration nazi où ont été détenus des prisonniers juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Créé par les Schutzstaffel (organisation SS) en , il se trouve dans la ville-forteresse de Terezín, sur le territoire du protectorat de Bohême-Moravie, État satellite occupé par le Troisième Reich sur les restes de l'ancienne Tchécoslovaquie. Le ghetto de Theresienstadt présente une double fonction : il est à la fois une étape avant la déportation vers les camps d'extermination et une « colonie de retraités » pour les Juifs âgés et célèbres, afin de dissimuler à leurs communautés l'existence de la Solution finale. Les conditions de vie y sont conçues, à dessein, pour accélérer la mort des prisonniers et le ghetto joue aussi un rôle dans la propagande. Contrairement aux autres ghettos, l'exploitation du travail forcé ne produit guère d’effets économiques.
Le ghetto est fondé en avec la déportation de Juifs tchèques. Les premiers juifs allemands et autrichiens y arrivent en , suivis de juifs hollandais et danois début 1943 et, au cours des derniers mois de la guerre, le ghetto rassemble des prisonniers de nationalités très diverses. Plus de y sont détenus, pendant des mois ou des années, avant d'être convoyés vers des camps ou des centres d'extermination ; le rôle du Conseil juif () pour choisir les gens promis à la déportation a soulevé d'importantes controverses. Environ sont mortes à Theresienstadt, principalement du fait de la malnutrition et des maladies. En comptant qui ont survécu, il y eut du ghetto.
Theresienstadt acquiert la renommée de posséder une vie culturelle relativement riche, avec des concerts, des conférences et une instruction clandestine pour les jeunes. Ces activités culturelles sont favorisées sous le gouvernement d'une administration autonome juive et la présence de nombreux prisonniers « éminents ». L'héritage spirituel de Theresienstadt intéresse les experts et la vie du ghetto fait l'objet de recensions. Après-guerre, quelques-uns des criminels SS et des gardes tchèques sont traduits en justice, puis le ghetto est globalement oublié par les autorités soviétiques. Chaque année, visitent le musée du ghetto à Terezín.
Contexte
vignette|Village de Theresienstadt par Fritz Fabian, 1926. La ville-forteresse de Theresienstadt (en tchèque : ) se trouve dans le Nord-Ouest de la région de Bohême, sur la rive opposée à Leitmeritz (tchèque : Litoměřice) et à environ au Nord de Prague. Elle est fondée le sur ordre du monarque Habsbourg Joseph II et appelée Theresienstadt, en l'honneur de sa mère Marie-Thérèse d'Autriche. Theresienstadt sert de base militaire sous l'empire austro-hongrois puis sous la première république tchécoslovaque après 1918 ; la « Petite Forteresse » (Kleine Festung Theresienstadt) près de la rivière sert de prison.
Après les accords de Munich en , le Troisième Reich annexe la région des Sudètes, territoire germanophone de la Tchécoslovaquie. Bien que Leitmeritz soit cédée aux Allemands, Theresienstadt demeure propriété de l'État croupion tchécoslovaque, jusqu'à l'invasion des nazis sur les terres tchèques le . En 1940, la Petite Forteresse devient une prison de la Gestapo et la ville-forteresse, une base militaire de la Wehrmacht, où vivent environ et (principalement employés par l'armée) jusqu'en 1941. vignette|Plan de Theresienstadt avec sa Petite forteresse. En , le Bureau principal de la Sécurité du Reich (RSHA) prépare la déportation de Juifs issus d'Allemagne, d'Autriche et du protectorat vers les ghettos en Europe de l'Est sous domination nazie ; au cours d'une réunion préparatoire, les responsables décident de convertir Theresienstadt en camp de transit pour les Juifs tchèques. Parmi les membres présents à cette réunion figurent Adolf Eichmann, chef des Affaires juives du RSHA, et Hans Günther, directeur de l'Office central pour l'émigration juive à Prague. Reinhard Heydrich, chef du RSHA, donne son accord pour qu'un ghetto soit implanté à Theresienstadt.
Lors de la conférence de Wannsee le , Heydrich annonce que Theresienstadt servira à héberger les Juifs âgés d'au moins ainsi que ceux qui, pendant la Première Guerre mondiale, ont subi de graves blessures au combat du côté des Empires centraux ou qui ont obtenu des décorations militaires comme la Croix de fer de première classe ou d'un mérite supérieur. Selon toute vraisemblance, ces Juifs ne pourraient être affectés à des travaux forcés et, par conséquent, Theresienstadt allait servir à dissimuler la nature réelle des déportations vers l'Est. Par la suite, Theresienstadt héberge des personnalités célèbres dont la disparition dans un camp d'extermination risquerait d'attirer l'attention internationale. Pour inspirer aux victimes un faux sentiment de sécurité, les SS présentent Theresienstadt comme une ville d'eaux où les Juifs peuvent prendre leur retraite et ils les encouragent à signer de faux contrats d'achat de maison, à verser des « cautions » pour régler le gite et le couvert et à abandonner leurs polices d'assurance-vie ainsi que d'autres actifs patrimoniaux.
Histoire 1941 vignette|Plan du ghetto. Le , le premier convoi de déportés arrive à la caserne des Sudeten de Theresienstadt : ce sont 342 jeunes hommes juifs chargés de préparer la ville pour héberger des milliers d'autres juifs à partir du . Un autre convoi de est déposé le , où figurent et les membres originels du Conseil des Anciens. Les victimes déportées doivent abandonner tous leurs biens sauf de bagages, qu'elles doivent transporter avec elles depuis la gare de Bauschowitz (Bohušovice), sur de distance ; ce trajet épuise les personnes âgées et malades, dont beaucoup meurent en voyage. Après leur arrivée, les prisonniers sont envoyés au (au bâtiment de l'écluse), où ils sont recensés et où leurs effets personnels leur sont retirés.
Les convois du et du , qui comprennent principalement des artisans, des ingénieurs et d'autres travailleurs juifs qualifiés avec des sympathies sionistes, sont surnommés l et leurs membres sont protégés contre la déportation jusqu'en . Les membres de l recourent à des méthodes inventives pour améliorer les infrastructures du ghetto et le préparer pour héberger, en moyenne, au cours de son existence. Ce projet de construction est financé avec les avoirs financiers volés aux Juifs. Quand le premier convoi arrive, il n'existe qu'une seule cuve pour faire du café, avec une capacité de . L'année suivante, les bouilloires permettent de fabriquer de succédané de café en deux heures. Au cours des premiers mois, les installations de plomberie deviennent souvent hors service à cause de leur capacité insuffisante. Afin d'améliorer les réserves d'eau potable et de permettre à chacun de se laver tous les jours, les ouvriers creusent des puits et restructurent la tuyauterie. Les Allemands procurent les matériaux nécessaires aux travaux, principalement dans l'objectif de réduire la recrudescence de maladies contagieuses qui contamineraient l'extérieur du ghetto, mais ce sont des ingénieurs juifs qui dirigent les projets.
Les Juifs vivent dans les onze baraquements de la forteresse, tandis que des civils continuent d'habiter dans les de la ville. La ségrégation entre ces deux groupes est appliquée avec sévérité : les Juifs qui quittent leurs baraquements subissent des châtiments rigoureux. À la fin de l'année, ont été déportées au ghetto, dont viennent de Brno et les autres de Prague.
1942 vignette|Arrivée de déportés au ghetto, gouache peinte à Theresienstadt, entre 1942 et 1944. Le premier convoi de déportés quitte Theresienstadt le pour le ghetto de Riga. C'est l'unique train dont les déportés connaissent la destination ; les convois suivants partent « vers l'Est ». Le lendemain, les SS pendent publiquement neuf hommes qui ont acheminé clandestinement des lettres hors du ghetto ; ces meurtres inspirent l'indignation et l'inquiétude chez de nombreuses personnes. Les premières déportations sont principalement composées de victimes valides. Si, dans une famille, une personne est désignée pour la déportation, il est courant que ses proches se portent volontaires pour l'accompagner, mouvement qui est interprété comme un exemple de solidarité familiale ou de conduite sociale normale.
À partir de , les SS internent à Theresienstadt des personnalités juives âgées et « éminentes » issues du Reich. Pour les loger, les Tchèques non-juifs qui vivent encore à Theresienstadt sont expulsés et la ville devient fermée à la fin du mois de juin. En mai, l'administration autonome réduit les rations réservées aux anciens, afin d'en accorder une part plus importante aux gens astreints aux travaux pénibles, stratégie qui s'inscrit dans l'espoir de sauver autant d'enfants et de jeunes que possible et de leur offrir la possibilité d'émigrer en Palestine après la guerre.
vignette|droite|Dessin de funérailles par le prisonnier Bedřich Fritta. En 1942, sont arrivés à Theresienstadt et la population du ghetto s'élève à le . Le taux de mortalité connaît lui aussi une forte hausse ce même mois avec . Les corps restent sans sépulture pendant des jours et les fossoyeurs portant les cercueils dans les rues deviennent une vision familière. Pour diminuer cette surpopulation, les nazis déportent , surtout âgées, par neuf convois à l'automne 1942. La plupart des victimes déportées de Theresienstadt en 1942 sont tuées immédiatement, soit dans les camps de la mort de l'Aktion Reinhard, soit dans des lieux d'exécutions massive aux pays baltes et en Biélorussie, comme à Kalevi-Liiva et Maly Trostenets. Plusieurs convois ne comptent aucun survivant connu. Les Allemands choisissent quelques jeunes gens solides pour les livrer au travail forcé. Au total, en 1942, , principalement des Juifs tchèques, sont déportées depuis Theresienstadt ; seuls sont recensés.
1943 vignette|gauche|Les Enfants de Białystok, dessin du prisonnier à Theresienstadt. En janvier, plusieurs milliers de victimes sont déportées vers Auschwitz. Le même mois, les dirigeants des communautés juives de Berlin et Vienne arrivent à Theresienstadt et le gouvernement du ghetto est remanié pour inclure Paul Eppstein, sioniste allemand, et Benjamin Murmelstein, rabbin autrichien. Edelstein est contraint d'agir comme suppléant d'Eppstein. Début février, Ernst Kaltenbrunner, chef du RSHA, propose de déporter encore âgés. Heinrich Himmler refuse car il est de plus en plus essentiel que Theresienstadt serve de paravent pour dissimuler la vraie nature de la Shoah, dont les Alliés occidentaux entendent parler. Plus aucun convoi ne quitte Theresienstadt jusqu'à la déportation de vers le camp familial de Theresienstadt à Auschwitz en septembre.
En outre, les autorités accordent aux détenus quelques petites libertés supplémentaires, comme envoyer du courrier et recevoir des colis alimentaires. Le , issus du ghetto de Białystok, en Pologne, arrivent à Theresienstadt. Ils refusent de passer à la désinfection de crainte que les douches ne soient des chambres à gaz. Cet incident fait partie des rares indices permettant de soupçonner ce qui attend les gens déportés depuis Theresienstadt. Les enfants font l'objet d'un isolement rigoureux pendant six semaines avant d'être déportés vers Auschwitz ; aucun n'a survécu. Le , Edelstein est arrêté en même temps que d'autres membres de l'administration du ghetto car ils sont accusés d'avoir couvert l'évasion de 55 prisonniers. Deux jours plus tard, le commandant Anton Burger ordonne de mener un recensement dans l'ensemble du ghetto, où vivent environ à l'époque. Tous les détenus, quel que soit leur âge, doivent rester debout en extérieur par un temps glacial de à du matin ; cette opération provoque la mort par épuisement de . , dont Edelstein et les autres dirigeants arrêtés, sont convoyés au « camp familial » à Auschwitz les 15 et .