Les régiments provinciaux sont créés par l'ordonnance du . Ils prennent la suite des milices provinciales qui avaient été créées le pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg sous forme de milices provinciales temporaires, puis de milices permanentes créées par l'ordonnance du .
Les régiments provinciaux ont été supprimés par le décret du et la loi du de l'Assemblée constituante.
Création des milices permanentes par l'Ordonnance du 26 février 1726 En 1726, les ministres du roi Louis XV craignaient un conflit généralisé en Europe après la signature du traité de Vienne entre le roi d'Espagne Philippe V et l'empereur Charles VI. L'armée royale comprenait alors 182 bataillons d'infanterie, 150 escadrons de cavalerie, 45 de dragons, 140 compagnies d'invalides et autres, soit, au total avec les troupes de la Maison du roi, . Le remplacement du duc de Bourbon par le cardinal de Fleury n'a rien changé à la crainte de crise en Europe.
On jugeait alors nécessaire la création de six armées : une armée de , une armée pour la défense du Rhin de , une armée dans le Roussillon de , une armée de pour soutenir le roi de Sardaigne Victor-Amédée II mais à porter à s'il se déclarait contre la France, une armée de la Meuse de pour surveiller Mons, une armée des Alpes de auxquelles il fallait ajouter pour la garde des places. Pour pourvoir ces manquant, le marquis de Breteuil, secrétaire d'État à la Guerre jugeait que « la voie la plus sûre, la plus prompte et la moins dispendieuse » était de lever une milice.
Le roi décida de ne lever que pour la garde des places dans l'ordonnance du : « De par le Roi, Sa Majesté ayant ordonné dans ses troupes d'infanterie et de cavalerie une augmentation proportionnée au grand nombre de ses places, à l'estendue de ses frontières, et aux alliances qu'Elle a contractées pour maintenir la tranquillité de l'Europe qu'Elle a toujours eu pour principal objet depuis son avènement à la Couronne ; Elle a jugé utile en même temps devoir ajouter cette précaution celle d'avoir toujours sur pied dans l'intérieur du royaume un corps de milices, qui s'exerçant pendant la paix au maniement des armes, sans déranger les travaux qu'exige l'Agriculture, ni sortir des provinces, pût estre prest à marcher sur les frontières pour en augmenter les forces dans les besoins les plus pressants de l'Estat, et assurer d'autant plus la paix dont Elle a jouir jusqu'à présent ses peuples, qu'Elle sera plus en estat de s'opposer aux entreprises de ceux qui voudraient la troubler. C'est dans cette vue qu'après avoir concilié les différents moyens qui peuvent faciliter la levée de cette milice, sans surcharger les finances et sans fatiguer ses peuples, Elle a ordonné et ordonne ce qui suit...»Journal du Lot du 18 avril 1868. Les miliciens forment 100 bataillons de 12 compagnies qui subsistent en temps de paix comme en temps de guerre. Les miliciens sont désignés par tirage au sort à partir de l'âge de 16 ans jusqu'à 40 ans et les hommes mariés depuis plus d'un an. Leur taille minimale est de . La durée du service était de 4 ans.
Les bataillons portaient le nom de leur commandant. Chaque généralité devait fournir un certain nombre de bataillons : la généralité de Paris et la Bretagne : 7 bataillons chacune, le duché de Bourgogne, le comté de Bourgogne et le Languedoc, 6 bataillons chacun, les généralités de Rouen, Châlons, Tours et Bordeaux : 5 bataillons chacune, les généralités d'Orléans et d'Auch : 4 bataillons chacune, les généralités de Soissons, Amiens, Laon, Alençon, Poitiers, Montauban : 3 bataillons chacune, les généralités de Moulins, Limoges, Riom, Lyon, Grenoble, Trois-Échêchés, l'Artois, l'Alsace : 2 bataillons chacune, la Provence, les généralités de Bourges, La Rochelle, la Flandre, le Hainaut, le Roussillon : 1 bataillon.
Chaque compagnie était composée de 2 sergents, 3 caporaux, 3 anspessades (soldats de première classe), 41 fusiliers et 1 tambour. L'état-major de chaque bataillon comprenait un lieutenant-colonel commandant, un major et un aide-major.
Pour les exercices périodiques, chaque compagnie devait se réunir au centre des paroisses qui concouraient à leur formation pour éviter que les soldats découchent. Les officiers étaient choisis parmi les officiers réformés ou retirés dans les provinces. En dehors des réunions des compagnies, les miliciens étaient libres mais ne pouvaient s'absenter sans prévenir l'autorité.
L'ordonnance du a prévu une formation des bataillons en 6 compagnies de 100 hommes, et par tolérance de 90 hommes.
En 1738, on trouve, par exemple : pour le bataillon de Cahors, les compagnies de Caussade, Lauzerte, Cahors, Gourdon, Montauban et Moissac, pour le bataillon de Figeac, les compagnies de Figeac, Villefranche, Cajarc, Najac, Conques et Gramat, pour le bataillon de Rodez, les compagnies de Saint-Affrique, Millau, La Selve, Estaing, Saint-Geniez et Rodez.
Pour essayer ce dispositif, l'ordonnance du a décidé que tous les bataillons doivent être assemblés et tenir garnison dans différentes places hors de leurs provinces respectives. Cette assemblée a duré en moyenne sept mois et demi.
Création des régiments provinciaux Ordonnance du 4 août 1771. Création et organisation des régiments provinciaux Sur la proposition du marquis de Monteynard, secrétaire d'État à la Guerre, une ordonnance est rendue le pour former les milices en régiments provinciaux. Les milices deviennent alors des troupes provinciales.
Comme le marquis de Monteynard l'écrit dans une circulaire du : « Ce corps, depuis 1726, n'avoit point une constitution régulière ; c'étoit la réunion de paysans armés, conduits par des officiers qui leur étoient étrangers ou inconnus ; leur vêtement, leur équipement, leur solde, leur traitement, leurs assemblées, n'annonçoient point un corps militaire ; il s'en étoit suivi que le service des milices avoit été dégradé dans l'opinion publique ; il étoit devenu l'effroi des campagnes ». Il précise qu'il voulait rendre « la force militaire du royaume augmentée, l'état du soldat provincial honoré et amélioré, et cependant le peuple soulagé dans une des prestations qu'il considérait comme la plus pénible, [...] comme un fléau redoutable ».
Des 104 bataillons qui restaient après les diverses modifications dans la constitution des milices, l'ordonnance de 1771 a créé 47 régiments provinciaux : 12 régiments de 3 bataillons, 33 à deux bataillons, et 2 à un bataillon. La première assemblée de ces régiments a été prescrite pour et a duré 12 jours. + Régiments provinciaux créés en 1771Nom du régimentNom des bataillonsNom du régimentNom des bataillons1 2 3 1 2 3 Péronne Amiens Péronne Abbeville Châlons Châlons Saint-Dizier Mazarin Rouen Rouen Vernon Gisors Caen Caen Saint-Lô Vire Montauban Figeac Cahors Rodez Auch Auch Saint-Gaudens Saint-Sever Poitiers Poitiers Saint-Maixent Fontenay-le-Comte Tours Tours Saumur Angers Soissons Soissons Laon Noyon Autun Autun Chalon Bourg-en-Bresse Montpellier Montpellier Béziers Carcassonne Salins Salins Dôle Lons-le-Saulnier Troyes Troyes Chaumont- Pont-Audemer Pont-Audemer Neufchâtel - Alençon Alençon Mortagne- Argentan Argentan Falaise - Moulins Moulins Montluçon- Clermont Clermont Brioude - Lille Lille Valencienne- Bordeaux Nérac Villeneuve d'Agen - Marmande Marmande Libourne- Périgueux Périgueux Bergerac - Lyon Montbrison Tarare- Le Mans Le Mans Mayenne - Valence Valence Romans- Senlis Senlis Saint-Denis - Mantes Mantes Corbeil- Joigny puisSens Joigny Provins - Limoges Limoges Angoulême- Blois Orléans Blois - Montargis Chartres Montargis- Rennes Rennes Dinan - Nantes Nantes Redon- Vannes Vannes Carhaix - Nancy Nancy Sarreguemines- Bar-le-Duc Bar-le-Duc Étain - Verdun Metz Verdun- Arras Arras Arras - Bourges puisChâteauroux Bourges Châteauroux- Colmar Strasbourg Colmar - Dijon Dijon Semur- Albi Albi Castelnaudary - Anduze Anduze Privas- Vesoul Vesoul Ornans - Aix-en-Provence Aix Aix - La Rochelle Saint-Jean-d'Angely - - Paris Paris Plusieurs des colonels des régiments provinciaux ont eu des carrières remarquables : Anne César de La Luzerne, Gabriel Louis de Caulaincourt, Jacques de Carles, Claude-Anne de Rouvroy de Saint Simon, Augustin René Christophe de Chevigné, René Joseph de Lanoue, Claude Charles de Damas de Marillac, Louis Des Balbes de Berton de Crillon, duc de Mahon. Paul-Gédéon Joly de Maïzeroy a été lieutenant-colonel du régiment de Joigny en 1772 qui a comme major et aides-majors d'anciens sergents de milices.
Chaque bataillon reste composé d'une compagnie de grenadiers royaux, une de grenadiers provinciaux, six compagnies de fusiliers.
Ordonnance du . Réorganisation, limitation des abus des intendants et échec L'ordonnance du a pour but principal de déterminer « d'une manière juste, uniforme et tranquillisante » la levée des soldats provinciaux en évitant « le despotisme de quelques intendants » et les « sentiments plus condamnables » de « beaucoup de subdélégués ». Le marquis de Monteynard s'est aperçu que la répartition de la population entre généralités s'était modifiée depuis 1688. Il a donc supprimé des bataillons dans certaines généralités pour en ajouter dans d'autres. Par ailleurs, les règles d'exemption de tirage au sort sont modifiées pour encourager les hommes à se marier, l'exemption étant refusée aux célibataires. La circulaire du précise pour un fils de fermier « mais lorsqu'il est parvenu à 25 ans sans avoir pris les moyens nécessaires pour l'augmentation de la population, c'est un citoyen qui sert mal l'État, et qui ne doit plus y trouver les privilèges auxquels les circonstances pourvoient lui donner des droits ». Le marquis de Monteynard juge abusive l'exemption accordée aux domestiques dont « la profession n'a qu'une utilité étrangère au bien général ».
L'ordonnance de 1773 a porté le nombre de régiments à 53 : 7 sont à 3 bataillons, 44 à 2, et 2 à 1 bataillon. Les régiments créés sont ceux d'Abbeville, de Rodez, de Saint-Maixent, de Laon, de Béziers, de Dôle. Chaque bataillon est composé d'une compagnie de grenadiers royaux et d'une compagnie de grenadiers provinciaux de 52 hommes chacune, et de 6 compagnies de 53 fusiliers. Pour que les effets soient uniformes, les fournitures ne sont plus faites en nature par les paroisses mais par les majors des régiments. La durée du service est de six ans et les levées devaient se faire par sixième.
L'ordonnance de 1773 qui avait essayé de contrer les abus des intendants a été annulée par Louis XV à la demande des intendants par l'ordonnance du . Ils obtiennent de ramener le nombre de bataillons à 105. Un rapport du Conseil de la guerre a montré les inégalités des levées entre les généralités et entre les paroisses. La généralité de Montauban doit lever pour alors que dans la généralité d'Auch, elle fournit pour . Dans la généralité de La Rochelle, la paroisse de Jonsac doit fournir 1 soldat sur 11 hommes, et dans la paroisse de Xambes, 1 pour 126. De plus, on a rendu aux intendants les fonds qui devaient servir aux habillements qui leur avaient été retirés car les inspecteurs s'étaient plaints de la mauvaise qualité.
La question qui a été très discutée est celle du choix entre le recrutement par tirage au sort ou celle de l'enrôlement. Turgot, contrôleur général des finances, était favorable à l'enrôlement, le comité des inspecteurs y était opposé. Louis XVI a alors réuni un comité pour en discuter le , en présence des maréchaux de Biron et de Soubise, du secrétaire d'État à la Guerre, le comte du Muy, de Maurepas, Bertin et Turgot, le comte d'Hérouville, lieutenant général, en étant le rapporteur. Le tirage au sort l'a emporté mais les intendants ont obtenu que le titre V de l'ordonnance de 1773 sur les exemptions soit entièrement modifié pour tenir compte des circonstances de l'agriculture et de l'industrie qui sont différentes dans chaque province. Les intendants ont obtenu la liberté de revenir aux anciens abus.