Mărgărita Miller-Verghy, née le et décédée le , est une romancière roumaine, également journaliste, critique et traductrice. Elle accueillit un salon littéraire de tendance germanophile durant les débuts de la Première Guerre mondiale et organisa plus tard avec Adela Xenopol des événements culturels féministes. Ses contributions les plus importantes à la littérature roumaine comprennent des traductions de littérature anglaise, une histoire de la littérature féminine en Roumanie et un roman policier. Beaucoup de ses autres œuvres ont été qualifiées de médiocres ou didactiques.
Bien qu'un accident l'ait rendue aveugle, Mărgărita Miller-Verghy est restée active à la fois en tant qu'écrivain et militante féministe dans les années 1920 et 1930. Elle participa à des œuvres de charité, fonda certaines des premières associations féminines de Roumanie et fut une pionnière dans le domaine du scoutisme en Roumanie. Dans les années 1940, elle s'est également fait connaître dans le domaine du théâtre radiophonique.
Mărgărita Miller-Verghy fut également remarquée pour ses relations étroites avec des figures culturelles de son époque, comme les écrivains Barbu Delavrancea, Mateiu Caragiale, Lucia Demetrius et la musicienne Cella Delavrancea.
Biographie Enfance Née à Iași, Mărgărita Miller-Verghy était en partie d'ascendance polonaise Marian Petcu, "Jurnaliste și publiciste uitate", sur la revue de la faculté de journalisme de l'Université de Bucarest Revista Română de Jurnalism și Comunicare, Nr. 2–3/2006. Sa mère, Elena Verghy, appartenait à la classe des boyards de MoldavieCojuhari, ; son père, époux d'Elena en secondes noces, était un descendant des contes Milewski, connu sous le nom de Gheorghe Miller. En parallèle à sa carrière d'enseignant, Gheorghe Miller s'était engagé en politique et occupait un siège au SénatCojuhari, . La famille était liée à celle des écrivains Păstorel et Ionel TeodoreanuCojuhari, , 62, et Mărgărita appartenait également à la famille Ghica en tant que tante du socialite Grigore GhicaIon Vianu, Investigații mateine, Apostrof & Polirom, Cluj-Napoca & Iași, 2008, , 62–63, 94. ; .
Gheorghe Miller décéda soudainement en 1869. Sa veuve emmena ses filles en Suisse, où la jeune Mărgărita, à qui on avait diagnostiqué à tort la maladie de Pott, était censée recevoir un traitement particulierCojuhari, . Elles passèrent environ sept ans à l'étranger, pendant lesquelles Mărgărita, enfant douée mais de santé fragile, acquit une culture classique et apprit à parler six langues.
La famille s'installa à Bucarest dans les années 1870, ayant alors dépensé la majeure partie de l'héritage. Elena Verghy dirigea une école de filles, qui se distingua en étant une des premières à présenter des jeunes filles à l'examen du baccalauréat (1874), en employant en tant qu'enseignants des célébrités littéraires roumaines. Mărgărita fut élève à l'école de sa mère, mais passa son baccalauréat à l'école Elena Doamna en 1877.
À cette époque, la sœur aînée de Mărgărita, Elena, se maria avec le magistrat Alexandru Lupașcu. Les trois sœurs Verghy avait de fait adopté Barbu Delavrancea, un écrivain débutant d'origines modestes, qui devint plus tard une célébrité au sein des cercles néo-romantiquesGeorge Călinescu, Istoria literaturii române de la origini pînă în prezent, Editura Minerva, Bucarest, 1986, . Adolescente, Mărgărita Miller-Verghy était très proche de Barbu Delavrancea, avec lequel elle correspondit Cătălin D. Constantin, " 'Să se știe că în Anul 1883 au fost lipsă iarna' ", in Observator Cultural, numéro 308, février 2006. Il la courtisa un temps, mais se maria finalement avec Maria, la fille d'Alexandru et Elena Lupașcu en .
Toutes trois fréquentèrent l'élite littéraire, en compagnie de V. A. Urechia, August Treboniu Laurian et, dit-on, Edmond de GoncourtCojuhari, . Dans les années 1880, Mărgărita connut également Mihai Eminescu, qui devint ultérieurement le poète national roumainNastasă, . Elle commença sa propre carrière littéraire en 1883, lorsqu'une de ses nouvelles fut publiée quotidiennement par Națiunea sous le pseudonyme MarmillCojuhari, . En 1892, elle tenta de traduire en français quelques œuvres d'Eminescu, et fut potentiellement la première à publier de telles traductions de ses poèmesBernard Camboulives, La Roumanie littéraire, Éditions Le Manuscrit, Paris, 2005, p.93. . Il en résulta un volume, Quelques poésies de Michaïl Eminesco, publié à Genève en 1901Angheluță et al., p.346; Cojuhari, . Préfacé par le poète Alexandru Vlahuță, il fut qualifié de remarquable contribution par le magazine Familia "Salon. Literatură", dans Familia, numéro 39/1901, p.465 (numérisé par l'université Babeș-Bolyai Transsylvanica Online Library).
Parcours universitaire et carrière d'enseignante à Elena Doamna
Mărgărita Miller-Verghy poursuivit ses études à l'Université de Genève, où elle obtint un doctorat en philosophie en 1894–1895Cojuhari, p.48"Miller-Verghy, Mărgărita", notice biographique dans Cronologia della letteratura rumena moderna (1780–1914) database, sur le site du département des langues néo-latines de l'Université de Florence; retiré le 30 avril 2009. À son deuxième retour de Suisse, Mărgărita Miller-Verghy devint enseignante dans une école de filles de Bucarest et directrice de l'école Elena Doamna. En 1900, elle publia sa propre méthode de langue française, suivie par une traduction en français de La Roumanie pittoresque d'Alexandru VlahuțăAngheluță et al., p.346; Cojuhari, p.49–50. Sous le pseudonyme Ariel, elle tenait une chronique permanente dans le journal bucarestois La Patrie, et signait des articles littéraires dans la revue Sămănătorul, sous le nom DionisCojuhari, p.52. En outre, Mărgărita Miller-Verghy était vice-présidente du club Maison d'Art, une société philosophique dirigée par la Princesse Elisabeth de RoumanieCojuhari, p.57.
Ayant contribué à l'organisation de la section professionnelle de l'école Elena Doamna, et à l'exposition de ses travaux à l'Athénée roumain (1907), elle publia en 1908 une brochure sur les arts et techniquesCojuhari, p.52, 64. Elle fit par la suite breveter son propre outil pédagogique, un métier à tisser qu'elle appela le Statu-PalmăCojuhari, p.61.
Mărgărita Miller-Verghy s'intéressait toujours aux traductions d'Eminescu, et travailla avec Adela Xenopol à une pièce contenant certains de ses poèmes en 1909. Suivit une traduction du roi Lear de William Shakespeare, représenté au Théâtre national de Bucarest Gheorghe Bogdan-Duică, "Cronica teatrală", dans Luceafărul, numéro 23/1910, p.564 (numérisé par l'université Babeș-Bolyai Transsylvanica Online Library). Le théâtre national l'engagea également pour traduire Macbeth et Comme il vous plaira, puis Une Tache sur l'écusson de Robert Browning.
En tant que critique d'art et chercheuse en technologies traditionnelles, Miller-Verghy chercha l'origine des motifs et symboles utilisés en tissage, élaborant des hypothèses sur leur origine pré-chrétienne. Elle aborda la svastika, pour elle un symbole à la fois positif et négatif, et spécula sur la création par les Thraces, ancêtres des Roumains, des civilisations troyenne et étrusqueCojuhari, p.65, ce qui résulta dans les albums Izvoade strămoșești [Sources anciennes] et Motifs anciens de décorations roumaines tous deux en 1911Cojuhari, p.52, 64–65. La même année, elle représenta la Roumanie lors du premier congrès mondial de pédologie.
Mărgărita Miller-Verghy publia aussi une série de proses courtes signées Marg. M-V., Mama Lola et Ion PravilăCojuhari, ; Golopenția, p.839, dont des mémoires, de la littérature pour enfants, appréciées pour leur raffinement et leur sentimentalité. Elle était inspirée par G. BrunoAngheluță et al., p.345. La critique littéraire Bianca Burța-Cernat désigne sa prose sous le terme de "prose moralisante romancée pour écoles exclusivement féminines" Bianca Burța-Cernat, "Știați că...", dans Revista 22, numéro 969, octobre 2008. D'autres l'ont considérée comme l'une des premières représentantes de la littérature moderne en Roumanie. Ses contemporains accueillirent favorablement ses œuvres pour enfants: en 1912, son livre pour adolescents, Copiii lui Răzvan [Les Enfants de Răzvan], qui obtint le prix Aline Stirbey de l'Académie roumaineAngheluță et al., p.345; Cojuhari, p.52.
Durant toute sa vie, Mărgărita Miller-Verghy contribua à divers journaux et magazines, en particulier Viața Românească, Dreptatea, Flacăra et La Roumanie, en langue françaiseCojuhari, 52; Golopenția, p.840. Elle entretenait également beaucoup de relations en tant que membre du comité directeur de plusieurs associations, et fut l'auteur d'autres almanachs. En 1912, l'almanach de Flacăra titrait sur sa traduction d'Elizabeth Barrett Browning Simona Vasilache, "Contribuții", dans România Literară, numéro 27/2008. Avec Izabela Sadoveanu-Evan, Bucura Dumbravă et d'autres femmes de lettres, Miller-Verghy fut aussi parmi les fondatrices de l'association Româncele Cercetașe, qui préfigura le scoutisme roumain (créée en 1915, ancêtre de l'Asociația Ghidelor și Ghizilor din RomâniaNastasă, 234).
Première Guerre mondiale et suites
En 1914, Mărgărita Miller-Verghy devint l'interprète officielle de la princesse héritière anglophone Marie d’Édimbourg. Cette association littéraire débuta par le conte Visătorul de vise (Rêveur de rêves), sous la direction de Flacăra, suivi de Ilderim, Poveste în umbră și lumină (Ilderim : conte d'ombre et de lumière)Angheluță et al., 213, 346; Cojuhari, p.52. Un an plus tard, Mărgărita Miller-Verghy prit également part à la version roumaine de l'histoire de Marie, "Four Seasons from a Man's Life" (Quatre saisons de la vie d'un homme), édition illustrée par le peintre Nicolae Grant Simona Vasilache, "Poveste pentru Cella", dans România Literară, numéro 32/2006. La reine Marie s'intéressa aux autres travaux de Mărgărita Miller-Verghy et s'enthousiasma pour sa transposition du Jardinier d'amour de Rabindranath Tagore. Elle publia aussi la version roumaine des Sonnets portugais d'Elizabeth BrowningAngheluță et al., p.346.
En 1914–1916, la période entre le début de la Première Guerre mondiale et le ralliement de la Roumanie aux Alliés de la Première Guerre mondiale Mărgărita Miller-Verghy anima un cercle culturel bucarestois connu pour sa germanophilie et son soutien aux Empires centraux Paul Cernat, "De la Barbu Cioculescu citire", dans Observator Cultural, numéro 319, mai 2006. Ce club était notamment fréquenté par la pianiste Cella Delavrancea (fille de Barbu Delevrancea) et par le poète Mateiu Caragiale. C'est ici que Mateiu Caragiale rencontra Marica Sion, sa future épouse. Mărgărita Miller-Verghy prit sous son aile un Mateiu Caragiale appauvri, et, selon Grigore Ghica, l'aida à stocker ses affaires dans une étable dont elle était propriétaire. Ghica rapporte également l'étonnement de sa tante en découvrant que Mateiu Caragiale utilisait le local pour loger sa mère désargentée. Selon un critique, Mărgărita Miller-Verghy a inspiré le personnage d'Arethy dans Sub pecetea tainei [Sous le sceau du secret], 1930, de CaragialeIon Vartic, "Sâmburele de cireașă al celui din urmă senior", dans Mateiu Caragiale, Sub pecetea tainei, Editura Echinox, Cluj-Napoca, 1994, 122. .
En 1916, la Roumanie entra dans la guerre aux côtés de l'Entente, et, après quelques succès initiaux, fut envahie par les Empires centraux. Durant la bataille de Bucarest, l'école Elena Doamna devint un hôpital militaire et Mărgărita Miller-Verghy une infirmière enregistrée auprès de la Croix-RougeCojuhari, p.52–53. Pendant l'occupation de Bucarest, en , avec Maruca Cantacuzino, elle institua une société philanthropique pour les orphelins de guerre. Financée par des magasins de charité, il continua à assister les enfants nécessiteux même après la défaite des Empires centraux et la récupération de BucarestCojuhari, p.53, 55.