vignette|Arrivée du tsunami du 26 décembre 2004 à Ao Nang, en Thaïlande. vignette|Temps de parcours estimé de l'onde du tsunami induit par le tremblement de terre de Sendai du .

Un tsunami (en japonais , « vague du port ») est une série d'ondes de très grandes période et longueur d'onde se propageant à travers un milieu aquatique (océan, mer ou lacKatrina Kremer, Guy Simpson, Stéphanie Girardclos, Giant Lake Geneva tsunami in AD 563, Nature Geoscience 5, (2012), doi:10.1038/ngeo1618. Publié en ligne le 28 octobre 2012. Voir Tsunami dans le Lac Léman en l'an 563, Université de Genève, Sciences, Actualités 2012 ; et Ancient tsunami devastated Lake Geneva shoreline, Jessica Marshall, Nature, 28 Octobre 2012), issues du brusque mouvement d'un grand volume d'eau, provoqué généralement par un séisme, un glissement de terrain sous-marin ou une explosion volcanique, et pouvant se transformer, en atteignant les côtes, en vagues destructrices déferlantes de très grande hauteurBrochure en français de l'UNESCO/NOAAA.

En eau profonde, les vagues du tsunami ont une période (temps séparant chaque crête) se comptant en dizaines de minutes, et peuvent voyager à plus de , tout en ne dépassant pas quelques décimètres de hauteur. Mais à l'approche des côtes, leur période et leur vitesse diminuent, tandis que leur amplitude augmente, leur hauteur pouvant dépasser . Elles peuvent alors submerger le rivage, inondant les terrains bas, pénétrant profondément dans les terres, en emportant tout sur leur passage, dans une succession de flux et de reflux.

Les tsunamis font partie des catastrophes les plus destructrices de l'histoire. Sur les quatre derniers millénaires, ils totalisent plus de , à travers au moins répertoriés. Le tsunami de 2004 dans l'océan Indien est la catastrophe la plus meurtrière des années, avec plus de .

En français, le terme de était précédemment couramment employé pour désigner les tsunamis. C'est toutefois un terme imprécis, car il regroupe sous la même appellation les tsunamis et d'autres phénomènes de submersion marine. Les scientifiques ont donc officialisé en 1963 le terme « tsunami »Définitions, sur le site tsunamis.fr du BRGM, sujet de cet article.

Étymologie Tsunami thumb|. Gravure sur bois polychrome par Katsushika Hokusai (vers 1831), Trente-six vues du mont Fuji.

Le terme est un mot japonais composé de , « port », « gué », et de , « vague(s) » ; il signifie littéralement « vague portuaire » ou « vague de port ». Elle serait nommée ainsi par les pêcheurs qui, n'ayant rien perçu d'anormal au large, retrouvaient leur ville portuaire ravagée. Le mot intraduisible a été employé en anglais pour la première fois en 1896, au mois de décembre, par la géographe américaine Eliza Ruhamah Scidmore qui, à la suite d'un voyage au Japon, décrit dans National Geographic Society le qui se produit le . Il est francisé depuis 1914 par les géographes et journalistes, il prend donc un s au pluriel (des tsunamis). L'emploi véritablement popularisé et médiatisé de ce premier terme scientifique ou à usage restreint date du séisme du 26 décembre 2004 dans l'océan Indien.

Bien que souvent utilisée en illustration des tsunamis, La Grande Vague de Kanagawa ne représente pas un tsunami mais une vague scélérateCartwright, J.H.E. and Nakamura, H. (2009). What kind of a wave is Hokusai's great wave off Kanagawa? Notes Rec. R. Soc., 63, 119-135..

Raz-de-marée Dans le composé raz-de-marée, le terme raz (ou ras) désigne un courant rapide. C'est un mot d'origine norroise rásSite du cnrtl : étymologie de raz qui aurait été importé lors de l'établissement de populations anglo-scandinaves en Normandie. Il est attesté en français pour la première fois chez Jean Froissart, à la fin du au sens de « courant marin violent, qui se fait sentir dans un passage étroit »ibidem.. Cependant, son attestation dans la toponymie normande est plus ancienne, ainsi le raz de Barfleur est-il mentionné sous la forme Ras de Catte en 1120 et Cataras en 1149Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie, OREP éditions 2009, .. Le mot anglais race « course » partage la même étymologie et avait autrefois également le sens du mot françaisT. F. Hoad, English Etymology, Oxford University Press, 1993 , .. Il a servi à qualifier différents endroits, outre celui cité plus haut, comme le raz Blanchard, le Gros-du-Raz, le Raz-de-Bannes ou le raz de la Percée en Normandie, ainsi que la pointe du Raz en Bretagne (breton Beg-ar-Raz) ou le raz de Sein, où le terme normand a été adopté probablement par les marins.

L'utilisation du terme marée, un phénomène provoqué par l'attraction de la Lune et du Soleil, est trompeur car le « raz-de-marée » est provoqué par des événements d'origine terrestre uniquement. L'association avec les marées est en fait une référence à son apparence, comme une hausse extrêmement rapide du niveau de la mer, plutôt que comme une vague sismique géante.

Il peut donc être parfois confondu avec une onde de tempête ou surcote. Cette dernière est due à l'effet des vents associés à la dépression d'une tempête. Par exemple, le passage d'un cyclone tropical élève le niveau de l'eau d'un à plusieurs mètres et provoque des inondations similaires au raz-de marée comme avec l'ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans.

Certaines baies ou certains ports ayant une configuration particulière peuvent aussi réagir au passage d'une onde créée par une « marche barométrique » : cette onde, ou météotsunami (rissaga en catalan) entraîne des phénomènes de résonance dans certains ports, qui vont alors se vider ou se remplir rapidement du fait de l'oscillation de résonance, phénomène assez fréquent en mer Méditerranée (Baléares, mer Adriatique) et qui peut entraîner des dégâts.

Alors que le terme tsunami est popularisé dans la littérature scientifique à la suite du et du séisme de 1960 au Chili, les scientifiques des années 1950-1960 ne se contentent plus de décrire ce phénomène mais recherchent leurs causes. La communauté scientifique s'accorde alors pour désigner les débordements de mer par tsunami lorsque la cause est géologique (séisme, éruption volcanique, instabilités gravitaires, glissements de terrain), raz-de-marée lorsque l'origine est météorologique (tempêtes, accidents atmosphériques majeurs)Cécile Dehesdin, Quelle est la différence entre un tsunami et un raz-de-marée ?, Slate.fr, 24 mars 2011.

Cependant les médias entretiennent la confusion entre ces deux termesEmploi du mot « tsunami » et « raz-de-marée » dans les livres en français entre 1930 et 2008, d'après Google Ngrams et font l'association fausse des raz-de-marée avec les marées (le terme raz-de-marée étant passé par ailleurs dans la langue courante en 1915Dictionnaire Robert), mêlant même la cause et l'effet dans le terme météotsunami. Ces confusions et imprécisions poussent les scientifiques à abandonner le terme de raz-de-marée et officialiser le terme tsunami lors d'une conférence internationale en 1963.

Description

Génération thumb|Fig. 1 - Vie d'un tsunami : création par un séisme, propagation et déferlement sur les côtes. Un tsunami est créé lorsqu'une grande masse d'eau est déplacée. Cela peut être le cas lors d'un séisme important, d'une magnitude de 6,3 (valeur « seuil » d'après les catalogues de tsunamis disponibles : NOA, catalogue de Novossibirsk) ou plus, lorsque le niveau du plancher océanique le long d'une faille s'abaisse ou s'élève brutalement (voir Fig. 1), lors d'un glissement de terrain côtier ou sous-marin, lors d'un impact par un astéroïde ou une comète ou encore lors d'un retournement d'iceberg. Un fort séisme ne produit pas nécessairement un tsunami : tout dépend de la manière (vitesse, surface, etc.) avec laquelle la topographie sous-marine (bathymétrie) évolue aux alentours de la faille et transmet la déformation à la colonne d'eau au-dessus.

Propagation Les mouvements de l'eau provoquent un mouvement de grande longueur d'onde (généralement quelques centaines de kilomètres) et de grande période (quelques minutes dans le cas d'un glissement de terrain à quelques dizaines de minutes dans le cas d'un séisme).

Certains tsunamis sont capables de se propager sur des distances de plusieurs milliers de kilomètres et d'atteindre l'ensemble des côtes d'un océan en moins d'une journée. Ces tsunamis de grande étendue sont généralement d'origine tectonique, car les glissements de terrain et les explosions volcaniques produisent généralement des ondes de plus courte longueur d'onde qui se dissipent rapidement : on parlera de dispersion des ondes.

Effets vignette|Vue aérienne des dégâts à Sendai, lors du tsunami de 2011. Ce n'est pas principalement la hauteur du tsunami qui fait sa force destructrice, mais la durée de l'élévation du niveau de l'eau et la quantité d'eau déplacée à son passage : si des vagues de plusieurs mètres de hauteur, voire d'une dizaine de mètres, sont légion sur les côtes de l'océan Pacifique, elles ne transportent pas assez d'énergie pour pénétrer profondément à l'intérieur des terres. On peut voir le phénomène sous un autre angle : une vague classique, d'une période d'au plus une minute, n'élève pas le niveau de l'eau suffisamment longtemps pour qu'elle pénètre profondément, tandis que le niveau des eaux s'élève au-dessus de son niveau normal pendant 5 à 30 minutes lors du passage d'un tsunami.

La force destructrice provient de l'énergie considérable qu'il véhicule : contrairement à la houle ou aux vagues classiques qui sont des phénomènes de surface et de faible longueur, le tsunami touche l'océan sur toute sa profondeur et sur une longueur d'onde bien plus importante. L'énergie dépendant de la vitesse et de la masse, celle-ci est considérable, même pour une faible élévation de surface au large près de l'épicentre. C'est cette énergie qui est révélée par l'élévation de la vague à l'approche des côtes. D'où son impact sur le littoral.

Pertes humaines Les victimes emportées par un tsunami peuvent recevoir divers chocs par les objets charriés (morceaux d'habitations détruites, bateaux, voitures, arbres) ou être projetées violemment contre des objets terrestres (mobilier urbain, arbres) : ces coups peuvent être mortels ou provoquer une perte de conscience et de facultés, pertes menant à la noyade. Certaines victimes peuvent aussi être piégées sous les décombres d'habitations. Enfin, le reflux du tsunami est capable d'emmener des personnes au large, où elles dérivent et, sans secours, meurent de noyade, d'épuisement ou de soif.

Dans les jours et les semaines suivant l'événement, le bilan peut s'alourdir, en particulier dans les pays pauvres. Mais de temps à autre des victimes survivent et restent des jours, des semaines voire des mois sous les décombres. L'après-tsunami peut être plus mortel que la vague elle-même. Les maladies liées à la putréfaction de cadavres, à la contamination de l'eau potable et à la péremption des aliments sont susceptibles de faire leur apparition. La faim peut survenir en cas de destruction des récoltes et des stocks alimentaires.

Dégâts thumb|Train renversé par le tsunami du 26 décembre 2004 au Sri Lanka.

Les tsunamis sont susceptibles de détruire habitations, infrastructures et flore en raison : du fort courant qui emporte les structures peu ancrées dans le sol (voir la photo ci-contre) ; de l'inondation qui fragilise les fondations des habitations, parfois déjà atteintes par le tremblement de terre précédant le tsunami ; de dégradations dues aux chocs d'objets charriés à grande vitesse par la crue ;