thumb|Flacons de sécurité pour prélèvement de dopage (BEREG-KIT)
Le dopage dans le sport en Russie fait principalement référence au système institutionnel mis en place entre 2011 et 2015 pour doper et couvrir de nombreux athlètes russes dans plusieurs grands évènements internationaux (Championnats du monde, Jeux olympiques) et progressivement mis à jour après les Jeux d'hiver à Sotchi en 2014. La Russie est le pays ayant le plus (43) de médaillés olympiques disqualifiés pour dopage, soit plus de quatre fois le total du deuxième pays. Sur la période concernée, plus d'un millier d'athlètes russes dans divers sports (été, hiver et sports paralympiques), ont bénéficié de dissimulation de cas positifs..
L'attention des médias commence à grandir en lorsque la chaîne allemande ARD rapporte des faits qualifiés de « système de dopage d'État » en Russie, se rapprochant de celui de l'Allemagne de l'Est. L'Agence Mondiale Antidopage (AMA) publie un rapport en très critique à l'égard de la (RUSADA) et de la Fédération russe d'athlétisme (ARAF). En , l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) suspend la Russie indéfiniment de toutes manifestations sportives internationales en raison de la généralisation du dopage. L'agence antidopage du Royaume-Uni aide ensuite l'AMA en effectuant des tests en Russie. En , ils signalent qu'ils ne sont pas en mesure de mener à bien leur travail, déplorant des intimidations par des agents armés du Service fédéral de sécurité (FSB).
Après que l'ancien directeur des laboratoires antidopage de Moscou et de Sotchi Grigory Rodchenkov, réfugié aux États-Unis, a fait des révélations détaillées concernant le programme de dopage des athlètes russes aux Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi, l'AMA commande une enquête indépendante menée par le Professeur Richard McLaren. L'enquête de McLaren révèle des éléments de preuve corroborants, concluant dans un rapport publié en que le Ministère des Sports et le FSB ont mis en place un « système de sécurité sécurisé dirigé par l'État » en utilisant une « méthode de disparition des contrôles positifs » de « au moins fin 2011 à ».
En réponse à ces constatations, l'AMA annonce que la RUSADA doit être considérée comme non conforme à l'égard du Code mondial antidopage et recommande que la Russie soit interdite de participer aux Jeux olympiques d'été de 2016 à Rio de Janeiro. Le Comité international olympique (CIO) rejette la recommandation de l'AMA et annonce qu'une décision sera prise individuellement par chaque fédération sportive... Le , un jour avant la cérémonie d'ouverture, 270 athlètes sont admis à la compétition, tandis que 167 autres sont refusés à cause de soupçons de dopage.. Trois jours plus tard, le Comité international paralympique vote à l'unanimité l'interdiction pour toute l'équipe russe de participer aux Jeux paralympiques d'été de 2016, après avoir trouvé la preuve que la méthode pour faire disparaître les contrôles positifs était utilisée aux Jeux paralympiques d'hiver de 2014.
En , l'AMA déclare que les preuves contre de nombreuses personnes nommées dans le rapport McLaren pourraient être insuffisantes, parce que le laboratoire de Moscou a fait disparaître des prélèvements et que les autorités russes ne répondent pas aux demandes de preuves additionnelles. Le CIO met de son côté en place une commission d'enquête qui parvient à apporter les preuves scientifiques de cette entreprise de dopage. À partir de , les sanctions de disqualification pour dopage et participation « au schéma systémique » mis en place durant les Jeux d'hiver 2014 sont prononcées par le CIO contre 43 athlètes russes (au ), annulant treize médailles dont quatre en or. Par ailleurs, le Comité olympique russe, et donc la Russie en tant que nation participante, sont suspendus des Jeux olympiques de Pyeongchang 2018.
À la suite de manipulations et d'effacements constatés dans la base de données de l'ancien laboratoire antidopage de Moscou (l'AMA avait exigé sa fourniture), l'Agence Mondiale Antidopage décide le d'exclure la Russie des Jeux olympiques d'été de 2020 et des Jeux olympiques d'hiver de 2022, une suspension de quatre ans qui recouvre également l'interdiction d'organiser des compétitions internationales sur son sol. Comme cela a été le cas dans les Jeux précédents, les athlètes russes pourront concourir individuellement, sous bannière neutre, sans hymne et sans drapeau. Cette suspension est réduite à deux années par le Tribunal arbitral du sport.
Antécédent : l'ère Soviétique vignette|gauche|Les Jeux olympiques de 1980 « surnommés les Jeux des pharmaciens »
Selon le journaliste britannique Andrew Jennings, un colonel du KGB a déclaré que les policiers avaient trompé les autorités antidopage du Comité international olympique et contourné les contrôles de dopage, ce qui a permis aux athlètes soviétiques d'être « sauvés avec [ces] d'énormes efforts ». Aucun athlète n'a été contrôlé positif à l'occasion des Jeux olympiques de 1980 à Moscou., mais il a été affirmé que des athlètes ont commencé à utiliser de la testostérone et d'autres médicaments pour lesquels des tests n'avaient pas été encore développés. Ces Jeux de 1980 ont été qualifiés de Jeux olympiques de toxicos par un rapport de 1989 du comité du sénat australien qui a affirmé : « Il n'y a guère de médaillés d'argents aux Jeux de Moscou et certainement pas un médaillé d'or, qui ne soient pas sous une sorte de substance ou une autre: généralement plusieurs. Les JO de Moscou auraient pu être appelés les Jeux des pharmaciens ».
Des documents obtenus en 2016 ont révélé les plans de l'Union soviétique pour un système de dopage à l'échelle de l'État dans le domaine de la préparation des Jeux olympiques d'été de 1984 à Los Angeles. Daté avant la décision du pays de boycotter les Jeux, le document détaille les opérations existantes sur des programmes centrés sur les stéroïdes, ainsi que des suggestions pour d'autres améliorations. La communication, adressée au chef de l'athlétisme de l'Union soviétique, a été préparée par le Sergei Portugalov de l'Institut pour la culture physique. Portugalov a également été l'un des principaux acteurs de la mise en œuvre du programme de dopage russe avant les Jeux olympiques d'été de 2016.
Les questions du dopage, de 2001 à 2009 En 2008, sept athlètes russes sont suspendus avant les Jeux olympiques d'été de 2008 de Pékin pour avoir manipulé des échantillons d'urine. Le président de l'Union internationale de biathlon, Anders Besseberg, a déclaré : .
Après le réexamen de de sang prélevés entre 2001 et 2009 auprès de , un rapport a révélé que le nombre d'échantillons suspects provenant du « Pays A » a dépassé les autres pays. L'un des auteurs a déclaré que le Pays A était la Russie.
En , le secrétaire général de l'IAAF Pierre Weiss a écrit à que des échantillons de sang provenant d'athlètes russes et que les tests réalisés lors des championnats du monde de 2009 .
Allégations de dopage d'État et documentaire de l'ARD diffusé en 2014 vignette|La lanceuse d'alerte Yuliya Stepanova a informé l'AMA sur le système de dopage russe. En 2010, un employé de l'agence russe antidopage, la RUSADA, Vitali Stepanov, a commencé à envoyer des informations à l'Agence mondiale antidopage (AMA) en alléguant que la RUSADA avait mis en place un dopage systémique dans l'athlétisme. Il déclare avoir envoyé , , échelonnés sur trois ans. En , Darya Pishchalnikova envoie un e-mail à l'AMA, contenant des détails sur un prétendu programme de dopage en Russie. Selon Le New York Times, l'e-mail a atteint trois représentants de l'AMA, mais l'agence a décidé de ne pas ouvrir une enquête et a plutôt renvoyé le courriel à un officiel des sports en Russie. Le journaliste britannique Nick Harris raconte qu'il a contacté le Comité international olympique avec des allégations au sujet du laboratoire de Grigory Rodchenkov de Moscou au début du mois de .
Selon Stepanov, , mais il raconte ensuite qu'une personne de l'organisation l'a mis en contact avec la chaîne allemande ARD. L'enquêteur en chef de l'AMA Jack Robertson estime que l'organisation est réticente à prendre des mesures et que l'attention des médias est nécessaire. Il obtient alors la permission de David Howman de contacter un journaliste. Le journaliste, Hajo Seppelt, avait déjà réalisé un reportage sur le dopage en Allemagne de l'Est et d'autres pays. En , l'ARD diffuse un documentaire de Hajo Seppelt – (Le dopage secret : comment la Russie fabrique ses champions). Le documentaire émet des doutes sur l'État russe et sa participation systématique au dopage, qu'il décrit dans le « style Est-allemand ». Il comprend des témoignages de Stepanov et de sa femme, Yuliya Stepanova (née Rusanova), alléguant que les officiels russes en athlétisme fournissent des substances interdites en échange de 5 % des revenus d'un athlète et manipulent les tests avec l'aide des contrôleurs. Le documentaire comprend des conversations enregistrées secrètement par Stepanova, par ex. Mariya Savinova racontant que ses contacts dans un laboratoire de Moscou avaient couvert son dopage. La coureuse russe de longue distance Liliya Shobukhova aurait payé au président de la Fédération russe Valentin Balakhnichev pour couvrir un contrôle de dopage positif. Elle se plaint dans le reportage de ne pas avoir été remboursée de la totalité de la somme lorsqu'elle a été finalement suspendue. Selon les allégations, le Sergei Portugalov, qui est également accusé d'avoir organisé le dopage parrainé par l'État au début des années 1980 en Union soviétique, était impliqué dans le système russe. L'agent de Shobukhova va se plaindre à Sean Wallace Jones, responsable des longues distances à l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) et celui-ci lance l'alerteL'Équipe du 24 mai 2019 : .
Répercussions
2015 En , le président de la Fédération russe d'athlétisme (ARAF) démissionne de son poste de trésorier de l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF).
En réponse au documentaire de l'ARD, l'AMA commande une enquête, dont le rapport est publié le . Le document de , décrit comme par The Guardian, rapporte un dopage généralisé et à grande échelle couvert par les autorités russes. Il fait état que le Service Fédéral de Sécurité (FSB) a régulièrement visité et interrogé le personnel de laboratoire et chargé certains d'entre eux de ne pas collaborer avec l'enquête de l'AMA. Deux membres du personnel racontent qu'ils suspectent que les bureaux et les téléphones soient sur écoute. Le rapport recommande que l'ARAF soit déclarée non-conforme par l'Agence mondiale antidopage et que le Comité international olympique ne doit pas autoriser la présence des athlètes russes lors des Jeux olympiques d'été de 2016 jusqu'à sa mise en conformité.
Un jour plus tard, l'AMA suspend le Centre antidopage de Moscou, interdisant le laboratoire « de la réalisation de toutes activités liées à la lutte contre le dopage, y compris les analyses d'urine et d'échantillons de sang ». Le , le conseil de l'IAAF vote contre 1 en faveur de l'interdiction de la Russie de participer à des événements sportifs, avec effet immédiat. En vertu d'autres sanctions contre l'ARAF, la Russie est également interdite d'organiser la Coupe du monde de marche 2016 (Tcheboksary) et les Championnats du monde juniors d'athlétisme 2016 (Kazan). L'ARAF doit également confier les affaires de dopage à la Cour d'Arbitrage du sport. L'ARAF accepte la suspension pour durée indéterminée de l'IAAF et ne demande pas d'audience. Les efforts déployés par l'ARAF pour être réintégrée par l'IAAF seront supervisés par une équipe de cinq personnes de l'IAAF. Le , l'AMA suspend la , ce qui signifie que la Russie ne possède plus d'organisation antidopage fonctionnelle, et ceci pour aucun sport.