Le Christ mort (ou Le Corps du Christ mort dans la tombe ou encore Le Christ mort au tombeau) est une huile et tempera sur panneau de tilleul ( × ) peinte par Hans Holbein le Jeune entre 1521 et 1522. L'œuvre est conservée au Kunstmuseum de Bâle.

Ce tableau, grandeur nature, d'un réalisme cru, montre le corps de Jésus-Christ entre sa descente de croix et sa résurrection. Les plaies du Christ sont touchées par la noirceur : l'afflux de sang stagnant à fleur de peau après les sévices endurés. Le réalisme de ce corps martyrisé, ses blessures, la raideur du cadavre, son regard vitreux, la bouche ouverte sont uniques dans l'histoire de la peinture. Le caractère morbide de cette représentation a été souvent commenté, notamment par Dostoïevski mais aussi par le pape François.

Description et contexte de la commande

Le corps est figuré en trompe-l'œil, allongé sur son linceul, strictement parallèle au plan du tableau et donc au plan du mur, dans l'espace réel du spectateur. C'est comme si le corps venait d'être posé par le côté, dans une niche taillée à même ce mur. Cette niche est partiellement fermée par un panneau ouvragé en bois et gravé. Le cadavre semble être exposé pour le recueillement avant de fermer et de sceller le sépulcre.

Présenté sur son côté droit le corps porte la plaie du côté, mais aussi sur la main et le pied visibles. Les yeux, vitreux, et la bouche sont grands ouverts. Des cheveux en désordre qui sont les seuls éléments à déborder du linceul, semblent percer la surface du tableauOskar Bätschmann et Pascal Griener, Hans Holbein, .. En surplomb, sont inscrits ces mots : « IESVS NAZARENVS REX IVDÆORVM » (« Jésus de Nazareth, roi des Juifs »).

L'influence de Matthias Grünewald serait visible. On sait que Hans Holbein l'Ancien a emmené son fils voir le Retable à Issenheim, ville où il travaillait à la commande pour l'hospice localOskar Bätschmann et Pascal Griener, Hans Holbein, ..

Le tableau a été conçu et réalisé à Bâle, haut lieu de l'humanisme. La représentation réaliste du corps d'un homme qui vient d’être mis à mort, pour évoquer le cadavre du Christ, est néanmoins une nouveauté radicale sur laquelle nous ne possédons aucun document : cette question aura probablement été débattue entre trois amis : le peintre, le jeune juriste et commanditaire, Amerbach, et Érasme, philosophe, humaniste et théologien.

Le tableau a été précisément peint en 1521-1522. Une étude attentive de l'inscriptien repeinte aux pieds du Christ en témoigne. Holbein avait alors 24 ans. La commande a été passée par un jeune étudiant en droit, Bonifacius Amerbach, alors âgé de 26 ans et ami d'Érasme de Rotterdam (1466/67/69 - 1536), lequel avait 54 ans. Cette peinture, , s'écarte si radicalement des traditions en usage à cette date qu'elle n'a pu être conçue sans l'approbation du mécène, le jeune Amerbach, lequel en aura certainement débattu avec Érasme. Par ailleurs, Érasme avait pu voir à Rome et à Naples des catacombes antiques et paléochrétiennes avec des tombes murales : le tombeau du Christ aurait sous cet aspect semblé plus probable que l'édicule dit du Saint-Sépulcre, qui semblait, déjà, ne pas convenir.

Christian Müller a émis l'hypothèse que Amerbach aurait commandé le tableau à ce format singulier pour l'assembler à une épitaphe, de même largeur, à la mémoire de ses parents et de son frère, au Petit cloître de la Chartreuse du Val-Sainte-Marguerite de Bâle. Comme l'étudiant a été contraint par ses études à Avignon à suspendre ce projet, lorsqu'il est revenu à Bâle, à la veille de la Réforme., il lui aura semblé plus prudent d'abandonner le projet. Le tableau a été, dès lors, conservé chez lui, puis dans la collection de son fils et serait peut-être resté dans cette maison, ce qui expliquerait son excellent état de conservation.

Commentaires Littérature En 1867, Fiodor Dostoïevski a vu le tableau au musée de Bâle et en est resté fortement impressionné. Il semble que ce Christ mort soit l'une des œuvres qui l'ont le plus marquéLeonid Grossman, Dostoïevski, Paris, Parangon, coll. « Biographies », 2003, , .. Anna Dostoïevskaïa évoque l'émotion de son mariAnna Dostoïevskaïa, Mémoires d'une vie, Mémoire du Livre, .La citation est tirée de Mikhaïl Chichkine, La Suisse russe, Paris, 2007, Fayard, . :

Dans ses notes sur L'Idiot, Anna Dostoïevskaïa revient sur cet épisode : . L'incident réapparaît dans le roman, où le prince Mychkine, voyant une copie du Christ mort, s'exclame : « Mais ce tableau peut faire perdre la foi à n'importe qui ! »L'Idiot, Partie II, chapitre 4.Jeffrey Meyers, « Holbein and the Idiot » in Painting and the Novel, ..

En 1910, André Suarès écrit dans son Voyage du condottière :

Théologie Dans son encyclique Lumen fidei (2013), le pape François mentionne ce tableau : tout en rappelant la réaction de Mychkine dans L'Idiot, il voit au contraire dans les « effets destructeurs de la mort » sur le corps du Christ un point de départ pour une réflexion sur la crucifixion et sur le don d'amour que signifie la PassionLumen fidei, Parole et Silence/Le Rocher, ..

Approche contemporaine Pendant longtemps, ce tableau a passé pour exprimer la réaction désespérée que pouvait avoir l'époque de Holbein face à la mort ou encore, comme dans l'interprétation de Dostoïevski, le nihilisme terrifiant d'un athée. Cette vision a cependant évolué et les spécialistes actuels soulignent que l'état de décomposition du corps indique que la mort remonte à environ trois jours. Le peintre aurait alors représenté les derniers moments de l'ensevelissement de Jésus au tombeau, autrement dit l'imminence de sa résurrectionWeb Gallery of Art..

Galerie

Notes et références

Bibliographie et sources en ligne Oskar Bätschmann et Pascal Griener, Hans Holbein, Gallimard, 1997, , Jonathan Jones, « Holbein's dead Christ delivers a shock », The Guardian, . Jeffrey Meyers, « Holbein and the Idiot » in Painting and the Novel, Manchester University Press, 1975 Christian Müller, Holbeins Gemälde, Der Leichnam Christi im Grabe und die Grabkapelle der Familie Amerbach in der Basler Kartause, in Zeitschrift für schweizerische Archäologie und Kunstgeschichte, 58, 2001, p. 279–289 (Lire en ligne) Christian Müller, Hans Holbein der Jüngere: Die Jahre in Basel 1515-1532, Prestel, 2006, , .

Liens externes

« Le Christ mort », Philippe de Champaigne, 1650/1654. Collections du Louvre :

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