Hernando Arias de Saavedra, mieux connu sous la contraction Hernandarias (Asuncion, 1561 - Santa Fe, 1634) est un hidalgo, militaire, conquistador, colonisateur, explorateur et administrateur colonial rioplatense.
Doté de grandes qualités d’officier et d’administrateur, il fut nommé gouverneur intendant () d’Asunción, fonction qu’il exerça de 1592 à 1594, tout en occupant aussi, à partir de 1593 (à l'issue d'une période de vacance de deux années), le poste de gouverneur suppléant du gouvernorat du Río de la Plata et du Paraguay ; plus tard, il remplit trois mandats successifs comme gouverneur (titulaire cette fois) du Río de la Plata et du Paraguay, de 1596 à 1618, jusqu'à ce que, à cette dernière date, le gouvernorat soit divisé, par voie de cédule royale, et sur sollicitation d’Hernandarias lui-même, en ses deux composantes territoriales, Río de la Plata et Paraguay.
Auparavant, accompagnant alors le futur gouverneur intendant , il avait été citoyen fondateur de la ville de Concepción de Buena Esperanza, dans la région du , dont ensuite, en 1585, il était devenu le premier alcade. En 1588, il fut également nommé, à titre intérimaire, premier gouverneur intendant de Corrientes, puis remplit cette même fonction dans l'intendance de Santa Fe de 1594 à 1596.
Hernandarias avait cette particularité notable d’avoir été le premier natif d’Amérique (et non né sur le sol espagnol) à occuper une charge de gouvernant dans une subdivision de l’Empire espagnol. Il était le fils de , gouverneur intendant d’Asunción et gouverneur suppléant du Río de la Plata et du Paraguay, et le gendre de Juan de Garay, fondateur des villes de Santa Fe et de Buenos Aires, qui fut le premier gouverneur intendant de Santa Fe, puis d'Asunción et finalement gouverneur titulaire.
Biographie Origines et relations familiales Hernandarias de Saavedra naquit en 1561 dans la ville d'Asunción, capitale du gouvernorat du Río de la Plata et du Paraguay, lequel faisait partie alors de la grande vice-royauté du Pérou. Deuxième né de sa fratrie, il avait pour père légitime l’hispano-andalou (né à Séville en 1520), qui, homonyme de son grand-père maternel et descendant de l’antique lignée des seigneurs de Saavedra, était un officier de l’ Álvar Núñez Cabeza de Vaca, en compagnie duquel il se rendit en Amérique du Sud en 1542, et occupa entre 1572 et 1574 le poste de gouverneur suppléant du Río de la Plata et du Paraguay ; Hernandarias eut pour mère María de Sanabria Calderón, épouse de Martín Suárez de Toledo depuis 1558, fruit des secondes noces du riche hispano-estrémègne (né à Medellín vers 1482, décédé ibidem en 1549) et de , jeune et entreprenante femme de Nouvelle-Castille, née vers 1515 à Arroyomolinos, qui, veuve déjà, fit de son beau-fils le successeur pour deux vies du titre d’ et organisa ainsi le voyage pour le Río de la Plata des premières femmes du nouveau monde.
D'autre part, il était le frère aîné de Martín Suárez de Toledo III, qui épousa Francisca de Moscoso y de la Vega, fille du métis Gome Suárez de Figueroa y de la Vega, petite-fille de la princesse inca et arrière-arrière-petite-fille de l'empereur inca Tupac Yupanqui.
Il avait cinq autres sœurs, qui allaient adopter chacune l’un des différents patronymes de leurs quatre grands-pères et grands-mères ; ce sont, successivement : l'aînée Inés Suárez de ToledoRevista de Estudios Históricos (, , année 1962). Cette revue indique qu’Inés était sœur germaine d’Hernandarias.Historia (, , année 1965). Cette source indique qu’Inés était la fille de Martín Suárez de Toledo et que son mari, le général Alonso de Escobar, est citoyen fondateur de Buenos Aires et celui qui fut désigné par Juan de Garay pour former son premier cabildo et d’y remplir la charge de regidor., née à Asunción en 1560, mariée avec le général . L’auteur de cet article affirme que le général Alonso et Inés étaient les parents, entre autres, de Margarita de Escobar (née vers 1576), laquelle à son tour s'allie au capitaine espagnol Francisco Muñoz Vejerano (né à El Escorial vers 1570), fils du homonyme de Buenos Aires à partir de 1589, et qu’ils conçurent Juana de Escobar Vejerano (née vers 1591). Celle-ci, fort jeune encore, épousa à Buenos Aires le l’estrémègne Antonio Gutiérrez Barragán (né à Trujillo en 1560) ; de leur union naîtront Juan (vers 1609) , ancêtre direct de la reine Máxima des Pays-Bas (selon l'Institut argentin de sciences généalogiques), et de Margarita de Escobar Barragán (vers 1612), lointain ancêtre du docteur Miguel Mariano de Villegas, patriote argentin.. Cet article mentionne que le mariage d’Inés avec le général Alonso de Escobar donna lieu à une descendance nombreuse. (Asunción, 1545 ― mort en 1591), qui fut l’un des premiers colons résidents (primeros vecinos) de Buenos Aires et regidor du cabildo de cette ville en 1580 ; la quatrième sœur, Beatriz Suárez de FigueroaInstituto Paraguayo de Investigaciones Históricas, Historia paraguaya, vol. 40-41, , année 2001., convolée en secondes noces avec le général Diego González de Santa Cruz, né à Asunción en 1565 J. Costa, dans Archivo Ibero-Americano (, année 1999., frère du saint jésuite Roque González de Santa Cruz et fils du greffier () hispano-léonais de la ville d'Asunción, Bartolomé González de Villaverde ; Ana Ocampo de Saavedra., qui contracta mariage avec Antonio de Añasco Melgarejo, né à Séville en 1558. L’auteur indique qu’Antonio de Añasco était le fils du personnage homonyme et de Juana Ortiz Melgarejo, et en outre le cousin du gouverneur de Guairá Ruy Díaz Melgarejo — qui en s'alliant avec Elvira de Becerra y Contreras Mendoza, devint le beau-frère de Juan de Garay et de Francisco Ortiz de Vergara. ; l’avant-dernière sœur Juana de Saavedra y Sanabria, mariée au général Juan de Garay le Légitime, fils du gouverneur homonyme du Río de la Plata et du Paraguay, de qui elle aura sept enfants ; et enfin, la sœur cadette, septième de la fratrie, Francisca Suárez de Figueroa, également citée comme Francisca de Saavedra dans la documentation, qui épousa en 1615 le général , frère des précédents et de Mariana González de Santa Cruz Ricardo de Lafuente Machain, dans Los de Lafuente , éd. G. Kraft ltda., née à Asunción vers 1570 et femme depuis 1587 de Francisco García Romero, lequel exerça successivement comme alcade (alcalde) et comme gouverneur intendant (teniente de gobernador) de Buenos Aires et de Concepción, puis à partir de 1589 comme gouverneur intendant d'Asunción Instituto Paraguayo de Investigaciones Históricas, Historia paraguaya, vol. 40-41 (2001), ., de Corrientes et de Concepción del Bermejo.
Hernandarias eut en outre trois frères et sœurs utérins, dont l’un deviendra le frère franciscain Hernando de Trejo y Sanabria Calderón, né en 1554 à , dans l’actuel Brésil , qui fut nommé évêque de Tucumán, avant de décéder dans le gouvernorat du Tucumán en 1614.
Militaire explorateur et gouverneur intendant d’Asunción Hernandarias s'engagea de bonne heure dans la carrière militaire et prit part à de nombreuses expéditions d’exploration et de conquête dans les actuels territoires du Paraguay et de l'Argentine, participant en particulier à la fondation par Alonso Vera y Aragón de la ville de le , dans la région du , du cabildo de laquelle il fut le premier alcade.
Ses dons d’officier et d’administrateur le firent nommer le , à l’âge de seulement , gouverneur intendant d’Asunción, poste qu’il occupera jusqu’à 1594, tout en remplissant en même temps, à partir de 1593, à l’issue d’une période de vacance de ce poste de deux années, l’office de gouverneur suppléant du Río de la Plata et du Paraguay. Ensuite, en 1596, il sera pendant trois mandats successifs titulaire de la charge de gouverneur rioplatenseMaría Sáenz Quesada, La Argentina..
Gouverneur du Río de la Plata et du Paraguay vignette|gauche|redresse|Sceau utilisé par Hernandarias.
En 1596, Hernandarias fut nommé gouverneur du Río de la Plata et du Paraguay, et sera le premier (Espagnol né aux Amériques, non sur le sol espagnol) à exercer une telle fonction. Il assuma cette charge jusqu’en 1599, date à laquelle lui succéda . Lorsque celui-ci mourut, le , dans la ville de Santa Fe, ce sera, l'année suivante en janvier, son suppléant et gouverneur intendant général d'Asunción, , arrivé en Amérique du Sud en 1598 conjointement avec Rodríguez Valdez, qui assuma la fonction de gouverneur. À la fin de 1601, conformément au vote des conquistadores, Hernandarias fut élu gouverneur intérimaire, et sera, quoique Beaumont n’acceptât pas de ceder le pouvoir, reconnu par voie d’une real provisión (disposition juridico-administrative à mi-chemin entre loi et cédule royale) du gouverneur du Río de la Plata et du Paraguay, office qu'il occupa jusqu'en 1609.
Durant son mandat, il prit, pour stimuler la croissance de ce qui n'était alors encore que la petite bourgade portuaire de Buenos Aires, une batterie de mesures, parmi lesquelles la mise en place des premières écoles primaires, la création de fours à briques et à tuiles, pour remplacer la construction en adobe, et la réédification du fortin qui devait garantir la ville des pirates. En outre, réagissant au pillage et saccage par des corsaires anglais le de deux vaisseaux amarrés, il ordonna la construction d’une tour défensive sise à l’embouchure du rio Riachuelo, située dans l’actuelle Vuelta de Rocha, dans la proche banlieue sud-est de Buenos Aires. Il prit aussi des mesures contre le trafic illégal qui enfreignait l'interdiction du commerce des fruits du pays et d’esclaves noirs.
vignette|Monument à Hernandarias sur la Rambla 25 de agosto de 1825, à Montevideo, en Uruguay. Alors qu'il était gouverneur du Río de la Plata, Hernandarias entreprit plusieurs voyages d’exploration, notamment des expéditions vers l'Uruguay et le Brésil afin de contenir les portugais et vérifier la navigabilité des rivières, ainsi que des expéditions en Patagonie pour y chercher la mythique cité des Césars. Lors de cette dernière expédition, qui eut lieu en 1604 et se solda par un véritable échec, Hernandarias fut capturé par les indigènes tehuelches près de au sud de Buenos Aires, mais réussit à s'échapper vivant.
En 1603, il modifia la législation sur le travail des indigènes, dans le sens d'une suppression des systèmes de corvées et de travaux obligatoires, dénommés mita et , par lesquels les colonisateurs espagnols pouvaient utiliser de la main-d’œuvre indigène, en contrepartie de l'obligation d’évangéliser les travailleurs, obligation qu’en pratique on négligeait de remplir, et obtint l’approbation de cette réforme de la part du roi Philippe III.
Missions jésuites du Paraguay En 1608 fut décidée la création des réductions jésuites et franciscaines dans la région du Guairá, dans l’actuel État brésilien du Paraná. Le Río de la Plata, dépourvu de ressources minières, peuplé d'indigènes en général assez peu soumis, et mal relié à la métropole ou aux grands centres de richesse de la colonie, occupait une position absolument marginale au sein de l'Empire espagnol. Buenos Aires, fondée une première fois en 1536, mais incapable de résister à la pression indigène, dut être abandonnée quelques années plus tard. Les foyers de peuplement existants n’étaient guère plus que des hameaux perdus au milieu des bois, cernés d’une palissade et redoutant à tout moment une attaque indienne. Dans certaines régions particulièrement isolées, comme le Guairá, la colonisation espagnole tendait même à rétrocéder, devant la résistance efficace des indigènes, alors galvanisés par une série de mouvements messianiques. Hernandarias, s'étant avisé de l’impossibilité de procéder à une conquête classique de ces vastes territoires, résolut de mettre en œuvre un nouveau mode de colonisation, inspiré des franciscains, qui avaient déjà obtenu de bons résultats sur ce plan.