vignette|303x303px|L'autrichien Herbert von Karajan dirigeant le Philharmonique de Vienne en 1941. La direction d'orchestre est l'art de diriger l'interprétation de la musique d'un orchestre ou d'une chorale en concert. Les principales tâches du chef d'orchestre sont de définir le tempo, d'assurer les entrées correctes des différents membres de l'ensemble et de « modeler » le phrasé, le cas échéant. Pour transmettre ses idées et son interprétation, un chef communique avec ses musiciens principalement par des gestes de la main, et généralement, mais pas toujours, à l'aide d'une baguette. Il peut utiliser d'autres gestes ou signaux, tels que le regard vers les interprètes ou exécutants concernés. Les intentions du chef sont presque toujours complétées par des instructions verbales ou des suggestions lors des répétitions avant le spectacle.
Le chef d'orchestre se tient généralement sur une estrade surélevée, avec un grand pupitre pour poser le conducteur : celui-ci contient la notation musicale de tous les instruments et éventuellement les voix. Depuis le milieu du , la plupart des chefs ne jouent pas d'un instrument lors de leur pratique de direction, alors que dans la période antérieure de la musique classique, la direction d'un ensemble était communément confiée à un interprète jouant d'un instrument. Dans la musique baroque entre les années 1600 à 1750, le groupe musical était généralement dirigé par le claveciniste ou le premier violon, une approche reprise à notre époque par plusieurs chefs pour l'exécution de la musique de cette période. Le chef peut diriger depuis le piano ou un synthétiseur, comme cela se pratique dans la comédie musicale. Généralement, la communication au cours de l'exécution est non-verbale (c'est le cas en musique classique, mais dans de grands groupes de jazz ou d'ensembles pop, il peut y avoir des instructions vocales, comme un « count in » – tel le « »). Cependant, lors des répétitions, des interruptions fréquentes permettent au chef de donner des instructions verbales pour indiquer comment la musique doit être jouée ou chantée.
Les chefs d'orchestre sont un guide pour les orchestres et les éventuels chœurs sous leur direction. Ils choisissent les œuvres qui seront interprétées et étudient la partition, à laquelle ils peuvent faire certains ajustements (par exemple, au sujet du tempo, de l'articulation, du phrasé, des reprises de sections...), travaillent leur interprétation et relaient leur vision aux instrumentistes ou chanteurs. Ils peuvent aussi superviser les questions d'organisation, telles que la planification des répétitions, la planification d'une saison de concerts, les auditions et la sélection des instrumentistes, ainsi que la promotion de leur ensemble dans les médias. Les orchestres, les chorales, les orchestres d'harmonie et d'autres ensembles musicaux de taille importante, tels que les big bands, sont généralement dirigés par des chefs d'orchestre.
Nomenclature
Le chef d'orchestre principal d'un orchestre ou d'une compagnie d'opéra est à la fois directeur de la musique et chef d'orchestre, ou en Allemagne, Kapellmeister autrefois, et maintenant Chefdirigent. Les chefs de chœurs ou de chorale sont parfois associés avec un orchestre. Les chefs d'ensembles d'harmonie, d'ensembles militaires, de fanfares et autres groupes peuvent détenir le titre de chef d'orchestre, chef d'harmonie, ou tambour-major. Des chefs d'orchestre de renom sont parfois désignés par le terme italien de maestro (« maître »), pour marquer le respect envers leur « maîtrise » de l'art musical.
Histoire Du Moyen Âge au Une première forme de direction est la chironomie, utilisation de gestes de la main pour indiquer la forme mélodique. Elle a été pratiquée d'au moins aussi loin que le Moyen Âge. Dans l'Église chrétienne, la personne qui donne ces signes tient une longue canne pour indiquer son rôle, et il semble que plus la musique est devenue rythmiquement impliquée, plus la canne, ou bâton de direction, est déplacée vers le haut et vers le bas pour indiquer le rythme aux musiciens.
vignette|Trevor Pinnock dirige du clavecin. Au , d'autres dispositifs pour marquer le temps sont utilisés. Des feuilles de papier roulées, de petits bâtons et des mains nues sont visibles dans les tableaux de cette période. La canne, longue et lourde, est responsable de la mort de Jean-Baptiste Lully, qui s'est blessé au pied avec l'une d'elles, lorsqu'il dirigeait un Te Deum pour la guérison du roi. La plaie est devenue gangreneuse. Lully ayant refusé l'amputation, la gangrène s'est propagée et il est mort deux mois plus tard.
Dans la musique instrumentale, tout au long du , un membre de l'ensemble agit généralement en tant que chef d'orchestre. Cela était parfois le premier violon, qui pouvait utiliser son archet comme baguette, ou un luthiste qui déplaçait le manche de son instrument en rythme. Il était courant pour le claveciniste de diriger tout en faisant la basse continue. Lors des représentations d'opéra, il y avait parfois deux chefs : le claveciniste, responsable des chanteurs et le premier violon ou le chef, responsable de l'orchestre.
vignette|Giuseppe Verdi dirige son opéra Aida en 1881.
Au début du , il devient la norme d'avoir un chef dédié qui ne joue pas d'instrument au cours de l'exécution de l'œuvre. La taille de l'orchestre s'élargissant au cours de cette période, l'utilisation d'une baguette devient plus fréquente, car elle est plus facile à voir que les mains nues ou un papier roulé. Parmi les premiers chefs notables, on trouve Louis Spohr, Carl Maria von Weber, Louis-Antoine Jullien et Felix Mendelssohn, tous également compositeurs. Mendelssohn est prétendument le premier chef à avoir utilisé une baguette en bois pour garder la mesure et le tempo, une pratique encore généralement en usage aujourd'hui. Cependant, parmi les chefs de premier plan, certains ne l'ont pas utilisée, ou ne l'utilisent pas, notamment Kurt Masur, James Conlon et Yuri Temirkanov, ainsi que Pierre Boulez, Leopold Stokowski, Vassili Safonov, Eugene Ormandy (pendant une période) et Dimitri MitropoulosElliott W. Galkin, (1988) A History of Orchestral Conducting: In Theory and Practice, , Pendragon ..
Les compositeurs Hector Berlioz et Richard Wagner se sont hissés au statut de grands chefs d'orchestre et ils ont écrit tous deux les premiers essais consacrés au sujet. Berlioz est considéré comme le premier chef virtuose. Wagner est en grande partie responsable de l'élaboration du rôle du chef d'orchestre comme étant celui qui impose sa propre vision de l'œuvre sur l'interprétation, plutôt que celui qui est seulement chargé d'assurer les départs au bon moment et veiller au rythme unifié. Les prédécesseurs centrés uniquement sur la direction comprennent notamment François Habeneck, qui a fondé l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire à Paris en 1828, même si Berlioz s'est alarmé, plus tard, de l'absence de rigueur d'Habeneck lors des répétitions. Le pianiste et compositeur Franz Liszt est aussi une figure majeure dans l'histoire de la direction, atteignant de remarquables interprétations.
Le champion du temps de Wagner était Hans von Bülow (1830–1894), particulièrement célèbre comme chef d'orchestre, bien qu'il ait maintenu sa carrière initiale de pianiste, par laquelle il a été considéré comme l'un des plus grands interprètes – il était un des élèves favoris de Franz Liszt, dont il épousa la fille Cosima, qui l'abandonna pour Wagner.
Bülow a élevé les normes techniques de direction à un niveau sans précédent, grâce à des innovations telles que les répétitions distinctes et détaillées des différentes sections de l'orchestre dites « répétition de section ». Dans ses postes à la tête du Bayerische Staatsoper, Meininger Hofkapelle et du Philharmonique de Berlin, il a apporté un niveau de nuances et de subtilité à l'exécution orchestrale, entendu jusque dans les solos. Il a fait une profonde impression sur de jeunes artistes, tels Richard Strauss, qui, âgé de vingt ans, était son assistant, et Felix Weingartner, qui, bien que désapprouvant ses interprétations, était profondément impressionné par ses principes de direction d'orchestre. Le compositeur Gustav Mahler est également connu comme chef d'orchestre.
vignette|Arthur Nikisch. La génération suivante de chefs d'orchestre porte les normes techniques à de nouveaux niveaux ; peut-être le plus important d'entre-eux est-il le hongrois Arthur Nikisch (1855–1922), qui, en 1895, a succédé à Bülow au poste de directeur de la musique du Philharmonique de Berlin, après avoir été à la tête de l'Opéra de Leipzig, l'Orchestre symphonique de Boston et le Gewandhaus de Leipzig, ainsi que de l'Orchestre symphonique de Londres. Nikisch a créé des œuvres importantes d'Anton Bruckner et Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui admiraient grandement son travail ; Johannes Brahms, après avoir écouté sous sa direction sa quatrième symphonie, dit qu'elle était d'une interprétation .
Nikisch effectue avec l'Orchestre symphonique de Londres une tournée à travers les États-Unis en – première tournée américaine d'un orchestre européen. Il a aussi réalisé le plus ancien enregistrement d'une symphonie entière, la cinquième symphonie de Beethoven avec l'Orchestre philharmonique de Berlin en pour le label Deutsche Grammophon. Nikisch est également le premier chef d'orchestre à avoir été filmé dans lors d'une exécution (film hélas muet de 1913). Le film confirme la relation qu'il faisait de l'usage particulièrement envoûtant du contact par les yeux et l'expression pour communiquer avec l'orchestre ; plus tard, des chefs d'orchestre, dont Fritz Reiner, ont déclaré que cet aspect de sa technique avait eu une forte influence sur la leur.
La génération des chefs d'orchestre venant après Nikisch a laissé de nombreux témoignages enregistrés. Deux chefs particulièrement influents et largement enregistrés sont souvent traités, un peu à tort, comme aux antipodes de l'interprétation. Le premier est l'italien Arturo Toscanini (1867–1957), et le second l'allemand Wilhelm Furtwängler (1886–1954). Toscanini qui jouait du violoncelle dans l'orchestre sous la direction de Giuseppe Verdi a fait ses débuts en tant que chef dans Aida en 1886, remplaçant à la dernière minute le chef indisposé. Il est considéré aujourd'hui par des autorités telles que James Levine comme le plus grand chef verdien. Mais le répertoire de Toscanini était large, comprenant notamment les symphonistes allemands Beethoven et Brahms, où il était particulièrement réputé et influent, favorisant des tempi rigoureux et plus rapides qu'un chef comme Bülow, ou Wagner avant lui. Pourtant, son style montre plus d'inflexion que sa réputation le suggère. Il était particulièrement doué pour révéler les détails et obtenir des orchestres un jeu cantabile.
vignette|gauche|Igor Stravinsky en 1929. Furtwängler, que plusieurs considèrent comme le plus grand interprète de Wagner (bien que Toscanini ait également été admiré chez ce compositeur) et Bruckner, a dirigé Beethoven et Brahms avec beaucoup d'inflexions de tempo – mais en général, d'une manière qui révèle la structure et l'intention de la musique de façon particulièrement claire. Il était compositeur, pianiste et disciple du théoricien Heinrich Schenker, mettant l'accent sur l'importance des tensions harmoniques et résolutions dans un morceau, une force de la direction de Furtwängler. Parallèlement à son intérêt pour la grande structure, Furtwängler a également façonné les détails des morceaux d'une manière particulièrement convaincante et expressive. gauche|vignette|Herbert von Karajan dirige l'Orchestre symphonique de la NHK à Tokyo en 1954.