La statue d’Athéna Parthénos () est une sculpture monumentale chryséléphantine (faite d'or et d'ivoire) de la déesse grecque Athéna. Attribuée à Phidias, elle était une offrande de la cité d'Athènes à sa déesse tutélaire. Une salle du Parthénon, sur l'acropole d'Athènes, fut conçue exclusivement dans le but de l'accueillir.

De nombreux artistes et artisans travaillèrent à la réalisation du mannequin, probablement en cyprès, puis à la mise en place des plaques d'or et d'ivoire. Haute d'environ , la statue reprenait des canons esthétiques anciens (péplos ou coiffure) et proposait des innovations (position des jambes). Elle était casquée et tenait un grand bouclier rond et une lance, posés au sol à sa gauche, à côté de son serpent sacré. Vêtements, bijoux, accessoires et même base de la statue étaient décorés, principalement avec le motif du serpent et de la gorgone. Le bouclier portait à l'intérieur une gigantomachie et sur l'extérieur le décor le mieux connu et le plus reproduit, une amazonomachie.

La statue disparut à un moment mal déterminé du premier millénaire. Plusieurs répliques et œuvres s'inspirent de l'originale.

Parthénon et statue d'Athéna vignette|gauche|upright=1.5|alt=Plan numéroté du Parthénon|Plan du Parthénon :1) Pronaos (côté est)2) Naos hécatompédos néos (côté est)3) Statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos4) Parthénon (salle des vierges, trésor) (côté ouest)5) Opisthodome (côté ouest)

En 480 , les Perses saccagèrent l'Acropole d'Athènes dont un « pré-Parthénon » alors en construction. Après leurs victoires de Salamine et Platées, les Athéniens auraient juré de ne pas achever les temples détruits mais de les laisser tels quels, en souvenir de la « barbarie » perse. La puissance d'Athènes grandit ensuite peu à peu, principalement au sein de la ligue de Délos qu'elle contrôlait de façon de plus en plus hégémonique. D'ailleurs, en 454 , le trésor de la ligue fut transféré de Délos à Athènes. Un vaste programme de constructions célébrant la gloire de la cité fut alors lancé, financé par ce trésor ; parmi celles-ci, le Parthénon. Ce bâtiment nouveau n'était pas prévu pour devenir un temple, mais un trésor destiné à accueillir la colossale statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos. Il est même probable que le projet de statue a précédé le projet du bâtiment. Celle-ci était une offrande de la cité à la déesse, mais pas une statue de culte : il n'existait pas de prêtre ou de prêtresse d'Athéna Parthénos.

Le Parthénon fut érigé entre 447 et 438 . Le maître d'œuvre du chantier fut Phidias et les architectes du bâtiment furent Ictinos et Callicratès. Le bâtiment était octostyle (huit colonnes en façade et dix-sept sur les côtés du péristyle) et mesurait de large pour de long. Le sékos (partie fermée entourée du péristyle) fut divisé en deux salles. La petite à l'ouest, le « Parthénon » proprement dit (la « salle des vierges »), abritait le trésor de la ligue de Délos et des offrandes. À l'est, l'« hécatompédos néosLe « sanctuaire de cent pieds » (néôs étant la forme attique de naos) de long par référence à l'ancien temple d'Athéna qui faisait cette taille. » accueillait la statue d'Athéna Parthénos. La salle avait une longueur de , soit autour de cent pieds athéniens, sur , avec une hauteur sous plafond de .

Les sources antiques principales sur l'œuvre sont Pline l'Ancien au de notre ère et Pausanias au siècle suivant.

C'est d'ailleurs Pausanias qui est à l'origine du nom qu'on lui connaît actuellement avec l'adjectif « Parthénos ». Les sources précédentes évoquaient plutôt « la statue », « la statue d'Athéna », « la statue en or d'Athéna » ou « la statue en ivoire d'Athéna » voire simplement « l'Athéna », signe qu'elle était suffisamment célèbre pour qu'il y ait à peine besoin de préciser. Cependant, « Parthénos » était une des épiclèses de la déesse depuis la fin du au moins.

Réalisation alt=Inscription grecque sur bloc de marbre blanc|thumb|left|Fragment des comptes relatifs à la réalisation de la statue d'Athéna Parthénos. Musée de l'Acropole d'Athènes. Selon Pausanias et PlutarqueDans sa Vie de Périclès, Plutarque précise cependant que le nom de Phidias est gravé sur la base de la statue., la statue n'est pas du seul Phidias mais d'une équipe d'artisans représentant plusieurs corps de métiers, Phidias supervisant quant à lui l'ensemble des travaux de décoration du Parthénon.. L'emplacement de l'atelier où la statue fut réalisée est inconnu. Il aurait pu se trouver sur l'acropole, à l'extrémité est, sous ce qui a longtemps été ensuite l'ancien musée. Cependant, étant donné le coût des matériaux précieux (or et ivoire), il aurait aussi pu être installé ailleurs, au pied du rocher sacré, loin des allées et venues du chantier principal et de sa poussière.

Il est très probable que la statue a été réalisée en « pièces détachées », peut-être montée une première fois dans l'atelier, puis démontée, déplacée vers le Parthénon, après l'achèvement de celui-ci et installée à sa place définitive. Les comptes qui subsistent permettent d'évaluer le coût de l'œuvre à , soit l'équivalent de 200 trières (la base de la puissance navale de la cité). La statue était cependant considérée comme une réserve financière ultime, l'or la décorant pouvant être fondu si nécessaire. Selon les divers auteurs antiquesThucydide et Plutarque écrivent 40 talents, Éphore de Cumes repris par Diodore de Sicile disent plutôt 50 talents et Philochore est très précis avec 44 talents. ., le poids d'or utilisé aurait été entre 40 et 50 talents, soit entre d’or. À titre de comparaison, le tribut annuel des « alliés » de la Ligue de Délos s'élevait à l'époque à 28 talents. Dans un autre ordre d'idées, cet or aurait représenté pour la cité d'Athènes plus d'un an de salaire de , plus d'un an de solde pour ou de la flotte de guerre. La quantité et le coût de l'ivoire sont plus difficiles à déterminer. Il en fallut pour le visage, les bras et les pieds de la statue, ainsi que pour la tête de la gorgone sur la poitrine de la déesse. Il est moins certain que de l'ivoire ait pu être utilisé pour les écailles du serpent. Sur une inscription de 440-439 est enregistré l'achat d'une quantité inconnue d'ivoire d'éléphant pour la somme de 24 talents et d'argent. Il est cependant difficile de savoir s'il s'agissait de l'intégralité du matériau nécessaire.

La statue était montée sur une armature en bois imputrescible, probablement du cyprès. Un décret des Athéniens remercie le peuple des Étéocarpathiens de leur avoir fourni du bois de cyprès de grande dimension. Ce bois provenait d'une forêt consacrée à Apollon et donc ne pouvait être exploité que dans un but religieux. Dans le sol du Parthénon se voit encore le trou ( sur et de profondeur) où venait se planter la poutre centrale. Autour de ce « mât », toute une armature dans le même bois de cyprès donnait forme à la statue. La cité disposait de la technique et des artisans capables de ce travail avec ses très nombreux charpentiers de marine. Sur cette armature étaient fixées, probablement clouées, des plaques d'or. Il n'est pas possible de savoir si elles avaient été fondues (et les moules conservés, peut-être en cas de réfection) ou martelées (technique du sphyrélaton). Le travail de l'ivoire était beaucoup plus difficile, même si la statue d'Athéna Parthénos n'était pas la première statue grecque à employer ce matériau importé. Oppien de Corycos donne de précieuses indications sur les techniques utilisées. Les surfaces nécessaires (visage, bras et pieds) dépassaient de beaucoup la taille des défenses d'éléphant. Cependant, celles-ci sont constituées de fines couches d'ivoire superposées qu'il est possible de « dérouler comme un rouleau de papyrus ». Le problème suivant était de donner forme à ces longues lames. C'était le travail de spécialistes capables d'amollirLes auteurs antiques proposent diverses techniques. Pausanias évoque la chaleur. Plutarque parle de faire tremper dans la bière. Dioscoride suggère de faire bouillir pendant six heures dans une décoction de mandragore. Au , Théophilus, dans son Lumen Animae fait la liste de cinq techniques différentes : faire bouillir dans le vin, tremper dans l'huile, enrober dans de la peau, chauffer et enfin tremper dans le vinaigre. Des expériences récentes ont montré que la technique de faire tremper dans du vinaigre fonctionne. . le matériau puis de le mouler. Les plaques d'ivoire ainsi créées avaient la souplesse des plaques de cire utilisées pour le moulage des statues de bronze, technique que Phidias maîtrisait à la perfection. Si les plaques d'or étaient probablement directement clouées sur l'armature, l'ivoire plus fragile fut certainement fixé plus délicatement à l'aide de chevilles ou collé à l'aide de glu à base de poissonC'était le cas pour les portes du temple d'Asclépias à Égine pour lequel les comptes ont été conservés. .. Les jointures entre plaques d'ivoire ont très certainement été masquées dans les ombres portées et par les bijoux (bracelets et collier). L'ivoire devait ensuite être poli, le plus souvent à l'aide de peaux de squatines (type de requin). Enfin, l'ivoire était peint : la déesse était « maquillée » avec du rouge sur les joues et les lèvres ainsi que sur les ongles. Il est aussi très peu probable que l'or ait été laissé tel quel : il devait être incrusté de pierres précieuses et semi-précieuses qui reflétaient encore plus la lumière.

La statue a dû être achevée en 438 , date où elle fut consacrée et installée dans le Parthénon. L'or et l'ivoire qui n'avaient pas été utilisés furent alors mis en vente.

Description vignette|upright=1.5|alt=Statue en marbre d'une femme casquée avec une lance et un bouclier ; elle tient une figure ailée dans la main droite|Statue en taille réduite (Musée royal de l'Ontario). Restitution suggérée par Neda Liepen. La statue était installée dans la salle principale du Parthénon, à l'est. Derrière elle et sur les côtés, des colonnes doriques soutenaient le toit et lui offraient l'écrin d'un baldaquin. Devant elle, un large bassin rempli d'eau jouait plusieurs rôles : il servait à maintenir un degré suffisant d'humidité dans la pièce (pour conserver l'ivoire) et il devait aussi offrir le reflet de la statue tout en réfléchissant la lumière extérieure qui l'illuminait. Il a été suggéré qu'il y aurait pu avoir des fenêtres (probablement hautes de et larges de ) de chaque côté de la porte (haute de et large de ) qui auraient laissé entrer le jour.

La statue mesurait, selon Pline l'Ancien, (soit à peu près ), probablement en comptant sa base. Elle arrivait ainsi à moins d'un mètre cinquante du plafond. Elle remplissait donc la salle de sa présence. L'idée de Phidias était semble-t-il de représenter la déesse sous son « véritable » aspect, dans toute sa majesté, sa beauté, sa magnificence voire dans sa taille réelle, puisque les dieux étaient considérés comme proportionnellement beaucoup plus grands que les humains.