Le royaume de Khotan, est un ancien royaume du peuple indo-européen des Sakas, qui a existé de l'an 56 à l'an 1000 et qui se situait sur la branche de la route de la soie qui longe la lisière sud du désert du Taklamakan dans le bassin du Tarim. Sa capitale se situait à Yotkan, une ancienne cité se trouvant à l'ouest de l'actuelle ville-préfecture de Hotan(), dans la région autonome ouïghour du Xinjiang, en Chine. Connu par les chinois sous le nom de Yutian (, 于窴 ou 於闐), ce au moins depuis la dynastie Han jusqu'à la dynastie Tan, Khotan est, avec l'Empire kouchan un des plus anciens pays bouddhistes ayant existé. Cette civilisation bouddhiste a précédé l'arrivée et l'implantation durable de l'islam dans la région avec les invasions en 1006 des Turcs qarakhanides.
Ce royaume est né autour d'une oasis, dont les nombreux bosquets de mûriers permettaient aux habitants de produire et d'exporter de la soie et des tapis, en plus des autres principaux produits de la ville tels que du jade et des poteries. Bien qu'étant une ville importante sur la route de la soie et une source notable de jade pour la Chine ancienne, la cité-royaume de Khotan est relativement petite, la circonférence de l'ancienne ville de Khotan/Yōtkan était estimée à environ 2,5 - par les archéologues. Une grande partie des vestiges archéologiques de cette ancienne ville de Khotan ont cependant été détruits à cause de plusieurs siècles de chasse au trésor menée par la population locale.
Les habitants de Khotan parlaient le khotanais, une langue iranienne orientale, et le prakrit gandhari, une langue liée au sanskrit. Il y a un débat entre historiens pour déterminer quelle part de la population de Khotan étaient ethniquement et anthropologiquement sud-asiatique et locutrice de la langue Gāndhārī et quelle part était des Sakas, un peuple indo-européen de la steppe eurasienne faisant partie des peuples scythes. À partir du , ces derniers ont exercé une influence linguistique visible sur la langue gāndhārī parlée à la cour royale khotanaise et la langue khotanaise saka a également été reconnue comme langue officielle de la Cour au et utilisée par les dirigeants du royaume pour les documents administratifs.
Noms vignette|droite|Portrait de Viśa' Saṃbhava, roi de Khotan à la fin de la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes et au début de la Dynastie Song, grottes de Mogao, Dunhuang, Gansu,
Le royaume de Khotan a reçu différents noms et transcriptions au cours du temps. En ancien chinois Khotan est appelé Yutian (于闐 ou 于 窴 suivant les textes), un mot qui, dans les premiers temps de son usage, se prononçait gi̯wo-d'ien ou ji̯u-d'ien. Les anciens Chinois ont aussi donné à Khotan d'autres noms proches de Yutian, tels que Yudun (于 遁), Huodan (豁 旦), et Qudan (屈 丹). Parfois, ils utilisaient également Jusadanna (瞿 薩 旦 那), un dérivé des mots indo-iraniens Gostan et Gostana, le premier étant le nom de la ville et le second celui de la région qui l'entourait. D'autres sources incluent également le nom Huanna (渙 那).. Les Tibétains des , appelaient le royaume Li (ou Li-yul) et sa capitale Hu-ten, Hu-den, Hu-then et/ou Yvu-then..
Même le nom que les habitants du royaume de Khotan donnaient à leur pays a changé avec le temps. Vers le , ils écrivent Khotana en alphabet kharoshthi et Hvatäna en écriture brahmique, dont l'usage se répand quelque temps plus tard. De là sont venus Hvamna et Hvam noms que les Khotanais donnent à leur pays dans les derniers textes écrits avant la chute du royaume, où l'on trouve le nom Hvam kṣīra, soit «le pays de Khotan». C'est sous le nom de Khotan que le royaume est connu à l'ouest, le -t- ayant été conservé dans la transcription, un usage fréquent au début de l'utilisation du persan moderne. La population locale a également utilisé le nom Gaustana (Gostana ou Kustana) sous l'influence du sanskrit bouddhiste hybride et Yūttina au , quand elle s'est alliée au royaume sinisé de Şacū (Shazhou ou Dunhuang).
Localisation et géographie vignette|gauche|Statuette en argile trouvées à Yotkan, La position géographique de l'oasis est la cause principale du succès et de la richesse du royaume. Au nord se trouve l'un des climats désertiques les plus arides et désolés de la planète, le désert du Taklamakan et, au sud, les monts Kunlun (Qurum), qui sont quasiment vides de toute population. À l'est, il y avait peu d'oasis au-delà de Niya, ce qui rendait les déplacements difficiles, alors que l'accès était relativement facile depuis l'ouest..
Khotan était irrigué par les rivières Yurung-kàsh. et Kara-kàsh, qui arrosent le bassin du Tarim. Ces deux rivières donnent aux Khotanais l'accès à de grandes quantités d’eau, qui rendent possible l'agriculture et une vie sédentaire dans un climat aride. L'emplacement du royaume à côté d'une montagne permettait non seulement d’irriguer les cultures grâce à ces deux fleuves qui en dévalent les pentes, mais aussi d'augmenter également la fertilité des terres, car les rivières aplanissent les sols et déposent leurs sédiments, créant ainsi un sol plus fertile. Tout ceci combiné a augmenté la productivité de l'industrie agricole, ce qui a rendu Khotan célèbre pour ses cultures céréalières et ses fruits. En résumé, la raison même de l'existence de Khotan était sa proximité avec la chaîne de montagnes de Kunlun et sans cela, elle ne serait pas devenue l’une des villes oasis les plus grandes et les plus prospères parmi toutes celles situées le long des routes de la soie.
En effet, le royaume de Khotan était l'un des nombreux petits États-oasis situés dans le bassin du Tarim, comme Yarkand, Loulan (Shanshan), Tourfan, Kachgar, Karachahr et Kucha. Il faut préciser qu'avec les trois derniers royaumes cités, Khotan faisait partie des quatre garnisons d'Anxi, fondées par la dynastie Tang pour tenir la région. À l'ouest se trouvaient des royaumes d'Asie centrale de Sogdiane et Bactriane. Khotan était entouré de puissants voisins, tels que l’empire des Kouchans, la Chine, le Tibet et, pendant un certain temps, les Xiongnu, qui ont tous exercé ou tenté d’exercer une influence sur Khotan à plusieurs reprises.
Histoire Ce que l'on sait de l'histoire de ce royaume nous vient principalement de deux types de documents, qui servent de sources historiographiques essentielles : les annales chinoises et tibétaines, ainsi que les récits des pèlerins chinois tels que Song Yun et Xuanzang. À ceci, il faut rajouter les découvertes fait lors des diverses campagnes de fouilles archéologiques.
L'histoire de la région ne commence pas avec la fondation du royaume de Khotan, car bien avant cette date, le bassin du Tarim était déjà habité par différents groupes de locuteurs indo-européens tels que les Tokhariens et les Saka. Du jade provenant de Khotan était vendu en Chine longtemps avant la fondation de la ville, comme l'atteste la présence d'objets fabriqué avec ce jade trouvés dans des tombes des dynasties Shang (Yin) et Zhou. Selon l'historien Jeong Su-il, les Yuezhi auraient été impliqués comme intermédiaires dans ce commerce du jade.
Légendes sur la fondation de la ville
Il existe quatre versions de la légende de la fondation de Khotan, que l'on peut retrouver dans les écrits du moine bouddhiste chinois Xuanzang et dans les traductions tibétaines de documents khotanais. Ces quatre versions s'accordent sur un point, la cité aurait été fondée au par un groupe d'Indiens, pendant le règne de l'empereur Ashoka.
Selon une des versions, les nobles descendants directs de la divinité Vaiśravaṇa et membres d’une tribu de la plus ancienne des trois cités du site de Taxila, auraient aveuglé Kunãla, un fils d’Ashoka. En punition, ils ont été bannis par l'empereur Mauryan au nord de l'Himalaya, où, après avoir erré, ils finissent par s'installer à Khotan et élisent l'un d'entre eux roi. Cependant, une guerre s’est ensuivie avec un autre groupe venu de Chine dont le chef est devenu le nouveau roi de Khotan et les deux colonies ont fusionné. Dans une version différente, c'est Kunãla lui-même qui est exilé et fonde Khotan.
Les différentes versions de cette légende suggèrent toutes que Khotan a été colonisé par des habitants originaires du nord-ouest de l'Inde et de la Chine, ce qui pourrait expliquer la division de Khotan en une ville orientale et occidentale depuis la dynastie Han. Cependant, d'autres chercheurs ont fait valoir que la légende de la fondation de Khotan était une pure fiction, car elle ignorait totalement la population iranienne de la ville et visait à expliquer les influences indiennes et chinoises présentes à Khotan au de notre ère. Selon le récit de Xuanzang, aussi bien les Chinois que les habitants du royaume croyaient que le pouvoir royal avait été transmis de manière ininterrompue depuis la fondation de Khotan, et des preuves indiquent que les rois de Khotan utilisaient un mot d'origine iranienne depuis au moins le , suggérant qu'ils pourraient être des locuteurs d'une langue iranienne.
Dans les années 1900, Aurel Stein découvre des documents prâkrit écrits en alphabet kharoshthi à Niya. Associant cette découverte à la légende fondatrice de Khotan, Stein émet une théorie selon laquelle que ces peuples du bassin du Tarim sont des immigrants indiens venant de Taxila qui ont conquis et colonisé Khotan. Ceci étant, l'utilisation du prakrit dans ces documents peut aussi être un héritage de l'influence de l'Empire kouchan.