Conrad Graf () est un facteur de pianos autrichien-allemand. Ses pianos ont été utilisés, entre autres, par Beethoven, Schubert. , Chopin et Clara Schumann.

Biographie Graf a commencé sa carrière en tant qu'ébéniste, étudiant l'artisanat dans son pays natal, Riedlingen, dans le sud de l'Allemagne, dans ce qui était alors encore l'Autriche. Il accède au statut de compagnon en 1796 et émigre à Vienne vers 1798 ou 1799. En 1800, il sert brièvement dans les bénévoles de l'unité militaire le Jäger Freikorps, puis devient apprenti chez un fabricant de pianos nommé Jakob Schelkle, travaillant d'abord à Währing puis dans la banlieue de Vienne. Lorsque Schelkle meurt en 1804, Graf épouse sa veuve Catherine et reprend l'affaire familialePour ce paragraphe : ..

La famille Graf a deux enfants qui figurent dans les dossiers du recensement : Karalina Schelklin (née en 1802), issue du premier mariage de Katherina et Juliana Graf (née en 1806). Catherine meurt en 1814 et Graf ne se remarie pas.

On ne sait précisément comment Graf développe son style, ni ses méthodes de construction des pianos. Aucun des pianos de son mentor Schelkle ne nous sont parvenus et les instruments subsistants du début de la carrière de Graf ne sont pas très différents de ceux de sa pleine maturité. Comme dit Wythe. :

Le début du est une période de fermentation dans la fabrication des pianos. Wythe décrit le travail des constructeurs contemporains comme « un mélange instable d'artisanat traditionnel et de nouvelles technologies, se déroulant dans une atmosphère d'intense concurrence »Cité par .. Graf réussit bien dans ce milieu. En 1809, sa fabrique emploie dix ouvriers.. En 1811, elle quitte sa banlieue originale pour de nouveaux quartiers dans le centre-ville (plus cher).. En 1824, il est nommé facteur de piano et de clavier royal comme Fournisseur de la Cour impériale et royale..

En 1826, l'augmentation de la demande pour ses pianos conduit Graf à adopter des méthodes de production de masse, un domaine dans lequel il est pionnier. Auparavant la construction de ses pianos s'est déroulée dans de petits ateliers. Il achète la « Mondscheinhaus » (maison de la lune), une salle de danse à la mode au située dans le et la convertit en une fabrique de pianos, procédant à la suppression des lustres et autres équipementsWythe (1984, 448). Un rapport à partir de 1835 indique que l'usine compte 40 employés, (Wythe)/. De nombreux ouvriers vivent alors dans le même immeuble qui se compose de dix appartements. Entre 1827 et 1831 Graf construit deux bâtiments annexes à l'usine, lui ajoutant plus de 1000 mètres carrés.

La firme de Graf produira plus de 3000 instruments au long de son existence.. Comme le Grove Dictionary le remarque, les instruments « font preuve d'un remarquable degré de cohérence et peuvent être classés selon une série de modèles » sans doute une conséquence des méthodes de production de masse de Graf. La baisse des coûts de fabrication des instruments à l'usine conduit au cours du , à la généralisation de la possession des pianos par la classe moyenne.

En 1835, Graf remporte une médaille d'or pour son piano lors de la première exposition viennoise de produits industriels. Ses pianos étaient souvent détenus et joués par de célèbres musiciens.

En 1840 Graf prend sa retraite et vend à la firme à Carl Stein, petit-fils du célèbre facteur de pianos, Johann Andreas Stein.

L'entreprise de Graf a suffisamment de succès pour qu'il puisse devenir un amateur d'art, se constituant une vaste collection.. En 1840, il commande à Josef Danhauser, le célèbre tableau de Franz Liszt au Piano (voir plus bas), qui montre Franz Liszt jouant et imaginant un rassemblement de ses amisSchott (1977).. L'instrument représenté est un Graf.

Lors de son départ à la retraite Graf, sert en tant que bénévole auprès d'un homme d'affaires de l'association le Niederosterreichische Gewerb-Verein (« Association Industrielle de Basse-Autriche ») qu'il avait contribué à fonder en 1839. Il décède le , à l'âge de 69 ans. Ses dernières volontés prévoient un legs important à des organismes de charité.

Pianos

vignette|upright=1.5|Un piano de Conrad Graf. Comme c'est typique des pianos de son époque, Graf utilise peu le renforcement en métal pour ses instruments. Le seul métal structurel se trouve dans l'intervalle d'espacement qui renforce la structure, à l'endroit où les cordes se croisent sur l'action. En dehors de cela, leur construction est entièrement constituée de bois. La pose est à droite comme pour tous les pianos à cordes parallèles et non avec le passage des cordes basses sur celles des aigus comme c'est le cas sur les pianos modernes. Le registre est de ut-fa-sol. Il y a de trois à cinq pédales, outre la pédale standard on peut également trouver la pédale douce, basson, modératrices piano et pianissimo et une pédale janissaire.

Bien que dépourvus de cadre en métal les pianos Graf sont très robustes. Selon Wythe, « Les éléments du châssis sont constitués de cinq couches de stratifié de chêne et d'épicéa, solidarisés comme des briques à chaque jointure et au rail du chevalet, créant un cadre exceptionnellement stable ». La caisse est laminée (c'est-à-dire, construite en couches, comme c'est généralement le cas pour les grands queues modernesFine (2004).). Lorsque le nombre et la tension des cordes ont augmenté, cette construction robuste est venue empêcher la déformation qui pouvait être un problème commun des pianos Graf jusque-là.

Les pianos viennois, y compris ceux de Graf, sont connus pour l'amortissement efficace du son après que le relâchement de la touche. Graf obtient ce résultat par divers moyens. Les amortisseurs sont classés par taille (plus grande dans les basses) et il utilise des matériaux différents pour les différents registres (de la laine dans les aigus, du cuir dans la partie basse). Le poids des amortisseurs est également contrôlé : les amortisseurs pour des notes graves sont faits d'un bois plus lourd (hêtre), par rapport au tilleul utilisé pour les aigus. Les plus graves, amortisseurs de 13 à 17, sont lestés de plomb.

Un aspect curieux de certains pianos Graf, réside dans la présence d'une seconde table d'harmonie. Il n'y a pas de ponts entre les deux tables ni avec les cordes, la seconde table flotte simplement au-dessus des cordes sans être reliée à elles. Selon Wythe le but ainsi recherché est de rendre le son « plus doux et plus équilibré ». L'instrument présenté en illustration dans l'article est pour sa part à une seule table d'harmonie.

L'extérieur de pianos Graf en grande partie sans décors, met davantage l'accent sur la beauté du travail du bois, avec une ébénisterie soignée faite de placages de noyer et d'acajou avec un motif en miroir créé par la marqueterie – visible sur l'illustration ci-dessus. Les touches blanches sont comme habituellement en ivoire et celles des dièses en ébène..

Grâce à leur construction robuste, les pianos Graf ont une durée de vie longue. Plus de 60 d'entre eux ayant subsisté jusqu'à nos jours peuvent être vus dans de nombreux musées d'instruments de musique d'Europe et des États-Unis.

A une seule exception près, les pianos Graf subsistants sont des grands queues de concert. Seul existe aussi un piano vertical (sorte d'alternative ancienne aux droits) de 1829, construit sur commande et richement décoré avec des cariatides, une urne ornementale et d'autres sculptures. Il est conservé au Gemeentemuseum de La Haye

Sonorité En raison de leur construction visant la solidité, les pianos Graf ont une sonorité assez différente de celle des pianos joués par Mozart, Haydn ou Beethoven, comme ceux construits par Johann Andreas Stein ou Anton Walter. Leur son paraît « plus lourd » avec moins de nuances, il se rapproche un peu de celui des pianos modernes. Le facteur et érudit contemporain Paul Poletti qui a une expérience dans la restauration et la fabrication de copies de pianos Graf, donne ces commentaires sur la sonorité des Graf :

Pour écouter les fichiers sonores illustrant les sonorités d'un Graf se reporter au § Liens externes ci-dessous.

Graf inventeur Bien que les pianos Graf soient généralement considérés comme de conception classique, il existe des preuves que Graf explore différentes façons de les améliorer. Ses innovations techniques comprennent le renforcement des entretoisements mentionné plus haut, une nouvelle méthode consistant à couvrir de cuir les marteaux, voire le recours à des cordes quadruples. À différents stades (vers 1810-1820 , mais aussi en 1826, cf.infra), Graf explore la possibilité d'ajouter une quatrième corde par noteGood, 93.. Graf conçoit également une scie mécanique pour la découpe des placages, capable de couper de larges bandes jusqu'à . Il crée aussi un dispositif destiné à aider les personnes sourdes (voir ci-dessous) à entendre le son du piano.

Pianos joués par de célèbres musiciens Probablement en 1826Les sources divergent sur cette date. Graf prête un piano de six octaves et demi à Ludwig van Beethoven (triples cordes dès le do-dièse et quadruples cordes à partir du ré en haut (fa) – on peut faire l'hypothèse que ce cordage renforcé rendrait le piano plus audible pour le compositeur devenu tout à fait sourd à cette époque. L'appareil de canalisation sonore de Graf, mentionné plus haut, a également fait partie de cet effort.

Après la mort de Beethoven en 1827, Graf reprend le piano et le vend à la famille Wimer de VienneThe literary world, James Clarke & Co. 1877, Vol. 53, p. 110, lire en ligne. L'instrument subsiste aujourd'hui, il est exposé à la Beethoven-Haus de Bonnlire en ligne L'importance du piano Graf sur la carrière de Beethoven est probablement mineure. Selon GoodGood (1982, 92), .

En 1829, le jeune Frédéric Chopin se rend à Vienne pour donner des concerts. Graf et son rival Matthäus Andreas Stein mettent chacun à sa disposition un instrument. Chopin, qui était familier des pianos d'autres pays particulièrement français avec sa marque préférée Pleyel, n'hésite pas et sélectionne le Graf pour ses concerts viennois qui sont un succès. Selon Goldberg, Chopin aurait continué à « chérir » les instruments de Graf au cours de la suite de sa carrièrePour le paragraphe : Goldberg (2008, 43–44)., bien qu'il jouait à Paris où elle s'est principalement déroulée quasi exclusivement sur les pianos Pleyel de son ami Camille Pleyel.

D'autres musiciens possèdent dans les mêmes années des pianos Graf, notamment Friedrich Kalkbrenner associé de Camille Pleyel au sein des pianos Pleyel.

vignette|350x350px|Franz Liszt joue un piano Graf lors d'un imaginaire rassemblement de ses amis. Toile commandée par Conrad Graf, à Josef Danhauser en 1840. Le célèbre compositeur et pianiste virtuose Franz Liszt qui a joué des pianos Graf, semble constituer comme une écharde dans la carrière de Graf, car ses pianos ne semblent pas constitués pour supporter la fougue de Liszt lors de ses moments d'interprétation les plus passionnés. Friedrich Wieck écrit dans son journal lors d'un visite à Vienne de Liszt en 1838 : « Nous avons entendu Liszt sur un Conrad Graf aujourd'hui qui a transpiré, comme son piano qui n'a pas survécu à ce grand duel — Liszt en est resté le vainqueur »Gibbs (2006, 184). Wieck décrit un autre concert lors de la même tournée au cours de laquelle Liszt a aussi « détruit » deux Graf, ainsi qu'un piano Érard du facteur parisien Sébastien Érard que lui avait prêté Sigismond ThalbergGibbs (2006, 198).

En 1840, Graf offre en cadeau l'un de ses pianos à queue à la jeune virtuose du piano Clara Wieck (la fille de Friedrich), à l'occasion de son mariage avec Robert Schumann. Lorsque Schumann décède en 1856, Clara donne l'instrument à son ami Johannes Brahms qui l'utilise pour son travail pianistique jusqu'en 1873. Il en fait ensuite don à la Gesellschaft der Musikfreundeet est aujourd'hui exposé au Kunsthistorisches Museum de ViennePour ce paragraphe : ..