Le château de Trévarez est situé dans la commune de Saint-Goazec, dans le Finistère, en Bretagne. Construit à la fin du par James de Kerjégu, président du conseil général du Finistère pour accueillir ses relations mondaines, c'est, avec son parc ouvert au public, un important monument du Finistère.
Le château est à la fois un exemple du style éclectique, alliant les styles victorien et néogothique aux éléments de décor breton, et un prototype de la demeure équipée des plus récentes avancées technologiques de l'époque : ascenseur, chauffage central, eau courante, électricité… Sa porte en fer forgé, d'Achille Busson, fut en outre exposée et primée en 1903 au Grand Palais de Paris avant d'être installée au château.
Très endommagé en 1944 par un bombardement allié, il a depuis été racheté et mis en valeur par le conseil général du Finistère.
L'ensemble du domaine est inscrit au titre des monuments historiques depuis le . Il a également reçu le label « Patrimoine du », ainsi que la distinction Jardin remarquable.
Depuis le , cinq domaines patrimoniaux du Finistère - l'abbaye de Daoulas, l'abbaye du Relec, le manoir de Kernault, le château de Kerjean et le domaine de Trévarez - sont réunis au sein de l’établissement public de coopération culturelle « Chemins du patrimoine en Finistère ». Pour l’année 2009, ces cinq équipements ont accueilli , soit un peu de 10 % de la fréquentation totale des structures du Finistère.
En 2024, le domaine de Trévarez est en lice pour l'élection du monument préféré des Français.
Historique du site Ancien Régime Le nom de Trévarez est d'origine bretonne. Il viendrait de "Trev", qui signifie quartier (ou lieu habité anciennement), "are" désignant un relief ou une échine montagneuse. De nombreuses familles de la noblesse bretonne se succéderont dans ce manoir de la baronnie de Laz, dénommé aussi manoir de Trévaré. Les terres qui en dépendent sont très vastes et sont composées de 5 paroisses : Saint-Goazec, Laz, Spézet, mais aussi Roudouallec et Guiscriff, dans le Morbihan. thumb|left|Portrait de James de Kerjégu en 1893 En 1567, la baronnie est érigée en marquisat de la Roche par Henri III, au profit du chevalier Troilus de Mesgouez, qui fut page à la cour de Catherine de Médicis avant d'en être un favori. Il fut gouverneur de la ville de Morlaix, puis vice-roi de Nouvelle-France en 1578.
Ce fut sa nièce, Anne de CoëtanezreAnne de Coatanezre, née à Plouzévédé, décédée le à Trévalot en Scaër., marquise de la Roche et Laz, et épouse de Charles de KernezneCharles de Kernezne, né vers 1537, vicomte du Curru en Milizac, décédé vers 1605., qui fit du manoir de Trévarez leur résidence ordinaire. Le manoir fut totalement reconstruit durant le .
Peu avant la Révolution française, les de Trévarez (dont cultivables, 700 étant des landes, et 700 autres étant des bois), le manoir familial et la chapelle, parviennent par héritage à Louise du Bot de GrégoLouise Bot du Grégo, née le au château de Trévarez en Saint-Goazec, décédée le au château de Trévarez, fille unique de Charles-François Jules du Bot, marquis du GrégoCharles-François Jules du Bot, baptisé le en la chapelle du château du Grégo en Surzur, décédé le au château de Trévarez., épouse du vicomte Antoine-Henry d'Amphernet de Pontbellanger, qui fut chouan et qu'elle dénonça aux troupes de Hoche, lequel était son amant. Elle réussira, grâce à ses relations, à épargner sa demeure des pillages révolutionnaires.
Louise du Bot du Grégo Louise du Bot du Grégo, née le au château de Trévarez, (à la limite entre Saint-Goazec et Laz), alors un simple manoir servant de relais de chasse, que son père, qui se prévalait du titre de marquis du Grégo et de la Roche-Helgomarc'h, possédait. Elle est mariée au vicomte de Pontbellanger, un noble d'origine normande ; elle participe comme lui à la chouannerie en 1793. Après l'émigration de son mari en Angleterre, on pense, sans en avoir la preuve, qu'elle devint la maîtresse de Lazare Hoche dont elle fut l'une de ses espionnes, contribuant à l'arrestation de Charette ; on dit à tort qu'elle aurait même dénoncé son mari, tué lors d'un combat à Médréac par des troupes républicaines ; on dit aussi qu'elle aurait contribué à l'échec de l'expédition d'Irlande de 1796, Hoche préférant sa galante compagnie à la préparation de l'expédition. On dit en fait beaucoup de choses sans en apporter la moindre preuve. Après la mort de son mari, elle épouse en 1797 le colonel républicain Michel Bonté (qui deviendra général) et devient ensuite Baronne d'Empire. Elle décède le et son corps est inhumé dans la chapelle Saint Hubert de Trévarez avant d'être transféré dans le cimetière de Saint-Goazec..
Depuis la Révolution française thumb|Les trois frères Monjaret de Kerjégu (de gauche à droite Louis, François et Jules) Le , François Félix Monjaret de Kerjégu et son fils Louis Monjaret de KerjéguLouis Monjaret de Kerjégu, né le à Moncontour, décédé le à Brest., issus de la noblesse de robe de Moncontour et Lanvollon, venus des Côtes-du-Nord, qui avaient acquis nombre de biens nationaux et s'étaient enrichis dans la banque, la fabrication de papier et l'armement naval à Brest, rachètent les terres, alors constituées de , pour la somme de au petit-fils de Louise de Grégo, le comte de Pontbellanger. Louis inaugurera en 1847 une ferme expérimentale à Trévarez, qui sera en 1865 transférée au château de Kervoazec, dont il est le bâtisseur.
Plus tard, le domaine de Trévarez reviendra en héritage à James de Kerjégu, dont le beau-père n'est nul-autre que le Baron Samuel de Haber, richissime financier d’origine allemande à qui appartient le château de Courances. De son mariage avec Laure de Haber, veuve du Comte de Bèhague et mère de deux filles (Berthe de Ganay et Martine de Béarn) James aura une fille en 1885, Françoise, tandis que Laure meurt en couches. Le beau-père décèdera en 1898, laissant sa fortune à ses petites-filles. C’est à cette époque que James de Kerjegu décide d'offrir à Françoise une riche demeure et jette son dévolu sur Trévarez dans les Montagnes Noires.
Historique du château Du passé seigneurial du site, il reste aujourd'hui le manoir, entièrement modifié puis modernisé en 1860 par François de Kerjégu, la chapelle Saint-Hubert, autrefois dédiée à Notre-Dame, puis reconstruite en 1699 et placée sous le vocable de saint Hubert, patron des chasseurs, et la Fontaine Saint-Hubert, datée de 1700, nichée au pied de l'actuel château.
Construction du château D'importants travaux de terrassement seront nécessaires pour ouvrir la montagne et pour réaliser, à mi-pente des Montagnes Noires, la plate-forme qui servira de base.
James de Kerjégu redessinera également tout le paysage environnant, important de nombreuses variétés d'arbres et de plantes de plusieurs endroits du monde. Il fera creuser un étang près de l'ancien manoir, et composera un véritable parc forestier à l'anglaise.
Les travaux démarrent en 1893. Ce chantier de 14 ans coûtera presque 5 millions de francs-or de l'époque . 50 artisans et ouvriers de toutes professions et conditions s'activeront sans relâche sur le chantier et seront logés dans les fermes environnantes.
James de Kerjégu fera appel à l'architecte Walter-André Destailleur pour son château. Destailleur ne boude pas les nouveautés de son époque, aussi une grande partie de la charpente sera réalisée en fer recouverte d'un revêtement en maçonnerie. Le style du château est très proche des réalisations de son père, Hippolyte Destailleur, comme le château de Vouzeron construit entre 1887 et 1893.
Le canal de Nantes à Brest, qui passe près de là, servira pour le transport des matériaux venus de toute la pointe bretonne.
Certains clichés nous indiquent qu'en 1903 tous les travaux extérieurs étaient finis et que les artisans continuaient de s'affairer à l'intérieur.
À l'entrée du parc, deux maisons de fonction seront ajoutées, ainsi que des serres dotées de chauffage à eau modulable, une maison de jardinier et des écuries, dotées d'une grande verrière et d'une cour pavée intérieure.
La vie au château Au pied du Roc'h An Aotroù, James de Kerjégu fit construire un vaste château, dernière folie architecturale de l'époque en France, et y intégra tous les conforts de l'époque : deux ascenseurs, eau chaude à tous les étages, sanitaires, chauffage central… Les travaux durent 14 ans, de 1893 à 1907. Profondément humaniste, James de Kerjégu fit profiter de ce confort ses domestiques, ce qui était fort inhabituel pour l'époque. Ils disposaient en effet d'un ascenseur spécial pouvant également leur servir de monte-charge.
Afin que les invités de prestige puissent avoir constamment des fruits et légumes frais, il fit également construire de vastes serres, dotées de chauffage, à eau modulable. La présence d'une glacière électrique était également connue dans les cuisines, ainsi qu'une rôtissoire et un superbe piano à quatre fours, un four à pâtisserie, deux étuveuses, deux bains-marie et ses plaques de cuisson.
James de Kerjégu mourut en 1908, peu après l'achèvement des travaux et ce fut sa fille, Françoise, accompagnée de son mari, le marquis Henri de La Ferronnays, qui logea au château, souvent accompagnée par ses demi-sœurs, devenues par mariage marquise de Ganay et comtesse de Béarn. Durant la Belle Époque de Trévarez, on compte jusqu'à ayant travaillé au château. On y donnait de fastueuses réceptions, pour la noblesse venue de France, voire du monde entier. Idéalement placé pour cela, le Domaine était très apprécié pour les parties de chasse à courre qui y étaient organisées par Henri de la Ferronnays jusqu'en 1939.
Dommages durant la Seconde Guerre mondiale Lors de la Seconde Guerre mondiale, Trévarez sert, dès , pour recevoir les objets classés et les collections des musées, du Pas-de-Calais.
En , le château est réquisitionné par les forces d'occupation allemandes et sert de lieu de repos aux sous-mariniers de la Kriegsmarine postés au port de Brest entre deux missions en mer et aux sous-mariniers japonais postés au port de Lorient. Il fut bombardé par les Mosquitos de la Royal Air Force dans la nuit du 4 au , sur les renseignements de la résistance française. Selon un témoin visuel de l'époque (pupille de la nation, encore en vie en ), à l'issue du bombardement, des soldats allemands et japonais s'échappèrent du château en compagnie de jeunes dames très légèrement vêtues. Dehors, cachés dans les buissons, des résistants armés, originaires essentiellement de Laz, les attendaient et tirèrent des rafales nourries. Le bombardement a atteint toute l'aile ouest du toit aux sous-sols, sur cinq niveaux, ainsi que les cuisines à l'est. Le salon d'apparat et les appartements de réception partiront en fumée.
Le château de Trévarez fut attaqué dans la nuit du 4 au par les sections "Verdun" et "Léningrad" du bataillon "Stalingrad".
Rénovation Henri de la Ferronays meurt en 1946. Le château est laissé à l'abandon, en triste état. Le montant des dommages de guerre accordés à sa veuve, Françoise, sans enfants, n'est pas suffisant pour réparer les dégâts. Jusqu'en 1968, le château sera laissé pour compte. Les tracés des jardins disparaîtront sous la friche, et le château éventré sera la cible de nombreux pillages. Les cheminées, carrelages et tuyauteries de cuivre seront pour la plupart arrachés. La végétation sauvage recouvrira une bonne partie du château.
C'est dans ce triste état que Paul et Octave de Ganay, derniers héritiers, neveux de Françoise, mettent en vente le Domaine de Trévarez, avec ses restants, en 1968. Il est racheté par le conseil général du Finistère, qui entame une rénovation progressive, en commençant par l'extérieur du château et les jardins. La toiture du château est restaurée en 1993, révélant sa structure métallique. Il manque cependant une cheminée sur le nouveau toit, celle-ci ayant disparu lors du bombardement.