thumb|right|200px|Chien American Staffordshire Terrier.

Une législation visant des races particulières (abrégé en LRP, ou BSL en anglais pour breed-specific legislation) est une législation visant à interdire ou à restreindre sur un territoire donné la possession, l'acquisition, la circulation, parfois même l'élevage et l'importation de chiens de races spécifiques, issus d'un croisement avec certaines races, ou ayant l'apparence de certaines races ou types de chiens.

Depuis les années 1980, ces législations ont souvent visé les chiens de terrier et des chiens de type molossoïde, notamment l'American Pit Bull Terrier, le American Staffordshire Terrier, le Staffordshire Bull Terrier et le dogue argentin, mais ont parfois été étendues pour cibler les propriétaires de nombreux autres types de chiens. En Italie, une loi visant des races spécifiques ciblant initialement les propriétaires de 13 races de chiens lors de son adoption en 2004 Pit Bulls Already Banned in a Dozen Countries, Terrence McCoy, New Times Broward-Palm Beach, 27 février 2013. restreignait au moment de son abandon en 2009 un total de 92 races de chiens, incluant les corgis et les border collies , Greg Narbey, The Globe and Mail, 8 avril 2009.. En Amérique du Nord, les législations visant des races spécifiques sont habituellement adoptées par des municipalités, avec l'exception notable de la province de l'Ontario, au Canada, depuis 2005. Aux États-Unis en date de 2016, une vingtaine d'États se sont dotés, à la suite des échecs répétés des législations visant des races particulières, de lois interdisant aux municipalités d'adopter de telles initiatives.

Depuis les années 2000, la tendance en Amérique du Nord est de défaire des lois visant des chiens de type pitbulls ou certaines races spécifiques, devant leur inefficacité relative et les coûts importants engendrés par ce type de législation. En Europe, les Pays-Bas ont en 2008 mis fin à sa législation visant des races particulières après avoir conclu à son « inefficacité » au bout de 15 années Animal behaviorists take a stand against breed-specific legislation, Chicago Tribune, 30 juillet 2014.. En France, la législation a été renforcée en 1999 dans le but de faire à terme disparaître les chiens typés Pitbull.

Une étude nationale au Canada en 2013 a conclu que la LRS n'était pas un outil efficace pour diminuer l'incidence d'attaques commises par des chiens. La ville canadienne de Calgary a été citée en exemple pour les mesures alternatives adoptées en 2000, qui ont permis de réduire de 50 pour cent en une décennie le nombre de plaintes au sujet d'agressions commises par des chiens How Calgary reduced dog attacks without banning pit bulls, René Bruemmer, The Gazette, 23 août 2016..

Les lois visant des races spécifiques ont été régulièrement dénoncées, en particulier lorsqu'elles visent des chiens identifiés comme « pitbulls ». Les critiques ont soulevé la grande difficulté d'identifier un chien de races croisées et la désignation arbitraire de certains animaux comme « potentiellement dangereux » en raison de leur morphologie. L'idée selon laquelle les chiens de type pitbulls seraient systématiquement plus agressifs envers les humains après avoir été sélectionnés dans le but de concourir dans des combats de chiens au a été scientifiquement critiquée et un rapport récent de l'ANSES souligne le caractère déterminant de l'éducation donnée au chien et de tout ce que favorise sa santé mentale et physique 10 mythes sur les pitbulls, Bouchra Ouatik, Radio-Canada, 10 septembre 2016..

Contexte : les morsures de chien Au Canada, en 2016, on dénombre plus d’un million de chiens. On compte environ 164 000 morsures par an dont plus d’un quart concernent des enfants de moins de 12 ans. Selon Richard, Richard, O (2018) .Lois sur les chiens dangereux: intérêt, limites et perspectives. Thèse d'exercice, Médecine vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, 82 p.. Dans ce pays, on compte entre 1 et 2 décès par an en lien à des morsures. Une étude portant sur les décès entre 1990 à 2007, a recensé 28 décès dus à des morsures. Les facteurs prédominants étaient les suivants : chiens connus et possédés, accès non surveillé des enfants à une zone où se trouvent des chiens. Pour ce qui tient aux races, on constate une proportion élevée de chiens de traîneau et chiens de races mixtes, et un seul American Staffordshire terrier a causé un décès durant cette période. 24 des 28 victimes étaient des enfants de moins de 12 ans, l'âge médian des victimes était de 5 ans.

Aux États-Unis, une étude a recensé les décès entre 1979 et 1988. Sur les 157 décès étudiés, 70 % sont survenus chez des enfants âgés de moins de 10 ans. Les races Pitbull étaient impliquées dans 42 (41,6 %) des 101 décès où la race du chien était signalée.

Une étude conduite par un centre d'urgence au Texas a analysé 228 patients blessés par morsure de chien. La race n'a pu être déterminée que pour 82 de ces cas et 29 avaient été blessés par des pitbulls.

Législations Italie thumb|right|200px|Un corgi, visé par une LRP en Italie jusqu'en 2009. En Italie, une loi visant des races spécifiques ciblant initialement les propriétaires de 13 races de chiens lors de son adoption en 2004 restreignait au moment de son abandon en 2009 un total de 92 races de chiens, incluant les corgis et les border collies.

Grande-Bretagne La Grande-Bretagne interdit depuis 1991 certaines races de chiens.

Irlande L'Irlande bannit 11 races de chiens depuis 1998 Policy document on the control of dogs 2016, Veterinary Ireland National Council, 25 mai 2016.. Se basant sur les « données scientifiques », le Conseil national vétérinaire irlandais recommandait en l'abandon des lois visant des races spécifiques.

France

La loi française distingue deux catégories de chien dont le législateur a estimé qu'elles méritaient des contraintes spécifiques,

Les chiens de catégorie 1 Couramment appelés « chiens d'attaque », cette catégorie regroupe trois types de chiens. Par type, la loi veut toucher des chiens « assimilables à une race de par leurs caractéristiques morphologiques », ils ne sont donc pas nécessairement inscrits dans le livre généalogique validé par le ministère de l'Agriculture :

chiens de type American Staffordshire terrier (anciennement Staffordshire terrier), également appelés « pit-bulls » ; chiens de type Mastiff, également appelés « boerbulls » ; chiens de type Tosa.

La loi vise à limiter le nombre de chiens de cette catégorie. Dès lors, toute acquisition, cession, introduction ou importation sur le territoire français est interdite« Chiens dangereux : le dispositif applicable »..

Leur stérilisation est obligatoire depuis 1999, sous peine de six mois d'emprisonnement et de d'amende pour les propriétaires contrevenants. Quand l'animal importé illégalement blesse ou tue un autre animal ou un humain, son détenteur risque jusqu'à cinq ans de prison et d'amende.

Tous les chiens typés pitbull sans papiers français sont classés en « catégorie 1 ».

Les chiens de catégorie 2 Couramment appelés « chiens de garde et de défense », il s'agit de 3 races (inscrites dans un livre généalogique reconnu par le ministère de l'Agriculture) et 1 type :

chiens de race American Staffordshire terrier (anciennement Staffordshire terrier) ; chiens de race Rottweiller ; chiens de type Rottweiller chiens de race Tosa

Évaluation de la loi par l'ANSES Le Ministère de l'Intérieur et le Ministère chargé de l’Agriculture et de l’Alimentation ont commandé un rapport à l'ANSES sur le Risque de morsure de chien afin d'évaluer le bien fondé de la politique ayant instauré cette législationAvis de l'Anses sur le risque de morsure de chien. Octobre 2020. Février 2021. Report number: 2015-SA-0158.Caroline Gilbert, Agnès Fabre de Loye, Nadia Haddad. Dans son rapport remis fin 2020, l'ANSES souligne que plusieurs groupes de travail dans d'autres pays ont conclu qu’il n’est pas envisageable de prédire l’agressivité d’un individu sur le critère d’appartenance à une race ou de ressemblance avec les critères morphologiques d’une race et que les lois discriminant certaines races ou types raciaux sont inefficaces au regard de l’incidence des morsures. En effet, l'appartenance d’un individu à une race n'est pas facile à déterminer et la représentation que les propriétaires peuvent avoir d'une race modifie la façon dont le chien va être éduqué et son mode de vie. De même, la santé mentale et le bien-être du chien sont des facteurs de modulation des agressions.

États-Unis Les États américains de l'Arizona, de la Californie, de la Caroline du Sud, du Colorado, du Connecticut, du Dakota du Sud, de la Floride, de l'Illinois, du Maine, du Massachusetts, du Minnesota, du Nevada, du New Jersey, de New York, de l'Oklahoma, de la Pennsylvanie, du Rhode Island, du Texas, de l'Utah, de la Virginie et de l'État de Washington ont adopté des lois qui interdisent aux villes et aux municipalités d'adopter des lois sur le contrôle canin qui discriminerait en fonction de la race de l'animal Rebecca F. Wisch, Overview of States that Prohibit Breed-Specific Legislation by State Law, Michigan State University College of Law, 2015. Janet L. Kaminski Leduc, Senior Legislative Attorney, STATES THAT PROHIBIT BREED SPECIFIC ORDINANCES, 14 janvier 2013.. Le Sénat du Michigan va dans la même direction en Michigan Senate: Leave the pit bulls alone, Alice Yin, Associated Press, 12 avril 2018.. Un grand nombre de municipalités aux États-Unis ont également renversé leurs lois discriminant contre la race Breed Specific Legislation Map..

Canada, par région

Ontario La province de l'Ontario possède une LRP depuis 2005.

Québec Au Québec, les municipalités adoptent leurs propres règlements sur les chiens.

En , le gouvernement du Québec annonce qu'elle interdira par une loi les chiens de type pitbulls ainsi que les Rottweilers dans toute la provinceQuébec va interdire les chiens de type pitbull, Radio-Canada avec La Presse canadienne et CBC, 3 avril 2017.. Au printemps 2018, le gouvernement du Québec examine en commission parlementaire sa future loi provinciale sur les chiensChiens dangereux : la pertinence de cibler certaines races au cœur du débat, Bernard Barbeau, Radio-Canada, 20 mars 2018.. À la suite de ces consultations, le gouvernement québécois annonce le que le projet de loi 128 qu'il prépare sur la gestion des chiens dangereux ne contiendra aucune interdiction de races spécifiques, le ministre Martin Coiteux invoquant notamment l'absence de consensus scientifique quant à l'efficacité de telles mesuresLa science l'a emporté sur la volonté d'interdire les pitbulls, reconnaît Coiteux, François Messier, Radio-Canada, 6 juin 2018..

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