vignette|Une personne en train de monter une chaise achetée chez Ikea. Leffet Ikea, appelé aussi effet de possession, est le nom donné à un biais cognitif dans lequel les consommateurs accordent une valeur disproportionnée aux produits qu'ils ont partiellement créés. Le terme provient du nom du fabricant et vendeur de meubles suédois Ikea, qui vend de nombreux produits en kit nécessitant d'être assemblés.
Description L'effet Ikea a été décrit comme suit : FreemanXP - "Are your ideas really that good? Beware the Ikea effect", version archivée le 03/03/2018. Les consommateurs de l'étude IKEA restent attachés au fruit de leur travail même s'il manque des pièces ou que des éléments ont été mal montés.
Cela expliquerait aussi pourquoi .
Différents facteurs tels que les sentiments positifs (dont les sentiments de compétence) et l'heuristique de l'effort, expliquent l'effet IkeaÉric Singler, Étienne Bressoud, Marc Rigolot, Thierry Guinard, Christophe Trebosc, Beltrande Bakoula, Guide de l'économie comportementale 2018, Labrador et BVA, 2018, .
Historique et contexte Ce concept a été identifié et décrit par de la Harvard Business School, Daniel Mochon de l'université de Yale et Dan Ariely de l'université de Duke, qui publièrent les résultats de trois études en 2011. Ils ont défini l'effet Ikea en indiquant que « le travail seul peut suffire à induire une appréciation plus importante du fruit de notre labeur, même en montant un simple bureau standardisé, une tâche ardue et solitaire peut amener les individus à surestimer leurs (pauvres) créations. »
Norton, Mochon et Ariely ont cité le travail d'autres chercheurs antérieurs en matière de « justification de l'effort » qui a montré que plus quelqu'un s'investit dans quelque chose, plus il lui accorde de valeur. Ce phénomène a été observé par Leon Festinger (1957) et dans des domaines ayant trait à la psychothérapie (Axsom & Cooper, 1985) et au lavage de cerveau (Schein, 1956).
Comme l'ont noté Norton et ses collègues, les concepteurs étaient familiarisés avec l'effet Ikea bien avant qu'il ait un nom ou soit scientifiquement admis. L'effet Ikea avait été observé par les négociants depuis longtemps déjà. Par exemple, lorsque des préparations instantanées de gâteaux ont pour la première fois été commercialisées dans les années 1950, de nombreuses personnes ont résisté car cela rendait la cuisine « trop simple », minimisant ainsi leur travail et leur savoir-faire. Parce qu'elles ne se sentaient pas « investies » dans le processus de préparation, elles n'accordaient aucune valeur au produit. En réponse à ce problème, les fabricants de ces préparations ont procédé à une simple modification de la recette : les consommateurs devaient rajouter un œuf. En ajoutant une opération de plus - casser un œuf - les gens avaient en fait l'impression de faire de la pâtisserie, ce qui entraîna une hausse des ventes des préparations instantanées de gâteaux.
Norton et ses collègues chercheurs ont également cité l'exemple de Build-a-Bear qui permettait aux gens de faire leurs propres ours en peluche. De nombreux consommateurs apprécient cette option qui leur coûte cher alors que le fabricant ne supporte aucun coût de production. De plus, les chercheurs ont signalé la popularité des « vacances à la ferme » où les habitants des villes payaient pour effectuer le travail du fermier à sa place. De tous ces cas, les chercheurs ont déduit que les individus semblent plus disposés à payer une chose dans laquelle ils ont mis de l'énergie et du travail.
Les chercheurs ont indiqué, tout comme des études de psychologie du consommateur menées au préalable qui démontraient essentiellement l'existence de l'effet Ikea, que de nombreuses entreprises voyaient les consommateurs comme des « co-créateurs » au lieu de « simples bénéficiaires » de l'objet. L'implication des consommateurs dans la conception, la commercialisation et le test des produits était un élément important dans cette évolution.
Une étude menée par Aronson et Mills en 1959 décrite comme « classique » a fourni des résultats proches de l'effet Ikea ou d'un phénomène apparenté. Des participantes devaient se soumettre à « aucune initiation », « une initiation légère » ou « une forte initiation » avant de rejoindre un groupe de discussion. L'appréciation ultérieure de la valeur du groupe par ces femmes était proportionnelle à l'effort qui leur avait été demandé avant d'être autorisée à intégrer le groupe.
Selon les travaux d'autres chercheurs démontrant un « besoin humain fondamental de réalisation - une capacité à produire avec succès les résultats désirés dans son environnement », Norton et ses collègues ont débattu du fait « qu'un des moyens permettant aux individus d'atteindre cet objectif était d'apprécier et de contrôler des objets et possessions ». Ils mirent l'accent sur l'étude-phare d'Albert Bandura datant de 1977 qui montrait « qu'accomplir ses tâches avec succès était un moyen crucial permettant aux individus de se sentir compétent et de garder le contrôle sur les choses. »
Expériences de Norton et associés Norton et ses collègues menèrent une recherche afin de savoir si les consommateurs seraient prêts à payer davantage pour des produits en kit qu'il faudrait assembler soi-même. La recherche comprenait trois différentes expériences dans lesquelles les participants construisaient des pièces en Lego, des figurines pliées en origami et des boîtes assemblées Ikea.
Dans la première expérience, on confiait la tâche aux sujets de monter des meubles Ikea. Les chercheurs ont ensuite donné un prix aux articles que les participants avaient assemblés ainsi qu'à des articles Ikea pré-assemblés. Les résultats montrèrent que les sujets étaient prêts à payer 63 % de plus pour les premiers que pour les seconds.
Dans la seconde expérience, les chercheurs demandèrent aux sujets de fabriquer soit des grenouilles soit des grues en origami. Ils demandèrent alors aux participants combien ils étaient prêts à payer pour leur travail. À la suite de cela, les chercheurs réunirent un autre groupe de personnes n'ayant pas participé à la création d'origami. On demanda aux nouveaux sujets combien ils étaient prêts à payer pour les figurines réalisées par les participants.
Ensuite, le chercheur demanda combien ils étaient prêts à débourser pour un origami réalisé par un expert. Ils étaient prêts à payer davantage pour ce dernier. Le premier groupe-test s'est vu remettre un lot d'origamis comprenant un lot de leurs créations et un autre lot d'origami réalisés par des experts. Sans savoir que leurs créations faisaient partie du lot, on demanda à ces personnes d'évaluer les différents origami. Ils jugèrent les origami qu'ils avaient créés de qualité égale à ceux réalisés par les professionnels.
La troisième et dernière expérience impliquait deux groupes de personnes. On demanda au premier groupe d'assembler un meuble Ikea dans sa totalité tandis que le second ne devait le monter que partiellement. Les deux groupes durent ensuite évaluer ces articles. Les résultats montrèrent que les individus qui avaient monté l'objet en entier étaient prêts à payer davantage que ceux qui n'avaient monté l'article qu'en partie.
Conclusions des expériences Les expériences menées par Norton et ses collègues démontrèrent que le fait d'assembler soi-même un produit influençait la valeur que l'on accorde au produit. Les résultats suggèrent que lorsque des individus construisent un produit précis eux-mêmes, même s'ils fournissent un piètre travail, ils vont juger le résultat final meilleur que s'ils n'avaient pas fourni d'effort pour le réaliser.
D'après Norton et ses collègues, les participants « virent leurs créations d'amateurs comme de même valeur que les créations d'expert et attendaient des autres de partager leur opinion ». Il est certain que le travail mène à l'amour uniquement lorsqu'il débouche sur une tâche menée en totalité et avec succès. Lorsque les participants montent et détruisent ensuite leurs créations ou n'arrivent pas à les terminer, l'effet Ikea se dissipe. Les chercheurs conclurent également que « le travail augmentait la valeur accordée aux objets autant pour les bricoleurs que pour les novices ».
Les chercheurs notèrent que le fait d'utiliser de simples boîtes Ikea et pièces de Légo, qui ne permettaient pas de personnalisation, n'empêcha pas les participants de manifester l'effet Ikea.
Recherche ultérieure Gibbs et Drolet (2003) montrèrent qu'augmenter les niveaux d'énergie des consommateurs pouvait les convaincre de choisir des expériences demandant de plus gros efforts. Les sociétés ont, cependant, été prévenues qu'il ne fallait pas trop mettre les consommateurs au défi sans quoi ils seraient incapables d'accomplir la tâche et finiraient insatisfaits.
La recherche menée par Dahl et Moreau (2007) suggère que les consommateurs sont plus satisfaits lorsque la créativité nécessaire au montage d'un produit reste limitée.
Causes de l'effet Ikea L'un des facteurs est que . De plus, l'idée qu'ils fassent des économies en achetant des produits en kit leur donnerait l'impression d'être des « consommateurs malins ».
D'autres explications possibles de l'effet Ikea ont été avancées tel qu’. L'effet Ikea est l'un des quelques biais cognitifs semblant refléter un lien de cause à effet entre effort perçu et valorisation.
Les travaux de Norton et ses collègues démontrèrent que la manière d'évaluer les produits des participants n'était pas liée au fait de les posséder ou « au temps passé à les manipuler. ».
Exemples d'effets Ikea L'effet Ikea est censé contribuer à l'effet des coûts irrécupérables qui se produit lorsque les dirigeants continuent à allouer des ressources à des projets quelquefois voués à l'échec en raison du travail déjà investi. L'effet est également relié au syndrome « pas inventé ici » dans lequel les dirigeants discréditent les bonnes idées ayant été développées ailleurs au profit d'idées (possiblement inférieures) développées en interne.
L'écrivain Tyler Tervooren réalisa qu'il était témoin d'un exemple de l'effet Ikea lorsqu'il vit une maison à vendre à un prix supérieur à sa valeur d'au moins du fait que sa propriétaire avait fait construire, aménager et décorer elle-même chaque millimètre de la maison à son goût. Alors qu'elle considérait la maison comme « un chef-d'œuvre », Tervooren voyait Tervooren réalisa qu'il avait été, lui aussi, victime de l'effet Ikea à plusieurs reprises :
Il est possible de dire que l'heuristique d'effort se manifeste, outre le renforcement social, dans le cas de la production d'un travail bénévole, où l'argent n'est pas le principal renforçateur secondaire (par exemple, dans le cas où les programmeurs ont été sollicités pour aider gratuitement à la création de programmes open-source tels que le systèmes d'exploitation Linux).
Animaux L'effet Ikea a également été observé sur des animaux comme les rats et les étourneaux qui préfèrent obtenir de la nourriture de sources qui requièrent un effort de leur part (Kacelnik & Marsh, 2002; Lawrence & Festinger, 1962).
Dans une étude publiée en 2010, des neuroscientifiques de l'Université Johns Hopkins ont constaté qu'un effet similaire était également observé chez les souris. Lors de l'expérience, les souris de laboratoire avaient le choix entre deux sources de nourriture : Pour obtenir le liquide sucré au goût A, ils devaient appuyer sur l'un des deux leviers. Pour obtenir le liquide sucré au goût B, ils devaient appuyer sur l'autre levier. Progressivement, la quantité de travail nécessaire pour l'un des deux arômes a été augmentée, c'est-à-dire que les souris ont dû appuyer jusqu'à sur le levier correspondant. Pour l'autre saveur, l'effort est resté le même. Après leur retour dans leur cage, les souris ont montré une préférence marquée pour la saveur pour laquelle elles avaient dû travailler plus dur.
Commerce Tervooren a prévenu les propriétaires de commerces qu'ils pouvaient