Les Carnets du sous-sol (en ), connu aussi en français sous les titres Le Sous-sol, Mémoires écrits dans un souterrain, Notes d'un souterrain ou Le Souterrain, est un roman de l'écrivain russe Fiodor Dostoïevski publié en 1864. Le récit se présente sous la forme du journal intimeLe Sous-sol, « Note de l'auteur » (La Pléiade, ). d’un narrateur amer, isolé et anonyme, fonctionnaire retraité vivant à Saint-Pétersbourg, la capitale impériale.
Publication Le , la première partie des Carnets du Sous-sol est publiée dans le premier numéro de L'Époque, une revue littéraire dirigée par Mikhaïl Dostoïevski, le frère aîné de l'écrivain. La seconde partie paraît au mois de juin de la même année. C'est cette seconde partie que Dostoïevski rédige le , à la mort de sa première épouse, Maria Dmitrievna, décédée la veille.
Personnages Le narrateur Anton Antonovitch, supérieur hiérarchique du narrateur Simonov, ancien camarade d’école du narrateur Zverkov, général et ancien camarade d’école du narrateur Troudolioubov, ancien camarade d’école du narrateur Ferfitchkine, ancien camarade d’école du narrateur Liza, prostituée, vingt ans Apollon, domestique du narrateur
Résumé Première partie - Le sous-sol La première partie s'ouvre sur un monologue d’un homme de quarante ans, ancien fonctionnaire qui a démissionné et vit depuis sur un petit héritage. Le narrateur est haineux et se qualifie lui-même de méchant : il revendique avoir été volontairement désagréable avec ses collègues, se dit malade du foie depuis une vingtaine d’années et affirme ne pas se soigner par méchanceté envers lui-même. Il avoue par la suite qu'il se revendique méchant uniquement pour se vanter. En fait, il se complaît dans sa propre déchéance, y trouve une forme de jouissance et place le fait de souffrir comme un signe de plaisirLe Sous-sol, traduction par Pierre Pascal, . : . De là, il revendique sa supériorité sur l’homme simple et spontané qu’il nomme l’ bien qu'il ait déjà essayé d’en devenir un lui-même, sans succèsLe Sous-sol, traduction par Pierre Pascal, ..
Au fil des pages, sa colère monte contre l’, celui qui agit. Il avoue ne pas agir car il s'estime trop intelligent pour ne pas douter de tous les principes qui animent l'homme d'action. Et d’avouer à la fin qu’il ne croit pas à ce qu’il vient de dire, qu’il a préparé tous ces discours car il n’avait rien d’autre à faire et qu’à nous, ses lecteurs, il va faire une confidence, il va essayer de ne pas se mentir, nous mentir et de raconter un souvenir qu’on ne raconte à personne. Ce récit s'intitulera À propos de neige fondue.
Dans cette première partie, Dostoïevski engage, sur le mode de la dissertation, un monologue forcé de l'homme souterrain avec des partenaires imaginaires qui ne répondent jamais. Le portrait psychologique du maniaco-dépressif prend place, à travers les paradoxes et les renversements incessants de la pensée de l'auteur. La tranquillité étant le support préalable à toute action, la frénésie de son inquiétude constitue pour l'homme de la cave une paralysie. Une paralysie dont il ne se défend pas, au contraire, . Cette inertie contraste avec le foisonnement intérieur : conscience et imagination. Ainsi, l'homme du sous-sol apparaît paradoxalement comme tout sauf inactif, changeant et bouleversant tout.
Dostoïevski livre ici une ouverture philosophique fondamentale : la vision de l'Homme dont la conscience ne constitue pas la grandeur (cf. Blaise Pascal), mais un fléau. Pour le narrateur, l'homme conscient est d'autant plus malade qu'il est clairvoyant, il est d'autant plus clairvoyant qu'il regarde autour de lui et voit le Mal partout, il est d'autant plus fou puisque la présence de ce mal est une folie. Avant les célèbres enfants de Fiodor Pavlovitch Karamazov, Dostoïevski, à travers la critique de l'idéalisme optimiste vouant l'homme au , donne une critique vigoureuse de l'absurdité du Mal, ne pouvant être ni rationnel, ni théologique, puisque frappant l'innocence.
Deuxième partie - À propos de neige fondue Le narrateur revient sur l’année de ses vingt-quatre ans : déjà seul, son travail et ses collègues ne lui amenaient aucune satisfaction. Une fois pourtant, il s’est abaissé à leur parler, mais cela n’a pas duré. Ses seuls loisirs sont la lecture et la débauche.
Un soir, il décide de se rendre dans une salle de billard. Étant sur le passage d'un officier au moment où celui-ci souhaite se déplacer autour du billard, il se fait soulever des deux mains et déposer quelques mètres plus loin. Se sentant profondément blessé et humilié par cet acte, il n'aura plus qu'une idée en tête pendant deux ans : se venger.
Il commence donc à se renseigner sur l'officier, à le suivre dans les rues, à se faire "ses films" (il s'imagine lui écrire une lettre où il le provoque en duel, ce qui provoque l'admiration de l'officier) et à le haïr de plus en plus, l'homme n'ayant toujours rien remarqué et ne sachant même pas que le narrateur existe. Constatant que l'officier emprunte assez souvent la perspective Nevski, une idée lui vient alors : le bousculer en pleine rue pour se laver de son humiliation. Finalement, après maintes tentatives infructueuses et alors qu'il est sur le point d'abandonner, il arrive finalement à lui heurter l'épaule ; c’est à peine si l’officier s’en aperçoit, mais lui triomphe intérieurement.
Il s'est invité à un dîner où d'anciens camarades de lycée (Simonov, Troudolioubov et Ferfitchkine) fêtent le départ de l'un des leurs, Zverkov, mais personne ne veut de lui car il n'a laissé que de mauvais souvenirs, se sentant tellement supérieur. Ils arrivent une heure après l'heure prévue, s'amusent à provoquer le narrateur, qui sombre petit à petit dans la colère. Il est agressif, refuse l'idée de partir malgré leur hostilité manifeste et s'enfonce dans le ridicule : il fait un discours complètement ivre, provoque Ferfitchkine en duel devant ses camarades pliés de rire, et marche d'un endroit à un autre de la pièce en boucle pendant trois heures en faisant volontairement claquer ses bottes pour attirer l'attention. Il finit par s'excuser auprès d'eux pour son comportement et implore leur amitié, alors qu'ils ne font même plus attention à lui. Ils le quittent pour finir la fête dans une maison close. Il les pourchasse pour se venger, mais quand il arrive sur les lieux, ils n'y sont plus. Il s'endort dans une pièce, ivre.
Il se réveille au côté d'une jeune prostituée, Lisa, avec qui il se met à discuter. Il s'engage dans une tirade romantique, lui décrivant l’amour idéal et le comparant à l'avenir atroce qu'elle a. Son discours la touche, la désespère et elle veut le revoir.
Trois jours plus tard, Lisa arrive chez lui alors qu'il est en train de se quereller avec son domestique. Honteux d'avoir été surpris dans cette situation, il est pris de panique, s'emporte contre elle et la sermonne violemment. Pourtant, Lisa voit bien au-delà de ce que le narrateur imaginait : elle comprend qu'il est profondément malheureux. Elle se jette alors sur lui et le prend dans ses bras ; il éclate en sanglots.
Mais, incapable de concevoir les relations humaines autrement que sous le rapport de la domination et de la soumission, incapable d'ouvrir son cœur et interprétant toute vulnérabilité comme une humiliation, il replonge aussitôt dans le ressentiment. Il refuse toute communication et, au moment où Lisa décide de partir, lui glisse un billet de cinq roubles dans la main. Blessée et humiliée, elle s'enfuit. Il se lance à sa poursuite, mais elle a déjà disparu. Il ne la reverra plus.
Extraits
Adaptations au cinéma 1980 : Bobo la tête de Gilles Katz. 1986 : Jour et Nuit de Jean-Bernard Menoud. 1995 : Notes from Underground de Gary Walkow. 2005 : J'irai cracher sur vos tongs de Michel Toesca. 2012 : Inside () de Zeki Demirkubuz. 2015 : Johnny Walker de Kris De Meester.
Notes et références
Éditions françaises Notes d'un souterrain, Edition AUBIER MONTAIGNE PARIS, Collection bilingue Russe, 1972 Les Carnets du sous-sol, traduit par André Markowicz, Actes Sud, Collection Babel, Arles, 1992, Le Sous-Sol traduit par Pierre Pascal, Bibliothèque de la Pléiade, Édition Gallimard, 1956, 115 pages
Liens externes
Présentation Le souterrain de Dostoïevski ou l'en deçà du bien et du mal par Gilles Sicart
Catégorie:Roman de Fiodor Dostoïevski Catégorie:Roman russe paru en 1864 Catégorie:Roman philosophique Catégorie:Roman se déroulant au XIXe siècle Catégorie:Roman russe adapté au cinéma