Durant l'Antiquité, les Messapiens ou Messapes (en grec Μεσσάπιοι, en latin classique : Messapii, -orum) étaient les habitants de la péninsule du Salento et du flanc méridional du massif des Murges. Leur territoire constituait l'arrière-pays de Tarente, port de la mer Ionienne qui a été le centre du pythagorisme. Leur capitale était Bréntion, l'actuelle BrindisiStrabon, Géographie, VI, 3, 6.. Leur langue, le messapien, est aujourd'hui disparue.

Ethnologie Ethnographie vignette|410px|Le Sud de l'Italie au temps d'Auguste. La Messapie est le « talon de la botte ». Les Messapiens sont réunis à Tarente pour former la Calabre au sein de la Région II. L'étymologie de Messapien reste controversée. L'hypothèse avancée par Julius Pokorny qu'il signifierait « le peuple entre deux mers » (du proto-indo-européen *medhyo-, « milieu », et *ap-, « eau ») met en évidence le particularisme géographique de leur territoire, fausse île du bout du monde au centre du monde gréco-romain. À ce mystère s'ajoute, comme pour les habitants du Nord du Picenum, la singularité de la langue d'un peuple qui a autorisé dès l'Antiquité toutes sortes de spéculations sur leur origine.

Antiochos prête à des colons crétois chassés de Sicile la fondation de la première ville en territoire messapien, la future TarenteAntiochos, Colonisation de l'Italie, cité in Strabon, Géographie, VI, 3, 2., mais l'onomastique classe les Messapiens même parmi les peuples illyriens. Ils auraient traversé le canal d'Otrante vers l'an mille L'hypothèse n'obtient pas le consensus des historiens contemporains tant les sources épigraphiques sont rares. Hérodote, suivi par Virgile, donne également une origine crétoise aux fondateurs d'Oria et Strabon à ceux de Brindes.

Ce dernier souligne qu'à son époque déjà la plus grande confusion existe chez les géographes entre les noms de Messapie, Iapygie, Salentin et CalabreStrabon, Géographie, VI, 3, 5.. Il appelle lui-même Iapygie l'ensemble réunissant l'Apulie et la MessapieStrabon, Géographie, VI, 3, 1., ce qui paraît abusif si l'on s'en tient à l'hypothèse que le terme Apulie, devenu aujourd'hui Puglia, est une version italiqueR. Compatangelo, Un cadastre de pierre: le Salento romain : paysage et structures agraires., , Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, 1989 . du terme fixé dans le grec ancien de Iapigia. La confusion n'est que plus grande aujourd'hui où Calabre, qui ne désignait initialement que la seule partie nord-ouest de la Messapie, désigne l'ancien Bruttium depuis la réunion de celui-ci à celle-là dans une entité administrative byzantine unique. Le nome de Calabrie Citérieure conquis par les Langobards, le nom de Calabre n'est resté en effet qu'à celui de Calabrie ultérieure.

Strabon précise toutefois : . Il ajoute que les autochtones réservent le terme d'Apulie au territoire des Peucètes (région de Bari), qui sont au nord des Messapiens, et des Dauniens (région de Foggia), qui sont au nord des Peucètes. À côté des Salentins et Calabres regroupés sous l'exonyme apparemment géographique de Messapes, il convient d'ajouter les Éleutes (Ελεύτιοι) mentionnés par Hécatée de MiletR. Compatangelo, Un cadastre de pierre: le Salento romain : paysage et structures agraires., , Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, 1989 ., possibles autochtones de Tarente.

Langue vignette|Schéma du peuplement de la péninsule italienne au début de l'âge du fer :

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La langue des Messapiens, ou messapien, apparaît dans un corpus épigraphique de moins de six cents inscriptions, principalement des dédicaces funéraires, quelques monnaies et pesons. Un très petit nombre est entièrement déchiffré. La plus ancienne est datée d'environ 550 av. J.-C.

L'alphabet est la version laconique de l'alphabet grec utilisée à Tarente. Le rapprochement avec l'illyrien repose essentiellement sur l'onomastique, l'illyrien n'ayant pas laissé de traces écrites. Il est corroboré par l'archéologie. Ces hypothèses sont soutenues par des publications et des recherches d'archéologues italiens (Francesco d'Andria) et français (Jean-Luc Lamboley)

Les Messapiens étaient réputés pratiquer un sacrifice à Zeus en précipitant vif un cheval dans le feuFestus Grammaticus, De significatione verborum.. Ce Zeus est peut-être la divinité appelée Taotor Andirabas sur une inscription de la grotte Posia, la seule du panthéon messapien dont le nom soit connuJ.-L. Lamboley, Recherches sur les Messapiens : - avant J.-C., , École française de Rome, Rome, 1996..

Le sanctuaire du mont Papeluce, situé près d'Oria, était un lieu de culte où les pèlerins se pressaient dès le en grand nombre depuis toute la Grande Grèce comme en témoignent l'accumulation à flanc de colline de vases votifs et la variété des monnaies retrouvées. Porcs et grenades y étaient sacrifiés à des déesses assimilées à Déméter et sa fille Perséphone. Le sacrifice était souvent réduit à des ex voto en céramique représentant des cochons ou des colombesV. Melissano, Monte Papalucio, in F. d'Andria, Archeologia dei Messapi, Bari, 1990..

vignette|Caveau sépulcral dit de Melograno à Gnathie. La religion messapique était une affaire familiale et se pratiquait dans une enceinte privée qui était, dans le cas de maisons princières, ouverte à un public de clientsJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002 .. Il n'a été retrouvé de traces de temples que dans deux acropoles, celle de Gnathie et celle de RudesJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002 .. La fonction sacerdotale était exercée par des patriciens.

Le rite funéraire, centré sur des divinités souterraines, se pratiquait dans ou autour de grottes, qui servaient aussi de sépulcresMario Lombardo, « Tombe, necropoli e riti funerari in Messapia : evidenze e problemi. », in Studi di antichità, vol. VII, , , Galatina, 1994.. Les femmes sont absentes de toute trace de dévotion. En revanche, le culte, sinon un certain culte, pouvait être présidé par une prêtresseC. de Simone, « Su tabaras (femm. -a) e la diffusione dei culti misteriosofici nella Messapia », in Studi Etruschi, vol. L, , Florence, 1982. sans qu'il soit possible d'identifier son rôle à celui d'une sibylle.

Les pajarus vignette|Restauration d'une construction en encorbellement de pierres sèches à Lequile. Les pajaru, littéralement réserves à paille, appelés chipures dans le Salento et trullos dans le val d'Itrie, sont des sortes de burons aux pierres non maçonnées typiques de la région. Ils sont construits selon une technique de l'âge du bronzeC. de Giorgi, La provincia di Lecce: bozzetti di viaggio, p. 278, Spacciante, Lecce, 1884. mais remontent probablement à l'époque byzantine. Les plus anciens exemplaires restant datent du . Ils ont été développés au pour servir d'habitations permanentes et au , de locations touristiques.

Organisation sociale et politique vignette|Les remparts messapiques, ici celui de Castre, enserraient plusieurs domaines et laissaient de vastes zones non urbanisées. Conformément à l'hydrographie karstique de la MessapieJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002, ., l'habitat y était disperséJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002, ., chaque ferme pratiquant dans une relative autarcie une agriculture intensive, opposée au modèle latin du latifundium. Les cités enceintes étaient des villas ayant acquis une prédominance et constitué un réseau de clients rassemblés autour du culte familial d'un patricienJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002, .. À l'exception notable de Brindes qui est elle-même une cité côtière, elles avaient toutes pour caractéristiques d'être reliées à un port et d'offrir une protection contre les pirates loin à l'intérieur des terres.

Les dynastes des sept cités principalesJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002, ., Kallia, Brunda, Hyria, Rodiai, Mur, Aozent, Naretòn, étaient des patriciens capables durant la seconde guerre punique de mobiliser ensemble une armée de seize mille cavaliersPolybe, Histoires, II, 24, 1., la plus importante de la Grande GrèceJ. L. Lamboley, « Territoire et société chez les Messapiens », in Revue belge de philologie et d'histoire, t. LXXX, , , Droz, Bruxelles, 2002, .. Le nom même du cheval en grec, , est un emprunt à l'illyrienJ. Duchesne-Guillemin, « Le nom du cheval en grec et en vieux perse (note d'information). », in Comptes rendus des séances, année, , , Académie des inscriptions et belles-lettres, 2002 .. L'insigne de ces dynastes était un caducée.

Le grand nombre de cavaliers traduit la richesse d'un grand nombre des Messapes, petits propriétaires terriens associés au commerce au long cours, et reflète une société relativement égalitaire. Cette société messapienne était toutefois organisée en trois classes, citoyens, périèques et marchands, chacune ayant sa chambre représentative, Corpus Inscriptionum Messapicarum, , Palerme, 1938.. Une inscription unique révèle l'occurrence de deux institutions, un sénat et un aréopage.

Histoire Préhistoire vignette|Dolmen de Placa près de Lecce. De nombreux dolmens ont été réutilisés pour des processions chrétiennes. Un territoire de chasse propice à l'élevage (-8750 - -1600) L'homme moderne apparaite en Messapie aux environs de -8 600, soit au boréal, à la grotte Romanelli. Le matériel et l'art tant mobilier que pariétal montrent une invention technique et stylistique propres dit romanellien qui succède au moustérien d'un homme de Néanderthal disparu. Ils illustrent jusque vers -7 800 la vie des chasseurs des steppes froidesG. A. Blanc, Archivio Antropologico i Etnologico , , 1928..

Au néolithique, la Messapie, favorisée par des phénomènes karstiques tels qu'une irrigation souterraine, des eaux résurgentes ou les lames, qui sont des îlots de verdure prospérant sur des gravines entourées d'un terrain sec, se distingue des régions voisines par le développement d'un mégalithisme fait de petits dolmens, de menhirs et d'une forme originale de tertres, les « mirieurs ».

Une civilisation maritime implantée par le port de Gnathie (-1600 - -900) Aux F. Biancofiore, Nuovi dati sulla storia dell'antica Egnazia, in Studi storici in onore di Gabriele Pepe, , Dedalo, Bari, 1969. et , rayonnant autour du site éponyme de l'actuel Cavallino, à l'intérieur des terres au sud de Lecce, sont implantés cinq ports sur la côte adriatiqueM. Silvestrini, Documenti dell’età del Bronzo lungo il versante Adriatico, Fasano, 1998., en face de l'île de Sason. Ils s'alignent du nord au sud, sur un front de quelque cent soixante-cinq kilomètres.

vignette|Les ruines de Gnathie au pied des restes de son acropole qui apparaît en arrière-plan. Le port prospérait encore sous Trajan et a été réinvesti au Moyen Âge. Les céramiques qui y sont produites au présentent un style dit Cavallino, peu uniforme mais différent du campanien répandu au nord de Bari et dans le reste de la péninsule apennineG. Recchiain, Aspetti funzionali e variabilità stilistica della ceramica dell'età del Bronzomore, in Archeologia "L. Todisco & al., La Puglia centrale dall'età del Bronzo all' alto Medioevo - Archeologia e storia - Atti del Convegno di Studi, Univerità degli studi di bariscuola di specializzazione in beni archeologici, Bari, 15 & 16 juin 2009", , Giorgio Bretschneider ed., Rome, 2010..