Georges Ducrocq, né à Lille le et mort à Morey dans le département de la Meurthe-et-Moselle le , est un explorateur, écrivain, poète et diplomate français.
Il fonde plusieurs revues littéraires dont L'Austrasie en 1905 et Les Marches de l'Est en 1909.
Biographie
Jeunesse et formation Georges Alfred Jean Ducrocq, né le au du boulevard de la Liberté à Lille, est le fils d'Alfred Louis Henri Joseph Ducrocq (1843-1894), notaire et de Léonie Sophie Leroy (1845-1890).
Après une scolarité chez les Jésuites à Lille et au collège Stanislas à Paris, il poursuit ses études à la faculté de droit de Paris et à l'École des sciences politique. Charles Droulers rapporte qu'au printemps 1895, il partage une garçonnière avec Louis Marin au 4 étage du de l'avenue de l'Observatoire. Devenu avocat à la cour d'appel de Paris, il est admis à la Société de géographie commerciale de Paris en .
Il visite en compagnie de Louis Marin le Caucase et le Turkestan russe en 1899 puis, en 1901, entreprend un important périple en Extrême-Orient, toujours avec le même compagnon et un ami nommé Paul Collenot.
En , les trois partent ainsi de Paris et gagnent Moscou où ils empruntent le Transsibérien qui, en onze jours, les mènent à Irkoutsk. Ils longent à cheval et en tarantass le lac Baïkal, remontent l'Irkout et pénètrent en Mongolie. Ils descendent ,ensuite la Chilka puis l'Amour, visitent Khabarovsk, Nikolaevsk et arrivent à Vladivostok. Ils voient encore Kharbine et Moukden puis atteignent Pékin.
Après Port-Arthur, Ducrocq laisse ses compagnons et s'embarque pour la Corée. Il visite alors Séoul.
Rentré en France en , il fait paraitre deux volumes, Pauvre et douce Corée et Du Kremlin au Pacifique. Ce dernier ouvrage est couronné par la Société de géographie commerciale de Paris.
Écrivain et fondateur des revues L'Austrasie et Les Marches de l'Est Marcel Grosdidier de Matons écrit que « Georges Ducrocq représente la génération des fils de vaincus, de ceux qui n'avaient pas accepté, qui ne se résignèrent jamais ». Installé à Metz qu'il a découvert avec son ami Louis Marin en 1905, il consacre ses qualités d'écrivain à la cause qui lui est chère, la défense de la langue et de la culture française, notamment dans les territoires annexés d'Alsace-Lorraine.
En 1905, il fonde la revue trimestrielle L'Austrasie, revue du pays messin et de Lorraine, historique, littéraire, artistique et illustrée. C'est une reprise de la revue régionale qui a existé, sous ce nom, de 1837 à 1867. En 1906, il prend une part active au succès de la campagne de son ami Louis Marin, qui est élu député de la première circonscription de Nancy.
Il épouse Marie Henriette Victorine Boutemy à la mairie de Lys le .
En 1909, il fonde Les Marches de l'Est, revue mensuelle de littérature, d'art, d'histoire et de politique. Préfacée par l'écrivain nationaliste lorrain Maurice Barrès, elle veut « éclairer sur la menace grandissante de l'impérialisme germanique ». La revue parait jusqu'au début de la Première Guerre mondiale.
La même année, il est le témoin, avec Charles-Léon Bernardin, collaborateur de la revue Les Marches de l'Est, de leur ami Charles Demange (neveu de l'écrivain Maurice Barrès) lorsque celui-ci provoque en duel M. d'Ardenne de Tizac, conservateur du musée Cernuschi. En 1911, deux ans après le suicide de Charles Demange, il publie avec Charles-Léon Bernardin Le Souvenir de Charles Desmange qui regroupe des textes du disparu et des hommages de ses amis.
Candidat aux élections législatives de 1910 dans la 6 circonscription de Lille, il est en tête au premier tour mais perd au second tour, avec 48,17% des voix, face à Gustave Dubled (SFIO).
Il publie deux livres remarqués, La Blessure mal fermée, notes d'un voyageur en Alsace-Lorraine en 1910, qui obtient le Prix Jules Davaine de l'Académie française en 1912 et Les Provinces inébranlables en 1913. Suivront un roman, Adrienne publié en 1914, dont l'action se déroule en Lorraine et des recueils de poésie.
Pendant la période d'avant-guerre, il est également le secrétaire général de l'Association amicale franco-chinoise qui publie un bulletin régulier.
Engagé volontaire pour la Première Guerre mondiale puis diplomate N'ayant pas fait de service militaire, il s'engage volontairement le comme simple soldat au 66 bataillon de chasseurs à pied. Nommé caporal dès le , il est rapidement promu sergent, puis adjudant en septembre et sous-lieutenant affecté à la 10 compagnie en octobre de la même année. Nommé lieutenant en , il est à la tête d'un peloton de mitrailleuses et termine la guerre avec le grade de capitaine. En , il est cité à l'ordre du jour du 17 groupe de bataillons de chasseurs à pied : « venu spontanément pour prendre part à l'offensive des Flandres, s'est offert, les 1 et , pour accomplir dans des conditions difficiles et périlleuses, la liaison entre le commandement du groupe et le colonel d'un régiment voisin, et a rempli sa mission avec une bravoure et sang-froid remarquables ».
Il commence alors une carrière de diplomate en Perse, comme attaché militaire à Téhéran, où il est en fonction lorsqu'il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1921. Durant l'été 1923, il est choisi pour une mission en Syrie et attaché à l'état-major du général Maxime Weygand à Beyrouth. Celui-ci rapporte qu'il y était « chargé, au service des renseignements, de l'étude des questions concernant la politique arabe générale. Il devait être l'âme de cet important service […] L'idée qu'il a su extraire de ses travaux et mettre en évidence, s'est imposée par la suite, et reste maintenant le seul jalon solide sur la route encore embrouillée des destinées syriennes ». Après dix-huit mois de travaux, il demande son rappel et quitte la Syrie en .
Il est alors nommé rédacteur en chef de La Nation, l'organe hebdomadaire de la Fédération républicaine de France, le parti politique que préside son ami Louis Marin à partir de 1925. Louis Dumont-Wilden rapporte qu'il « s'apprêtait à la [la France] servir encore dans le dur combat politique qui commençait ».
Le , parti à la chasse avec des amis (dont le député de Meurthe-et-Moselle Désiré Ferry) dans les bois, non loin du château de Morey qu'il a acquis à son retour de Syrie, Georges Ducrocq meurt brutalement, terrassé par une crise cardiaque. Après une cérémonie à l'église de Morey le 1 octobre, il est inhumé à Lille le .
Œuvres
Revues L'Austrasie : revue du pays messin et de Lorraine : historique, littéraire, artistique et illustrée, années 1905-1923 consultables sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Les Marches de l'Est (Paris), années 1913-1914 consultables sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.
Ouvrages Pauvre et douce Corée, 1904 (lire sur Wikisource) Du Kremlin au Pacifique, 1905 Les Matins lumineux, 1907 La Blessure mal fermée, notes d'un voyageur en Alsace-Lorraine, 1910 Les Roses du Valois, poèmes, 1912 Les Provinces inébranlables, l'Austrasie, la question d'Alsace-Lorraine, Metz, la Wallonie, 1913 Adrienne, 1914 Les Lions et les cœurs (notes sur le Danemark), 1914 La Fleur de Lille, 1917 Le journal de Soleiman, 1924 La Belle Libanaise, 1930 Jours ardents, poésies posthumes, 1935 (posthume) Journal de Perse in [édition et introduction de Yann Richard], Regards français sur le coup d’État de 1921 en Perse, Journaux personnels de Georges Ducrocq et Hélène Hoppenot, Leiden - Boston, Brill, 2015, VI-699 p.
Hommages et distinctions
Distinctions 1912 : Académie française - Prix Jules-Davaine pour La Blessure mal fermée , décret du
Hommages
Une rue de Metz lui rend hommage. Une croix en grès de lorraine, élevée par son épouse, est inaugurée en dans le bois de Custines où il est mort, en présence de son ami de toujours, l'ancien ministre Louis Marin. Sur les quatre faces du monuments, on lit des inscriptions tirées de ses ouvrages : Sous la croix : « Ici est mort le , en la fête de saint Michel, Georges Ducrocq, écrivain français, capitaine aux chasseurs à pied. » et « Dieu l’a rappelé à lui dans cette forêt qu’il a chantée au cœur de la Lorraine qu’il a tant aimée, en vue de Metz et des pays captifs dont la liberté orienta toute sa vie, sur ce Grand Couronné qu’il avait contribué à faire défendre. » À droite : « Agir, ne plus douter de mon pays ni de mes propres forces, agir, servir, être un soldat dans le rang, lutter sans trêve, être l’artisan de la victoire, mourir content. Georges Ducrocq, Adrienne, printemps 1904. » À gauche : « Depuis 40 ans, on s’habitue à glorifier la défaite, le courage malheureux, on t’enseigne à courber la tête. Relève-la, quitte l’erreur et le respect humain de tes aînés et prends en pitié leurs vaines disputes. Pour toi, poursuis ta tâche, reprends bien en main ton épée et, le jour où il faudra frapper dur, la victoire te tend les bras. Georges Ducrocq, . » Face arrière : « Mon heure est venue, la victoire et la paix éternelle sont à celui qui n’a pas failli. Ne les oublions pas. Georges Ducrocq, Les Lions, 1912. »
Notes et références
Bibliographie
Numa Broc, Dictionnaire des explorateurs français du siècle, T.2, Asie, CTHS, 1992, Regards français sur le coup d'état de 1921 en Perse, journaux personnels de Georges Ducrocq et Hélène Hoppenot, 2015 Éric Freysselinard, Louis Marin (1871-1960), itinéraire, place et rôle d’un dirigeant des droites françaises du premier vingtième siècle, thèse de doctorat à l'École doctorale Histoire moderne et contemporaine à la Sorbonne-Université, L'ami Georges Ducrocq, 2024, .
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