Jesselyn Radack, née le à Washington, est une avocate américaine œuvrant à la défense des droits de l'homme. Elle est essentiellement connue pour avoir représenté des lanceurs d'alerte, des journalistes et des hacktivistes. Elle a défendu des personnes qui suscitent le plus souvent de vives polémiques aux États-Unis, dont Thomas Drake et Edward Snowden, deux lanceurs d'alerte qui ont chacun révélé les agissements illégaux de la National Security Agency.
Après ses études en droit à l'université Brown et à la Yale Law School, Radack est reçue dans trois disciplines. Elle commence sa carrière d'avocate au département de la Justice des États-Unis (DoJ). Alors qu'elle y travaille, elle accuse le Federal Bureau of Investigation (FBI) d'avoir commis une violation éthique en interrogeant John Walker Lindh (surnommé « ») en absence d'un avocat et elle prétend que le DoJ a tenté de supprimer les documents prouvant cette violation. Elle perd son emploi et est accusée de déloyauté envers le DoJ, ce qui nuit sévèrement à sa carrière d'avocate.
Par la suite, elle dirige une section du Government Accountability Project, organisme qui défend notamment des lanceurs d'alerte. Le Centre Woodrow Wilson l'accueille à titre de visiting fellow de 2014 à 2016. Radack rapporte ses expériences professionnelles dans l'ouvrage Traitor: The Whistleblower and the "American Taliban" et le documentaire Silenced. Elle rédige également des articles pour les quotidiens The New York Times, Los Angeles Times, The Washington Post, The Guardian, The Nation et plusieurs périodiques de droit. Elle apparaît dans des émissions télévisées diffusées par NPR, PBS, CNN et BBC. Elle est récipiendaire du Sam Adams Award for Integrity in Intelligence (2009), du Hugh M. Hefner First Amendment Award (2012) et d'autres prix soulignant sa défense des droits de l'homme.
Biographie Premières années Jesselyn Radack naît le à Washington. Elle suit une formation en droit à l'université Brown. Elle est reçue en 1992 en civilisation américaine, études sur les femmes () et science politique, avec mention dans les trois disciplines. Depuis 1983, année où l'université Brown commence à noter systématiquement les résultats inhabituels de ses étudiants, seule une autre personne a reçu une mention dans trois disciplines à la fois..
Après avoir complété sa formation à la Yale Law School, elle est embauchée au Attorney General's Honors Program du département de la Justice des États-Unis (DoJ) où elle travaille, de 1995 à 1999, sur les litiges constitutionnels portant sur la responsabilité délictuelle. Ensuite, de 1999 à 2002, elle continue de travailler pour le DoJ, mais au Professional Responsibility Advisory Office (PRAO).
John Walker Lindh Premières enquêtes vignette|John Walker Lindh en 2002, photographié pendant sa détention. Le , Radack reçoit une requête de la part du procureur au contreterrorisme John DePue sur l'aspect éthique de l'interrogatoire de John Walker Lindh, ce dernier étant interrogé en l'absence d'un avocat. DePue indique que le père de Lindh a demandé l'aide d'un conseiller juridique avant que l'interrogatoire ne commence. Radack répond que la loi interdit alors un interrogatoire sans la présence d'un avocat..
En effet, une personne représentée par un avocat ne peut être approchée par un membre du DoJ, dont le Federal Bureau of Investigation (FBI) fait partie, sans l'autorisation explicite de son avocatL'application du principe du « » (règle du non-contact) du DoJ est expliquée dans . Consulter la section « Ethical rules in lieu of constitutional protections ».
Radack a indiqué qu'elle s'appuyait sur ce principe (.. Selon Radack, son avis est alors soutenu par Claudia Flynn, la directrice du PRAO, et Joan Goldfrank, une avocate senior du PRAO.. Le FBI continue quand même d'interroger Lindh en l'absence de son avocat. DePue informe Radack le 10 du même mois que l'interrogatoire se poursuit, ce à quoi elle répond : , citation tirée du Proffer of Facts in Support of Suppression Motion, at 19, dans le dossier United States v. John Philip Walker Lindh, Crim. No. 02-37-A (E.D. VA 2002) (cité dans McGowan, )..
Radack poursuit ses recherches à ce sujet jusqu'au , quand Claudia Flynn lui ordonne de cesser de suivre l'affaire parce qu'un agent du FBI a informé Lindh de ses droits Miranda. Plus tard, il est révélé que l'agent, lorsqu'il aurait lu le passage sur le droit de faire appel à un avocat, aurait dit : ..
Déclarations du gouvernement américain sur les droits de Lindh Cinq semaines après l'interrogatoire, le , le procureur général des États-Unis John Ashcroft déclare qu'une plainte au pénal sera déposée contre Lindh et mentionne : « Le sujet est en droit de choisir son propre avocat, mais selon nos connaissances il n'a pas encore choisi d'avocat ». Le , Ashcroft déclare que Lindh est mis en accusation, indiquant que ses droits légaux « ont été rigoureusement et scrupuleusement respectés »..
Début 2004, lors d'un interview, Radack explique qu'elle est en désaccord avec la position d'Ashcroft tout en admettant que c'est logique ; en effet, Lindh n'a pas choisi d'avocat, il n'est donc pas représenté par un avocat. Néanmoins, elle est troublée par le traitement éthique de Lindh. Dans Moran v. Burbine (1986), la Cour suprême des États-Unis statue que la police était dans son droit de ne pas avertir un suspect (qui avait renoncé à ses droits Miranda) puisque sa sœur avait retenu les services d'un conseiller judiciaire pour l'aider, mais la cour rappelle aussi que la police avait manqué d'éthique, ce qui aurait pu donner lieu à une violation des droits en d'autres circonstances..
Début 2005, Radack se rappelle que sa réaction aux propos d'Ashcroft a été plus vive : « Je savais que c'était faux »..
Rendement insuffisant Le , un jour avant l'annonce de la mise en accusation de Lindh, Flynn complète une évaluation de rendement dans lequel elle conclut à un rendement médiocre () de Radack, même si cette dernière a reçu une augmentation salariale à la suite d'une bonne performance l'année précédente. L'évaluation porte sur la période du au , deux mois avant l'enquête sur Lindh (et donc exclut chronologiquement ce dossier), mais critique son jugement professionnel dans ce dossier et d'autres tâches.. Flynn informe Radack de cette évaluation et explique qu'elle le signera et le versera dans son profil professionnel si Radack ne démissionne pas. Elle préfère quitter, ayant planifié de poursuivre sa carrière au privé.. Elle trouve rapidement un emploi dans une firme privée, mais est renvoyée en après avoir refusé de signer un affidavit où elle aurait admis ne pas avoir fuité de courriels du gouvernement.
Courriels manquants Le , alors que Radack travaille toujours au PRAO, le procureur en chef chargé du dossier de Lindh, Randy Bellows, indique à Radack qu'un ordre de la cour exige tous les documents du DoJ sur l'interrogatoire de Lindh. Il indique qu'il a une copie de deux messages de Radack et veut s'assurer qu'il les détient tous.
Radack s'aperçoit immédiatement qu'elle n'a jamais été informée, de façon délibérée, de l'ordre de la cour.. Elle avait rédigé plus d'une douzaine de courriels sur le dossier et aucun des courriels dont Bellows a copie ne montre ses inquiétudes sur le manque d'éthique du FBI et que les aveux de Lindh, qui constituent le pilier sur lequel s'appuierait l'accusation, pourraient être mis sous scellé. Radack vérifie alors les copies stockées sur les serveurs du DoJ et affirme que le dossier a été falsifié de façon à ne comprendre que trois de ses courriels, les enregistrements officiels indiquant que seuls ces trois courriels ont été transmis aux procureurs de Lindh, mais elle ignore lesquels ont été transmis à la cour par le DoJ parce que les ordres de la cour sont classés secret (Complaint Against United States Department of Justice, Radack v. United States Department of Justice, No. 04-1881 (D.D.C. 2004), ¶18).. Radack demande à un collègue de vérifier le dossier électronique ; il confirme qu'il a été (purged)..
Avec l'aide des services d'assistance, Radack peut recopier 14 courriels des archives de son ordinateur, qu'elle transmet accompagné d'un mémorandum de couverture (). À la question de Flynn sur les raisons qui justifient les courriels manquants, Radack ne peut qu'exprimer son ignorance (Complaint Against United States Department of Justice, Radack v. United States Department of Justice, No. 04-1881 (D.D.C. 2004), ¶22).. Dans le but de prévenir à nouveau la perte des courriels, Radack en emporte une copie à la maison (Response to Defendant's Motion to Dismiss or, in the Alternative, Response to Defendant's Motion for Summary Judgment, March 15, 2005, Radack v. United States Department of Justice, No. 04-1881 (D.D.C. 2004), ¶18)..
Il est également impossible de connaître les courriels que le DoJ a remis à la cour, tout comme la date de transmission, puisque la cour les a mis sous scellé. En , la journaliste américaine Jane Mayer, du New Yorker, rapporte qu'une .
Le , Radack dépose une requête auprès de la cour pour qu'elle nomme un procureur chargé d'enquêter sur la prétendue suppression de courriels. Le gouvernement réplique qu'il a remis les courriels à la cour dès que celle-ci en a fait la demande, c'est-à-dire le . Une copie de la réponse du gouvernement fédéral est en ligne (, en anglais).. La description des 24 documents (probablement avec des doubles) remis à la cour correspondent aux courriels de Radack, y compris celui qui indique que l'interrogatoire de Lindh n'a pas été autorisé par la loi. Une copie de la résolution du gouvernement incluant la description se trouve en ligne (, en anglais).. DePue, qui a reçu les courriels, détient aussi des copies et déclare qu'ils ont été soumis à la cour. une copie de sa déclaration est en ligne (, en anglais).. Le juge rejette la requête de Radack, la qualifiant d'. Une copie de la réponse se trouve en ligne (, en anglais)..
En 2004, Radack poursuit le gouvernement fédéral des États-Unis. La même année, la cour découvre que ..
Révélation des courriels à Newsweek Radack démissionne du DoJ le . En juin, elle écoute une émission de la NPR où quelqu'un mentionne que le DoJ affirme n'avoir jamais indiqué que Lindh était dans son droit de rechercher un conseil juridique pendant son interrogatoire. Plus tard, elle écrit : « J'étais convaincue que le DoJ n'avait pas encore soumis ces courriels à la cour parce que je ne croyais pas que le DoJ serait suffisamment téméraire pour faire des déclarations qui contrediraient ses documents remis à la cour, même s'ils l'étaient in camera ».. Elle écrit que « la révélation de mes courriels serait plus conforme avec l'ordre de découverte du tribunal tout en exposant la gestion déficiente et l'abus d'autorité de mes supérieurs au département de la Justice » (Response to Defendant's Motion to Dismiss or, in the Alternative, Response to Defendant's Motion for Summary Judgment, Radack v. United States Department of Justice, No. 04-1881 (D.D.C. 2004), ¶¶20, 23-24) ; cité par .. Après avoir écouté l'émission, elle envoie les courriels à Michael Isikoff, journaliste du Newsweek qui a été interviewé par NPR dans le cadre de l'émission. Il rédige par la suite un article sur les courriels de Radack., qui est publié le dans le Web (Response to Defendant's Motion to Dismiss or, in the Alternative, Response to Defendant's Motion for Summary Judgment, March 15, 2005, Radack v. United States Department of Justice, No. 04-1881 (D.D.C. 2004), ¶31)..