Les conflits entre la régence d'Alger et les dynasties chérifiennes ou conflits algéro-chérifiens ou guerres algéro-marocaines sont une série de confrontations entre d'une part la régence d'Alger et ses alliés et de l'autre part les dynasties Saadiennes puis Alaouites, régnant sur le Maghreb el Aqsa à partir du .
Les origines de ces conflits sont multiples et imbriquées. L'entreprise d'établissement étatique de la régence d'Alger en Algérie autour d'Alger comme nouveau centre politique de premier plan et son intégration à l'Empire ottoman se fait aux dépens des Zianides de Tlemcen à l'ouest. Ces derniers, en conflits récurrents au début du , avec la régence d'une part et les Espagnols d'autre part, finissent par voir leur domaine intégré à la régence d'Alger. Leur affaiblissement attise les convoitises saadiennes et leur prétention sur l'ouest algérien.
Si la régence d'Alger confirme son contrôle sur Tlemcen, Oujda, et l'Oranie elle n'a pas les moyens de lancer de longues campagnes dans les confins sahariens qu'elle délègue à diverses confédérations tribales comme les Ouled Sidi Cheikh, qui règneront sur les Oasis du Figuig pour le compte des Bey d'Oran. Les Saadiens bloqués au nord par l'Empire Espagnol et la Régence d'Alger trouvent alors un débouché sud-saharien pour l'extension de leur Empire.
Par ailleurs, la pression sur le Maroc ne retombe pas, on a compté dix-huit guerres et batailles entre les deux empires en trois siècles, surtout au .
Or, cela reprend au , car les Alaouites du Maroc veulent s'emparer de Tlemcen et d'Oran.
En , un accord établit la frontière comme Tafna pour les algériens, qui ont une garnison à Nedroma, mais les Alaouites reviennent à la charge.
Battus, les Marocains perdent Oujda, puis le Rif oriental au , et le fleuve de la Moulouya devient la nouvelle frontière entre la régence d'Alger et l'Empire chérifien.
Ces conflits et les accords qui en découlent préfigurent les frontières et les délimitations entre les États-nations modernes du Maghreb d'une part, mais sans toutefois apporter de bouleversement notable aux frontières maroco-algériennes, connues pour être fixé sur le fleuve Moulouya depuis l'antiquité.
L'établissement de la régence d'Alger ()
Effondrement des zianides de Tlemcen L'affaiblissement des zianides de Tlemcen, jouant sur leur alliances entre l'Espagne, les algérienss d'Alger et les Wattassides pour se maintenir ouvre une période de vide politique dans l'ouest algérien. La fondation de la régence d’Alger (1512-1529) puis son intégration dans l’Empire ottoman va se faire aux dépens des Zianides à l'ouest et des Hafsides à l'est. La régence d'Alger va étendre son influence à l'ouest par le jeu des alliances maraboutiques et des confréries. Cependant l’avènement des Saadiens en 1550 bouleverse ce jeu d'alliances. En effet, la régence d'Alger ne peut compter sur l'appui maraboutique contre des souverains revendiquant une origine chérifienne (c'est-à-dire descendant de Mahomet). Il s'engage donc des négociations, concernant les territoires anciennement sous suzeraineté zianide, qui n'aboutissent pas.
Rupture de l'allégeance des Saadiens aux Ottomans En 1545, les Saadiens s'allient aux Espagnols. La Régence d'Alger va intervenir militairement au Maghreb el Aqsa en soutenant divers prétendants au trône, ce qui conduira à la prise de Fès à deux reprises : en 1554 et 1576.
En 1580, le chérif du Maroc reçoit un courrier du sultan ottoman de l'époque, , dont le contenu ne donne au chef marocain Moulay Ahmed que les titres de h'akim et d’émir de Fès et de Marrakech, précisant que le rôle de calife appartient au sultan ottoman. Les réponses de Moulay Ahmed au sultan Mourad n'ont pas l'air de contredire ce cadre de vassalité. Mais en 1589, le sultan marocain écrit sur une posture égalitaire avec le sultan ottoman, indiquant qu'il n'y a plus de lien de vassalité entre eux. La Régence d'Alger soutiendra alors un autre prétendant au trône afin de créer une vice-royauté de Fès qui soit tributaire de l'Empire ottoman.
Ce conflit ouvre une période d'hostilité algéro-marocaine qui ne cessera qu'en 1585 avec l'intervention du sultan ottoman. Dès lors durant un siècle environ la frontière de la Moulouya entre le Maroc et l'Algérie sera respectée.
D'autre part la chute des souverains algériens zianides de Tlemcen ouvre la voie aux conquêtes sahariennes des Saadiens soucieux de contrôler les axes transsahariens laissés vacants par les Algériens. Afin de réintégrer ces confins sahariens à l'Algérie, il est cependant fait mention de l'envoi d'une troupe d'Alger dans le Gourara vers la fin du à la demande des Ksouriens face aux rezzous venus du Tafilalt. Le Touat et le Gourara sont alors soumis à une tentation de repli local et sont indépendants de fait.
Déroulement Alliance de la Régence d'Alger et des Wattassides Pendant la première moitié du , les Wattassides et les Ottomans entretiennent en général de bons rapports, les premiers soutenant militairement les seconds lors de leur conquête du royaume des Zianides de Tlemcen, tandis qu'à Fès un nombre considérable de janissaires est au service des sultansBoyer (1966), . Les rapports se détériorent cependant en raison de mésententes au sujet de Tlemcen ainsi qu'à la suite de l'asile accordé par les Wattassides aux organisateurs de révoltes anti-turques.
Soutien de la Régence d'Alger aux Wattassides contre les Saadiens Le premier soutien ottoman aux Wattassides remonte à 1545 quand ces derniers, perdant du terrain dans leur guerre contre leurs adversaire saadiens, se tournent vers l'empire de la Sublime Porte dans le but d'obtenir une aide militaire leur permettant de rester au pouvoirAbun-Nasr (1987), . Ainsi, le prince wattasside Abou Hassoun, régent pour le jeune sultan Mohammed al-Qasri, reconnait l'autorité du calife ottoman en retour de l'aide militaire demandée.
Cependant, les Ottomans n'interviennent pas militairement dans les années 1540 en raison des troubles marquant la fin de l'ère zianide à Tlemcen. Ils donnent néanmoins l'asile à Abou Hassoun en 1549, après que les Saadiens ont conquis Fès.
Échec de l'entente de la Régence d'Alger et des Saadiens En 1549, la conquête du pouvoir au Maghreb el Aqsa par la dynastie des Saadiens fait craindre aux Ottomans de perdre l'appui des confréries religieuses en Oranie occidentaleBoyer (1966), . Une entente est conclue entre les deux parties, prévoyant le partage de l'ancien territoire zianide: les Marocains récupèreront Tlemcen tandis qu'Oran ira aux Ottomans. L'accord demeure néanmoins lettre morte, notamment en raison des intrigues des algérienss avec les princes Ourtajin de Debdou, alliés des Wattassides, ainsi que le ralliement au clan pro-marocain du plus haut dignitaire de la cour de Tlemcen, le vizir Al-Mansour.
Craignant la menace turque, le sultan Saadien Mohammed ech-Cheikh lance aussitôt, en 1550, une offensive contre la présence turque dans l'Ouest algérien. Les marocains prennent Tlemcen le , mais échouent devant Mostaganem puis sont battus par les Banu 'Amir, alliés des Espagnols installés à Oran. Les Saadiens perdront Tlemcen en au profit des Ottomans, ces derniers annexant l'ancien royaume des Zianides à leurs possessions en Algérie, la Régence d'Alger, tandis que le conflit armé se poursuit dans la vallée du ChelifAbun-Nasr (1987), .
Prise de Fès par les Ottomans
Les tensions entre Saadiens et Ottomans s'exacerbent en 1552, quand les premiers refusent de reconnaitre les seconds en tant que suzerains. Ceci mène les Ottomans à lancer une offensive contre Fès en Fage & Oliver (1977), , dirigée par le pacha d'Alger Salah Raïs, qui se solde par la prise de la ville et l'installation au pouvoir du Wattasside Abou Hassoun en . Ce dernier reconnait la suzeraineté nominale des Ottomans en faisant prononcer la khutba au nom du Sultan ottomanFage & Oliver (1977), .
En , Mohammed ech-Cheikh réussit à reprendre Fès et à en chasser Abou Hassoun et les Ottomans, avant de conclure contre ces derniers une alliance avec les Espagnols d'Oran.
Assassinat de Mohammed ech-Cheikh Après avoir de nouveau refusé de prêter allégeance au sultan ottoman peu après , Mohammed ech-Cheikh est assassiné sur ordre du sultan ottoman Soliman le Magnifique, en par des membres algériens de sa garde, entrés à son service auparavant après avoir prétendu être des déserteurs de l'armée ottomane. Il est décapité et sa tête emmenée à Constantinople.
Après la mort de Mohammed ech-Cheikh, les Algériens reprennent Tlemcen, qui était aux mains des Marocains depuis 1556 , avant de poursuivre leur offensive vers le territoire marocain, où ils confrontent l'armée saadienne au nord de Fès lors de la bataille de l'Oued-el-Leben en 1558. Ayant perdu le soutien du prince de Debdou et appris que les Espagnols préparaient une attaque contre la Régence depuis Oran, les Algériens sont contraints de se retirer du Maroc.
Succession d'Abdallah el-Ghalib La succession d'Abdallah el-Ghalib, décédé en 1574, est l'occasion pour les algérienss d'intervenir à nouveau au Maroc en soutenant deux prétendants au trône, les futurs sultans Abd al-Malik et Ahmed al-Mansour, contre le sultan en fonction Muhammad al-MutawakkilPennell (2013), .
Renversement de Muhammad el-Mutawakkil
En 1576, la Régence d'Alger. appuient le prétendant Saadien Abd al-Malik pour reprendre Fès et renverser son neveu, le sultan al-MutawakkilPennell (2013), ; un corps expéditionnaire de , principalement des Janissaires mis à disposition d'Abd al-Malik par les autorités d'Alger d'après une requête qui leur a été faite par la Sublime Porte, bat l'armée d'al-Mutawakkil lors de la bataille d'al-Rukn et prend Fès, avant de s'emparer des autres villes du royaume par la suiteComer Plummer III, , (lien), Lulu (Self Publishing), 2015, .
Abd al-Malik ayant accédé au pouvoir, il conserve un corps militaire algérien au sein de son armée et reconnaît le sultan turc comme Calife, en faisant prononcer la prière en son nomAbun-Nasr (1987), , chose sur laquelle il revient aussitôt les janissaires algériens repartisBoyer (1966), pp. 23-24.
Entretenant dans un premier temps de bons rapports avec la Sublime Porte, Abd al-Malik conserve néanmoins l'indépendance marocaine envers l'Empire Ottoman et maintient des relations diplomatiques avec les Espagnols dans le but de la garantirBoyer (1966), .
La présence militaire turque au Maroc constituant une menace envers le Portugal, plus spécialement ses possessions sur les côtes marocaines (Mazagan, Tanger et Ceuta), c'est vers le roi portugais Sébastien que le sultan déchu al-Mutawakkil se tourne afin de solliciter une aide militaire, dans le but de reconquérir le pouvoir.
Bataille des Trois Rois
Pendant l', une expédition portugaise dirigée par et accompagnée d'al-Mutawakkil envahit le nord du Maroc et entreprend de progresser vers Fès. Le , elle se confronte aux forces de la Régence d'Alger et à ses vassaux saadiens ; la présence des Turcs et de l'infanterie kabyle des Zouaves sera décisive pour l'issue de la bataille, qui se solde par la déroute totale des forces portugaises ainsi que par le décès des trois rois : al-Mutawakkil, Abd al-Malik et Sébastien.
Le successeur d'Abd al-Malik, Ahmed al-Mansour, moins favorable aux Turcs, mènera une politique anti-ottomane, rejetant leur califat qu'il revendique pour lui-mêmeS. Cory, (lien) Ashgate Publishing, 2014 et consolidant l'indépendance du MarocAbun-Nasr (1987), .
Les tensions entre Saadiens et Ottomans prennent fin en 1585, sur ordre du sultan de Constantinople, laissant les deux parties sur leurs positions respectives.