La récession du début des années 1980 aux États-Unis est une récession qui a eu lieu au début des années 1980 aux États-Unis, principalement en 1981 et 1982, mais aussi connue au même moment par d'autres pays, en particulier l'Allemagne, après le choc Volcker déclenché par le président de la banque centrale des États-Unis Paul Volcker pour casser l'inflation générée par le second choc pétrolier de la fin 1979, mais aussi en Angleterre, où la production industrielle a chuté en 1982 de 10 %"Comment Thatcher n'a pas tué l'Angleterre", propos recueillis par Marc Vignaud dans Le Point du 15 février 2012 . Ce moment important de l'histoire économique américaine qui a commencé en et s'est achevée en , a été la plus grande récession depuis celle des années 1930, provoquée un demi-siècle plus tôt par le Krach de 1929. Il a contribué aux débuts du contre-choc pétrolier.

Histoire Second choc pétrolier de fin 1979 et riposte monétaire musclée Le second choc pétrolier se produit à la fin 1979, déclenchant pour le contenir le choc Volcker du nom du président de la banque centrale des États-Unis Paul Volcker nommé quelques mois avant. Le taux des fed funds passa de 11 % à la fin de 1979 à près de 18 % au printemps 1980 puis il resta élevé pendant un an environ, pour culminer à 20 % en . Les assouplissement monétaires américains de l'été 1981, du printemps 1982 et de l'hiver qui suit Un premier assouplissement monétaire fut apporté pendant l'été 1981 face à la , puis à la mi-1982 face à la crise financière des pays latino-américains.

Ces deux assouplissements monétaires provoquent deux fortes baisses du dollar par rapport au mark allemand, qui est alors recherché au détriment des autres monnaies du système monétaire européen, provoquant des turbulences dans cet ensemble, lui aussi fragilisé par le second choc pétrolier. L'Allemagne, en récession aussi après une politique monétaire qui s'est fortement durcie en 1981, connait une reprise économique au cours de l'hiver 1982-1983, favorisée par la diminution des taux d'intérêt de l'année 1982 puis le bond de ses exportations aux États-Unis, où la croissance accélère dès mars. L'assouplissement monétaire américain de l'été 1981 La BDF doit ainsi tirer régulièrement sur une ligne de crédit internationale improvisée à hauteur de 4 milliards de dollars et l'approche du , alors qu'un s'est , de nombreux « gourous » du marché des changes en Europe"Paris maintient son intention de ne pas réajuster le franc au sein du SME" par Serge Marti le 15 août 1981 dans Le Monde , même si l'Allemagne jugerait absurde une dévaluation du franc et n'a aucune intention de réévaluer sa monnaie.

Observant que les taux d'intérêt à court terme entament et que le dollar américain serait donc surévalué, les spéculateurs ne jurent plus que par le mark contre toutes les monnaies, mais selon Le Monde du , Paris et Bonn expriment à l'idée de mesures internes au SME, que ce soit l'élargissement de la marge de fluctuation permise ou la sortie pure et simple du franc, . Au cours du même été 1981, les mêmes spéculateurs observent que selon les statistiques de la Banque mondiale , et que , donnant à ces sommes , alors que les réserves de change françaises ne sont évaluées qu'à quelque 330 milliards de francs fin juillet.

L'assouplissement monétaire américain du printemps 1982 Dès le , le dollar accuse une baisse sensible, après l'annonce pour le mois de mars de la première baisse (-0,3 %) de l'indice des prix de détail depuis 1965, confirmant le tandis qu'un un assouplissement de la politique restrictive de la Fed. Le gouverneur de la Banque du Japon Haruo Mayekawa souligne que c'est désormais la spéculation sur qui commande l'évolution du marché des changes après que Paul Volcker a déclaré qu'il changerait de politique monétaire en poussant à la baisse des taux si la récession actuelle "Recul du dollar, fragilité du franc" dans Le Monde du 4 mai 1982 . La Banque de France doit alors début mai intervenir pour .

L'assouplissement monétaire américain de la fin 1982 Alors qu'au cours du seul mois d', les commandes à l'industrie américaine ont baissé de 3,9 %, au plus bas depuis plus de deux ans et le dollar ne profite même pas des très fortes réductions du taux d'escompte allemand.

Le , sur fond d'aggravation du chômage en Allemagne, à son plus haut niveau depuis 1954 et pour la première fois au dessus de 2 millions de sans-emploi, les milieux officiels prévoyant même 2,5 millions et la production industrielle plongeant à 5,6 % sous de son niveau d'il y a un an, la Banque centrale allemande réduit son taux d'escompte pour la sixième fois depuis 1982, et d'un point entier comme la fois précédente le .

Malgré cela, une baisse accélérée du dollar surprend par et permet aux Européens d'abaisser leur taux d'intérêt sans risque de hausse du dollar qui rendrait plus chère l'importation de pétrole, notamment pour l'industrie allemande très consommatrice d'énergie. Cette baisse au profit du mark créé cependant de vives tensions dans le Système monétaire européen, et la Banque de France (BDF) doit défendre la parité du franc et du franc belge vis-à-vis du mark, tombé au plancher du SME le , quand le dollar revient à 2,44 marks et 6,91 francs pour la première fois depuis Article par François Renard 4 décembre 1982 dans Le Monde . Le journaliste Jean Boissonnat estime alors que si elle veut en 1982-1983 demeurer dans le Système monétaire européen, la France doit alors faire davantage converger sa politique avec celle de ses partenaires"Journal de crise (1973-1984)" par Jean Boissonnat en 1984 . Les spéculations du premier trimestre sur la politique monétaire Malgré la récession qui comprime les importations, les Américains connaissent des problèmes structurels d'offre industrielle, avec un déficit du commerce extérieur qui s'est creusé à 42,7 milliards de dollars en 1982 et les prévisionnistes le voient en 1983 à 75 milliards"La reprise américaine serait plus forte que la Maison-Blanche ne veut encore le dire" par Robert Solé le 8 février 1983 dans Le Monde . La récession en Europe et les taux d'intérêt réels élevé ont affaibli l'industrie.

Mais en , les commandes industrielles ont augmenté de 4,8 %, meilleur gain mensuel depuis deux ans et demi, une bonne surprise due , avec en particulier des dépenses de construction qui ont augmenté de 4,5 %. En janvier, c'est l'automobile qui saute dans le train qui redémarre et restocke massivement: la production dépasse de 40 % à celle de .

Craignant de comme tout au long de l'année 1982, mais aussi de freiner la poursuite de la détente monétaire espérée, les conseillers de Reagan ne prévoient encore qu'un rebond de 1,4 % en 1983, moins que les autres prévisionnistes, après la chute du PIB de 1982 (-1,8 %), . Puis le , le baromètre des indicateurs avancés de janvier affiche sa plus forte hausse en 33 ans, et la cinquième consécutive, sur fond de baisse des prix du pétrole et alors que les stocks industriels sont exceptionnellement bas, ce qui amène à relever prévisions de croissance pour 1983 et permet, à Wall Street, au Dow Jones de battre son record, après une récession de dix-huit mois, la plus longue et la plus profonde depuis la guerre mondiale "Les signes de reprise se multiplient aux États-Unis", par Robert Solé le 4 mars 1983 dans Le Monde . Les taux d'intérêt américains apparaissant alors attendue à 5 % ou moins en 1983, ce qui relance la spéculation sur la baisse du dollar, d'autant que le mark est lui pkus recherché que jamais: le même jour en RFA, en pleine campagne électorale, on a appris que la production industrielle a bondi de 4 % en , grâce , dopées par les surplus du dans Le Monde du 04 mars 1983 .

Alors que le déficit budgétaire 1983 est évalué à 208 milliards de dollars, la Fed fait savoir en début d'année qu'on pour abaisser davantage les taux d'intérêt, afin de pousser la Maison-Blanche et le Congrès à le réduire , mais la surprise sera créé par l'office budgétaire du Congrès, qui va prévoir à plusieurs reprises un déficit moindre que ce qu'a estimé l'équipe Ronald Reagan alors qu'il est d'habitude plus pessimiste que la Maison-Blanche, en se basant une reprise plus forte et des taux d'intérêt plus bas. Dès février il prévoit ainsi un déficit au chiffre de la Maison-Blanche. La reprise américaine plus forte que prévu alimente ainsi la spéculation sur la baisse des taux d'intérêt de la Fed et ainsi sur le dollar, d'autant que le vif mouvement de restockage qu'elle implique met fortement à contribution l'industrie lourde allemande, mouvement qui se répéter au début de l'année 1994.

Egalement début 1983, l'échec de la conférence de l'OPEP à Genève provoque une nouvelle baisse du prix du pétrole à un cours voisin de 30 dollars le baril (contre 34 dollar pour l'Arabian Light saoudien) et des spéculations sur un effondrement à 25 voire 20 dollars permettant de diminuer automatiquement l'inflation et les anticipations de politique monétaire, alors que la hausse antérieure avait été "Les conséquences de la crise de l'OPEP", Le Monde du 1er février 1983 . Le Monde du souligne que l'OPEP ne fournit plus qu'environ 18 millions de barils par jour à un marché mondial évalué à 45 millions de barils, alors qu'en 1979 sa contribution était de 31 millions de barils par jour. Entre-temps, le second choc pétrolier a encouragé les progrès de l'extraction dans les pays non membres, comme le Mexique et l'Angleterre, déjà incités par le premier choc pétrolier, et dont l'apport a fait rebaisser les cours. L'Arabie saoudite ayant dû accepter une de son quota de production, Le Monde évoque une et se demande si la reprise américaine sera d'une et contribuer à une reprise économique mondiale permettant de stopper la baisse du prix du pétrole et des autres matières premières.

Les deux vagues de dépression, ou "double plongeon" Les économistes ont souligné que la crise n'a pas démarré en , simple date la "deuxième phase de baisse d’une crise qui en présente deux coupées par une légère reprise". La première phase de récession, commencée en , a duré neuf mois, jusqu’en , avec pour elle seule une chute de 10,5 % de la production industrielle par rapport à son niveau de . Elle a été suivie d’une phase de hausse de la production, qui s'est elle étendue d’ à , avant d'être inversée par la "deuxième phase de baisse", qui a eu lieu alors que budget militaire américain "est passé de 171,6 milliards de dollars en 1980-1981 à 199,6 milliards en 1981-1982 et 232 milliards en 1982-1983, sa part dans le PIB passant de 5,2 % en 1980 à 5,5 % en 1981 et 5,6 % en 1982"Sur la crise économique de 1982 et le cycle américain d’après guerre" par Henri Claude, dans la revue Recherches Internationales en 1983 , ce qui fait que "de 1980 à 1982, le nombre des travailleurs de l’industrie d’armements a augmenté de 384000" même si sur la même période le nombre de chômeurs a augmenté de "plus de 4 millions".

La récession est ainsi une récession longue, en deux temps, entrecoupés d'une période de faible reprise. La première récession a débuté en et s'est finie six mois plus tard avec le retour de la croissance. Bien que la reprise économique eût été au rendez-vous, le taux de chômage est resté inchangé jusqu'au début d'une deuxième récession en . La deuxième période de ralentissement économique, plus marquée, a débuté en et a pris fin seize mois plus tard en .

En raison de leur proximité et de leurs effets combinés, ces deux récessions sont communément appelées « récession du début des années 1980 », exemple-type de récession en forme de W, aussi appelée récession double dip (double plongeon en français).