Le phare des Pâquis est un phare situé sur le lac Léman, à l'embouchure de la rade de Genève.

Historique Approche de Genève par le lac Pour la batellerie lémanique, pénétrer dans l’émissaire du Rhône était difficile. L’hydrologie complexe du bassin genevois a imposé, au fil du temps, la recherche de remèdes à cette situation en créant, finalement, deux digues perpendiculaires aux rives. La rade de Genève (ou port principal) est construite en 1857. Pour favoriser l’alignement des bateaux dans la passe d’entrée de ce port, deux phares vont se succéder sur la jetée des Pâquis.

Jadis, la navigation lacustre à l'approche de Genève était difficile. Pour accéder au port de Longemalle en rive gauche, les barques du Léman devaient négocier le délicat passage d'un haut fond nommé « Grand Banc » ou « Banc de Travers ». Cet obstacle courait du cap de Sécheron au-dessous de Cologny aux pierres du Niton. Il a été signalé une première fois en 1728 par le scientifique Jacques Fatio de Duillier., un grand ami et correspondant de Newton. Ce passage, dont le niveau variait en fonction du flux à l'émissaire du Rhône et du reflux causés par les crues de l'Arve dans le sud de la ville, demandait de la part des marins une attention soutenue. Le contre-courant de l'Arve pouvait à l'occasion infliger une aux places du Molard et de la Fusterie. Le , Genève fait le choix d'entrer dans la Confédération suisse et s'ouvre largement à sa nouvelle alliée. Cette décision donne le départ de l'extension de la localité vers le nord. En 1823, on améliore l'accès aux ports par le dragage d'un chenal dans le Banc de Travers. Votée le , la destruction des fortifications est entreprise. Les moellons et gravats tirés des murailles serviront, en annexant des espaces sur le lac, à la création de quais. Le rôle joué par le premier bateau à vapeur le Guillaume Tell dans la réforme urbaine est significatif. Les voyageurs qui débarquaient non loin des abattoirs de Longemalle tombaient de haut par le spectacle piteux que donnait la villeVoir la description de la rade du début du dans « Genève et l’Urbanisme vers 1824 », passage extrait de .. L'embellissement des abords du lac devint une nécessité et l'augmentation des échanges commerciaux avec les cantons amis imposa la création d'un nouveau port à la hauteur des ambitions de la cité.

Création de la rade de Genève

L’ingénieur de la ville Rochat-Maury rédige un mémoire pour le conseil municipal en 1855, faisant suite à la loi de 1849 sur la démolition des fortifications qui mentionne la création de ports aux Pâquis et aux Eaux-Vives, leur attribuant la moitié du produit net de la vente des terrains libérés sur la « ceinture fazyste »Voir Histoire de Genève#XIXe siècle.. Ces ports sont nécessaires vu la création de la gare qui : l’ingénieur constate une augmentation considérable du commerce sur le lac, de 58 à 85 barques en à peine deux ans. Ce rapport mentionne la construction des deux jetées et l’édification de ..

Parmi plusieurs projets architecturaux, c'est celui de Léopold Stanislas Blotnitzki (successeur de Guillaume Henri Dufour au poste d'ingénieur cantonal) que le Grand Conseil genevois retient. Son plan propose de dresser une double barrière perpendiculaire aux rives du Rhône pour s'opposer aux assauts des vents du nord. Ses deux digues sont asymétriques. Chacune d'elles est percée, d'une ouverture nommée « Goléron » pour le passage de la petite batellerie. La jetée des Pâquis est la plus avancée dans le lac. Celle des Eaux-Vives, qui verra, à l'occasion de la fête fédérale de gymnastique surgir le Jet d'eau le , se situe en aval. Un goulet de de largeur et de de sonde est prévu pour l'accès au plan d'eau.

Le , le Grand Conseil genevois vote un budget de pour la création de ce projet de port principal.

Très rapidement les travaux débutent. La construction des deux jetées est confiée aux puissants entrepreneurs Henri Santoux et Charles Schaek-Jaquet. Le gros œuvre est terminé le . Cet acte visionnaire, complété au sud en 1862 par le pont du Mont-Blanc, dessine pour longtemps le contour trapézoïdal du port de la future métropole. Il prendra le nom de « Rade de Genève ». Les barques à voile, les bateaux à vapeur de la Compagnie générale de navigation (CGN) peuvent enfin rejoindre une aire protégée de proposant de multiples possibilités d'accostage et de radoubs.

Afin de permettre aux navires de s'aligner dans la passe et d'autoriser un trafic nocturne, on dresse sur la digue des Pâquis, un phare principal.

Premier phare (1857) thumb|Le premier phare des Pâquis en 1857. thumb|Prototype de "fixateur de la lampe à arc" conçu et présenté à Paris en 1855 par Elie Wartmann. Cet appareil a été testé sur le fanal des Pâquis à Genève le 6 décembre 1857 pendant 5-6-mois.Cet instrument se trouve au musée d'Histoire des Sciences villa Bartholdi (Genève) Dessinée dans le style « Beaux Arts », la structure de ce premier phare est construite en grande partie par le serrurier Félix Durand. Elle est constituée d'une base octogonale en pierres de taille blanches d'une hauteur de , prolongée d'une petite pyramide à degrés de même forme. Cet habitacle, percé de quatre fenêtres en forme de meurtrières et d'une porte, sert de réduit pour le matériel nécessaire au bon fonctionnement du feu. Sur ce socle, quatre colonnes corinthiennes cannelées, en fonte, supportent une vaste lanterne qui surplombe le lac à . L'accès à celle-ci se fait par une échelle de fer extérieure à l'édifice. Ce fanal est érigé au « musoir » de la jetée des Pâquis. C'est sous la direction du physicien Elie François Wartmann. (1817-1886) que le mécanicien du cabinet Rossier accomplit la partie technique de l'appareil d'éclairage. Elie Wartmann utilise pour cette tentative son "fixateur", un système qui maintient un écart constant entre les 2 charbons de la lampe à arc. Le feu fixe s'illumine la première fois, le . Il a la particularité singulière pour son époque de fonctionner, au moyen de piles à charbon, à l'électricité. Cette tentative audacieuse est probablement une première mondiale. Mais cet essai ne dure que quelques mois. Les réglages délicats de la lampe à arc et les problèmes dus à la condensation ont raison de cette expérience. On retourne à la maîtrise de l'éclairage à pétrole et, quatre années plus tard, par le gaz alimentant six becs Bunsen. La puissance lumineuse est augmentée à par la suppression des verres rouges en 1875.

Le balisage de l'entrée de la rade est complété, sur le môle de la digue des Eaux-Vives, par un petit édifice octogonal en pierre, dans le même style que le socle du phare des Pâquis. Il est surmonté d'une colonne et d'une cloche. Côté Nord un simple falot glissant sur un rail fait office de balisage secondaire.

Embellissement de la rade vignette|Aménagement du quai, suite de candélabres. En vue de la seconde exposition nationale suisse qui ouvre ses portes en , dans les quartiers de Plainpalais et de la Jonction à Genève, la ville entreprend de grands travaux d'ornements. Elle porte une attention particulière à la rive droite, la première à recevoir les visiteurs arrivant par bateau ou par train en gare de Cornavin. Sur le quai des Pâquis sont créés une promenade et une rotonde éclairées par des candélabres. Ces derniers qui illuminent le fond de la rade alimentent la grogne des marins qui du coup distinguent difficilement le balisage d'entrée du port.

Projet de restauration Dans un document daté du , Émile Charbonnier (1857-1935) décrit son projet de restauration. Il donne de précieux renseignements sur le phare devenu obsolète. Dans son introduction, il explique les raisons du changement : Puis il poursuit en proposant l'implantation d'une tour métallique d'une douzaine de mètres surmontée d'un kiosque vitré protégeant un appareil lenticulaire tournant. Cette nouvelle technologie, inventée par le français Augustin Fresnel, consiste à l'aide de prismes de verre à récupérer la majeure partie des rayons émis par la source lumineuse pour les concentrer dans un faisceau parallèle. Il résulte de ce système un rendement augmenté, un éclat plus puissant. Pour l'éclairage, l'ingénieur écarte l'électricité au profit d'un seul bec de gaz de type Auer. Il prévoit pour la rotation de l'optique une mécanique d'horloge animée par des contrepoids que le gardien remonte toutes les . Le document se poursuit par un plan financier d'un coût estimé à pour l'ensemble du projet comportant aussi l'amélioration du phare secondaire au musoir des Eaux-Vives. La CGN se propose de participer à hauteur de . Est joint à cette étude, le devis de de la maison parisienne Barbier et Fenestre pour « un appareil lumineux, une lanterne octogonale surmontée d'une coupole en cuivre rouge, une girouette et un paratonnerre à pointe de platine ».

Finalement, après délibérations, le Grand Conseil genevois ouvre un crédit de pour cette réalisation.

Compte tenu de l'abaissement du subside demandé, la transformation du phare (complémentaire) de la jetée des Eaux-Vives est reportée.

Second phare (1894) vignette|Le phare en attente de son appareil lenticulaire. L'ingénieur cantonal confie à l'architecte Neuchâtelois Paul Bouvier la création et le suivi de l'édifice. Il passe commande à Paris pour un appareil de la Marine de Ordre., à quatre panneaux lenticulaires. Il soumissionne l'entreprise genevoise Charles Schmidt pour la réalisation de la tour métallique, de la lanterne et de sa coursive. Les travaux débutent en . L'ingénieur conserve de l'ancien fanal sa construction octogonale en pierre de taille. Les quatre colonnes corinthiennes sont abaissées pour étayer la nouvelle surface d'appuis. Puis il dresse sur ce socle la tour d'acier. Par cette astuce, le phare est rehaussé, à moindres frais, de environ. Afin d'assurer la stabilité du fût, il répartit sur sa base interne, de gueuses de fonte. Le cheminement pour accéder à la lanterne se pratique désormais en toute sécurité à l'intérieur de la tour par quatre échelles en fer reliant trois paliers intermédiaires.

La portée lumineuse est par temps clair de pour l'éclat blanc et de pour le vert. Par ces colorations, le feu se met en conformité avec la législation internationale de réglant la navigation sur les lacs. La période de rotation est de 12 secondes pour un tour de l'appareil, les panneaux lenticulaires blancs et verts alternant toutes les 3 secondes. Le socle comporte un bac de mercure qui assure un mouvement rotatif « sans frictions ». L’énergie lumineuse est assurée par un bec Auer (manchons) alimenté au gaz. La puissance est de (75 bougies) dans la couleur blanche et réduite à 38 dans la verte. L’appareil d'entraînement se présente sous une forme analogue à celui d’une horloge. Il est constitué d'engrenages d'acier et de laiton, d'un enrouleur entraîné par des contrepoids qui glissent par l'intermédiaire de poulies dans la colonne du phare. Ce système assure une autonomie de près de 72 heures avant l'intervention du gardien pour remonter les charges.. vignette|Les lentilles du phare de 1894, encore en fonction en 2016. Afin d'automatiser au maximum le fonctionnement, Charbonnier imagine un système à cames réglables fixées sur un disque de laiton qui déclenche à volonté : la rotation ou l'arrêt de l'appareil lenticulaire ; l’ouverture et fermeture de la vanne de gaz autorisant l'allumage du manchon du bec Auer ; l’abaissement et le relèvement matin et soir des rideaux de toile de la lanterne qui protègent les délicats prismes des rayons solaires. Ce moteur et son système à cames ont été réalisés par un mécanicien genevois.

Le samedi . ., le nouveau phare émet sa première signature optique.

1907 Daté du et signé de l'ingénieur cantonal Émile Charbonnier, un dessin propose, pour compléter le dispositif de balisage, l'implantation d'une nouvelle lanterne sur le musoir des Eaux-Vives.