Le Musée international de l'esclavage () est un musée de Liverpool, au Royaume-Uni, consacré à l'histoire de la traite transatlantique, à l'esclavage, à leurs héritages ainsi qu'aux formes contemporaines d'exploitation. Il appartient à National Museums Liverpool et se trouve sur le front de mer du Royal Albert Dock, dans un ensemble partagé avec le Merseyside Maritime Museum.
Inauguré le , il prolonge une galerie consacrée à la traite transatlantique ouverte au Maritime Museum en 1994. Le musée adopte une approche à la fois historique et contemporaine : il traite des sociétés d'Afrique de l'Ouest avant la traite, de la déportation et du Middle Passage, des résistances à l'esclavage, des abolitions, du racisme, des discriminations et de l'esclavage moderne.
Le musée est étroitement lié à l'histoire de Liverpool, devenue au l'un des principaux ports européens impliqués dans la traite transatlantique. Ses collections et ses programmes cherchent à replacer cette histoire dans celle du port, de l'Empire britannique et des sociétés contemporaines.
Le Musée international de l'esclavage est fermé depuis le début de l'année 2025 dans le cadre d'une importante transformation du front de mer. Le projet prévoit son extension dans le Dr Martin Luther King Jr Building, qui doit devenir son entrée principale, ainsi qu'une refonte complète des espaces d'exposition. National Museums Liverpool prévoit une réouverture en 2028..
Histoire
Une première galerie au Maritime Museum
Avant la création d'un musée autonome, l'histoire de la traite transatlantique est abordée au Merseyside Maritime Museum, ouvert au Royal Albert Dock. En 1994, l'établissement inaugure la galerie Transatlantic Slavery: Against Human Dignity, élaborée avec la participation de onze commissaires invités du Royaume-Uni, d'Afrique et des Caraïbes.
Cette galerie marque une étape importante dans la manière dont les institutions culturelles de Liverpool abordent le rôle de la ville dans la traite transatlantique. Elle ne présente plus uniquement l'esclavage comme un aspect de l'histoire maritime, mais cherche à restituer l'expérience des personnes réduites en esclavage et les conséquences de la traite sur les sociétés africaines, européennes et américaines.
Le projet d'un musée distinct prend forme au cours des années 2000. Le contexte du bicentenaire du Slave Trade Act de 1807, qui interdit aux sujets britanniques de participer à la traite des esclaves, favorise la création d'un établissement spécifiquement consacré à ces questions.
Ouverture en 2007
Le Musée international de l'esclavage ouvre au public le , au troisième étage du bâtiment du Merseyside Maritime Museum. La date correspond à la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, commémorée chaque 23 août en référence au début de l'insurrection de Saint-Domingue de 1791..
Le musée est aménagé par Redman Design dans les espaces existants du Royal Albert Dock. Il devient une institution distincte au sein de National Museums Liverpool tout en restant physiquement relié au Maritime Museum.
Sa création intervient dans une ville dont la prospérité aux est étroitement liée au commerce atlantique. Le musée assume dès son ouverture une double mission : documenter l'histoire de l'esclavage et de la traite transatlantique, mais aussi étudier leurs héritages dans les sociétés contemporaines.
Développement de l'institution
Dans les années qui suivent son ouverture, le musée développe des programmes d'expositions, de recherche, d'éducation et d'action communautaire. Il s'intéresse notamment au racisme, aux discriminations, aux migrations forcées, aux mouvements abolitionnistes et aux formes contemporaines d'esclavage.
En 2009, le musée reçoit une mention honorable dans le cadre du prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence, en reconnaissance de son travail sur la dignité humaine, la solidarité et le respect dans les sociétés multiculturelles..
Le musée constitue également des collections consacrées à l'esclavage contemporain. National Museums Liverpool présente cette composante comme la première collection muséale spécifiquement consacrée aux formes modernes d'esclavage.
Parcours muséographique avant 2025
vignette|droite|Vue panoramique d'une partie des anciennes expositions du Musée international de l'esclavage en 2016.
Avant sa fermeture pour transformation, le parcours permanent s'organisait principalement autour de trois grandes galeries : Life in West Africa, Enslavement and the Middle Passage et Legacy..
Life in West Africa
La galerie Life in West Africa présente les sociétés et cultures d'Afrique de l'Ouest avant et pendant la période de la traite transatlantique. Elle vise notamment à éviter une présentation de l'histoire africaine limitée au seul phénomène de l'esclavage.
Elle comprenait des objets liés aux pratiques sociales, artistiques, spirituelles et musicales de différentes sociétés ouest-africaines, ainsi qu'une reconstitution partielle d'un habitat familial Igbo du Nigeria.
Enslavement and the Middle Passage
La galerie Enslavement and the Middle Passage était consacrée aux processus de capture, de vente et de déportation des personnes mises en esclavage. Elle abordait les forts côtiers africains, les navires négriers, le Passage du milieu, les violences imposées aux captifs et les résistances individuelles et collectives..
Le parcours comprenait notamment une installation immersive consacrée à la traversée de l'Atlantique. Les dispositifs muséographiques associaient objets, documents, témoignages, images et supports audiovisuels.
Legacy
La galerie Legacy traitait des conséquences de l'esclavage après les abolitions. Elle abordait notamment le racisme, les discriminations, la ségrégation, les luttes pour les droits civiques, les diasporas africaines et les formes contemporaines d'inégalités.
Elle présentait également des figures de l'abolition, des mouvements d'émancipation et des personnalités issues des diasporas africaines. Une partie du parcours était consacrée aux liens entre esclavage historique et enjeux contemporains de droits humains.
Collections
vignette|gauche|Manilles conservées et présentées au Musée international de l'esclavage ; ces objets métalliques ont notamment circulé comme moyens d'échange en Afrique de l'Ouest.
Les collections du musée rassemblent des objets, œuvres d'art, archives, photographies, témoignages et documents liés à l'histoire de la traite transatlantique, de l'esclavage, des abolitions et de leurs héritages.
Art et représentations
Parmi les œuvres les plus connues figure The Hunted Slaves, grande toile peinte par Richard Ansdell en 1861. L'œuvre représente deux personnes réduites en esclavage qui ont fui leur captivité et sont attaquées par des chiens. Conçue dans le contexte de la guerre de Sécession, elle est interprétée comme une dénonciation de l'esclavage aux États-Unis..
Le musée conserve ou expose également des objets liés aux mouvements abolitionnistes et aux représentations de l'esclavage dans les arts visuels.
Olaudah Equiano
vignette|droite|Portrait d'Olaudah Equiano publié en frontispice de son autobiographie en 1789.
Le parcours comprenait une sculpture en bronze grandeur nature d'Olaudah Equiano, réalisée par Christy Symington en 2007. L'œuvre évoque l'ancien esclave devenu écrivain et figure importante du mouvement abolitionniste britannique..
Une sixième édition de son autobiographie, The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, figurait également dans la galerie Legacy.
Esclavage contemporain
Les collections ne se limitent pas à la période de la traite transatlantique. Le musée rassemble également des objets et témoignages relatifs à l'esclavage contemporain, à la traite des êtres humains, au travail forcé et à différentes formes d'exploitation.
Cette orientation s'inscrit dans la volonté de l'institution de relier les phénomènes historiques à des problématiques contemporaines et de mener des actions de sensibilisation au-delà du seul cadre muséal.
Liverpool et la traite transatlantique
vignette|gauche|Schéma d'un navire négrier montrant l'entassement des captifs dans l'entrepont ; ce type de représentation est devenu emblématique des campagnes abolitionnistes.
La présence du musée à Liverpool constitue un élément central de son projet scientifique et mémoriel. Aux , le port de Liverpool joue un rôle majeur dans la traite transatlantique britannique. Les armateurs et négociants de la ville organisent plusieurs milliers d'expéditions vers l'Afrique et les Amériques, tandis que la croissance urbaine et commerciale de Liverpool est étroitement liée aux économies atlantiques fondées en partie sur l'esclavage.
Cette histoire se lit dans le patrimoine bâti, les archives, les collections artistiques et certains noms de rues de la ville. Le musée cherche ainsi à replacer la traite dans l'histoire générale de Liverpool plutôt qu'à la présenter comme un phénomène extérieur à son développement.
La présence de l'établissement au Royal Albert Dock, ancien complexe portuaire du , renforce cette dimension. Le futur accès par le Dr Martin Luther King Jr Building doit également inscrire plus clairement le musée dans le paysage du front de mer et dans l'histoire du port.
Éducation, recherche et action publique
Le Musée international de l'esclavage mène des programmes éducatifs à destination des établissements scolaires, des enseignants et des groupes communautaires. L'Anthony Walker Education Centre, associé au musée, est nommé en mémoire d'Anthony Walker, jeune homme noir assassiné lors d'une attaque raciste à Liverpool en 2005.
Les programmes pédagogiques abordent l'histoire de la traite, les résistances des personnes réduites en esclavage, les mouvements abolitionnistes, le racisme et les formes contemporaines d'exploitation. L'établissement mène également des actions de formation et de sensibilisation avec des partenaires associatifs et professionnels.
Le musée travaille avec des chercheurs, artistes, associations et communautés concernées par les héritages de l'esclavage. Cette logique de collaboration occupe une place importante dans le projet de transformation engagé dans les années 2020.
Transformation du musée
Projet de réaménagement
vignette|droite|L'ancien Dock Traffic Office, aujourd'hui Dr Martin Luther King Jr Building, appelé à devenir l'entrée principale du musée transformé.
Dans les années 2020, National Museums Liverpool engage un vaste projet de transformation du Musée international de l'esclavage et du Merseyside Maritime Museum. Le programme s'inscrit dans une opération plus large de réaménagement du front de mer entre le Royal Albert Dock et Mann Island..
Le projet prévoit l'intégration complète du Dr Martin Luther King Jr Building au musée. Cet ancien Dock Traffic Office, situé à l'entrée du Royal Albert Dock, doit accueillir une nouvelle entrée principale et des espaces consacrés aux expositions, à l'apprentissage, à la recherche, aux activités communautaires et aux événements.
Le bâtiment, propriété de National Museums Liverpool depuis 2011, est un édifice classé Grade I qui a notamment servi de bureaux portuaires puis de locaux à Granada Television..
Conception
En 2022, National Museums Liverpool sélectionne initialement Adjaye Associates pour l'architecture et Ralph Appelbaum Associates pour la muséographie du projet..
En janvier 2024, Feilden Clegg Bradley Studios est nommé pour développer la conception architecturale, en collaboration avec des membres de la School of Architecture de l'université de Liverpool. Ralph Appelbaum Associates demeure chargé de la conception des expositions..
Les propositions reçoivent l'autorisation d'urbanisme en 2024. Le projet associe restauration patrimoniale, amélioration de la circulation entre les bâtiments et création de nouveaux espaces d'exposition et d'accueil..