La chapelle de Condat est une église catholique située sur le territoire de la commune de Libourne, dans le département de la Gironde, en France.

Localisation La chapelle se trouve au lieu-dit Condat, au sud-est et à un kilomètre et demi de Libourne. Elle est située sur la rive droite de la Dordogne, à l'entrée d'une presqu'île formée par une courbe que la rivière décrit à cet endroit.

Historique

Origine de Condat

Certains guides confondent le lieu-dit de Condat avec le site du bourg primitif qui deviendra la ville de LibourneLa future ville de Libourne qui sera créée en 1268-1270 par Édouard I et Roger de Leyburn (Cartulaire et statuts de la ville de Libourne, dit "Livre velu" et Site de la mairie de Libourne) à partir du bourg prospère de Condate.. La source de cette confusion vient d'une épître du poète Ausone au , adressée à Théon :

La petite ville de Condate était bâtie sur la rive gauche de l'Isle, près de son confluent avec la Dordogne et à peu de distance de la Villa-Lucanie. Son port était déjà fréquenté par les marchands qui portaient à Bordeaux les produits variés du Périgord et qui descendaient la Dordogne jusqu'au Bec-d'Ambès. Les proconsuls romains y avaient établi un poste militaire pour protéger les populations voisines contre les invasions des pirates, dont les barques, en suivant le cours de la rivière, cherchaient à pénétrer dans l'intérieur du pays.

Le mot Condate est un toponyme gaulois signifiant « confluent ». Dans la paroisse actuelle qui porte le nom de Condat, qui est au sud de Libourne, on ne trouve aucune trace d'un port ou confluent.

Le Condat actuel tire son nom d'un château, bâti par Guillaume VIII d'Aquitaine au qui fut appelé Castrum Condate, à cause de son voisinage avec le Condate d'Ausone.

Afin de ne pas confondre les deux Condat, on désigna, dans les actes publics de l'époque, le plus ancien sous le nom de Condat-lès-Liboùrnes. Ce n'est que quand celui-ci devint définitivement Libourne vers 1270, que le château seul s'appela Condat et, après sa disparition, le nom demeura uniquement au village qui s'était formé peu à peu autour de ses murailles.

La seigneurie de Condat était une des plus importantes de la GuyenneLa seigneurie appartint très longtemps aux rois d'Angleterre, et nous les voyons (voir les facsimilés des Rôles gascons sur le site Gascon rolls projet) donner tour à tour les gros revenus qu'elle produisait, soit à des seigneurs anglais, soit à des seigneurs gascons qui leur étaient demeurés fidèles.

Ainsi Édouard III, le 30 juin 1351, assigne les revenus de cette seigneurie à Guillaume-Amanieu de Madaillan ; le 20 septembre de la même année, il les fait passer à Bernard Ezin, seigneur d'Albret ; le avril 1411, Henry IV, roi d'Angleterre, les concède à Thomas Swinburne ; son successeur, Henry V, les transmet, sept ans après, au sieur de la Barde. Henry IV, roi de France, les octroie à la jurade de Libourne et celle-ci cède, le 31 juillet 1627, au duc d'Epernon, par acte passé devant Justian, notaire royal, moyennant la somme de 8,704 livres 19 s. 6 d., le fief de Barbane, se réservant seulement celui de Condat ; plus tard, le sieur de Calvimont, baron de Cros, seigneur de Montagne, le sieur Henry-Charles de Foix et de Condate, ainsi que le sieur Montrablan, de Saint-Emilion, furent successivement les fermiers du fief de Barbane., puisqu'elle comprenait, non seulement la presqu'île, mais encore tout le territoire qui s'étendait jusqu'à la Barbanne, petit ruisseau qui prend sa source à Parsac, et va se jeter dans l'Isle, à une lieue et demie environ de son embouchure, après avoir arrosé successivement les communes de Montagne, Néac, Lalande et les Billaux.

Les chroniques de l'époque rapportent qu'Henry III y était en 1243 ; Édouard I y vint plusieurs fois ; le sénéchal de Guyenne y tint plusieurs fois ses assises, ainsi qu'on peut le voir aux coutumes du ressort du Parlement de Guyenne. Le prince Noir, fils d’Édouard III, roi d'Angleterre, data plusieurs de ses lettres de ce château.

En 1367 le prince Noir et la princesse de Galles, son épouse, y reçurent les rois Pierre de Castille et Charles II de Navarre pour fêter leur victoire lors de la bataille de Nájera avec leur illustre prisonnier Bertrand Du Guesclin. Le récit de la rançon de pour libérer Du Guesclin est rocambolesque : l'épouse du Prince Noir, qui admire Du Guesclin, verse à son mari sur sa cassette personnelle et le solde est payé par Charles V.

Cependant, Du Guesclin en conserva rancune ; aussi, ayant porté ses armes victorieuses dans les environs de Libourne, en 1374, il ruina en partie le château, témoin de sa captivité. Richard II le fit réparer en 1394. Mais, après la bataille de Castillon en 1453, les soldats de Charles VII se portèrent sur Condat, et, cette fois, la forteresse féodale disparut pour toujours.

Dans les dépendances du château se trouvait une petite chapelle dédiée à la Sainte Vierge. Elle ne lui était pas contiguë, car les édifices militaires, bâtis sur un monticule, entourés de fossés, ne supportaient guère sur leurs flancs une construction étrangère à leur destination. La chapelle était donc à une certaine distance en dehors des grandes murailles du château et servait à la fois aux châtelains, aux tenanciers, aux serfs et aux manants des environs.

Historique de la chapelle

Les parties les plus anciennes de la chapelle semblent être construites au . Elle fut restaurée et agrandie dans la seconde moitié du , probablement par Charles de Berry, frère de Louis XI, gouverneur de Guyenne. Le style est caractéristique de la transition entre le gothique et la Renaissance.

Jusqu’à la Révolution, la chapelle était un haut lieu de dévotion mariale, semblable à Notre-Dame de Verdelais, à cause de la petite statue en bois de chêne qui se trouve dans une niche au-dessus du maître autel et qui est décrite en détail ci-dessous.

Après 1789, la chapelle fut vendue comme bien national et achetée par les frères Piffon, qui la convertirent en cellier, après l'avoir entourée, à l'est, de grands bâtiments, qui englobaient son abside. On voyait jadis dans la chapelle un splendide autel du surmonté d'un retable en bois sculpté et doré, décrit par PiganeauDeux colonnes torses, ornées de guirlandes de fleurs et de fruits encadraient cet autel ; sur leur chapiteau, d'ordre composite, reposait un médaillon en forme de galbe.

Dans son milieu, l'artiste avait représenté en relief le buste du père éternel, tenant de la main gauche la boule du monde. Au centre du retable régnait une niche pour Notre-Dame-de-Condat ; sa voussure était chargée de fleurs et de fruits en relief et d'un travail achevé.

Au-dessous de la base de la niche deux médaillons montraient deux anges en demi-relief, aux visages candides, les ailes déployées, et ployant un genou en terre ; leur pose était d'une grâce admirable ; on regrettait qu'un peintre grossier les eût coloriés.

Deux autres médaillons, plus grands, captivaient l'attention : l'un à gauche et l'autre à droite de l'autel. Dans celui-là on reconnaissait l'ange de l'Annonciation : tout était d'une grande beauté chez lui, son visage, ses formes ; ses membres étaient arrondis et souples, et, comme s'il n'avait pas assez de ses ailes pour l'approcher de la Vierge, le sculpteur l'avait placé mollement sur des nuées.

Dans celui-ci, c'était la Vierge agenouillée sur un prie-dieu : son maintien était modeste ; elle élevait les yeux vers le ciel et semblait écouter, dans le silence de la prière, l'avertissement de l'ange lui disant que d'elle naîtra le sauveur du monde. Ces sculptures étaient en demi-relief et en bois de noyer comme tout l'autel.. Le tout fut vendu en 1820 par les Piffon à Guiraudeau, curé de Saint-Étienne-de-Lisse, pour la somme de 150 francs. vignette|gauche|Façade principale, vers 1905. vignette|La nef.|300x300px Albert Piola et son épouse en firent l'acquisition le et l'offrirent immédiatement à abbé Chabannes, successeur de Charriez. Leur désir était de voir le culte de la madone miraculeuse repris dans le sanctuaire où elle avait manifesté, pendant de si longs siècles, sa puissance et sa miséricorde et de l'obliger ainsi à devenir plus que jamais la grande protectrice de Libourne et du Libournais. Le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, procéda à la réouverture de la chapelle le 27 du même mois.

Aussitôt après cette prise de possession provisoire, on se mit à l’œuvre pour les travaux d'une complète restauration. Trois ans plus tard, quand les travaux de restauration furent achevés, on fit l'inauguration solennelle de la chapelle le .

Deux inscriptions sur marbre et placées dans le sanctuaire rappellent des faits :

à gauche, nous lisons ce qui suit : « Notre-Dame de Condat, priez pour les bienfaiteurs de votre sanctuaire. Cette église a été restaurée par les familles Piola, Brisson, Fontemoing et les pieux Libournais. La statue miraculeuse sauvée par les époux Michelleau a été rendue par eux et par leurs enfants à la piété des fidèles.»

à droite : « Ce sanctuaire illustré par 8 siècles de dévotion, fermé pendant 74 ans, racheté et offert à Son Éminence le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, par M. Albert Piola, Chevalier de Saint-Grégoire le Grand, a été rendu au culte à la grande joie des fidèles, le . »

En 1927 Eugène Gaucher-Piola fait don de la chapelle à l’Évêché de Bordeaux.

La chapelle a été inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du .

L'extérieur

À l'extérieur, deux contreforts aux angles de la façade occidentale, surmontés de pinacles agrémentés de chimères, datent probablement du , de même que le pignon orné d'une rosace et la sacristie flanquée contre l'abside.

Le portail est surmonté d’une Vierge à l’Enfant.

La cloche, qui date du et qui se trouve dans le campanile, provient de la chapelle de l'hôpital de Libourne et est inscrite aux Monuments Historiques à titre d'objet, le .

La Chapelle de Condat était jadis au centre même d'un cimetière ; on y découvrit, il y a quelques années, d'assez nombreux ossements et présentement encore, sur le mur du côté Nord, on peut lire, gravés à la pointe du couteau, des inscriptions et les noms de personnes décédées.

Non loin de la chapelle, dans le jardin de l'ancien presbytère (aujourd'hui propriété privée) se trouve une fontaine dite Fontaine de la Vierge. L'eau de cette fontaine possède, parait-il, des propriétés curatives pour les maladies des yeux. Cette fontaine est totalement privée et ne se visite pas.

L'intérieur de la chapelle vignette|right|x300px

Cette chapelle parait avoir été construite au , du moins dans la partie la plus ancienne, celle qui va de la porte d'entrée vers le sanctuaire : contreforts peu saillants et sur la nef sud les traces de quelques fenêtres en plein-cintre qui ont été bouchées. Tout indique à l'origine une construction romane.

L'édifice est formé d'un chœur et d'une nef de de long sur de large, divisée en quatre travées qui deviennent légèrement de plus en plus longues (la première ; la deuxième ; la troisième et la quatrième . ) au fur et à mesure qu'elles se rapprochent du sanctuaire, paraissant, par un effet d'optique, avoir toutes la même dimension depuis l'entrée.

À l'angle nord-ouest est logé un escalier à vis.

Les fleurs de lys du dallage du chœur remonteraient au . (Ce sont les mêmes qui ont été retrouvées peintes en rouge sur la voûte de l'abside).

Les sculptures

La voûte de la chapelle est divisée en cinq travées. Des arcs d'ogive en plein-cintre brisé délimitent ces travées. Le chœur et la partie de la nef à l'entrée (travée IV) ont des voûtes à croisée d'ogive qui sont complétées de liernes et tiercerons. Dans le chœur il y a six segments et cinq dans la travée IV.

Au point de jonction des nervures dans chaque travée on voit des écussons et des fleurons d'une grande richesse, ainsi que des représentations d'anges et d'humains.