Le parti national purifié (Gesuiwerde Nasionale Party en afrikaans - GNP, Purified National Party en anglais) est le nom d'usage qu'adopta le courant résiduel du parti national d'Afrique du Sud entre 1934 et 1940. Le GNP fut créé par la branche du parti national de la province du Cap après que ses dirigeants, menés par leur chef Daniel François Malan, aient refusé de dissoudre leur section provinciale et de valider la fusion du parti national avec le parti sud-africain dans le parti uni.

En 1940, à la suite de la réconciliation avec des dissidents du parti uni, anciennement membres du parti national, le GNP adopte un nouveau nom d'usage : le parti national réunifié (Herenigde Nasionale Party).

Idéologie Lors de sa fondation, l'idéologie du parti national est axée autour de l'indépendance nationale de l'Union sud-africaine, corrélativement de la lutte contre l'impérialisme britannique ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples de langue afrikaans (les Afrikaners)Paul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Ed. complexes, 1992, . Le nationalisme afrikaner qu'il défend revendique l'équité et l'égalité de traitement entre les deux populations blanches de l'Union d'Afrique du Sud ainsi que le renforcement de la ségrégation dans les grands centres industriels urbains du Witwatersrand pour défendre le prolétariat blanc contre l'arrivée sur le marché du travail d'une importante masse salariale noire à bas coûts.

Jusqu'au début des années 1930, la ligne politique et la cohésion du parti national est fixée sur cet axe souverainiste afrikaans anti-britannique teintée de républicanisme et de défense des petits blancsPaul Coquerel, ibid, . La déclaration Balfour sur l'autonomie des Dominions (1926) complétée par le statut de Westminster de 1931 étiolent l'ardeur anti-impérialiste et le républicanisme d'une partie des membres du parti national. Si pour une partie d'entre eux, le nouveau sujet de préoccupation est la vigueur de la démographie noire, pour une autre ultranationaliste, l'objectif d'indépendance nationale n'est toujours pas atteinte. À la suite du schisme entre ces deux courants intervenu en 1935, le parti national purifié (GNP) se maintient sur la ligne de défense des valeurs de l'Afrikanerdom (nation afrikaner) fondée sur l'unité du peuple (volk) autour de ses croyances, de ses mythes et de ses aspirations d'indépendance nationale.

À partir de 1935, le GNP dénonce l'influence du capitalisme sur la communauté afrikaans et milite pour l'instauration d'une république indépendante, déliée de la tutelle britannique, et destinée à accomplir les aspirations des Afrikaners. Le programme politique est axé autour de la mise en place d'un État-providence, du renforcement de la ségrégation dans l'économie et dans les villes, de la création d'établissements scolaires séparés pour les Afrikaners et les anglophones ainsi que de l'usage exclusif de l'afrikaans dans les administrations. Si le républicanisme est un principe fondamental du parti, sa mise en œuvre (par la voie majoritaire ou par consensus) est l'objet de divergences entre les nationalistes du Cap (modérés) et ceux des provinces afrikaners (intransigeants)Paul Coquerel, ibid, .

Contexte de la création du GNP 300px|thumb|left|Les deux fondateurs du parti uni, Jan Smuts (à gauche) et James Barry Hertzog (à droite) au côté de leurs épouses Wilhelmina Jacoba Hertzog (centre gauche) et Isie Smuts (centre droit) Depuis les élections générales sud-africaines de 1924, le gouvernement de l'Union de l'Afrique du Sud est dirigé par James Barry Munnik Hertzog et le parlement est dominé par le parti national. La cohésion de ce parti repose alors sur un virulent sentiment anti-britannique et sur l'aspiration à une indépendance teintée de républicanisme. Cependant, depuis que le parti national exerce le pouvoir, les revendications et aspirations nationalistes se sont érodées à la suite de la déclaration Balfour garantissant l'autonomie des dominions au sein de l'Empire et à l'adoption du statut de Westminster (1931) reconnaissant la souveraineté de l'Afrique du Sud.

Au début des années 1930, le contexte politique est marqué par des tensions internes au sein des différentes familles politiques du parlement. Du côté du parti national largement représentatif de l'électorat afrikaner rural et ouvrier, la popularité du gouvernement Hertzog est en chute libre à la suite des conséquences d'une sécheresse dévastatrice et de la dépression économique mondiale. Des voix s'élèvent, comme celles de Tielman Roos ou de Daniel François Malan, pour demander une autre politique. Le parti travailliste, allié au gouvernement, est lui aussi en pleine crise interne. Du côté de l'opposition parlementaire, le parti sud-africain de Jan Smuts, représentatif de l'électorat anglophone urbain, connait aussi des tensions avec les fédéralistes du Natal ainsi qu'entre l'aile conservatrice et l'aile libérale du parti dirigée par Jan Hendrik Hofmeyr.

En septembre 1931, la Grande-Bretagne abandonne l'étalon-or. Tielman Roos, qui espère prendre la place de Hertzog, prône l'abandon de l'étalon-or et un gouvernement d'union nationale. Pour le contrer, Hertzog se rapproche de Jan Smuts pour former un gouvernement de coalition (février 1933) au grand dam de D.F. Malan, chef du puissant parti national de la province du Cap, peu enthousiaste à une union avec les anglophiles, fussent-ils afrikaners. Les circonstances de ce rapprochement politique résultent des conséquences de la grave crise économique qui ravage le pays et de la crise monétaire. Les tractations entre les deux partis aboutissent sur un programme commun en sept points qui sont la reconnaissance de l'indépendance constitutionnelle de l'Union en vertu du Statut de Westminster, la reconnaissance du drapeau national comme symbole d'unité, l'équité linguistique pour les deux langues officielles, la défense des populations rurales et des salariés, la défense de la monnaie et des intérêts économiques, la reconnaissance de la politique du "travail civilisé" et le développement politique et économique des populations autochtones, via le renforcement de la ségrégation afin de ne pas remettre en cause le principe de domination de la civilisation blanche en Afrique du Sud. Le parti sud-africain fait notamment une concession importante vis-à-vis du parti national en reconnaissant le droit de proposer et de soumettre au parlement la question d'un éventuel statut républicain pour l'Union de l'Afrique du Sud.

La coalition entre les deux formations remporte les élections générales sud-africaines de 1933 à une écrasante majorité. Avec 138 sièges sur 150 (75 NP, 61 SAP et 2 travaillistes de la tendance de Frederic Creswell), la coalition est hégémonique face au parti unioniste et au parti du centre de Roos (6 sièges en tout pour l'opposition). Le nouveau gouvernement, paritaire entre les deux formations politiques, est dirigé par Hertzog tandis que Jan Smuts le chef du parti sud-africain devient le vice-premier ministre. Au parlement, les deux alliés conservent cependant leurs groupes parlementaires respectifs.

La fondation du parti national purifié (1934-1935) left|thumb|300px|Les 19 députés nationalistes qui refusent, autour de Daniel Malan, la fusion avec le parti uni et fondent le Parti national purifié. De gauche à droite: 1er rang (en bas): J.F. van G. Bekker, C.R. Swart, W.B. de Villiers, C.H. Geldenhuys et G.P. Steyn.2nd rang: P.O. Sauer, Karl Bremer, D.F. Malan (en gros plan), J.G. Strijdom, C.W.M. du Toit.3ème rang: L.J. Vosloo, dr. N.J. van der Merwe, J.H.H. de Waal, A.L. Badenhorst.4ème rang (en haut) : S.P. le Roux, R.A.T. van der Merwe, F.C. Erasmus, P.J.H. Luttig, J.J. Haywood. Durant deux ans, les deux partis coopèrent et le statut de Westminster est définitivement adopté confirmant la pleine indépendance de l'Union. Durant cette période, un mouvement à l'échelle nationale propose de consolider la coalition par la fusion des deux parties qui la compose. Maintes et maintes fois, Daniel François Malan s'oppose à cette éventualité. Selon lui, la fusion des deux partis ne peut aboutir tant les opinions d'Hertzog et de Smuts diffèrent sur des sujets fondamentaux tels que la divisibilité de la Couronne, le droit de rester neutre en cas de conflit impliquant la Grande-Bretagne et le statut souverain de l'Union. L'alliance perçu comme un bon moyen de lutter contre les difficultés économiques est aussi considérée par de nombreux nationalistes comme un retour à l'ancienne politique de compromis avec les sud-africains d'expression anglaiseTom Hopkinson, L'Afrique du Sud, Time/Life, 1965, p. 130.

Le processus de fusion entre les deux partis de Smuts et de Hertzog connait cependant un contretemps : organisé sur une base fédérale, ce sont en fait les entités provinciales du parti national qui doivent se prononcer sur la fusion et non l'exécutif national du parti. Si 3 des 4 entités provinciales du parti national acceptent la fusion, le parti national de la province du Cap dirigé par Malan la refuse et maintient l'existence d'un parti national résiduel. Au Transvaal, Johannes Strijdom et une poignée de partisans s'opposent à la résolution demandant la dissolution du parti national et sa fusion avec le parti sud-africain. Lors de la réunion du congrès provincial du parti national, ils ne sont que 38 délégués à refuser la fusion contre 281 qui l'approuvent. Mais immédiatement, Strijdom, avec L.J. du Plessis et Mabel Jansen, fonde dans un hôtel de Pretoria le « Gehandhaafe Nasionale party » (parti national vigilant), une section prolongeant la vie du Parti national au Transvaal mais débarrassé de sa branche pro-Hertzog Paul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Ed. Complexe, 1992, . Dans son manifeste, ce parti national vigilant dénonce une fusion qui ne sert que les capitalistes impérialistes et qui ne dispose d'aucun programme respectueux des principes chrétiens. Strijdom est toutefois le seul des 33 députés nationalistes du Transvaal à rompre politiquement avec Hertzog et à refuser de rejoindre le nouveau parti unifié.

En fin de compte, le , lors d'un congrès extraordinaire à Bloemfontein, la fusion des deux grands partis intervient avec la naissance du parti national uni d'Afrique du Sud, très rapidement appelé parti uni (united party - UP). De son côté, le désormais « parti national purifié », composé essentiellement de membres du Broederbond de la province du Cap et d'une dizaine de députés, doit se reconstruire au niveau national.

Si dans la province du Cap, Malan peut compter sur un bon tiers de circonscriptions rurales et de soutiens financiers, la situation est plus dramatique dans les 3 autres provinces. L'état libre d'Orange est fidèle à Hertzog et le GNP est en terre de mission au Natal. Dans la province du Transvaal, largement acquise au nouveau parti uni, le parti national vigilant n'a pas fait long feu et est devenu le GNP provincial sous la direction de Strijdom. Celui-ci doit abandonner son activité professionnelle pour se consacrer entièrement à son activité politique et collecter des fonds, sans percevoir de compensation financière de la part de son parti. En 1937, il parvient à doter le GNP d'un organe de presse pour le Transvaal intitulé Die Transvaler et devient également directeur de la maison d'édition Voortrekker PressPaul Coquerel, ibid, .