., dit le Sage, né le à Vincennes et mort le au château de Beauté (actuelle Nogent-sur-Marne), est roi de France de 1364 à sa mort, troisième représentant de la dynastie des Valois, qui règne sur la France depuis 1328.
Son règne marque la fin de la première partie de la guerre de Cent Ans. Il parvient à récupérer la quasi-totalité des territoires perdus par son père et son grand-père , à restaurer l'autorité royale et à sortir le royaume d'une période difficile marquée par les défaites de Crécy (1346) et de Poitiers (1356) contre les Anglais, par un conflit avec le roi de Navarre et par l'épidémie de peste noire des années 1347-1351, qui touche la quasi-totalité de l'Europe.
Très instruit, il est connu pour avoir fondé la première librairie royale, ancêtre de la Bibliothèque nationale de France.
En 1349, il est le premier prince royal à recevoir le titre de dauphin, en tant que fils aîné et héritier présomptif, à la suite de l'achat du Dauphiné de Viennois, jusque là fief du Saint-Empire romain germanique.
Il accède aux responsabilités dès 1357, lorsque Jean le Bon, prisonnier des Anglais depuis la défaite de Poitiers, est transféré en Angleterre (pour trois ans). Mais son pouvoir est contesté par le roi de Navarre, qui continue de revendiquer la couronne de France en tant que petit-fils de , et par le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, qui souhaite un renforcement du rôle des états généraux du royaume.
Il réussit à conserver la couronne à la maison de Valois bien que le pays sombre dans la guerre civile. Sacré roi de France en 1364Il est, conformément à la tradition, sacré dans la cathédrale de Reims le 19 mai 1364 par l'archevêque de Reims . après la mort de son père à Londres, il restaure l'autorité royale en la fondant sur l'État de droit et en poursuivant une politique de monnaie stable instaurée par les conseillers de son père. Un parallèle est très vite établi entre son règne et celui de Saint Louis, référence du bon gouvernement à l'époque.
Il dote ses frères d'apanages afin d'éviter qu'ils ne complotent contre lui. Le plus célèbre est celui qu'il cède en 1363 à Philippe le Hardi, le duché de Bourgogne, créant ainsi la maison de Valois-Bourgogne, avec laquelle ses successeurs seront souvent en conflit, notamment sous les ducs Philippe le Bon et Charles le Téméraire.
Il instaure des impôts durables qui lui permettent de doter la France d'une armée permanente, qui, associée à celles de ses frères, lui permet de débarrasser le royaume des Grandes Compagnies de mercenaires démobilisés, puis de vaincre les Anglais, victoire aussi acquise grâce à une action diplomatiques auprès de la noblesse de Guyenne (fief de France tenu par le roi d'Angleterre), et en isolant celui-ci du reste de l'Europe. Il promeut aussi le sentiment national, transformant les Anglais en envahisseurs.
Son règne est enfin marqué par le Grand Schisme d'Occident, qu'il n'a pas pu ou voulu empêcher.
Biographie Origines familiales Charles naît au château de Vincennes le .
Il est le fils de (1319-1364), fils de Philippe de Valois (1293-1350), qui devint roi de France en 1328 sous le nom de , après la mort de , dernier représentant mâle de la dynastie des Capétiens.
Les hommes de la cour de France décident à ce moment d'exclure de la successionPar la suite, des juristes justifieront ce choix en s'appuyant sur la « loi salique », le code des Francs saliens. les princesses royales que sont Jeanne (1312-1349), fille de , et surtout Isabelle, fille de , car elle est l'épouse du roi d'Angleterre et la mère d'.
Philippe de Valois, étant le parent mâle le plus proche du dernier roi, en tant que petit-fils de , devient donc roi, mais cette succession est contestée, notamment par (1312-1377), le roi d’Angleterre à partir de 1327.
La mère de est Bonne de Luxembourg (1315-1349), fille de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, fils de l'empereur , et sœur de Charles de Luxembourg (1316-1378), empereur sous le nom de La fonction d'empereur, de chef du Saint-Empire, n'est pas héréditaire, mais élective. à partir de 1347.
Jean de Luxembourg, dit l'aveugle, trouve la mort à Crécy en 1346. Bonne de Luxembourg meurt de la peste, ainsi d'ailleurs que Jeanne de Bourgogne (1293-1349), épouse de et mère de Jean le Bon.
Enfance Formation Il est éduqué à la cour avec d'autres enfants de son âge, desquels il restera proche : son oncle Philippe d'Orléans ; ses trois frères Louis, Jean et Philippe ; Louis de Bourbon ; Édouard et Robert de Bar ; Godefroy de Brabant (fils de Jean III de Brabant) ; Louis d'Étampes ; Louis d'Évreux (frère de Charles II (roi de Navarre) dit Charles le Mauvais) ; Jean et Charles d'Artois ; Charles d'Alençon et Philippe de Rouvre. vignette|140px|gauche|Jean de Luxembourg et de Bohême dit Jean l'Aveugle, par Jacques Le Boucq, 1570. Les comptes de l'Argenterie (grand argentier de France) mentionnent les factures des fournisseurs pour les vêtements, l'ameublement et la décoration des chambres, aussi le parchemin, les écritoires, le matériel et les livresComptes de l'argenterie des rois de France au XIVe siècle - Publ. pour la Société de l'histoire de France par Louis Douët d'Arcq.. Charles ne semble pas avoir bénéficié d'une instruction particulièrement soigné. À 8 ans, il est confié à Philippe d'Alerone. Son précepteur est probablement Sylvestre de La Cervelle, qui lui enseigne le latin et la grammaire, devient évêque de Coutances en 1371 grâce à l'appui royal.
Charles est très pieux, il lit essentiellement la Bible et le Bréviaire. Comme tous les jeunes princes, il aime la chasse et apprend le maniement des armes, avec son gouverneur, le sir de Saint-Venant, fils de Robert de Waurin sénéchal de Flandre tué à Crécy. Il a perdu à Crécy son grand-père maternel Jean l’Aveugle et son grand-oncle Charles, qui était peut-être son parrain. Ses relations avec son père sont difficiles.
Christine de Pizan évoque, sans en dévoiler les détails, une adolescence tumultueuse, dans son Le Livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles VDe la biographie au miroir du prince : le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V de Christine de Pizan - Jean Devaux, p. 591 à 604. (Université du Littoral – Côte d’Opale (ULCO).. Les liens vont rester forts entre Charles, ses trois frères et Louis de Bourbon, , selon chroniqueurLes « années obscures » du futur Charles V, Christine Duthoit, Charles V. Le roi sage, 2023, p. 9..
Dauphin de France (1349) thumb|upright| et Jeanne de Bourbon, Paris, musée du Louvre. Provenant probablement des décors extérieurs du Louvre, ces sculptures furent restaurées au par Alexandre Lenoir en et Marguerite de Provence, ce qui explique la présence d'une maquette de la Sainte-Chapelle de Paris dans la main gauche du roi.
En 1349, le comte , ruiné à la suite d'une croisade à Smyrne, et sans héritier après la mort de son fils unique, décide de vendre le Dauphiné de Viennois, fief relevant du Saint-Empire romain germanique. se porte acquéreur et conclut avec Humbert le traité de Romans, selon lequel le Dauphiné de Viennois doit revenir à un fils du prince héritier Jean le Bon. C'est Charles, fils aîné de Jean, qui reçoit le fief, ainsi que le titre de dauphin, qui devient ensuite le titre du prince héritier de France.
Cette prise de possession du Dauphiné est la première extension du royaume au delà des limites définies par le traité de Verdun de 843 (ici : le Rhône). Elle permet de mieux contrôler la vallée du Rhône, axe commercial majeur entre la Méditerranée et l'Europe du Nord. Elle met les rois de France en contact direct avec Avignon, ville pontificale et centre diplomatique important à cette époque.
Âgé de douze ans, Charles a sa première expérience dans l'exercice du pouvoir lors de son séjour, du à , à Grenoble, capitale du Dauphiné. Quelques jours après son arrivée, la population de Grenoble est conviée sur la place Notre-Dame, où une estrade est dressée. Placé à côté de l'évêque Jean de Chissé, Charles y reçoit le serment de fidélité des habitants. En échange, il leur promet de respecter la charte communale de la ville et confirme les libertés et franchises qu' a reprises par un statut solennel promulgué avant son abdication. Enfin, il accorde une amnistie à tous les condamnés, exception faite de ceux qui encourent la peine capitalePaul Dreyfus, Histoire du Dauphiné, (livre de la chaine, folio 329)..
Au cours de son séjour, le dauphin s'applique, en dépit de son jeune âge, à se faire reconnaître par ses sujets, et intercède pour faire cesser la guerre qui sévit entre deux familles de vassaux.
Mariage (1350) Le , à l'âge de 12 ans, le dauphin épouse, à Tain-l'Hermitage, sa parente Jeanne de Bourbon (âgée de 12 ans également). Un accord du pape a été obtenu pour ce mariage consanguin : Jeanne est en effet la fille d'Isabelle de Valois, sœur de , grand-père de Charles, ce qui fait de lui son petit-cousin. Cette consanguinité est probablement à l'origine des troubles psychiatriques de et de la fragilité des autres enfants de .
Le mariage est retardé par les morts de Bonne de Luxembourg et de Jeanne de Bourgogne, emportées par la peste pendant son séjour en Dauphiné. Le dauphin a lui-même été gravement malade d'août à . Les rassemblements étant limités, afin de ralentir la diffusion de la peste qui sévissait alors dans toute l'Europe, le mariage a lieu dans l'intimité.
Rapprochement du dauphin avec la faction du roi de Navarre (1350-1356)
Avènement de Jean le Bon (1350) thumb|left|upright| adoubant des chevaliers, miniature d'un manuscrit des Chroniques de Saint-Denis, , BNF.
Le dauphin est rappelé à Paris à la mort de (), puis est présent le au sacre de son père à Reims.
Il est fait chevalier de l'ordre de l'Étoile.
Problèmes politiques du royaume de France Lorsque Jean le Bon devient roi, sa légitimité et celle de la dynastie des Valois sont mises en question. a été déconsidéré par les désastres de Crécy et de Calais, et par les mutations monétaires auxquelles il a recouru pour soutenir les finances royales, ainsi que par les ravages de la peste. Les Valois sont confrontés à diverses oppositions internes au royaume, en plus de celle du roi d'Angleterre , qui détient d'ailleurs en France un fief important, le duché de Guyenne, incluant Bordeaux.
La principale est celle du roi de Navarre (depuis 1349) (1332-1387), dit le Mauvais, petit-fils de le Hutin par sa mère Jeanne. Noble français de haut rang, Charles de Navarre estime être plus légitime que les Valois pour détenir la couronne de France. Comte d'Évreux (donc un puissant « baron normand »), il revendique aussi le comté de Champagne (il est l'arrière-petit-fils de la dernière comtesse de Champagne, ) et le comté d'Angoulême.
Il parvient à rassembler les mécontents du règne de , qui forment autour de lui une faction d'opposition incluant la maison de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frères et ), les barons de Champagne, les fidèles de , chassé du royaume par . Il a aussi le soutien de l'université de Paris et .
Les problèmes de la Normandie thumb|upright=1.2|La Charte aux Normands de 1315, confirmée en 1339 par , garantit une large autonomie à la Normandie. Grand Coutumier de Normandie, , Petit Palais.
La Normandie a une situation particulière dans le royaume du fait de ses liens anciens avec l'Angleterre, établis lors de l'avènement du duc de Normandie Guillaume le Conquérant comme roi d'Angleterre (1066). Sur le plan du droit féodal, les rois d'Angleterre (héritiers de Guillaume) ont cessé d'être simultanément ducs de Normandie en 1204 (le duché, qui fait partie du domaine royal, a été attribué à Jean le Bon en apanage en 1332).
Cependant, l'économie du duché dépend .
Par ailleurs, un certain nombre de seigneurs fonciers normands ont toujours des terres en Angleterre et ont du mal à prendre clairement parti dans le conflit qui oppose les rois de France et d'Angleterre (risques de confiscation d'une partie de leurs biens).