Corto Maltese est un personnage de bande dessinée créé par Hugo Pratt. Il est marin et aventurier, né à Malte et sujet britannique, évoluant dans le premier tiers du 20e siècle, et a donné son nom à la série de bande dessinée Corto Maltese. Vingt ans après la disparition d'Hugo Pratt, la série a été reprise par deux auteurs de bande dessinée espagnols, Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero. Dix années plus tard, voit le jour une adaptation au 21e Siècle par deux bédéistes français, Martin Quenehen et Bastien Vivès.

Création du personnage La première apparition de Corto Maltese remonte à , dans le n°1 du magazine italien Sgt. Kirk, avec la prépublication de Una ballata del mare salato, aventure qui sera finalement publiée en France en 1975 sous forme de roman graphique avec pour titre La Ballade de la mer salée. Corto n'est qu'un personnage parmi les autres de cette aventure.

Le personnage de Corto sera repris par Hugo Pratt dans le magazine Pif de 1970 à 1973 sous forme d'aventures de 20 planches.

Dans l'œuvre de Hugo Pratt on trouve plusieurs précurseurs du personnage :

Dans Ann de la jungle (Ann y Dan) d'Hugo Pratt, publié dans le magazine argentin Supertotem (1959-1960), Tipperary O’Hara, le marin du navire , préfigure déjà Corto MaltesePublié en album en français sous le titre Ann de la Jungle, Paris, Casterman, 1978..

Un des compagnons du sergent Kirk portait déjà le surnom de « El Corto », dans des aventures publiées entre 1953 et 1959 en Argentine, bien avant donc la création du marin maltaisHéctor Germán Oesterheld (scénario) et Hugo Pratt (dessin), Sergent Kirk, : Tuskar le cruel, collection « Aventures », Paris, Les Humanoïdes Associés, 1987., sauf que son véritable nom est Jimmy LeaIdem, cf. Tome 5 : Une étrange démence - Une aventure de jeunesse de Corto..

Pour le physique, Corto est inspiré de Burt Lancaster dans le film Le Roi des îles (1953).

Quant au nom de famille, c’est peu après avoir vu le film de John Huston, Le Faucon maltais, adapté du roman Le Faucon de Malte, de Dashiell Hammett, que vint à Pratt l’idée du patronyme, imposant finalement son lieu de naissance.

Le personnage a également beaucoup en commun avec un oncle d'Hugo Pratt marin antifasciste. Il dira d'ailleurs que Corto n'est pas une partie de lui ni son fils mais son oncle et qu'il raconte à travers Corto les histoires d'un oncle

Quant à la jeunesse du personnage, des révélations essentielles sont apportées par Hugo Pratt à partir de 1981 dans ce qui devient l'album La Jeunesse de Corto Maltese. Il le fait avec l'aide de son ami, l'écrivain espagnol Juan Antonio de Blas qui s'amuse à donner à Corto et à certains personnages de la série une assise historique et bibliographique ayant l'apparence du vraiCe travail a été salué, entre autres, par Jean-Claude Guilbert, dans son essai Hugo Pratt, la traversée du labyrinthe, Paris, Edi8, 2015 ..

Biographie du personnage Pour reconstituer la biographie du personnages de Corto, ainsi d'ailleurs que celle de bon nombre de personnages récurrents de la série, il faut avoir recours à des sources complémentaires aux seuls albums de roman graphique. En effet, Hugo Pratt et certains de ses proches ont disséminé, dans d'autres ouvrages, de nombreux détails sur le personnage mais aussi sur l'auteur lui-même :

De l'autre côté de Corto : entretiens de Hugo Pratt avec Dominique Petitfaux Le désir d'être inutile : entretiens de Hugo Pratt avec Bruno Lagrange et Dominique Petitfaux Corto Maltese, mémoires : par Michel Pierre Les femmes de Corto : par Michel Pierre J'avais un rendez-vous : relation par Hugo Pratt de son dernier voyage dans la Pacifique Sud (intégrant des planches inédites de Corto) Les versions "roman" de La Ballade de la Mer salée (Corto Maltese) et de En Sibérie (Cour des Mystères) de Hugo Pratt Un grand nombre d’aquarelles de l'auteur, montrant le héros dans certains lieux, à certains moments ou en compagnie de personnes désignées et même d'autres œuvres de Hugo Pratt, dans d'autres séries, donnant des bribes d'informations sur Corto ou ses amis.

L'enfance gauche|vignette|La Valette, ville de naissance de Corto. Corto Maltese est né à La Valette (Malte) le .. Son père, à la barbe rousse, originaire de Tintagel dans les Cornouailles, était marin dans la (dont il gardera la nationalité britannique). Celui-ci déclarait être le neveu d’une sorcière de Man qui avait un chat roux et celui d'un vieux diable de Tintagel. Mais il racontait un tas de choses quand il se perdait dans l'alcool, selon Corto. Le père légua au fils une jarre remplie de doublons provenant de l'Invincible Armada. Sa mère était une gitane, originaire de Séville, née dans le quartier de Triana. Cette danseuse de flamenco et fameuse sorcière était célèbre sous le nom de « ».. C'est d'ailleurs à Gibraltar que se rencontrèrent ses parents, près du château maure, avant de s'installer à La Valette. Puis c'est là où le jeune Corto passa une partie de son enfance, avant de vivre à Cordoue, habitant une maison donnant sur un patio fleuri de la juderia, près de la mosquée.

On en apprend plus sur ses ancêtres grâce à Bouche dorée, magicienne brésilienne affirmant vivre depuis plusieurs siècles, qu'il rencontre en 1916. Celle-ci lui parle en effet de plusieurs de ses ascendants qu'elle a connus : son arrière-grand-père qui combattait à Queimada (nord du Brésil) ; son arrière-grand-père (peut-être le même) qu'elle croisa à Zanzibar (en actuelle Tanzanie) ; ainsi que son trisaïeul qu'elle rencontra lors de la deuxième invasion anglaise à Buenos Aires (qui aurait la même tête que lui selon ses dires)Allusions exprimées respectivement dans les histoires : Samba avec Tir Fixe, La Conga des bananes et L’Aigle du Brésil.. vignette|Cordoue, calleja de las Flores, un des lieux de la ville appréciés par le marin.. Enfant illégitime, Corto grandit dans un milieu baigné de magie auprès de sa mère, qui sait lire le passé et l'avenir dans les cartes comme dans les lignes de la main. Corto se plaît à faire croire que le peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres a pris sa mère comme modèle, dont il était follement épris. Le Maltais aurait hérité de sa mère le haut du visage, le nez, les pommettes saillantes et les yeux perçants, et de son père le bas, la bouche et la mâchoire carrée.

Un jour, à Cordoue, une amie de sa mère tente de lire son avenir dans les lignes de sa main. Mais elle se trouve étonnée de ne pas voir de ligne de chance. , rétorque-t-il. Il court fouiller dans les affaires de son père, se saisit d’un rasoir d’argent, le polit pour faire disparaitre son ternissement et s’entaille profondément la paume de la main. Ceci fait, ses forces l’abandonnent, sa vision se brouille et il perd connaissance Corto en Córdoba.

Il doit son éducation à Ezra Toledano, un amour de jeunesse de sa mèreCorto Maltese – Mémoires, Michel Pierre, Casterman, 1988., un rabbin qui le fait étudier chez lui. Il l'initie à la Torah, le Talmud, la Kabbale et le , ainsi qu'à des histoires secrètes. Le jeune homme en garde un goût des signes, des symboles, des jeux du réel et de l'imaginaire. Puis, le religieux le fait entrer à dans le collège hébraïque de La Valette qu'il dirige. Le jeune homme arrêtera ses études à 16 ou 17 ans. Enfin, c'est depuis son enfance qu'il pratique la discipline du marquis de Queensberry, autrement dit la boxeComme il le déclare dans Mû, après avoir battu en duel un homme-jaguard..

Le père de Corto, souvent absent, lui donne néanmoins un goût pour la liberté et les fables qu’il gardera toute sa vie. Le fils l'accompagna d'ailleurs en 1893 lors d'un de ses voyages et rencontra le futur écrivain Joseph Conrad, alors officier de la marine marchande britannique.

L'adolescence Adolescent, Corto prend le large pour la première fois pour débarquer en près de Pékin, pendant la révolte des Boxers, où il détruit un canonSur cet épisode de sa vie, voir l'interprétation de , assistant de Pratt, Le Fanfaron, revue française Corto, n] 16, avril 1988 et album Casterman, 1993)..

Au début de l’année 1903, il s’embarque à La Valette en tant que marin sur le qui y faisait relâche, débutant ainsi sa vie d’errance. Il fait escale en Égypte, se trouvant fin janvier au Caire. Introduit par le rabbin Toledano, il obtient de mystérieux documents et un rendez-vous près des pyramides de Gizeh. Sur place, un rabbin lui remet une carte sur l'emplacement des mines d’or du roi SalomonLes mêmes mines évoquées dans le roman de Henry Rider Haggard. En février, rejoignant son bateau à Ismaïlia (au bord du canal de Suez), il poursuit son périple par Aden (Yémen), Mascate (Oman), Karachi (Pakistan), Bombay (Inde), Colombo (Sri Lanka), Madras (Inde), Rangoon (Birmanie), Singapour, Kowloon (zone de Hong Kong), Shanghai et finalement Tien’Tsin (ces trois dernières villes sont situées en Chine). gauche|vignette|Soldats russes observant des militaires japonais tués dans leurs tranchées, lors de la guerre russo-japonaise. Fin 1904, il arrive en Mandchourie (Chine) en pleine guerre russo-japonaise. À Moukden (nom mandchou de Shenyang), il fréquente la famille Song et a une relation amoureuse avec Wee Lee Song, qui le marque durablement. Il devient également l'ami de l’écrivain américain correspondant de guerre Jack London. Non loin de Port-Arthur et de la frontière russo-chinoise, il fait la rencontre de Raspoutine, jeune déserteur de l’armée du Tsar (La Jeunesse). Puis, Corto et Raspoutine embarquent à T'ien-Tsin, en 1905.

De là, ils partent pour l’Afrique, se fixant comme objectif de rechercher les fameuses mines, situées en Dankalie (en actuelle Éthiopie), près du légendaire royaume de la reine de Saba. Cependant, à la suite d'une mutinerie en mer de Célèbes (au large des îles Sangihe, archipel d'Indonésie), leur voyage tourne court. Ils sont alors recueillis par un cargo en route pour l’Amérique, avant d'être débarqués à Valparaíso (Chili).

Sur place, ils gagnent Santiago en train, puis atteignent l'Argentine. En Patagonie en 1906, Corto rencontre, dans la ville de Cholila les hors-la-loi américains Butch Cassidy (qui deviendra pour lui un ami de longue date), Sundance Kid et sa femme Etta Place. Il côtoie également de riches latifundistes étrangers, tels que le señor Habban (événements évoqués dans Tango).

Libres voyages autour du monde Corto Maltese mène sa vie comme il l'entend et, s’il reconnaît la part de la chance, il semble pourtant la maîtriser. Pendant sept années, il court de port en port : en 1907, il se trouve à Ancône (Italie). Là, il rencontre Djougachvili, alors portier d'hôtel, qui sera connu plus tard sous le nom de Staline (événement évoqué dans La Maison dorée de Samarkand).

On sait qu’il est venu pour la première fois à Buenos Aires lors de son retour en Argentine en 1908. Il y apprit le tango, y fréquenta Jack London et y fit la connaissance du futur dramaturge américain Eugene O'Neill, à l'hôtel le Drowning MaudCet hôtel a bel et bien existé, situé près du , au croisement de la et de la .Tango, préface de Marco Castellani..

En 1908, il poursuit ses voyages incessants. On le retrouve à Marseille en 1909. Puis Trieste (Italie), où il fait la connaissance de l’écrivain James Joyce, grâce à leur ami commun, le socialiste irlandais James Conolly.