vignette|alt=Portrait photographique d'un homme portant des lunettes, vu de face.|Dmitri Chostakovitch en 1942, année de la création de sa . La création à Léningrad de la Symphonie de Chostakovitch a lieu le , pendant la Seconde Guerre mondiale, durant le siège de cette ville par les forces armées de l'Allemagne nazie.
Dmitri Chostakovitch prévoyait de faire créer la symphonie par l’Orchestre philharmonique de Léningrad, mais, en raison du siège, l'ensemble est évacué de la ville, ainsi que le compositeur lui-même. La première mondiale de la Septième Symphonie se déroule à Kouïbychev avec l'Orchestre du Théâtre Bolchoï. La première à Léningrad est interprétée par les musiciens survivants de l'Orchestre symphonique de la Radio de Léningrad, renforcés par des militaires. Les conditions des répétitions sont difficiles : les musiciens souffrent de la faim, et leurs effectifs sont réduits. Trois d'entre eux meurent avant la répétition générale. De fait, l'orchestre n'est en mesure de jouer la symphonie en entier qu'une seule fois avant le concert.
Malgré la piètre condition des instrumentistes et de nombreux membres du public, le concert remporte un immense succès, suscitant une ovation d'une heure. Le concert est accompagné par une offensive militaire soviétique, qui porte le nom de code « Bourrasque », destinée à réduire au silence les forces allemandes pendant l'exécution. La symphonie est diffusée par haut-parleurs pour les lignes allemandes, sous forme de guerre psychologique. La création à Léningrad est considérée par la critique musicale comme l'une des plus importantes représentations artistiques de la guerre, en raison de ses effets tant psychologiques que politiques. Le chef d'orchestre conclut qu'. Des réunions des musiciens survivants sont organisées en 1964 et en 1992 pour commémorer l'événement.
Composition et diffusion de la symphonie vignette|gauche|redresse=1|alt=Photographie en noir et blanc montrant à gauche trois hommes tirant un charrette à bras et à droite plusieurs cadavres sur le sol.|Le siège de Léningrad provoque des pertes massives dues au froid et à la faim. Le compositeur Dmitri Chostakovitch (1906–1975) termine sa Symphonie le et la dédie à sa ville natale, attaquée depuis seize semaines.. Léningrad est assiégée pendant 900 jours par l'Allemagne nazie, et environ un tiers de la population urbaine d'avant-guerre est tuée..
Chostakovitch prévoyait que la création de la symphonie reviendrait à la Philharmonie de Léningrad, mais l'ensemble est évacué à Novossibirsk dans le cadre de l'exode culturel ordonné par le gouvernement.. La première mondiale est donc donnée à Kouïbychev le , interprétée par l'Orchestre du théâtre Bolchoï sous la direction du chef d'orchestre Samuel Samossoud. La création moscovite est réalisée par la réunion de l’Orchestre du Bolchoï et de l'Orchestre symphonique de la Radio de Moscou, le , dans le péristyle de la Maison des syndicats.
La partition de la symphonie, microfilmée, s'envole pour Téhéran en avril, afin de permettre sa publication à l'Ouest. Elle est créée à la radio, en Europe de l'Ouest, le , dans l'interprétation de Sir Henry Wood et du London Philharmonic Orchestra, et en création publique lors d'un concert des Proms de Londres, au Royal Albert Hall, le . La première américaine est diffusée à partir de New York, le , par l'Orchestre symphonique de la NBC placé sous la direction d'Arturo Toscanini...
Préparation L'Orchestre symphonique de la Radio de Léningrad est le seul ensemble symphonique restant à Léningrad, après l'évacuation de la Philharmonie. La dernière représentation de l'Orchestre symphonique de la Radio de Léningrad a lieu le et sa dernière diffusion le . Une note du journal de planification des répétitions, mentionne : ..
Le , Boris Zagorsky et Yasha Babushkin, du Département des arts de Léningrad, annoncent les préparatifs pour l'exécution de la symphonie.. La diffusion des émissions musicales radiophoniques, qui avait été interrompue, est rapidement rétablie par Andreï Jdanov, un homme politique soviétique impliqué dans la défense de Léningrad, afin de permettre les répétitions et de contribuer à redonner le moral aux habitants de la ville. L'exécution de la symphonie . Selon un membre de l'orchestre, .. L'événement musical a été considéré comme un acte politique important en raison de sa valeur potentielle de propagande.
Des 40 membres d'origine de l'Orchestre symphonique de la Radio de Léningrad, seuls 14 ou 15 vivaient encore dans la ville ; les autres sont, soit morts de faim, soit enrôlés pour combattre l'ennemi... La Septième Symphonie de Chostakovitch requiert un orchestre élargi de cent musiciens, ce qui signifie que le reste des effectifs est largement insuffisant. Carl Eliasberg, au moment d'être traité de « dystrophie », fait du porte-à-porte à la recherche de musiciens n'ayant pas répondu à l'annonce du remontage de l'orchestre, en raison de la famine ou de leur faiblesse. rappelle l'un des organisateurs. . Un avion, transportant des fournitures de Kouïbychev à Léningrad, a livré la partition de direction de la symphonie et comprenant 252 pages..
La première répétition, en , est destinée à durer trois heures, mais elle s'arrête après quinze minutes, parce que les trente musiciens présents sont trop faibles pour jouer de leur instrument. Souvent, ils s'effondrent au cours des répétitions, en particulier ceux qui jouent les cuivres. Eliasberg lui-même doit être traîné aux répétitions sur une luge et, finalement, est déplacé par les élus communistes dans un appartement à proximité et un vélo lui est fourni pour le transport. Ses premières tentatives de direction le font apparaître comme un .. Un rapport de Babushkin note que . Les musiciens de l'orchestre reçoivent un supplément de nourriture (donnée par des civils amateurs de musique) dans un effort pour lutter contre la famine ; et des briques chaudes sont utilisées pour diffuser de la chaleur ; néanmoins, trois artistes sont morts pendant les répétitions. Des affiches placardées dans la ville demandent à tous les musiciens de se mettre en rapport avec le comité de la radio pour l'incorporation dans l'orchestre. Des musiciens sont également rappelés du front ou réaffectés à des ensembles militaires, avec le soutien du commandant du front de Léningrad, Leonid Govorov.
En plus de la Septième Symphonie, l'orchestre de fortune répète également les traditionnelles œuvres symphoniques de Beethoven, Tchaïkovski et Rimski-Korsakov. Un concert d'extraits de Tchaïkovski a lieu le . Certains instrumentistes protestent contre la décision d'interpréter la Symphonie de Chostakovitch, ne voulant pas dépenser leur peu de force sur une œuvre . Eliasberg menace de résilier le supplément de nourriture et réprime toute dissidence. Pendant les répétitions, Eliasberg est critiqué pour la dureté de son comportement : des musiciens absents aux répétitions, en retard, ou ne correspondant pas aux attentes, perdent leurs rations. Un artiste perd ses rations parce que, assistant à l'enterrement de sa femme, il est en retard pour la répétition. Bien que certaines sources suggèrent qu'une équipe de copistes est employée, selon d'autres sources, chaque musicien a copié à la main sa partie à partir de la partition.
Les répétitions se tiennent six jours par semaine au Théâtre Pouchkine, généralement de dix heures du matin à une heure de l'après-midi. Elles sont fréquemment interrompues par les sirènes des raids aériens et quelques musiciens sont tenus de prendre leur fonction de lutte anti-aérienne, ou de lutte contre l'incendie. Pour leur permettre d'assister aux répétitions, les membres de l'orchestre sont pourvus de cartes d'identité à montrer aux points de contrôle. Les membres de l'orchestre militaire (et quelques troupes ordinaires) sont dépêchés aux répétitions pour compléter les instrumentistes. Les répétitions sont déplacées vers la Salle de la Philharmonie en juin, et à la fin de juillet, elles sont augmentées de 5 à 6 heures par jour. Les instruments, en mauvais état, trouvent peu de luthiers ou réparateurs disponibles ; un hautboïste propose un chat en échange d'une réparation, alors que l’artisan, affamé, en avait déjà mangé plusieurs.
L'orchestre ne joue la symphonie de bout en bout qu'une seule fois avant la première, lors de la répétition générale, le .
Exécution vignette|La scène moderne de la grande salle de la Philharmonie de Saint-Pétersbourg, où le concert a été joué en 1942. Le concert est donné dans la grande salle de la Philharmonie le . C'est le jour désigné par Hitler pour célébrer la chute de la ville, avec un somptueux banquet à l'Hôtel Astoria de Léningrad. Le concert est précédé d'un pré-enregistrement à l'intention de la radio par Eliasberg, diffusé à 16 heures.
Le Lieutenant-Général Govorov commande un bombardement des positions de l'artillerie allemande avant le concert, dans une opération spéciale, avec le nom de code « Bourrasque ». Les agents du renseignement soviétique avaient localisé les batteries allemandes et les postes d'observation depuis plusieurs semaines, en préparation de l'attaque. Trois mille obus de fort calibre sont lancés sur l'ennemi. Le but de l'opération est d'empêcher les Allemands de cibler la salle de concert et de s'assurer qu'ils seraient assez silencieux pour laisser entendre la musique sur les haut-parleurs, dont la mise en place avait été ordonnée. Il a aussi encouragé les soldats soviétiques à écouter le concert à la radio. Ultérieurement, le musicologue Andrei Krukov a fait l'éloge des actions d'« incitation » de Govorov pour le concert, ajoutant que son choix de permettre aux soldats de participer était . Govorov lui-même a fait remarquer plus tard à Eliasberg que , faisant allusion aux tirs d'artillerie. La contribution militaire, dans l'histoire, reste peu connue et ce, bien après la fin de la guerre.
Un public important se rassemble pour le concert, composé de chefs du Parti, de militaires et de civils. Les citoyens de Léningrad, qui ne peuvent pas tous tenir dans la salle, sont rassemblés autour des fenêtres ouvertes et de haut-parleurs. Les musiciens sur scène sont , avec plusieurs couches de vêtements pour éviter les frissons induits par la famine. Peu de temps avant le début du concert, les lustres électriques au-dessus de la scène sont allumés pour la première fois depuis le début des répétitions. Dès que la salle fait silence, Eliasberg lance l'orchestre. L'exécution est de mauvaise qualité artistique, mais est marquée par les houles d'émotions du public, notamment dans le finale, lorsque certains musiciens chancellent en raison de l'épuisement : le public se lève .
Le concert reçoit une ovation d'une heure, debout, Eliasberg recevant un bouquet de fleurs cultivées à Léningrad remis par une jeune fille. De nombreux auditeurs sont en larmes, en raison de l'impact émotionnel du concert, considéré comme une . Les musiciens sont invités à un banquet pour célébrer l'événement, avec les responsables du Parti.
Pendant le concert, les haut-parleurs diffusent la musique à travers la ville, ainsi qu'à destination des forces allemandes dans un mouvement de guerre psychologique, une . Un soldat allemand s'est rappelé que son escadron a . Eliasberg, quelque temps après, raconte que certains Allemands qui campaient à l'extérieur de Léningrad pendant le concert lui ont dit qu'ils avaient cru qu'ils ne pourraient jamais s'emparer de la ville : ..
Réception