Lambert Daneau, latinisé en Danœus, né vers 1530 à BeaugencyMeursius, Melchior Adam, Jean-Pierre Niceron et Du Pin le font naitre à Orléans. La Croix du Maine et Du Verdier donnent Gien, mais le Rôle des Français reçus citoyens de Genève, dont l’autorité tranche la question, indiquent qu’il est né à Beaugency. et mort le Tous les dictionnaires biographiques ont répété 1596. à Castres., est un théologien et juriste calviniste français.
Biographie Daneau descendait d’une famille anoblie par Charles VII. Resté très tôt orphelin, il fut confié aux soins d’un tuteur qui l’envoya à l’université d'Orléans étudier le droit sous Anne Du Bourg. Témoin de la mort héroïque de ce dernier, il voulut approfondir les doctrines d’une religion qui inspirait tant de constance à ses disciples. Parti, en 1560, pour Genève, il y renonça à la jurisprudence pour se vouer à la théologie où il fit de si grands progrès qu’il a passé pour un des plus savants théologiens de l’Église protestante de France.
Après avoir été consacré pasteur, Daneau revint en France, en 1562, où il fut appelé à desservir l’église de GienJean-Pierre Niceron se trompe, lorsqu’il dit qu’il fut d’abord ministre à Genève.. L’église de Gien était alors si florissante qu’il fallut, peu de temps après, lui donner Étienne de Brulières pour troisième pasteur. Les évènements de la première guerre de Religion l’obligèrent à se retirer à Sancerre, en , tandis que son collègue La Vallée cherchait refuge à Châtillon-sur-Loing. Rentré à Gien à la conclusion de la paix, il continua à y desservir l’église réformée jusqu’en 1572, quand le massacre de la Saint-Barthélemy le força à se sauver de nouveau à SancerreVoir ..
La même année, Daneau ayant réussi à gagner Genève, il fut donné pour pasteur à Vandœuvres, au mois d’octobre. Son séjour à la campagne rendant trop pénibles les fonctions de professeur de théologie auxquelles il avait été nommé dès 1572, il fut appelé dans la ville, le Archives de la Compagnie des pasteurs, Registre A.. En 1584, il obtint gratuitement le droit de bourgeoisie genevoise, faveur qui ne l’empêcha pas, la même année, d’accepter une chaire à l’université de Leyde. Zélé partisan du comte de Leicester, il fut compris dans la proscription qui frappa les chefs de la faction de ce favori de la reine Élisabeth, et se retira à Gand d’où il fut bientôt chassé par les troubles.
Rentré en France, il alla demander asile au roi de Navarre. Après avoir rempli les fonctions pastorales à Orthez et à Lescar, il fut choisi pour remplacer, à Castres, Olaxo, qui avait été déposé sur les plaintes du consistoire. La population, dont Olaxo avait gagné la faveur, accueillit fort mal les ministres Devaux et Montcassin, chargés par le Synode national de Montauban de notifier à l’église la confirmation de la sentence de déposition. Il y eut même une espèce d’émeute que le départ d’Olaxo pour son Espagne natale apaisa. Daneau, que le docteur Jacques Bissol était allé chercher en Béarn de la part du consistoire, était arrivé à Castres dès le , et il y remplit la double charge de ministre et de professeur jusqu’à sa mortMeursius et Melchior Adam se sont trompés en disant qu’il est mort, à Orthez. Le témoignage de Faurih est confirmé par une lettre de Balaran à Bèze, conservé à la Bibliothèque de Genève..
Selon Jean Senebier, Daneau « eut la malheureuse facilité de la plupart des savans de son siècle, sans avoir leur, génie et leur discernement. Aussi la postérité a jugé ses travaux inutiles à l’instruction de ceux qui existent ; elle a relégué ses nombreux volumes dans les coins poudreux des bibliothèques. » Pourtant, les ouvrages de Daneau étaient appréciés à son époque. La plupart ont été réimprimés plusieurs fois, et quelques-uns même traduits en différentes langues. Si on a cessé de les lire, avec le temps, ce que la science, que Daneau possédait des connaissances si vastes qu’on s’étonnait qu’un homme eut pu tant apprendre et retenir, et qu’il passait, avec raison, pour être versé plus qu’aucun de ses contemporains dans la théologie scolastique, a cessé d’être juste. D’autre part, les questions dont il a débattu ont cessé d’intéresser. Dans le nombre, il en est cependant qui, comme l’Ethices Christianae, méritaient de ne pas tomber dans un aussi profond oubli. Loin de considérer ses travaux comme inutiles, les contemporains de Daneau en faisaient le plus grand cas. Le Synode national de Montauban, qui le choisit pour entrer en conférence avec les théologiens de l’Église romaine, et qui sanctionna la publication de sa réfutation de quelques-uns des ouvrages de Bellarmin, lui accordait apparemment quelque estime. Le Synode national de Castres, lui décerna, quant à lui, le titre de « très fameux pasteur et professeur en théologie, » et invita son fils à rassembler et à publier « ses savans ouvrages, » en promettant de se charger des frais d’impression. Le lexicographe Melchior Adam a, en outre, donné à Daneau les épithètes de theologus pius, de philologus elegans, tandis que Meursius l’a rangé inter proestantissimos et exercitatissimos theologos, ou bien encore celui de l’historien de Thou, qui le qualifie de magnes eruditionis theologus. Il a néanmoins publié, en 1574, un ouvrage qui a été sujet à controverse, Les sorciers, dialogue très utile et très nécessaire pour ce temps, où il admet l’existence des sorciers, attestée par la Bible et signale, entre autres, les moyens les plus sûrs de se garder de leurs maléfices. Lorsqu’on lui offrit un chaire de théologie à l’université de Leyde, le Conseil de Leyde s’y opposa violemment en déclarant vouloir « résister à l’Inquisition de Genève non moins qu’à celle de l’Espagne » et celui-ci dut quitter la ville.. Daneau avait été marié deux fois, la première en France, la seconde à Genève avec la fille d’un prévôt des marchands d’Orléans réfugié en Suisse. Il eut une fille, nommée Marie, mariée à Daniel de Laborde bourgeois et marchand d'Orthez et un fils, nommé Josias, qui lui succéda dans l’église de Castres. Ses descendants professaient encore la religion protestante en 1685.
Publications Deux traitez de Florent Tertullien : l’un des parures et omemens, l’autre des habits et accoustremens des femmes chrestiennes, trad. du latin, Paris, 1565, in-8°; Gen., 1580, in-8°. Deux traittez de S. C. Cyprian... l'un contre les jeux et joueurs de cartes et de dez, l'autre par lequel il monstre que l'homme chrestien ne doit voir ni assister à aucuns jeux de battelage ni aux spectacles publics... le tout mis en français par L. Daneau.., s.l. : imprimé nouvellement, 1566 Methodus Sacroe Scripturce in publicis tùm proelectionibus tùm concionibus, utiliter atque intelligenter tractandoe, quoe praxi, id est aliquot exemplis et perpétuo in Epist. Pauli ad Philemonem commentario illustratur, Genève, 1570, in-8°; 1579, in-8°; 1584, in-8° Les trois livres d’Hésiode intitulez les Œuvres et les Jours, Genève, 1571, in-8°. Elenchi hoereticorum, Genève, 1573, in-8° Harmonia seu tabules in Proverbia et Ecclesiasten. Les sorciers, dialogue très utile et très nécessaire pour ce temps, Genève, I. Bourgeois, 1574, in-8°. De veneficiis quos olim sortilegos, nunc autem vulgo sortiarios vocant, dialogus, Genève, 1574, in-8°; Colon. Agrip., 1575, in-8°; Gen., 1584, in-8°; trad. en angl., Londres, 1575, in-8°. Brieve remonstrance sur les jeux de sort, ou de hazard. Et principalement de dez ou de cartes. En laquelle le premier inventeur desdits jeux, et maux infinis qui en adviennent, sont declarez. Contre la dissolution de ce temps. [Genève] : Jacques Bourgeois, 1574 Deux traictez nouveaux très utiles pour ce temps : le premier touchant les sorciers, augmenté de deux procez extraits des greffes ; le second contient une briève remonstrance sur les jeux de cartes et de dez. [Genève] : "Jacques Baumet" [Jacques I Chouet], 1579 (réimp. des traités "Les sorciers" et "Remonstrance sur les jeux de sort") D. Aurelii Augustini Enchiridion ad Laurentium cum commentariis, Genève, 1575, in-8°; 1579, in-8°. Physica christiana, sive christiàna de rerum creatarum origine et usu disputatio, Genève, 1576, in-8° Aurelii Augustini liber de haresihus, emendatus et commentariis illusiratus ; additoe sunt hoereses ab orbe çondito ad constitutum papismum et mahumetismum, etiam eoe quoe hic erant ab Augustino proetermissoe, Genève, 1576, in-8°; 1595, in-8°; 1678, in-8°. Tractatus de Antichristo, Genève, 1576, in-8°: 1582, in-8°; traduit en français, par J. F. S. M., Genève, 1577, in-8°; 1579, in-8°; et en anglais, Londres, 1589, in-f°. Ethices Christianae, libri tres : in quibus de veris humanarum actionum principiis agitur : atque etiam legis diuinae, siue Decalogi, explicatio, illúsque cum scriptis scholasticorum, iure naturali siue philosophico, ciuili Romano rŭ, & canonico collatio continetur praeterea virtutum & vitiorum, quae passim vel in Sacra Scriptura vel alibi occurru[n]t, quaeq́ue ad singula legis Diuinae praecepta reuocantur, variae definitiones, Genève, 1577, in-8° ; 1583, in-8° ; 1604, in-8°; 1644, in-8°. In D. Paulipriorem Epist. ad Timoth. commeniarius, Genève, 1578, in-8°. Paratitla in D. Aurelii Augustini tomos II proecipuos [VI et Vil], sivc in libros contra Manichoeos, Priscillianistas, Arianos, Jovinianistas, Donatistas, Genève, 1578, 2 vol. in-8°. Ad novas G. Genebrardi calumnias in orthodoxam Evangelicorum de S. Trinitate doctrinam responsio, Genève, 1578, in-8°. Commentarius in XII prophetas minores, Genève, 1578 et 1586, in-8°; 1594, in-8°. Explicatio aliquot locorum difficilium Danielis in tractatu de Antichristo, Genève, 1578, in-8°. Tractatus de amicitiâ christianâ, Genève, 1579, in-8°; trad. en allemand, Hanovre, 1644, in-8°, et en angl., Lond., 1586, in-8°. De ludo aleae libellus adversus corruptissimos hujus sæculi mores omnino necessarius, Genève, 1579, in- 8°. Ad Nicolai Selnecceri librum qui inscribitur : Necessaria et brevis repetitio, etc., brevis, modesta et necessaria responsio, Genève, 1579, in-8°. Traité des danses, auquel est amplement résolue la question à sçavoir s’il est permis aux chrestiens de danser, [Gen.] François Estienne, 1579, in-8°; Genève, 1580, in-8°; 1582, in-12. Traité de l’estat honneste des chrestiens en leur accoustrement, Genève, 1580, in-8°. Geographioe poeticoe lib. IV, seu universoe terris descriptio ex optimis poëtis latinis, Genève, 1580, in-8°. Ad Steph. Gerlachium et illius Anti-Danœum necessaria responsio, Tübingen, 1580, in-4°; réimp. Genève, 1581, in-8°, avec les Nos XXXII, XXXIII et XXXIV. Anti Osiander, sive Apoogi a christiana pro ecclesiis Helveticis et earum de coenâ Domini sententiâ, Genève, 1580, in-8°. Ad insidiosum L. Osiandri scriptum, quod Pia et fidelis ad gallicas et belgicas ecclesias admouitio inscribitur, necessaria responsio et salutaris prcecautio ad easdem ecclesias, Genève, 1580, in-8°. In Pétri Lombardi lib. I Sententiarum, qui est de Deo uno et trino, commentarius triplex, Genève, 1580, in-8°. Avec une préface sur l’origine et les progrès de la philosophie scolastique. Thèses de oratione dominicâ, Leyde, 1584, in-°. Demonstratio antithesis, seurepugnantioe thesium repetitionis doctrines J. Andrew de personâ Christi, Leyde, 1584, in-8°. Examen libri de duabus in Christo naturis à Martino Kemnitio conscripti, Genève, 1584, in-8°. De tribus gravissimis et hoc tempore maxime vexatis quoestionibus : 1° de s. Domini ccenâ, 2° de majestate hominis Christi, 3° de non damnandis Dei ecclesiis nec auditis nec vocatis, ad fratres Tubingenses responsio, Genève, 1584, in-8°; ., Genève, 1584, in-8°. Encaustice et collustratio colorum quibus injusta omnium orthodoxorum ecclesioe Dei pastorum condemnatio à L. Osiandro et aliis quibusdam facta, priùs delineata tantùm fuerat in Anti-Osiandro, adv. Laconici sive Nicodemi, equitis à Stnrmeneck, inanem et, ut ipse vocat, quatriduanam spongiam, Genève, 1584, in-8°. Ad Nic. Selneccerum de exegesi Saxonicâ brevis epistola, Genève, 1581, in-8°.